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	<title>Articles Socialter</title>
	<updated>2026-07-20T03:34:09Z</updated>
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		<title>Comment lutter contre le rire fasciste ?</title>
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		<link href="https://www.socialter.fr/article/radio-nova-c-news-humour-extreme-droite-comment-lutter-contre-le-rire-fasciste"/>
		<published>2026-07-17T11:29:00+02:00</published>
		<summary>L’humour, arme fédératrice utilisée de longue date par le camp de la gauche, doit désormais contre-attaquer face à l’avènement d’un rire aux relents fascistes, des parodies réactionnaires de CNews à la rhétorique trollesque trumpiste.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/rirefasciste76_1784280887-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Jeudi 16 avril 2026. Lors de l’émission « Tout est politique », diffusée en direct sur France Info, le vice-président du Rassemblement national (RN), Sébastien Chenu, est interrogé sur la nouvelle compagne de Jordan Bardella, Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, princesse italienne et influenceuse luxe. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Une figure pour le moins dissonante avec l’imaginaire social et populaire construit par le parti. Sébastien Chenu, lui, n’y voit aucune objection et rétorque : « &lt;i&gt;Tout le monde n’a pas vocation à finir prof de sociologie à Nanterre, moche, mal coiffée et aigrie. &lt;/i&gt;» Affichant une moue amusée, la journaliste Nathalie Saint-Cricq feint de le contredire, mais l’ambiance sur le plateau est plutôt à la camaraderie. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Le vice-président de l’Assemblée nationale n’en est pas à son coup d’essai. Sur le plateau de BFM TV, quelques mois plus tôt, il évoquait «&lt;i&gt; les écolos végans complètement tarés qui mangent des moustiques &lt;/i&gt;» devant un plateau hilare. « &lt;i&gt;C’est bien, on ne plonge pas dans la caricature&lt;/i&gt; », ironisait avec complicité l’animateur Maxime Switek.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Retrouvez cet article dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;, librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-76&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvproduitn76_1782306707-png_1782306707-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Si ces déclarations bêtes et méchantes peuvent sembler anodines, utiliser les ressorts humoristiques de l’absurde ou de la caricature fait partie d’une stratégie politique déjà bien déployée outre-Atlantique. «&lt;i&gt; Quand Chenu caricature la prof de socio ou qu’Éric Ciotti sort une tronçonneuse à la Javier Milei au “Grand forum des libertés” &lt;/i&gt;[organisé par son parti, l’UDR, NDLR]&lt;i&gt;, on est dans un humour trumpiste, un mode de fonctionnement trollesque, une logique de l’écrasement, un rire qui sous-tend une violence &lt;/i&gt;», analyse auprès de &lt;i&gt;Socialter&lt;/i&gt; Denis Saint-Amand, chercheur à l’université de Namur, spécialiste de la satire et de la parodie. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Dans son essai récemment paru, &lt;i&gt;Contrer le rire fasciste&lt;/i&gt; (éditions Rue de l’Échiquier), il explore comment le rire est mobilisé comme instrument de domination par le camp réactionnaire. Chez lui, le déclic s’opère le soir de l’investiture de Trump, en janvier 2025, après les deux saluts nazis d’Elon Musk. «&lt;i&gt; Sur Twitter et à la télévision, le geste est majoritairement accueilli avec des rires, francs ou gênés. De mon côté, je vis un grand moment de sidération &lt;/i&gt;», se souvient Denis Saint-Amand, qui craint que le rire ne soit que la première étape d’une politique-spectacle au service d’un programme fasciste. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En avril 2026, à peine élu, Christophe Barthès, le nouveau maire RN de Carcassonne, n’a-t-il pas retiré le drapeau européen devant la mairie et signé le premier arrêté interdisant la mendicité, tout sourire, sous l’œil des caméras ? «&lt;i&gt; Exactement comme aurait pu le faire Trump &lt;/i&gt;», se désole le chercheur belge.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;« Bienvenue chez les wokes »&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Si cela nous arrangerait bien que l’extrême droite soit rétive à l’humour et aux valeurs positives qui y sont associées — la joie, l’insolence, la liberté et leurs corollaires, ironie, caricature, absurdité —, «&lt;i&gt; aucun procédé n’appartient en propre à un camp politique. Ce qui change, ce n’est pas la technique mais la position depuis laquelle on rit. Parfois, on rit pour rééquilibrer un rapport de force, pour troubler une hiérarchie subie ; parfois pour l’entériner. Le même geste comique peut ainsi renforcer l’ordre social ou le fissurer, tout dépend de qui parle, à qui, et contre quoi &lt;/i&gt;», écrit Denis Saint-Amand.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Et tout porte à croire que le rire, et sa force fédératrice, tentent d’être réinvestis par l’extrême droite électorale et médiatique. À commencer par les médias qui appartiennent au milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré. En janvier 2025, le journaliste et complotiste notoire&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; Humbert Angleys se demandait, dans &lt;i&gt;Le Journal du Dimanche&lt;/i&gt;, « &lt;i&gt;si le rire et la satire allaient enfin passer à droite &lt;/i&gt;». Quinze mois plus tard, en avril 2026, Pascal Praud annonçait diffuser un nouveau programme court sur CNews intitulé « C avec le sourire ! », une pastille humoristique chargée de parodier l’audiovisuel public et les militants de gauche, constamment dépeints comme des « anti-tout » écervelés.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Même ton sur « Bienvenue chez les wokes », une série de capsules vidéo diffusées par le média d’extrême droite Boulevard Voltaire sur YouTube, dans lesquelles sont parodiés grossièrement deux militants de gauche qui débattent par exemple des motivations profondes d’un réfugié climatique…&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Sur les ondes de Sud Radio, l’humoriste Régis Mailhot se met quant à lui «&lt;i&gt; vingt-quatre heures dans la vie d’un antifa &lt;/i&gt;» pour sa chronique humoristique. « &lt;i&gt;12h : brunch de travail solidaire. Au menu : tolérance, inclusion et “qui on va frapper cet après-midi ?” &lt;/i&gt;». On peine à rire, mais la cible de tous ces programmes a le mérite d’être limpide : les « bobos », les féministes, les migrants, les personnes trans, les écologistes, mais aussi l’audiovisuel public, régulièrement pris pour cible.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Même les groupuscules identitaires jouent désormais la carte de l’ironie dénonciatrice. C’est le cas des militantes d’extrême droite de Némésis, qui, en novembre 2022, ont infiltré la manifestation féministe « Nous toutes » en niqabs et en burqas, en portant des pancartes « mon Coran, mes lois » (en jouant sur une variation de « mon corps, mes choix »). « &lt;i&gt;L’ironie, qui a tendance à prendre pour cible des discours dominants, semble pouvoir aussi renforcer des processus de domination en ajoutant l’humiliation du rire (symbolique) aux dominations réelles &lt;/i&gt;», souligne la linguiste Laélia Véron dans son ouvrage &lt;i&gt;« T’es sérieuse ? »&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Problèmes politiques de l’ironie&lt;/i&gt;, coécrit avec Guillaume Fondu (La Découverte, 2026).&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Les historiettes antisémites de Radio Vichy&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Discriminer des minorités et décrédibiliser ses adversaires politiques, en partie par le biais de l’humour, c’était déjà la recette de Radio Vichy en 1941. Installée dans le Grand Casino de la ville, elle justifie en direct les rafles et la déportation avec l’émission « La question juive » et consacre aussi un temps aux « historiettes de propagande antijuives et anglophobes », qui prennent la forme de chansonnettes humoristiques, empreintes d’antisémitisme et d’invectives contre la BBC. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dans la &lt;i&gt;Revue d’histoire moderne et contemporaine&lt;/i&gt;, en 1998, l’historienne franco-italienne Marie-Anne Matard-Bonucci expliquait qu’une fois les lois fascistes adoptées par Benito Mussolini, la satire politique ne disparut pas en Italie mais elle porta principalement voire exclusivement sur les pays étrangers et les relations internationales. «&lt;i&gt; Appauvrie de fait, la presse humoristique fasciste proposa une nouvelle forme de comique de répétition, répétition des thèmes, des sujets et des messages jusqu’à épuisement du lecteur et probable extinction du rire &lt;/i&gt;», écrit-elle.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;C’est probablement par crainte de cette extinction que Cyril Hanouna, protégé de Vincent Bolloré multi-condamné par l’Arcom, compile sur sa chaîne YouTube des «&lt;i&gt; best of fous rires&lt;/i&gt; » survenus sur le plateau de son émission « Touche pas à mon poste ! », dont le concept tyrannique est de pousser les intervenantes et intervenants à s’acharner sur les cibles de son rire, sous peine de devenir elles-mêmes des cibles. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Quand on lui reproche la surreprésentation du candidat à la présidentielle de 2024 du parti d’extrême droite Reconquête Éric Zemmour sur son plateau, c’est le rire qui lui sert d’argument de défense principal. « &lt;i&gt;Tout ça, c’est de l’humour, c’est pour rire, c’est pour déconner, il ne faut jamais le perdre de vue &lt;/i&gt;», se défendait en 2023, dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, le trublion du PAF.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Une offensive à relativiser&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Cette offensive du rire fasciste, qui commence à être documentée, est cependant à relativiser au vu du succès des programmes humoristiques classés à gauche, plus populaires que jamais. En témoigne la percée de Radio Nova, devenue première radio de France entre 18 heures et 20 heures, qui a gagné 830 000 auditeurs en un an (+ 108 %), dont les audiences ont été multipliées par quatre en deux ans. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Leur programme phare : l’émission « La Dernière », de Guillaume Meurice, Juliette Arnaud, Aymeric Lompret et Pierre-Emmanuel Barré, qui perpétuent la tradition d’un rire politique ancré à gauche, avec une volonté de vulgariser la parole de chercheurs comme Geoffroy de Lagasnerie, Ovidie ou Vincent Tiberj. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le patron de la station, actionnaire du groupe &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; et banquier d’affaires Matthieu Pigasse, assume d’ailleurs vouloir mener à travers ces émissions une «&lt;i&gt; bataille culturelle&lt;/i&gt; » contre la droite radicale. «&lt;i&gt; À titre personnel, ça ne m’intéresse pas forcément de faire une bataille de clowns avec les fascistes, mais je préfère continuer à faire des blagues ancrées dans le réel, qui parlent aux gens &lt;/i&gt;», assure Guillaume Meurice auprès de &lt;i&gt;Socialter&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Si l’extrême droite tente de s’approprier l’humour, elle peine encore à sortir de son vase clos et à conquérir le grand public. C’est en tout cas la conviction de Jessie Varin, directrice artistique de La Nouvelle Seine, une péniche-spectacle parisienne qu’elle a fondée pour donner de la visibilité aux femmes et aux minorités de genre dans l’humour. «&lt;i&gt; Les plus grandes salles de spectacle, aujourd’hui, ce sont les humoristes aux valeurs progressistes qui les remplissent. Glisser dans le racisme ou le sexisme, c’est le signe d’un manque de talent ou de travail &lt;/i&gt;», assène-t-elle.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Cette offensive du rire fasciste est à relativiser au vu du succès des programmes classés à gauche. En témoigne la percée de Radio Nova, qui a gagné 830 000 auditeurs en un an. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Monter un spectacle humoristique ouvertement fasciste ? « &lt;i&gt;Ce serait possible dans une salle privée, Bolloré a bien racheté l’Olympia&lt;/i&gt; », se désole Jessie Varin, qui pense toutefois que nos institutions culturelles publiques sont encore préservées. « &lt;i&gt;Dans nos théâtres publics, la pensée antifasciste est encore bien installée. Bien sûr, la réalité ne s’arrête pas aux portes de nos salles, et ça pourrait changer &lt;/i&gt;», déplore-t-elle. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pour Jessie Varin, «&lt;i&gt; qui passe l’année à écouter et découvrir des stand-uppers &lt;/i&gt;», les figures populaires du moment comme Waly Dia, Akim Omiri ou Tahnee incarnent mieux que quiconque la résistance à l’extrême droite car ils représentent justement les publics attaqués : des personnes noires, arabes, issus de l’immigration ou LGBTQIA+. « &lt;i&gt;Si CNews prétend que la cérémonie des Molières représente le déclin de la culture française, c’est précisément parce que la gauche culturelle est encore gagnante dans le rapport de force &lt;/i&gt;», analyse la programmatrice.