Libérer le temps

Libérer le travail, le choc des utopies

Le travail est aujourd’hui, pour de nombreux salariés, cause de ­souffrance. Il dérobe du temps de vie, l’usurpe et l’aliène. Des bifurcations restent pourtant possibles. En témoignent les nombreuses utopies qui, au cours des derniers siècles, se sont confrontées sur la question du temps de travail et ont ­proclamé le droit de mener une vie dévouée à autre chose qu’à l’effort productif.

Cet article est issu de notre hors-série numéro 10 : Libérer le temps

Anne-Cécile Sarfati se bidonne. « Vous êtes quand même à [l’université d’été] du Medef. Donc la question de travailler moins, à mon avis, n’est pas totalement d’actualité », élude, entre deux ricanements, l’ex-journaliste commise ce 27 août 2020 à l’animation d’une table ronde intitulée « OK Boomer, conflits de génération ». La réprimande s’adresse à sa plus jeune invitée, la militante écolo ­Camille ­Étienne qui, après avoir décrit dans son intervention un monde de l’entreprise « fatigué », demandait très poliment aux patrons présents dans les gradins de consentir à lâcher un peu de lest sur la durée du temps de travail. « À vous de voir », concluait-elle sans se démonter, face à une modératrice et un public hilares.

Le patronat a de quoi rire. Rarement il a bénéficié d’un rapport de force aussi favorable. En quelques décennies, les donneurs de labeur sont parvenus à imposer leurs revendications et leur rhétorique, assistés en cela d’une puissance publique majoritairement acquise à leur cause et peu inquiétés par des syndicats aussi divisés qu’exsangues. Détricotage des 35 heures (loi Fillon, 2003), défiscalisation des heures supplémentaires (loi TEPA, 2007), relèvement...

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