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais depuis le déclin des humoristes tels que Dieudonné ou Laurent Gerra, qui doivent leur succès à des blagues antisémites et misogynes qui ont mal vieilli, la droite et l’extrême droite donnent en effet l’impression de se chercher une colonne vertébrale humoristique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pour le moment, elles semblent s’appuyer uniquement sur l’idée qu’il existerait un rire libérateur en réaction à une société prétendument dominée par la gauche bien-pensante qui ne veut plus rire de rien. Cette victimisation est un moteur infini de blagues pour les humoristes et médias classés à gauche comme &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Blast&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Urbania&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;L’Humanité&lt;/i&gt;, qui ripostent en produisant leurs propres contenus satiriques sur les réseaux sociaux. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Comme l’humoriste Valadista (également journaliste à &lt;i&gt;L’Humanité&lt;/i&gt;) qui imagine un randonneur nommé Jérôme, alias le Sanglier, membre de Génération identitaire, obsédé par son pique-nique au porc et les couloirs migratoires dans les Alpes. Il cumule 40 000 abonnés et plus d’un million de likes sur TikTok et Instagram.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;&lt;b&gt;« &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;La radio publique a lâché ses humoristes&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt; »&lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Pour que le rire progressiste continue à contre-attaquer, encore faut-il qu’il soit défendu, notamment sur le service public. En 2023, Guillaume Meurice est licencié par Radio France pour « faute grave » après une blague&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; sur le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou : « &lt;i&gt;Avant même de me virer, on nous avait annoncé une restructuration de la place de l’humour sur la chaîne et une baisse des budgets de 30 %. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Si on situe le déclin de l’humour de gauche sur France Inter au licenciement de Guillaume Meurice, cela fait plus longtemps que «&lt;i&gt; la radio publique a lâché ses humoristes &lt;/i&gt;», regrette l’artiste, qui cite notamment les départs de Nicole Ferroni en 2021 et de Florence Mendez en 2022.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Il faut dire qu’au sein même de la radio, l’humoriste Sophia Aram s’en prend aux tenants de l’humour progressiste. Sur son compte Instagram, Aram, qu’on retrouve également dans l’hebdomadaire &lt;i&gt;Le Point&lt;/i&gt;, publie des montages vidéo qui accablent ceux qui lui «&lt;i&gt; mettent une cible dans le dos&lt;/i&gt; », dans le même esprit que ses chroniques à l’antenne de France Inter. Elle s’en prend à Guillaume Meurice et sa bande sur Nova, mais également à Julie Conti, humoriste suisse. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre l’islamophobie, cette dernière avait déclaré dans sa chronique sur France Inter : « &lt;i&gt;Je ne suis ni musulmane, ni islamophobe, donc pour avoir une vraie expertise sur le thème, j’ai écrit cette chronique avec Yacine, mon pote humoriste musulman, et j’aurais bien voulu avoir aussi l’avis d’un humoriste islamophobe, mais Sophia Aram passe que le lundi sur Inter... C’est dommage. &lt;/i&gt;» «&lt;i&gt; Une accusation grave&lt;/i&gt; », réplique Sophia Aram.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Cette sortie a valu à Julie Conti d’être menacée de mort et de viol sur les réseaux. Peu soutenue dans les rangs de la radio, la Suissesse a préféré quitter France Inter pour pratiquer un humour plus libre ailleurs. «&lt;i&gt; Vous tombez bien, je viens aussi de me faire virer de l’émission “52 minutes” sur la chaîne de télé suisse RTS1 parce que je suis trop “militante et vindicative” &lt;/i&gt;», confie-t-elle à &lt;i&gt;Socialter&lt;/i&gt; dans un rire jaune. « &lt;i&gt;Il faut vraiment que je fasse des blagues sur le matcha latte ou les cadeaux des fêtes des mères pour rester en poste ? Il y a urgence à faire passer des messages politiques par les blagues. 2027, c’est demain &lt;/i&gt;», scande-t-elle.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Même sous un climat répressif intense, le camp de la gauche a déjà montré sa capacité à faire de l’humour une arme pacifique. En témoignent les slogans des Gilets jaunes à la suite des premiers tirs de LBD : « Borgne to be free », « Liberté, égalité, Flash-Ball », ou encore « La police fait mal son travail, ça crève les yeux ». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Dans le même esprit, il y a un an à San Francisco, des employés de Tesla ont brandi depuis leur bureau une pancarte visible depuis la rue, affichant « We hate him too », en parlant d’Elon Musk, reprenant les codes trollesques employés par leur patron sur le réseau social X. « &lt;i&gt;Même lorsque l’ironie est récupérée par des harceleurs et érigée en pratique dominante, elle peut être réappropriée et retournée contre eux &lt;/i&gt;», assure Denis Saint-Amand, convaincu que le rire et l’humour contribuent à construire un imaginaire oppositionnel. «&lt;i&gt; Le rire nous offre la faculté de faire comme si la situation n’était pas critique, et, par cette fiction, préfigurer un futur désirable. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Julien Baldacchino, « La mort du petit Enzo, la signature de Pascal Praud… à quoi ressemble le premier &lt;i&gt;JDD&lt;/i&gt; de l’ère Lejeune », France Inter, 6 août 2023.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2. &lt;/b&gt;La chaîne a récemment reçu le soutien financier du milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin, qui souhaite propulser les idées fascistes au pouvoir en France.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3. &lt;/b&gt;« &lt;i&gt;Halloween approche et tout le monde commence à chercher un déguisement pour faire peur. En ce moment, le déguisement Netanyahou marche pas mal. C’est une sorte de nazi mais sans prépuce. &lt;/i&gt;» Une plainte pour antisémitisme, provocation et injure publique est déposée contre lui. Elle sera classée sans suite par la justice. Fort de cette décision, Guillaume Meurice réitère sa blague à l’antenne six mois plus tard, le 28 avril 2024. Perçue comme une provocation par Sibyle Veil, la présidente de Radio France, il est suspendu de l’antenne avant que le couperet ne tombe : le 11 juin, il est licencié pour faute grave.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Le jour zéro</title>
		<id>2177</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/le-jour-zero-hadrien-klent-le-tripode"/>
		<published>2026-07-16T17:06:00+02:00</published>
		<summary>Découvrez notre recension de « Le Jour zéro » de Hadrien Klent aux Éditions Le Tripode.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/lejourzero_1784214465-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Avec&lt;i&gt; Le Jour zéro&lt;/i&gt;, Hadrien Klent poursuit, toujours sous la forme du roman, son exploration des mondes postcapitalistes entamée avec&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;&lt;i&gt;Paresse pour tous&lt;/i&gt; (Le Tripode, 2021). Après une violente tempête solaire, tous les appareils électroniques ont soudainement grillé. L’occasion pour Jean-Sébastien Piller – le protagoniste, à la tête de l’État – de tester des mesures radicales : suspendre la monnaie et prévoir un système de ravitaillement au niveau national. De Saint-Denis à la Drôme, les habitants se réapproprient leur temps et s’entraident dans un monde libéré du numérique. On en vient vite à fantasmer, nous aussi, un puissant orage solaire… &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;https://le-tripode.net/livre/hadrien-klent/le-jour-zero&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Le Jour zéro&lt;/a&gt; - &lt;/b&gt;Hadrien Klent → Le Tripode - 2026 - 448 pages - 21 €&lt;/p&gt;</content>
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		<title>La Fabrique de l&apos;écologie populaire</title>
		<id>2176</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/la-fabrique-de-l-ecologie-populaire-david-bodinier"/>
		<published>2026-07-15T12:39:00+02:00</published>
		<summary>Découvrez notre recension de « La Fabrique de l’écologie populaire » de David Bodinier aux Éditions Charles Léopold Mayer.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/lafabriqueecologiepopulaire_1784112148-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;L’avènement d’une société écologique repose sur la capacité des habitants d’un territoire à s’organiser pour définir ce qui est bon pour eux et à peser dans les choix politiques. Cette écologie populaire, héritière de la Commune de Paris, peut se nourrir d’une riche histoire de luttes environnementales et d’un corpus théorique dans lequel le municipalisme de Murray Bookchin occupe une place centrale. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;En revenant sur la création de l’écoquartier populaire de Villeneuve à Grenoble, l’urbaniste David Bodinier montre comment des pratiques telles que le référendum d’initiative citoyenne ouvrent un espace de saine confrontation entre action municipale et collectif d’habitants. La réappropriation des infrastructures qui en découle participe d’une redéfinition de la richesse – non plus accumulation privée mais partage des biens communs.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;https://www.eclm.fr/livre/la-fabrique-de-lecologie-populaire/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;La Fabrique de l’écologie populaire&lt;/a&gt; - &lt;/b&gt;&lt;b&gt;David Bodinier - &lt;/b&gt;Éditions Charles Léopold Mayer → 2026 - 136 pages - 21 €&lt;/p&gt;</content>
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		<title>« Ce n’est pas un nuisible » Le retour en grâce du renard et le début d&apos;une cohabitation</title>
		<id>2175</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/renard-roux-goupil-cohabitation-bonne-image-eleveurs-chasse-nuisible"/>
		<published>2026-07-10T15:39:00+02:00</published>
		<summary>-Persécuté à grande échelle au siècle dernier, le renard roux bénéficie aujourd’hui d’une meilleure considération. À la faveur d’alliances tissées avec des cultivateurs et de sa présence grandissante en ville, son image de nuisible s’estompe, laissant entrevoir une cohabitation plus apaisée avec les humains.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/renard76_1783691702-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Haies débordantes de feuilles et hautes herbes habillent aux beaux jours la campagne de Montreuil-Bellay, dans le Maine-et-Loire. Installé en polyculture-élevage depuis 1995 sur la ferme de l’Écotay, Jean-Louis Bonnin, un volubile paysan à l’œil malicieux, sillonne ses parcelles. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Il repère des galeries creusées par des blaireaux et en déduit un probable terrier d’habitation de renard. Jean-Louis Bonnin croise peu l’animal furtif, «&lt;i&gt; difficile à voir sans être à l’affût &lt;/i&gt;». Mais en fin connaisseur du « &lt;i&gt;pays&lt;/i&gt; », il flaire sa présence et surveille fréquemment les clôtures de son poulailler.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Retrouvez cet article dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;, librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-76&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvproduitn76_1782306707-png_1782306707-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Unique espèce de renard établie en France&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, le renard roux (&lt;i&gt;Vulpes vulpes&lt;/i&gt;) évolue sur la totalité de l’Hexagone. Cet omnivore de seulement cinq à sept kilos à l’âge adulte adapte son régime alimentaire selon les saisons et les ressources disponibles. Des renards de territoires éloignés mangeront donc des proies ou des végétaux très différents. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Opportuniste, l’animal investit en effet d’anciens terriers de blaireaux ou de lapins de garenne. L’urbanisation galopante le pousse même à s’installer jusqu’au cœur de villes comme Londres et Paris, où il profite des restes alimentaires et des températures plus élevées. Mais c’est bien dans les campagnes que le canidé cristallise les tensions.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Un mal-aimé de longue date&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le soleil en déclin annonce l’activité crépusculaire du petit prédateur et, en miroir, la fin d’une grosse journée de travail pour Jean-Louis Bonnin. Le paysan lâche d’un souffle : «&lt;i&gt; Ici, le renard reste la bête à abattre, le bouc émissaire facile. Chasseurs et agriculteurs s’entendent pour l’éliminer. &lt;/i&gt;» Classé parmi les animaux « malfaisants ou nuisibles » par la loi sur la chasse du 3 mai 1844, ce mal-aimé subit des assauts de longue date. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;L’espèce vulpine a notamment été décimée à grande échelle au cours du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, comme le documente Nicolas Baron dans son livre &lt;i&gt;Vivre en renard&lt;/i&gt; (Actes Sud, 2023). L’historien  parle même de « &lt;i&gt;guerre au renard &lt;/i&gt;» pour qualifier la «&lt;i&gt; politique d’extermination de la population des renards du nord-est de la France à partir de 1968 &lt;/i&gt;», lors de l’épidémie de rage. Modelée par le droit, la littérature et les croyances populaires, la figure du goupil véhicule également toute une symbolique dans l’esprit des Français. Au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, « &lt;i&gt;l’honnêteté est mise en opposition au caractère prétendument fourbe des renards &lt;/i&gt;», relève Nicolas Baron dans son ouvrage.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Et bien que le renard roux semble désormais jouir d’une meilleure image, à l’instar des livres jeunesse qui lui font la part belle, il demeure largement persécuté. L’Association pour la protection des animaux sauvages (l’Aspas) estime que 600 000 renards seraient encore tués chaque année&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; légalement par la chasse et le piégeage. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Dénonçant une «&lt;i&gt; destruction massive sans justification scientifique solide&lt;/i&gt; »&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, l’association a lancé en avril 2026 une procédure juridique contre l’État afin de déclasser le renard de la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (ESOD)&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, qui sera renouvelée en juillet pour trois ans. Juriste à l’Aspas, Elsa Poulenas souligne surtout le « &lt;i&gt;décalage entre les décisions politiques et l’opinion publique, de plus en plus favorable à cette espèce &lt;/i&gt;».&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Un nuisible utile ?&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La classification ESOD se trouve effectivement au centre des controverses entre pro et anti-renards. Pourtant, ce statut, nullement destiné à réguler des populations&lt;b&gt;&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, « &lt;i&gt;n’atteint pas, techniquement, le but qu’on lui assigne : celui de prévenir les dégâts sur les poulaillers &lt;/i&gt;», analyse Patrick Giraudoux, professeur émérite d’écologie à l’université Marie et Louis Pasteur. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;À la suite d’une récente étude menée dans le Doubs&lt;b&gt;&lt;sup&gt;6&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, l’écologue préconise d’instaurer un cadre réglementaire qui permettrait des «&lt;i&gt; interventions raisonnées et locales &lt;/i&gt;» pour prévenir des dommages non négligeables du petit prédateur, plutôt qu’un «&lt;i&gt; prélèvement tous azimuts &lt;/i&gt;». Thibaut Powolny, directeur technique et scientifique de la Fédération départementale des chasseurs du Doubs et coauteur de l’étude, insiste quant à lui sur «&lt;i&gt; le très bon état de conservation de l’espèce, malgré son statut ESOD &lt;/i&gt;».&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;600 000 renards seraient encore tués chaque année légalement par la chasse et le piégeage.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Éleveur laitier dans le Doubs, Michel Pritzy mobilise un autre argument au profit du renard roux : celui de son « utilité » dans les campagnes. Il se souvient : «&lt;i&gt; Entre les années 1970 et 1990, j’ai connu des champs noirs à cause des pullulations de campagnols, ces petits mammifères rongeurs. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Cet ancien membre de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) développe progressivement une fibre naturaliste puis cofonde, en 2017, le collectif Renard 25. Y adhèrent 280 paysans du Doubs, soucieux de valoriser les prédateurs naturels comme le chat forestier, le milan, l’hermine, et surtout le renard, capable de manger plusieurs milliers de rongeurs chaque année. « &lt;i&gt;De toute évidence, le renard n’est pas un nuisible, &lt;/i&gt;assure aujourd’hui Michel Pritzy. &lt;i&gt;Cet animal participe à l’équilibre du paysage : si on le protège, il n’y a plus de problème de campagnols. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Une nouvelle ère pour le renard ?&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Reprenant du poil de la bête dans les campagnes grâce à des alliances avec des cultivateurs, chamboulant « &lt;i&gt;l’idée que nous nous faisons de la condition urbaine &lt;/i&gt;» – selon les mots de la philosophe Joëlle Zask&lt;b&gt;&lt;sup&gt;7&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; – avec ses nombreuses apparitions en ville, le renard semble entretenir des relations plus apaisées avec les humains. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Une période plus favorable, avec moins de persécutions, pourrait ainsi s’ouvrir pour le canidé. Et si, selon Nicolas Baron, « &lt;i&gt;le contexte agricole tendu n’est actuellement pas favorable à son retrait de la liste des ESOD &lt;/i&gt;», l’historien cultive l’espoir qu’un jour lui soit retirée cette étiquette.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Au printemps dernier, un renard s’est immiscé dans le poulailler de Jean-Louis Bonnin. La majorité de ses soixante poules et la totalité de ses six dindes sont alors décimées. «&lt;i&gt; J’ai eu les boules, mais j’ai pas pris le fusil. &lt;/i&gt;» Il a depuis enfoui ses clôtures dans le sol de quarante centimètres, et ajouté plusieurs rangées de fils électriques au lieu d’une seule. «&lt;i&gt; Démolir le vivant, c’est se tirer une balle dans le pied &lt;/i&gt;», conclut l’agriculteur. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Aucun chiffre stable ne permet d’évaluer la présence de renards roux en France, les écarts de populations étant très importants selon les saisons et les territoires.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; D’après les rares données transmises par l’Office français de la biodiversité, au moins 388 078 renards ont été abattus lors de la saison 2023-2024.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3.&lt;/b&gt; Publiée en mars 2026, une étude du Muséum national d’histoire naturelle souligne le caractère « &lt;i&gt;inefficace&lt;/i&gt; » de la destruction des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4.&lt;/b&gt; Fixée au niveau départemental, la liste des ESOD autorise la destruction d’espèces toute l’année. Le renard roux est classé ESOD dans 88 départements.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;5.&lt;/b&gt; En dehors des attaques occasionnelles de loup et de lynx, le renard n’est pas prédaté en France mais voit sa population limitée par la capacité biotique (la capacité d’accueil du milieu).&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;6.&lt;/b&gt; Didier Pépin, Pierre Feuvrier, Thibaut Powolny et Patrick Giraudoux, « Au-delà de la controverse, étude des effets de la gestion du renard roux sur les volailles dans le massif du Jura », dispositif Careli (campagnols, renards, lièvres), 2025.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;7.&lt;/b&gt; Joëlle Zask, &lt;i&gt;Zoocities&lt;/i&gt;, Premier Parallèle, 2020.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>4 figures qui ont pensé ensemble plaisir et révolution</title>
		<id>2174</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/william-morris-emma-goldman-aude-lorde-charles-fournier-4-figures-plaisir-et-revolution"/>
		<published>2026-07-09T09:56:00+02:00</published>
		<summary>Gourmandise, érotisme, danse révolutionnaire, beauté des objets du quotidien… La portée politique des plaisirs a été pensée et défendue par des hommes et femmes engagées, utopistes, visionnaires, qui en ont fait leur boussole, tant pour nourrir leurs réflexions théoriques que leur militantisme. Retour sur quatre exemples aussi joyeux que révolutionnaires.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/4portraits76_1783584357-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Emma Goldman - &lt;/b&gt;&lt;b&gt;(1869-1940) : vivre intensément&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;h3&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/emmagoldman76_1783584140-png_1783584140-1.png&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt;&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;b&gt;« Les belles choses ne sont pas un luxe mais une nécessité. La vie serait insupportable sans elles. »&lt;/b&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;En 1889, l’anarchiste russe Emma Goldman a 20 ans quand elle quitte son mari pour débarquer à New York,&lt;/b&gt; avec 5 dollars et le journal anarchiste &lt;i&gt;Die Freiheit&lt;/i&gt; (« La Liberté ») en poche – fondé par son idole, le révolutionnaire allemand Johann Most. Dans son récit autobiographique &lt;i&gt;Vivre ma vie&lt;/i&gt;, publié en 1931, elle explique qu’après un début de vie « &lt;i&gt;misérable&lt;/i&gt; » en Russie marqué par la précarité, « &lt;i&gt;la forêt, la lune éclairant les champs et ses reflets argentés, les couronnes de verdure dans nos cheveux, les fleurs que nous ramassions &lt;/i&gt;[lui ont permis]&lt;i&gt; d’oublier pour un temps l’environnement sordide de la maison &lt;/i&gt;». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Ce qu’elle narre dans son autobiographie est loin de l’image caricaturale de l’anarchiste lanceur de bombes et austère. Emma Goldman consacre sa vie militante à garantir « &lt;i&gt;la liberté, le droit pour chacun de s’exprimer, le droit pour tous de jouir des belles choses &lt;/i&gt;». Le jour de son arrivée à New York, elle fait la rencontre d’Alexandre Berkman, surnommé Sasha, au café Sachs, alors le QG des anarchistes. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Déjà convertie à « la Cause » – depuis l’« affaire du Haymarket », où des anarchistes, accusés d’avoir posé une bombe à Chicago, sont condamnés à mort –, Emma Goldman s’interroge néanmoins sur la rigidité de l’engagement de Sasha, son futur amant et camarade de lutte, pour qui «&lt;i&gt; un bon anarchiste est quelqu’un qui ne vit que pour la &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Cause et donne tout pour elle &lt;/i&gt;». Doit-on vraiment renoncer à tout pour être une bonne révolutionnaire ?&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Retrouvez ces portraits dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;, librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-76&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvproduitn76_1782306707-png_1782306707-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Sur le besoin et l’importance de la beauté, celle qu’on surnommait aussi « Emma la Rouge » partage davantage la sensibilité d’un autre camarade rencontré le même jour – et également futur amant –, Fedya, un jeune esthète qui lui fait visiter New York. Lors d’un bal, alors qu’elle danse et se montre «&lt;i&gt; des plus gaies et des plus infatigables &lt;/i&gt;», un militant lui glisse à l’oreille qu’il s’agit d’« &lt;i&gt;un comportement indigne &lt;/i&gt;» pour une figure montante du mouvement anarchiste.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; Une remarque à laquelle Emma Goldman répondra : « &lt;i&gt;L’ingérence effrontée de ce garçon me mit en colère. Je lui conseillai de se mêler de ses affaires. J’en avais assez qu’on m’envoie toujours la Cause à la figure. Pour moi, une Cause qui représentait un bel idéal, l’anarchisme, la libération et la délivrance de toutes les conventions et de tous les préjugés ne devait pas revendiquer le rejet de la vie et de la joie. &lt;/i&gt;» Rien d’étonnant à ce qu’on lui prête, bien plus tard, l’apocryphe : « &lt;i&gt;Si je ne peux pas danser dans votre révolution, je ne veux pas de votre révolution. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;* Extrait du livre&lt;/b&gt; &lt;i&gt;Vivre ma vie&lt;/i&gt;, L’Échappée, 2018.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Charles Fourier &lt;/b&gt;&lt;b&gt;(1772-1837) : luxe et gourmandise&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;h3&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/charlesfourrier76_1783584147-png_1783584147-1.png&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt;&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;b&gt;« [Le peuple] n’exige pas un festin de truffes et d’ortolans, mais il veut les comestibles de son ressort, pain, bouillon, viande, légumes, fromage, laitage, et vin en bonne qualité ; c’est le premier emploi qu’il veut faire de sa souveraineté, être bien nourri. »&lt;/b&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Penseur « &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;solitaire et loufoque&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt; »&lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;,&lt;/b&gt; &lt;b&gt;Charles Fourier se décrivait lui-même comme un «&lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt; utopiste casse-cou&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt; »&lt;/b&gt;. Né en 1772 à Besançon dans une famille aisée de commerçants, il vit d’abord à Lyon, où il travaille dans le commerce de denrées coloniales, puis dans le négoce de textile. Témoin «&lt;i&gt; de la pauvreté des classes qui portent le faix de l’industrie&lt;/i&gt; » et en opposition au capitalisme naissant, il rêve d’une société radicalement différente : l’« &lt;i&gt;Harmonie&lt;/i&gt; », fondée sur « &lt;i&gt;l’association domestique et agricole&lt;/i&gt; » et avec la particularité de réunir toutes les classes sociales.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; Le mode d’organisation collective qu’il imagine, le « phalanstère » (contraction de « phalange » et de « monastère ») est, en effet, loin de l’ascétisme des moines. Réunissant jusqu’à 300 à 400 familles, il est à la fois un lieu de vie, de production et de divertissement, où chacun est libre d’exercer l’activité qu’il souhaite. Charles Fourier l’imagine en détails : localisé près d’un cours d’eau sur un terrain fertile, il dispose de plusieurs appartements et salles publiques reliés par des « rues-galeries » couvertes pour faciliter la circulation. Un agencement pensé pour favoriser «&lt;i&gt; l’attraction passionnelle&lt;/i&gt; », soit le fait de pouvoir jouir, de manière égale, des « &lt;i&gt;passions&lt;/i&gt; ». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Le philosophe les classe en plusieurs catégories, comme les passions « &lt;i&gt;luxueuses&lt;/i&gt; », liées à la recherche du plaisir des cinq sens (goût, odorat, ouïe, vue et toucher) ou les passions « &lt;i&gt;affectives&lt;/i&gt; », relatives aux liens sociaux. Pour lui, il fallait autant rechercher le plaisir du contact des autres que celui d’alterner les activités ou encore d’« &lt;i&gt;allier les sens à l’âme &lt;/i&gt;», au sein d’espaces culturels qui seraient accessibles à tous dans chaque phalanstère, comme le théâtre ou les bibliothèques. Parmi tous ces plaisirs ou «&lt;i&gt; luxes internes &lt;/i&gt;», Charles Fourier en distingue un : la gourmandise. «&lt;i&gt; Le bien manger comme haute politique sociale repose sur une agriculture de qualité donc revisitée si bien que Fourier fait de la campagne et des territoires de subsistance le pivot de sa théorie sociétaire &lt;/i&gt;», note Chantal Guillaume dans &lt;i&gt;Fourier ou l’utopie en réel&lt;/i&gt; (Les presses du réel, 2024). &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Dans cette société idéale, la «&lt;i&gt; généralisation de la gourmandise&lt;/i&gt; » s’accompagne aussi d’une recherche perpétuelle de beauté. Le phalanstère repose ainsi sur une agriculture paysanne qui valorise autant les cultures pour la subsistance, comme les légumes ou les fruits, que celle des fleurs pour la beauté des paysages. Si ce précurseur et représentant du socialisme utopique n’a jamais pu contempler les fameux phalanstères qu’il a imaginés, il aura néanmoins ouvert une brèche, écrit Chantal Guillaume, « &lt;i&gt;celle de reconsidérer nos préférences, nos priorités, les plaisirs, la gourmandise, &lt;/i&gt;[et] &lt;i&gt;un travail dosé et attrayant… &lt;/i&gt;».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;* Extrait du livre&lt;/b&gt; &lt;i&gt;La Fausse Industrie&lt;/i&gt;, Les presses du réel, 2013&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Audre Lorde &lt;/b&gt;&lt;b&gt;(1934-1992) : l’érotisme comme puissance&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;h3&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/audelorde76_1783584154-png_1783584154-1.png&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt;&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;b&gt;« Reconnaître la puissance de l’érotisme dans nos existences peut nous donner l’énergie nécessaire pour poursuivre la transformation de notre monde, au lieu de nous satisfaire d’un simple changement de rôles au sein du même vieux drame éculé. »&lt;/b&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Quand la militante féministe Audre Lorde présente le texte&lt;/b&gt; dont sont issues ces lignes (lors de la quatrième conférence sur l’histoire des femmes, au Mount Holyoke College, dans le Massachusetts) elle a 44 ans. La même année, la poète noire, féministe, lesbienne, mère et guerrière – comme elle aimait se définir – apprend qu’elle a un cancer du sein. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;À ce moment, elle est au sommet de sa carrière, et son œuvre, aussi poétique que théorique, est pétrie d’érotisme. Car le corps, pour Audre Lorde, est source de connaissance et la maladie lui donne une nouvelle raison de l’explorer. « &lt;i&gt;De ma chair qui a faim / et ma bouche qui sait / vient la forme que je cherche à la raison &lt;/i&gt;», résume-t-elle dans le poème « Par une nuit de pleine lune » du recueil &lt;i&gt;Charbon&lt;/i&gt; (L’Arche, 2023). Dans le texte nommé « De l’usage de l’érotisme : l’érotisme comme puissance », Audre Lorde redonne un sens politique au terme « érotisme », trop souvent circonscrit au seul domaine sexuel. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Tantôt « a&lt;i&gt;ffirmation de la force vitale&lt;/i&gt; » ou « &lt;i&gt;puissante énergie créatrice &lt;/i&gt;», l’érotisme – du grec &lt;i&gt;eros&lt;/i&gt;, en référence au dieu grec qui transforme le chaos en cosmos – permet de «&lt;i&gt; ressentir profondément la texture de notre existence &lt;/i&gt;». Elle invoque en particulier la puissance de la poésie pour exprimer cet élan vital, un genre littéraire qui éclaire les sources potentielles de joie, tout comme elle peut en être elle-même la source « &lt;i&gt;en tant que sublimation révélatrice de l’expérience&lt;/i&gt; », écrit-elle en 1977. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Loin d’être son seul moyen d’action, elle participe trois ans plus tôt à la création de Combahee River, un collectif composé de femmes noires qui entend combattre toutes les formes d’oppression, et crée, au début des années 1980 à New York, la maison d’édition Kitchen Table: Women of Color Press, dans le but de publier des autrices non blanches, sous-représentées sur les étals des bibliothèques et des librairies. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Nourrie par ses rencontres, elle revendique une intersectionnalité des luttes et encourage la multiplication des expériences érotiques collectives comme la danse, le jeu ou la lutte, qui ont souvent été, pour elle, «&lt;i&gt; le point de départ d’actions collectives concertées qui n’auraient pas été possibles auparavant &lt;/i&gt;». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Le désir de créer des espaces de lutte joyeux, qui traverse ces dernières années le mouvement écolo, est peut-être l’un des héritages directs de son œuvre. Car l’érotisme, explique-t-elle, active notre capacité à éprouver de la joie : « &lt;i&gt;Tout comme mon corps se tend au&lt;/i&gt; &lt;i&gt;son de la musique et lui répond en s’ouvrant, attentif à ses rythmes les plus profonds, chaque niveau de sensation m’ouvre la porte d’une expérience érotique épanouissante, qu’il s’agisse de danser, de construire une bibliothèque, d’écrire un poème ou d’étudier une idée. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Alors que le système capitaliste définit le bien en termes de profits, l’érotisme d’Audre Lorde invite à se reconnecter à ses désirs profonds et à apprendre à refuser ce qu’on nous impose comme seul horizon possible.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;* Extrait du livre&lt;/b&gt; &lt;i&gt;Sister Outsider. Essais et propos sur la poésie, l’érotisme, le racisme, le sexisme…&lt;/i&gt;, L’Arche Éditeur, 2018.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;William Morris &lt;/b&gt;&lt;b&gt;(1834-1896) : plaisir pour tous&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;h3&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/williammorris76_1783584159-png_1783584159-1.png&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt;&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;b&gt;« Notre vie tout entière pourrait être une fête si nous étions résolus à rendre tous nos travaux raisonnables et agréables. »&lt;/b&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Cette citation, extraite de la conférence « Travail utile, fatigue inutile » datant de 1884,&lt;/b&gt; &lt;b&gt;reflète bien la pensée du prolifique William Morris,&lt;/b&gt; tout à la fois peintre, poète, tisserand, tapissier, traducteur, décorateur, romancier, éditeur et imprimeur… Né en 1834 dans un milieu aisé, il passe son enfance à arpenter les bois proches des propriétés familiales à Essex, en Angleterre. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Il a 51 ans lorsqu’il cofonde le courant politique Socialist League et qu’il contribue à populariser le mouvement Arts and Crafts (« Arts et Artisanats »), qui entend réformer les arts décoratifs et réhabiliter le travail artisanal. Lui qui considérait l’art comme « &lt;i&gt;le moyen par lequel l’homme exprime le bonheur qu’il éprouve à travailler &lt;/i&gt;» lutta, le restant de sa vie, contre toute forme de laideur. En particulier celle créée par le capitalisme. Lors de sa prise de parole, il attaque l’idée que « &lt;i&gt;tout travail est bon en soi&lt;/i&gt; ». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Pour lui, le développement sans limite de l’industrie génère des objets standardisés de mauvaise qualité issus d’activités avilissantes, « &lt;i&gt;du travail d’esclaves &lt;/i&gt;[qui]&lt;i&gt; revient juste à travailler dur pour vivre, afin de pouvoir vivre pour travailler dur &lt;/i&gt;». À l’inverse, explique-t-il, «&lt;i&gt; le travail de valeur apporte avec lui l’espoir du plaisir que l’on tire du repos, l’espoir du plaisir que procure l’utilisation de ce qu’il a produit, et l’espoir du plaisir lié à l’exercice au quotidien de nos facultés créatrices&lt;/i&gt; ». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Dans « L’Art du peuple », une autre conférence donnée devant la Birmingham Society of Arts and School of Design en 1879, le socialiste plaidait déjà pour « &lt;i&gt;un art du peuple, pour le peuple, qui est une joie pour l’artisan et pour l’utilisateur &lt;/i&gt;». Mais c’est dans le texte &lt;i&gt;Comment nous vivons, comment nous pourrions vivre&lt;/i&gt; – qui préfigure le roman à succès &lt;i&gt;Nouvelles de nulle part&lt;/i&gt; (Libertalia, 2024) paru en 1890 – qu’il décrit ce que serait l’organisation idéale d’une société postcapitaliste. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;En plus de l’exigence portée à la beauté des objets du quotidien, il énumère plusieurs « droits fondamentaux », comme préalables indispensables à la construction d’une vie riche. En premier lieu, le droit à la santé, simple « &lt;i&gt;plaisir d’exister&lt;/i&gt; », suivi du droit à l’instruction, aux loisirs et à un travail épanouissant et, enfin, le droit à un cadre de vie à la fois « &lt;i&gt;beau et généreux &lt;/i&gt;». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Car, rappelle-t-il, les «&lt;i&gt; vraies richesses &lt;/i&gt;», contrairement à ce que la société de consommation veut nous faire croire, se trouvent tout autour de nous. «&lt;i&gt; Le soleil, l’air frais, la surface intacte de la terre, la nourriture, des vêtements et un abri décents ; l’accumulation de connaissances de toutes sortes et la possibilité de les transmettre ; les moyens pour les hommes de communiquer librement entre eux ; les œuvres d’art, la beauté que l’homme peut créer quand il se montre plus humain, plus ambitieux et plus réfléchi : autant de choses qui répondent au plaisir des hommes libres, sains et courageux. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;* Extrait du livre&lt;/b&gt; &lt;i&gt;Travail utile, fatigue inutile&lt;/i&gt;, Rivages, 2023.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Chantal Guillaume, &lt;i&gt;Fourier ou l’utopie en réel&lt;/i&gt;, Les presses du réel, 2024.&lt;/p&gt;</content>
	</entry>
	<entry>
		<title>« Un réseau de contre-surveillance citoyen s’est mis en place face à l’ICE »</title>
		<id>2173</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/minneapolis-ice-violences-resistances-etats-unis-trump-rafael-gonzalez-tufawon"/>
		<published>2026-07-08T17:56:00+02:00</published>
		<summary>Depuis l’investiture de Donald Trump aux États-Unis, les violences du Service de l’immigration et des douanes (ICE), chargé d’identifier les immigrés en situation irrégulière, explosent dans tout le pays. À Minneapolis, ville démocrate particulièrement visée où l’administration a déployé près de 3 000 agents à partir de décembre 2025, les habitants se sont organisés pour résister. Pour en témoigner, le rappeur Rafael Gonzalez, alias Tufawon, engagé dans de nombreux combats pour les droits humains, était de passage à Paris en avril 2026 dans le cadre d’une tournée internationale, aux côtés d’autres figures anti-ICE. Un périple visant à attirer notre attention sur le financement par les grandes banques européennes des technologies de surveillance et du système carcéral anti-immigration aux États-Unis. Entretien.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/iceentretien_1783526276-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Avec plus de 4 000 arrestations, l’opération anti-immigration Metro Surge lancée par Donald Trump en décembre 2025 a déclenché une répression d’ampleur inédite dans l’agglomération de Minneapolis-Saint Paul. Pouvez-vous revenir sur ce qu’il s’est passé ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La ville a été spécifiquement ciblée après la diffusion, par des réseaux d’extrême droite, de pseudo-enquêtes&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; accusant la communauté somalienne de Minneapolis de fraude à l’argent public. En moins d’un mois, près de 3 000 agents de l’ICE ont été déployés. Officiellement, l’opération visait à interpeller les «&lt;i&gt; criminels dangereux&lt;/i&gt; ».&amp;nbsp; Or, la majorité des personnes interpellées n’avaient aucun casier judiciaire&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Il s’agissait surtout d’une chasse aux personnes immigrées, faisant régner un climat de terreur et de chaos. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;On entendait les hélicoptères voler 24 h sur 24, 7 jours sur 7. Nos voisins immigrés restaient enfermés chez eux. Chaque jour, des personnes se faisaient brutalement arrêter et déporter en centre de détention. Face à ce déferlement de violences, les habitants ont immédiatement riposté, en tentant notamment de s’interposer lors des interpellations. C’est ce qui a conduit aux meurtres de Renee Good et Alex Pretti&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Retrouvez cet article dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;, librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-76&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvproduitn76_1782306707-png_1782306707-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Minneapolis, ville historiquement démocrate, est le berceau de nombreuses luttes pour les droits civiques, et possède une longue histoire de contestation politique, communautaire et syndicale&lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;. Comment s’est-elle organisée face à la police de l’immigration ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ce qui se passe avec Trump n’a rien de nouveau au regard de notre histoire. Nos ancêtres ont toujours dû combattre les violences d’État, qu’elles soient coloniales, sociales ou policières. Minneapolis est le berceau de l’American Indian Movement, fondé en 1968 pour lutter contre les violences policières, et très vite associé au Black Power. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En 2020, le meurtre de George Floyd avait déjà traumatisé la ville. Il est donc logique qu’en 2026, face aux exactions de l’ICE, des dizaines de milliers de personnes, issues des communautés marginalisées, des syndicats, des organisations sociales, culturelles ou religieuses, se soient mobilisées pour se protéger les unes les autres en s’inspirant de pratiques héritées de soulèvements antérieurs.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Un réseau de contre-surveillance citoyen s’est mis en place dans toute la ville afin de suivre les agents sur le terrain et relayer leur activité en temps réel via des groupes Signal. Surnommé « Rapid Response Network », il s’appuyait sur des observateurs légaux&lt;b&gt;&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, les ICE Watchers, qui patrouillaient dans leurs quartiers munis de sifflets et de téléphones dans le but de signaler la présence d’agents et de documenter en détail leurs moindres faits et gestes.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« On perçoit bien cette interconnexion, caractéristique de la politique fasciste de Trump, qui allie renforcement sécuritaire et domination énergétique – au détriment des droits humains.&lt;/b&gt;&lt;b&gt; »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ce réseau de surveillance s’est doublé d’un réseau d’entraide pour soutenir les personnes les plus ciblées par l’ICE [et ne pouvant sortir de chez elles de crainte d’être arrêtées, NDLR]. Des habitants leur livraient des courses ou accompagnaient leurs enfants à l’école. De nombreux commerces, tels que le café Pow Wow Grounds ou le centre culturel Mashkiki Studios LLC, dans le sud de Minneapolis, se sont transformés en point d’accueil et d’échanges pour déposer des dons, servir des repas et distribuer du matériel de protection.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Des rassemblements se sont tenus en continu devant le centre de détention du siège de l’ICE, le Whipple Building, ainsi que des manifestations bruyantes devant les hôtels où logeaient les agents pour les empêcher de dormir. À la suite des meurtres de Renee Good et Alex Pretti, les syndicats ont décidé de faire pression sur l’économie locale en organisant deux journées de grève générale, les 23 et 30 janvier, accompagnées de grandes manifestations dans les rues et les aéroports réunissant plus de 100 000 personnes.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Où en est la situation aujourd’hui ?&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;L’ampleur du mouvement et la diversité des tactiques ont fortement entravé l’action de l’ICE. La montée des confrontations a fini par alerter la chambre de commerce du Minnesota. Fin janvier, une soixantaine d’entreprises (dont Target et BestBuy) ont publié une lettre ouverte pour appeler à une «&lt;i&gt; désescalade immédiate des tensions &lt;/i&gt;». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Leur geste a eu une influence déterminante sur l’administration Trump, qui a mis fin à l’opération Metro Surge le 12 février. Le nombre d’agents est passé de 3 000 à 500. Mais leurs opérations n’ont pas cessé pour autant : ils opèrent seulement de façon plus dispersée et discrète.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Le durcissement de cette répression policière n’est pas que le fait de Donald Trump. Vous êtes venus en Europe pour dénoncer l’implication des banques européennes dans les opérations de surveillance et de contrôle des populations. Qui sont les acteurs concernés et que financent-ils ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ce travail a été mené par l’ONG suisse BreakFree&lt;b&gt;&lt;sup&gt;6&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, qui est à l’initiative de cette tournée. Elle a identifié différents acteurs à travers l’Europe : la Banque nationale suisse et UBS en Suisse, Amundi et BNP Paribas en France, APB aux Pays-Bas… Ces acteurs investissent des milliards de dollars dans des entreprises privées telles que Palantir, CACI International, CoreCivic, AT&amp;amp;T ou encore Geo Group, qui développent des infrastructures de contrôle et de répression, dans un contexte où l’industrie carcérale et le budget de l’ICE explosent aux États-Unis (nouvelles prisons, nouveaux outils, multiplication des effectifs, etc).&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/iceentretien2_1783583695-png_1783583695-1.png&quot; style=&quot;width: 1170px;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;CoreCivic gère des centres de détention privés, notamment le Dilley Immigration Processing Center&lt;b&gt;&lt;sup&gt;7&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, largement décrié pour ses conditions d’incarcération. Geo Group a été impliquée dans le recrutement de chasseurs de primes payés pour traquer les migrants. Palantir, qui est notre principale cible, développe des technologies de surveillance de masse basées sur l’intelligence artificielle (IA) qui ont été au cœur de l’opération Metro Surge à Minneapolis, et sont déployées pour contrôler les populations partout dans le monde.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;BNP Paribas, Banque nationale suisse, UBS… des acteurs qui financent aussi largement l’extractivisme fossile et contre lesquels vous aviez déjà effectué une tournée de « désinvestis-sement » en Europe en 2017. Quels liens faites-vous entre le développement des technologies de répression et l’expansion de l’industrie fossile ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il s’agit de deux industries à l’intersection du fascisme et de la destruction environnementale. Aux États-Unis, les communautés autochtones sont les premières victimes de l’implantation des pipelines pétroliers. En 2016, nous avons formé un mouvement de résistance autochtone, les Water Protectors, avec lequel nous avons, en vain, tenté de stopper la construction du Dakota Access Pipeline (DAPL), un oléoduc de 1 825 kilomètres qui passait sous le lac réservoir du fleuve Missouri près de la réserve indienne de Standing Rock. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En 2020, nous nous sommes de nouveau soulevés contre l’extension du pipeline Line 3 dans le Minnesota, qui mettait en danger les cultures de rizières sauvages dont dépendent les communautés anichinabés. Ces deux luttes menées par des communautés natives ont été sévèrement réprimées, avec des méthodes similaires à celles de l’ICE : arrestations de masse, raids, tirs de balles en caoutchouc, etc.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Désormais, cette répression s’intensifie et se généralise en s’appuyant massivement sur les systèmes d’IA, comme ceux développés par Palantir. Or leur fonctionnement nécessite la construction de puissants centres de données qui accaparent à leur tour les territoires et les ressources des communautés natives. L’association Honor The Earth, qui lutte pour la souveraineté autochtone, s’attaque désormais à leur prolifération et a récemment lancé une campagne dans la réserve indienne Northern Cheyenne (Montana) pour protester contre la future installation d’un méga-&lt;i&gt;data center&lt;/i&gt; associée à une centrale nucléaire. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;On perçoit bien cette interconnexion, caractéristique de la politique fasciste de Trump, qui allie renforcement sécuritaire et domination énergétique – au détriment des droits humains, particulièrement ceux des communautés marginalisées. Notre combat à Minneapolis va au-delà du système ICE : il doit servir de modèle pour lutter contre l’offensive fasciste partout ailleurs dans le monde. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Rafael Gonzalez (alias Tufawon)&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Activiste états-unien d’origine dakota et boricua, Rafael Gonzalez est un rappeur auteur-compositeur-interprète du sud de Minneapolis, engagé dans de nombreux combats contre l’industrie fossile et les violences policières. Membre des Water Protectors, un mouvement autochtone de défense des eaux, il a milité dans les campements de résistance de Standing Rock (Dakota du Nord) contre la construction de l’oléoduc Dakota Access Pipeline (DAPL) en 2016, et ceux contre l’extension de l’oléoduc Line 3 dans le Minnesota en 2020. À Minneapolis, il s’est mobilisé au sein des mouvements de protestation faisant suite à l’assassinat de George Floyd, et plus récemment dans les révoltes contre l’ICE. En parallèle, il anime le programme WAVWARRIOR à travers lequel il enseigne la production musicale comme outil d’éman-cipation auprès des jeunes de sa communauté.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Tournée « Stand Up With Minnesota »&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Organisée en avril 2026 par une coalition d’associations européennes parmi lesquelles Breakfree (Suisse), Attac (France) ou encore Fossielvrij (Pays-Bas), cette tournée internationale visait à mettre en lumière les investissements des acteurs financiers du continent dans des entreprises prestataires de l’ICE comme Palantir, AT&amp;amp;T, General Dynamics ou CoreCivic. En France, on retrouve le groupe Amundi, qui cumule près de 4 milliards de dollars d’investissements dont 2,8 milliards de dollars rien que pour Palantir. Puis le groupe BNP, qui a investi 1,5 milliard de dollars dont près d’1 milliard pour Palantir. En Suisse, l’épicentre de la tournée, sont impliquées notamment les banques UBS, avec 4,2 milliards de dollars d’investissements, et la Banque nationale suisse, avec 1,8 milliard. En pointant leur soutien financier à des entreprises associées à des politiques de répression et de surveillance, cette campagne cherche à ternir suffisamment leur réputation pour les inciter à retirer leurs fonds. La démarche a obtenu le soutien officiel de la ville de Minneapolis, qui a voté une résolution pour apporter son appui à la tournée et appeler formellement au désinvestissement des acteurs européens concernés.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Notes :&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Voir l’enquête du journal conservateur &lt;i&gt;City Journal&lt;/i&gt; « The largest funder of Al-Shabaab Is the Minnesota taxpayer » et la vidéo de l’influenceur d’extrême droite Nick Shirley « I investigated Minnesota’s billion dollar fraud scandal » (YouTube), qui accusent la communauté somalienne de détourner des fonds publics pour financer des groupes islamistes ou des fausses crèches. Ces « enquêtes » ont ravivé le scandale d’une affaire de fraude similaire révélée en 2020 lors de la pandémie aux États-Unis.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2. &lt;/b&gt;Voir les synthèses réalisées par &lt;i&gt;The Guardian&lt;/i&gt;, « &lt;a href=&quot;https://www.theguardian.com/us-news/ng-interactive/2025/aug/29/trump-immigration-ice-cbp-data&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;By the numbers: the latest ICE and CBP data on arrests, detentions and deportations in the US&lt;/a&gt; ».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3.&lt;/b&gt; Renee Good a été abattue le 7 janvier 2026 lors d’une interpellation à bord de sa voiture. Alex Pretti a été abattu le 24 janvier 2026 alors qu’il tentait de filmer une intervention des agents de l’ICE.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4.&lt;/b&gt; Lire la tribune de l’historien Darius Devos, « &lt;a href=&quot;https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/02/20/a-minneapolis-l-ice-s-est-heurte-a-une-histoire-politique-suffisamment-dense-pour-produire-un-rapport-de-force_6667510_3232.html?srsltid=AfmBOooBOc4WsZ2KIE63JcUEBBOqf0k-e6jdI1AsZqBLvyl2gfQDzKWU&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;À Minneapolis, l’ICE s’est heurté à une histoire politique suffisamment dense pour produire un rapport de force&lt;/a&gt; », &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 20 février 2026.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;5.&lt;/b&gt; Terme désignant des citoyens volontaires chargés de surveiller des événements pouvant amener à des affrontements entre activistes et forces de l’ordre afin de documenter toute action qui enfreint la loi.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;6.&lt;/b&gt; ONG qui lutte contre le financement de projets destructeurs pour le climat et les droits humains, breakfreesuisse.org.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;7.&lt;/b&gt; Célèbre centre de détention pour immigrés situé au Texas.&lt;/p&gt;</content>
	</entry>
	<entry>
		<title>Myriam Bahaffou : « L’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains »</title>
		<id>2172</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/myriam-bahaffou-eropolitique-ecologie-erotisme-nature-vivant"/>
		<published>2026-07-08T17:47:00+02:00</published>
		<summary>« La question érotique est une question écologique » : partant de ce postulat, la philosophe écoféministe Myriam Bahaffou explore les façons d’érotiser nos relations et nos expériences, sensuelles, charnelles, esthétiques, intellectuelles, avec les mondes autres qu’humains. Inspirée par le mouvement décolonial et queer, elle milite pour une jouissance débarrassée des injonctions capitalistes : prédation, productivité, privatisation. Entretien avec une chercheuse aux propos aussi libres que déjantés.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/myriambahaffou76_1783525828-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Dans ton dernier ouvrage, &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Éropolitique. Écoféminismes, désirs et révolution&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;, tu appelles le mouvement écologique à se ressaisir de l’érotisme, pourquoi ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Parce que sans érotisme, nous n’avons tout simplement aucune chance ; parce que l’écologie implique par nature de reconnaître l’érotisme des autres qu’humains, et enfin parce que tout engagement militant implique un rapport érotique à sa propre lutte.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;C’est pour cela que les luttes incluent aussi des ateliers, de la danse, du chant, de la cuisine, des balades naturalistes… La dimension charnelle du politique se vit aussi dans nos amitiés et nos amours, qui nous font bouger.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ce ne sont pas seulement les discussions très théoriques qui nous font, mais les moments de tendresse, d’amour, de larmes. Toute cette dimension émotionnelle et charnelle suscite attirance et excitation : c’est là que je localise l’érotique. Nous devenons militant·es parce que nous aimons le monde tellement passionnément que nous sommes prêt·es à nous battre pour lui : cet « amour » n’est pas purement idéal, il est aussi physique et affectif.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;D’ailleurs, les mouvements réactionnaires développent de leur côté une érotique morbide de la domination, par leur défense de la culture du viol, de l’extractivisme, de la guerre, avec une érotisation croissante des formes de pouvoir et des figures d’autorité. En miroir, les formes de vie dont l’érotisme est &lt;i&gt;gratuit&lt;/i&gt;, c’est-à-dire qui ne sert ni la nation, ni la reproduction, ni l’État, sont prises pour cible. L’érotisme écologique permet d’exiger un &lt;i&gt;ici et maintenant de la jouissance d’une vie en commun&lt;/i&gt;, une vie qui se savoure, qui excite nos sens, physiques et psychiques, une vie où le plaisir n’est ni une récompense ni un luxe, ni le produit du capitalisme.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;À quelles pratiques concrètes renvoie l’« éropolitique » qui donne son titre à ton ouvrage ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Toute la troisième partie du livre renvoie à des expériences – terme que je préfère au terme de « pratiques ». J’y traite de BDSM, d’usage de psychédéliques, de jeûne et de danse. Chacune de ces expériences sont éropolitiques en ce qu’elles augmentent la sensation d’être en vie, qu’elles destituent l’ego, et qu’elles permettent de se décentrer face à des habitudes tellement mécaniques, des rapports au monde que l’on ne questionne plus toujours – pensons à nos relations sociales toujours convenues. Proposées dans un cadre collectif, ces éropolitiques peuvent être politisées, c’est-à-dire qu’on peut en faire quelque chose dans une perspective révolutionnaire.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Nous vivons des expériences éropolitiques tous les jours : nous avons juste peur d’en parler ainsi car on flippe, que ce soit vu comme pas assez militant, trop bizarre, ou superficiel. Or, c’est cette érotophobie, une notion développée par l’écoféministe Greta Gaard&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, qui fait précisément partie du problème.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Quel lien fais-tu entre les sexualités queers et l’érotisme écologique que tu défends ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;L’écologie est une lutte pour la durabilité et la soutenabilité de la biodiversité, c’est donc retrouver, comme dit la philosophe états-unienne Stacy Alaimo, « &lt;i&gt;l’émerveillement, la fascination et le plaisir pris à contempler les innombrables modalités de la diversité sexuelle non humaine, qui vibrent de désir et d’ingéniosité érotique &lt;/i&gt;». Quand nous disons que la nature est érotique, nous constatons simplement d’une part une multiplicité de comportements qui n’obéissent pas à la seule reproduction instinctive, comme on nous l’a fait croire, et, d’autre part, qu’il existe une poursuite du plaisir entreprise par les autres qu’humains sur Terre, quand iels ne sont pas empêché·es, entravé·es, tué·es et exploité·es.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ces approches sont notamment défendues par les penseurs et penseuses de l’écologie queer comme la Canadienne Catriona Sandilands ou la Française Emma Bigé&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Ils et elles ont rappelé que l’hétéronormativité, qui a longtemps prévalu dans la science du vivant (et qui est constamment mobilisée dans les discours réactionnaires actuels, pensons aux « mâles alpha » de nos mascus contemporains…), a aveuglé ou biaisé le champ de nos connaissances. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pensons à ces espèces qui changent de sexe ou montrent de constants comportements homosexuels, ces plantes qui s’autopollinisent… Leur existence permet de sortir de catégories figées et de s’émerveiller face au « bizarre », à la « déviance » (la &lt;i&gt;queerness&lt;/i&gt;), au cœur du processus de la vie-même. Cette vision queer de l’écologie fait aussi du plaisir un élément central : a contrario de ce que nous rabâche le capitalisme, on ne vit certainement pas pour se reproduire et mourir.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Tu précises que cet érotisme écologique est présent dans les cosmologies autochtones et décoloniales, peux-tu nous donner un ou deux exemples précis ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Parler d’autochtonie depuis un point de vue allochtone, surtout en écologie, nous fait très vite risquer l’homogénéisation. Je me suis particulièrement intéressée à la littérature « indigiqueer » et « bi-spirituelle » de la région Québec. Le premier terme, utilisé en 2004 par un réalisateur canadien d’ascendance cri, fait référence au vécu très spécifique des personnes queers issues d’une culture nord-amérindienne. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le second terme, « bispirituel » (&lt;i&gt;two spirits&lt;/i&gt;), moins contemporain, est une traduction du terme &lt;i&gt;niizh manidoowag&lt;/i&gt; en langue ojibwée, qui désigne une personne qui dépasse la binarité de genre : elle porte en elle un ou plusieurs esprits qui défient la binarité masculin/féminin, mais aussi humain/non-humain et vivants/morts.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ce terme recouvre des acceptions différentes selon les cultures autochtones de l’Île de la Tortue (qui englobe tout l’Amérique du Nord dont le Canada). Certaines personnes bispirituelles sont proches des mouvements LGBTIA+, mais cette notion dépasse la seule question de la sexualité ou du genre. La littérature issue de ces mouvements m’a permis de découvrir que le rapport aux autres qu’humains, en plus d’être, comme on a l’habitude de le dire, interdépendant, est surtout érotique.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Melissa K. Nelson, une chercheuse et activiste ojibwée, parle par exemple de la quantité de récits d’amour entre des femmes autochtones et des autres qu’humains : étoiles, ours ou coyotes. Loin d’être de simples métaphores, ces récits ancrent la réalité érotique du plus qu’humain. Pour elle, ces récits sont le signe d’une intelligence relationnelle qui n’a pas restreint l’érotisme ni la sexualité aux humain·es : c’est une érotique écologique qui ne tombe ni dans la romantisation harmonieuse (ces récits se finissent souvent mal), ni dans l’anthropocentrisme (ils n’agissent pas comme des paraboles lointaines).&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La terre, les plantes, la nourriture, le foisonnement des espèces, tout cela est une invitation à jouir ensemble, à être attiré·e et excité·e par le fait même que ces autres existent. J’invite les lecteurices à lire l’ouvrage &lt;i&gt;Lettre d’amour au territoire&lt;/i&gt;, qui a d’ailleurs pour titre original « Faire l’amour au territoire » (pudiquement transformé en français) de l’écrivain oji-cri Joshua Whitehead.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Est-ce que tu nous incites à « baiser dans les bois » ? Voire à « baiser avec les bois » ? L’éropolitique est-elle une invitation à l’écosexualité ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Pas nécessairement. L’éropolitique peut être très humano-centrée, mais c’est vrai que vu que j’écris sur, et depuis l’écologie, alors il y a pour moi la nécessité d’y inclure l’écosexualité, qui signifie transformer notre vision de la « nature » pour y puiser un contact plus viscéral et corporel avec elle : c’est l’écosexualité. L’écosexualité, ce n’est pas juste trouver un décor plus « naturel » pour aller baiser, c’est dés-anthropocentrer et même désexualiser nos pratiques (ça va ensemble).&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À quoi ressemblerait faire du sexe si je n’avais plus à prétendre que je suis un·e humain·e ? Et si je devenais chien·ne ? L’écosexualité consiste à envisager le plus qu’humain comme potentiel·le partenaire, amante, et reconnaître que notre désir n’a rien d’exceptionnellement humain. En cela, elle reste accessible à beaucoup d’entre nous. Pour certain·es, cela se traduit par être amoureux·se de sa terre familiale ravagée par le colonialisme, pour d’autres, c’est l’excitation causée par la pluie qui vient enfin tremper les plantes assoiffées, ou encore jouir de la bouffe qu’on a mis du temps à préparer.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Se « marier avec la Terre », comme le proposent les performeuses écosexuelles Beth Stephens et Annie Sprinkle que tu cites souvent, ça se traduit comment dans la vie conjugale quotidienne ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Peut-être déjà par questionner le sens même de « la vie conjugale quotidienne ». Il n’y a rien de tel dans mon travail ni dans mes imaginaires : se marier avec la Terre suppose que l’on déstabilise déjà l’idée de « conjugalité », pour finalement accepter que je suis en relation « conjugale » avec la Terre bien plus qu’avec n’importe quel·le humain·e de ma vie. Stephens et Sprinkle disent : autant acter ça !&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Quand elles font des mariages à la Terre, elles rappellent là aussi ce qui devrait être une évidence : il s’agit de notre partenariat le plus long. Au sein des humain·es, la « vie conjugale quotidienne » est une discipline de ce désir, qui d’une certaine manière se retrouve réduit à une sphère (domestique, privée, exclusive). Stephens et Sprinkle dé-conjugalisent, en quelque sorte, pour nous faire réaliser que nous n’appartenons jamais à personne. &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Myriam Bahaffou&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;est philosophe et militante écoféministe, antispéciste et décoloniale. Elle travaille sur les approches minoritaires en écologie, ainsi que sur les relations humains-animaux. Dernièrement, elle s’est intéressée à la place du désir dans les luttes, et plus précisément au potentiel écologique de l’érotisme, depuis une perspective multi-espèces et décoloniale. Elle traîne entre les lieux militants, les bancs d’université (parfois) et les espaces de pensée pour parler de (et faire) la révolution. Son dernier ouvrage, &lt;i&gt;Éropolitique. Écoféminismes, désirs et révolution&lt;/i&gt;, est paru aux éditions Le Passager clandestin en 2025, après un premier essai remarqué (&lt;i&gt;Des paillettes sur le compost,&lt;/i&gt; 2023).&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Éropolitique.&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;Écoféminismes, désirs et révolution&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;Myriam Bahaffou Le&amp;nbsp;&lt;/b&gt;Passager clandestin → 2025 - 288 pages - 22 €&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Dans cet ouvrage, Myriam Bahaffou livre d’abord une analyse de l’érotisme morbide, généré par le monde capitaliste et patriarcal, puis revient sur l’austérité et l’ascèse qui dominent parfois certains courants de la gauche occidentale. Avant d’en venir au cœur de sa thèse, au croisement des théories queers et décoloniales : l’éropolitique qui « &lt;i&gt;consiste à transformer le rapport prédateur et destructeur en une culture du renouvellement des forces génératives dans et de ce monde &lt;/i&gt;», et invite à « &lt;i&gt;prendre un plaisir joyeux, sans modération &lt;/i&gt;».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1. &lt;/b&gt;Écoféministe états-unienne, dont l’œuvre est non traduite en France. D’après Myriam Bahaffou dans &lt;i&gt;AOC&lt;/i&gt;, l’écrivaine définit l’érotophobie comme « &lt;i&gt;une hostilité générale vis-à-vis de la sensualité et du plaisir exprimés par des formes de vie variées et créatrices qui jouissent du monde, sous un mode qui se soustrait à la logique instrumentale&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; Son premier ouvrage, &lt;i&gt;Mouvementements. Écopolitiques de la danse&lt;/i&gt;, est paru en 2023 aux éditions La Découverte, et invite « &lt;i&gt;à sentir et à célébrer nos débordements plus qu’humains&lt;/i&gt; » à travers, notamment, la danse.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Colombie : Barranca bermeja, la ville où le pétrole est roi</title>
		<id>2171</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/colombie-barranca-bermeja-capitale-petroliere-violence-transition-energetique"/>
		<published>2026-07-08T17:20:00+02:00</published>
		<summary>Dans le Nord-Est colombien, la ville de Barrancabermeja est depuis un siècle la capitale pétrolière du pays. Alors que ses réserves déclinent, cette ville que les hydrocarbures ont aussi exposée à la pollution, à la corruption et à la violence des groupes armés illustre les dilemmes de la transition énergétique. Depuis quatre ans, le pays entend sortir des énergies fossiles : un enjeu au cœur de l’élection présidentielle qui se tient cette année.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/barrancabermeja1_1783524316-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Debout dans son embarcation, Jesús Echeverria se penche par-dessus bord : en équilibre précaire, il plonge dans la rivière une pelle de dragage. Tandis que ses pinces remontent des boues noires et brillantes, la surface de l’eau remuée s’irise instantanément de taches de graisse qui dégagent une intense odeur de pétrole. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Le cours d’eau El Rosario, sur lequel règne ce matin-là une chaleur étouffante, n’a pas volé le surnom dont l’ont rebaptisé ici les pêcheurs : la rivière Picho (« moisi »). « &lt;i&gt;Cela fait dix ans que l’on fait ici des relevés, que l’on dénonce et qu’il ne se passe rien&lt;/i&gt; », explique Yuly Velásquez, présidente de la Fédération de pêcheurs artisanaux, écologistes et touristiques du département de Santander (Fedepesan). À son tour, elle immerge dans l’eau un capteur. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;L’appareil auquel il est relié mesure en direct des paramètres représentatifs de la qualité de l’eau : pH, puissance d’oxydoréduction, quantité d’oxygène dissous, solides dissous… «&lt;i&gt; Toutes les valeurs sont préoccupantes &lt;/i&gt;», constate Juan Camilo Delgado Gaona, ingénieur environnemental à la Corporation régionale pour la défense des droits humains (Credhos), qui accompagne juridiquement la Fedepesan.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Retrouvez ce reportage dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;, librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-76&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvproduitn76_1782306707-png_1782306707-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;La fédération célèbre toutefois ce jour-là une première victoire : le 30 avril dernier, la justice a tranché en sa faveur, ordonnant notamment à l’entreprise pétrolière nationale Ecopetrol de mener dans les six prochains mois un suivi et des études sur l’état de ce cours d’eau qui relie la &lt;i&gt;ciénaga&lt;/i&gt; (lagune) Miramar, où se trouve la plus grande raffinerie de pétrole du pays, à la &lt;i&gt;ciénaga&lt;/i&gt; San Silvestre. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;C’est dans cet enchevêtrement de lagunes naturelles qu’est nichée Barrancabermeja, capitale pétrolière de la Colombie. Le pays andin, qui doit à sa diversité géographique – trois cordillères, l’Amazonie et des littoraux sur le Pacifique et l’Atlantique – une immense richesse géologique et minière, n’a pas le potentiel pétrolier de son voisin vénézuélien, et s’est historiquement davantage distingué pour l’exploitation du charbon. Mais l’or noir, dont il est le 24&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; producteur mondial avec environ 750 000 barils par jour, reste une source de revenus importante pour le pays.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Ville-pétrole&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;«&lt;i&gt; Ici, si vous demandez à un taxi de vous emmener dans le centre, il ne vous mènera pas à la zone commerciale mais à la zone de production pétrolière &lt;/i&gt;», prévient Leonardo Granados, secrétaire à l’environnement de Barrancabermeja. Il y a plus de cent ans que l’industrie des hydrocarbures est le cœur battant de cette ville de 230 000 habitants, traversée en ses sous-sols par des milliers d’artères, oléoducs et autres conduites qui transportent l’or noir entre les zones d’extraction, la raffinerie et le reste du pays : le pétrole est la raison même de l’existence de Barrancabermeja, fondée en 1922 après l’arrivée de la canadienne Tropical Oil Company. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dès lors s’y déploient « &lt;i&gt;trois grands blocs pétroliers, qui abritent 4 605 puits de pétrole dont plus de 3 500 actifs &lt;/i&gt;», précise l’élu. Dans la ville, les clins d’œil au pétrole sont fréquents, du bar baptisé « La Raffinerie » au supermarché « La Pétrolière ». Son plus grand symbole est le « Christ pétrolier » : plantée au milieu de la lagune Miramar dans laquelle les habitants déconseillent en blaguant de plonger la main – « &lt;i&gt;tu ressortirais avec un doigt en plus&lt;/i&gt; » –, l’immense statue métallique protège l’imposante raffinerie fumante qui se découpe en arrière-plan.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/barrancabermeja5_1783524578-png_1783524578-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Piscine sur le toit d’un hôtel à Barrancabermeja.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le point de vue sur ce décor saisissant est devenu, faute de mieux, le premier site à selfies de la ville et sa meilleure attraction touristique. Y pullulent les iguanes dont Ecopetrol, qui depuis les années 1960 a pris le contrôle de l’activité pétrolière locale, a fait son emblème. La raffinerie transforme 245 000 barils par jour et fournit 70 % des combustibles utilisés dans le pays. Une activité qui génère autour de 10 % des emplois de la ville, attractifs par leurs salaires et leurs conditions, et meut « &lt;i&gt;une grande partie de l’économie locale&lt;/i&gt; », tout en alimentant «&lt;i&gt; les ressources de la ville et en particulier des investissements sociaux &lt;/i&gt;», précise Andrés Montes, professeur à l’Université industrielle de Santander (UIS).&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;La manne pétrolière n’a pourtant pas ruisselé sur tout le monde à Barrancabermeja, et nombre de communautés alentour, « &lt;i&gt;même dans les principales zones de production de pétrole, n’ont accès ni à l’eau ni à l’électricité &lt;/i&gt;», souligne Juan Camilo Delgado Gaona. Mais elle génère « &lt;i&gt;une dépendance économique que nous ne sommes jamais parvenus, malgré des efforts, à diversifier&lt;/i&gt; », ajoute Andrés Montes. Exacerbée à Barrancabermeja, elle se reflète à l’échelle du pays dont 2,4 % du PIB et 30 % des exportations proviennent encore du gaz et du pétrole, malgré la politique de sortie des fossiles engagée au cours des quatre dernières années par le premier président de gauche du pays.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Où que vous marchiez, il y a de la contamination : l’air, l’eau, la terre, nous sommes un territoire toxique. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Durant son mandat, Gustavo Petro a suspendu la signature de tout nouveau contrat d’exploration de pétrole, de gaz et de charbon dans le pays, et a tenté d’impulser un élan international sur la question qui a culminé fin avril à Santa Marta, au nord du pays, lorsqu’il a réuni 57 pays pour la première conférence internationale sur la sortie des énergies fossiles. De l’élection présidentielle qui se tient cette année dépendra la poursuite ou non de cette politique énergétique controversée en interne, et en outre facilement réversible : freiné par de nombreux obstacles, «&lt;i&gt; le président a souvent échoué à légiférer sur ces questions, et a donc dû se contenter de décrets &lt;/i&gt;», relève Andrea Cardoso, économiste à l’université de Magdalena. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Qualifié au second tour de l’élection présidentielle face au candidat de gauche Ivan Cepeda soutenu par Gustavo Petro, Abelardo de la Espriella leader de l’extrême droite compte bien relancer les fossiles en cas de victoire&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; : au nom de la souveraineté énergétique, des ressources qu’ils fournissent à l’État et des emplois qu’ils génèrent. Élu local à Barrancabermeja, Leonardo Granados affirme que «&lt;i&gt; les choix brutaux&lt;/i&gt; » du gouvernement  Petro auraient mis « &lt;i&gt;2 500 familles au chômage&lt;/i&gt; » dans la ville. Cet impact économique, difficile à mesurer, est questionné : d’une part car « &lt;i&gt;Ecopetrol a demandé et obtenu, juste avant l’arrivée de Petro au pouvoir, le renouvellement de nombreux permis environnementaux jusqu’à 2030 &lt;/i&gt;», explique Juan Camilo Delgado Gaona. D’autre part parce que « &lt;i&gt;la baisse de l’activité que les travailleurs imputent au gouvernement provient du déclin des champs de pétrole de Barrancabermeja, qui sont vieux : ils ne font depuis des années l’objet que d’une récupération assistée&lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; &lt;i&gt;du pétrole résiduel&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Impunité sociale et environnementale&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;C’est aussi le passif environnemental et sanitaire laissé par les hydrocarbures qui commence à « &lt;i&gt;susciter le débat&lt;/i&gt; » sur l’avenir du pétrole à Barrancabermeja, même si les mobilisations ne datent pas d’hier : les pêcheurs, premiers témoins de la pollution, ont commencé à lancer l’alerte dès les années 1960. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;À quelques kilomètres du cours d’eau El Rosario « Picho&lt;i&gt; &lt;/i&gt;», où les membres de Fedepesan nous ont menés, se trouve la &lt;i&gt;ciénaga&lt;/i&gt; San Silvestre. Sur ses rives, la végétation luxuriante et les grues postées, impassibles et gracieuses, font à première vue illusion. La lagune, repaire de pêche autrefois abondant, souffre de multiples contaminations, dont celles issues des hydrocarbures – rejets d’eaux usées, puits de pétrole mal refermés, ruptures accidentelles ou volontaires de tubes… La dernière en date s’est produite dans la lagune en octobre 2025 par la rupture d’un oléoduc d’une filiale d’Ecopetrol. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Six mois plus tard, la zone délimitée par une barrière de contention censée stopper la dispersion du pétrole doit encore faire l’objet de mesures de récupération. Les pêcheurs ont depuis retrouvé trois lamantins morts dans les environs : l’animal, en voie d’extinction, est devenu pour les défenseurs de l’environnement locaux un symbole de la contamination pétrolière. À quelques centaines de mètres de là, d’immenses taches de graisse et une odeur saisissante ne laissent à nouveau aucune place au doute. « &lt;i&gt;Un vol de combustibles il y a huit mois &lt;/i&gt;», précise un pêcheur. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Pour être l’épicentre de la production de pétrole dans un pays agité par de nombreux conflits, Barrancabermeja est aussi un objectif militaire des groupes armés illégaux, qui ponctionnent le combustible dans les tuyaux «&lt;i&gt; pour l’utiliser dans la production de cocaïne et la logistique de leurs mines illégales d’or &lt;/i&gt;», déplore Juan Camilo Delgado Gaona.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/barrancabermeja3_1783524342-png_1783524342-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Le pêcheur Jesús Echeverría, membre de Fedepesan, lors d’une journée d’inspection environnementale.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Dans ce contexte, élever la voix contre l’industrie pétrolière signifie aussi « &lt;i&gt;déranger les intérêts de ces groupes&lt;/i&gt; » qui sèment terreur et divisions au sein des communautés et entre les pêcheurs au moyen d’extorsions, de menaces et d’attaques… À la suite d’attaques et de déplacements forcés, Yuly Velásquez vit sous protection, dans le pays qui détient le record de leaders environnementaux tués chaque année&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. « &lt;i&gt;Cela fait cinq ans que je ne sors plus acheter de l’eau au coin de la rue toute seule. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Dans ce contexte, aller pêcher devient un risque que certains ne prennent plus que sous la contrainte économique, d’autant que le volume de poissons a drastiquement chuté. L’enjeu est aussi sanitaire : « &lt;i&gt;La contamination du poisson est un sujet délicat pour les pêcheurs, mais nous ne pouvons pas empoisonner les gens : il faut arrêter de pêcher ou aller plus loin, mais cela implique d’autres dangers &lt;/i&gt;», poursuit la leadeuse. La &lt;i&gt;ciénaga&lt;/i&gt; San Silvestre est en outre la principale source de captage de l’eau de la ville, mais les eaux usées qui y parviennent ne sont pas traitées – un projet de station, financé par Ecopetrol, est paralysé depuis des années.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/barrancabermeja2_1783524331-png_1783524331-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Des techniciens sous contrat avec Ecopetrol effectuent des opérations de collecte et de retrait de végétation contaminée par du pétrole brut dans la lagune San Silvestre. Ces travaux font partie des plans d’urgence et de restauration environnementale mis en œuvre après la rupture d’un oléoduc survenue dans la zone en octobre 2025.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Quant à l’usine de potabilisation de la ville, elle «&lt;i&gt; fonctionne avec une technologie inadaptée à ce degré de contamination &lt;/i&gt;», souligne Oscar Sampayo. L’activiste, qui pointe aussi la pollution de l’air « &lt;i&gt;qui dès le réveil laisse une odeur de métal dans la bouche &lt;/i&gt;», soupire : « &lt;i&gt;Où que vous marchiez, il y a de la contamination : l’air, l’eau, la terre, nous sommes un territoire toxique. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Les études manquent pour documenter les dégâts sanitaires de cette pollution. En 2018, le pédiatre Yesid Blanco avait tenté d’alerter l’opinion, constatant une hausse de maladies infantiles chez les nouveau-nés : il est désormais exilé aux États-Unis. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;L’impunité perçue de l’industrie des hydrocarbures face aux dégâts qu’elle engendre tient aussi à la loi : « &lt;i&gt;La plupart des champs de pétrole exploités ici étant antérieurs à la création de l’autorité environnementale nationale, et la loi n’étant pas rétroactive, ils ne sont soumis qu’à des plans de gestion environnementale pour les urgences, mais pas aux permis environnementaux, bien plus stricts &lt;/i&gt;», explique Juan Camilo Delgado Gaona. S’ajoutent à cela les critiques dont font souvent l’objet les entités chargées d’octroyer les permis et de contrôler le respect des normes. « &lt;i&gt;Les corporations environnementales départementales sont autonomes financièrement vis-à-vis des pouvoirs publics, donc elles dépendent des revenus générés par l’octroi de licences… ici à l’industrie minière et pétrolière. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Capitale de la transition ?&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Si le constat environnemental est unanime, tous n’y voient pas la nécessité de freiner l’industrie pétrolière dans le pays. Pour Oscar Vanegas, ingénieur pétrolier à l’Université industrielle de Santander, « &lt;i&gt;il faut améliorer les techniques de remédiation&lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;&lt;i&gt;, mieux traiter les eaux et faire évoluer les normes &lt;/i&gt;». Lui voit la transition énergétique comme une « &lt;i&gt;utopie&lt;/i&gt; » que la Colombie n’a « &lt;i&gt;pas les moyens de s’offrir &lt;/i&gt;». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Les réserves de pétrole du pays sont faibles, et avec un taux de succès de 12 %, peu de ses contrats d’exploration actifs sont prometteurs : à ses yeux, il doit urgemment «&lt;i&gt; signer des contrats d’exploration pour ne pas perdre son autosuffisance pétrolière en 2030&lt;/i&gt; ». Mais Barrancabermeja, si elle doit maintenir et moderniser sa raffinerie, ne peut plus être l’épicentre de cette exploitation : «&lt;i&gt; Ici, la seule option si l’on voulait intensifier l’extraction de pétrole serait d’autoriser le&lt;/i&gt; fracking [fracturation hydraulique, NDLR] &lt;i&gt;: ce serait un écocide et une catastrophe sociale.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/barrancabermeja4_1783524445-png_1783524445-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le recours à cette technique, qui fracture la roche pour libérer des hydrocarbures, est pourtant réclamé par Ecopetrol et l’Union syndicale ouvrière (USO), son principal syndicat. Et à l’exception d’Ivan Cepeda, tous les aspirants à la présidence s’y disent favorables. « &lt;i&gt;Je ne crois pas que les communautés locales laisseront faire &lt;/i&gt;», balaie Oscar Vanegas. Une lutte sociale a permis de stopper en 2022 deux projets pilotes de fracking au nord de Barrancabermeja, et les militants locaux entendent bien, en cas de retour de la droite au pouvoir, «&lt;i&gt; démultiplier leurs forces pour résister &lt;/i&gt;», prévient l’activiste Oscar Sampayo. « &lt;i&gt;Ces types de l’USO qui disent que sans le fracking ils mourront… Ces techniques nous tueront bien avant ! &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Dans ce contexte, la capitale pétrolière colombienne se trouve à un carrefour. À l’université, le professeur Andrés Montes perçoit une bascule : « &lt;i&gt;Il y a dix ans, nous avions plus de 400 candidats par an au programme d’ingénierie pétrolière, il n’y en a plus que 25 aujourd’hui. &lt;/i&gt;» Si Barrancabermeja, qui se vend désormais en future « &lt;i&gt;capitale de la transition énergétique &lt;/i&gt;», est selon lui idéale grâce à « &lt;i&gt;ses infrastructures, ses compétences et son potentiel solaire &lt;/i&gt;», la municipalité qui commence à développer des parcs photovoltaïques entend moins remplacer le pétrole par le soleil que les additionner. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;À l’échelle du pays, la part des énergies « propres » dans le mix électrique a bondi entre 2022 et 2026 de 2 % à 14 %, grâce au solaire. Si la politique impulsée par Gustavo Petro «&lt;i&gt; est à certains égards restée dans les intentions plus que dans les concrétisations &lt;/i&gt;», estime Andrea Cardoso, le président sera parvenu à inscrire durablement les énergies renouvelables à l’agenda national : reste à savoir dans quelles conditions elles seront investies, questionne l’ingénieur environnemental Juan Camilo Delgado Gaona. «&lt;i&gt; Sans baisse de la consommation énergétique, il s’agira de poursuivre l’exploitation d’hydrocarbures et d’y ajouter des milliers d’hectares de panneaux solaires. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;L’économiste Andrea Cardoso craint elle aussi «&lt;i&gt; un extractivisme vert fait d’immenses projets qui reproduisent les mêmes logiques de dépossession et de déplacements de population &lt;/i&gt;» que celles de l’extraction fossile, et d’autant plus que le pays abrite nombre des métaux critiques que réclame la transition énergétique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Le risque et le défi sont grands dans un pays déchiré depuis soixante-dix ans par un conflit dont le premier enjeu est la concentration de la propriété des terres agricoles, et qui tente enfin, depuis les accords de paix de 2016 entre l’État et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), de la redistribuer. Le choix du nouveau président pèsera sur ces enjeux, et sur la probabilité de voir un jour à Barrancabermeja un roi Soleil damer le pion au Christ pétrolier. &lt;/p&gt;</content>
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		<title>Planète Boum Boum : L&apos;appel de la rave générale</title>
		<id>2170</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/planete-boum-boum-collectif-techno-activisme-manifestation-mc-danse-pour-le-climat"/>
		<published>2026-07-08T17:01:00+02:00</published>
		<summary>« Pas de retraités sur une planète brûlée… Retraites, climat, même combat ! » Depuis les manifestations contre la réforme des retraites, en 2023, difficile d’être passé à côté du morceau emblématique Planète brûlée qui accompagne la naissance du collectif Planète Boum Boum. Fondé dans le sillage d’Alternatiba Paris (renommé Action Justice Climat en 2024) la même année, ce collectif de « techno-activistes » enchaîne depuis les morceaux comme On veut du fret ferroviaire ou Tu remballes ton autoroute en cumulant des milliers d’écoutes en ligne. Leur mot d’ordre : « De la teuf dans les manifs, de la manif dans les teufs ! » DJ sets, chorégraphies enflammées dans les cortèges des manifestations, création de slogans et de chants… En mêlant revendications politiques et cultures festives, Planète Boum Boum contribue activement, depuis sa création, à redonner du souffle aux luttes écolos et sociales. Retour en images sur trois années de mobilisations placées sous le signe de la fête.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/planeteboumboum3_1783523070-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;h3&gt;&lt;b&gt;En manif aussi, « ça crame »&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Depuis trois ans, rares sont les manifestations où leur cortège festif ne fait pas irruption. Marches des résistances, manifestations du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; Mai pour les droits des travailleurs… Le collectif Planète Boum Boum réécrit des chants populaires et des slogans de lutte qu’il remixe sur de la musique techno.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/planeteboumboum6_1783523184-png_1783523184-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;À cette présence dans la rue s’ajoute une forte activité en ligne, avec plusieurs clips engagés sur des sujets divers, de la préservation des lignes de train (&lt;i&gt;On veut du fret ferroviaire&lt;/i&gt;, 2024) à la lutte contre les polluants éternels (&lt;i&gt;C’est nous les Pfas&lt;/i&gt;, 2024) ou encore contre le nucléaire (&lt;i&gt;Au cœur du réacteur&lt;/i&gt;, 2025). Le petit dernier,&lt;i&gt; Ça crame&lt;/i&gt;, fait partie des titres de &lt;i&gt;La lutte est belle !&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;l’album des 130 ans de la Confédération générale du travail (CGT), aux côtés de classiques comme &lt;i&gt;L’Internationale&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Debout les femmes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/planeteboumboum4_1783523219-png_1783523219-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;i&gt;Retrouvez cet article dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;, librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-76&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvproduitn76_1782306707-png_1782306707-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;« Sueur sociale »&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Pour amener plus de personnes à s’engager, Planète Boum Boum et Le Bruit qui court, un collectif d’« &lt;i&gt;artivistes &lt;/i&gt;» qui utilisent l’art au service des mouvements écolos, ont organisé l’événement « Sueur sociale », un speed dating entre plusieurs syndicats et le public, aussi venu faire la fête. La première édition, organisée à Bobigny (93), a réuni plus d’un millier de personnes.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/planeteboumboum7_1783523191-png_1783523191-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/planeteboumboum2_1783523200-png_1783523200-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Forts de ce succès, une deuxième rencontre a eu lieu cette année, avec la présence des représentants de plusieurs organisations syndicales, dont la CGT, la Fédération syndicale unitaire (FSU) ou encore Le Printemps écologique. Elle était ponctuée d’animations comme l’atelier d’éducation populaire proposé par le collectif Corps et Graphies 2028 &lt;b&gt;&lt;sup&gt;lire p. 80&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, « Danses re-belles », sur l’usage de la danse comme outil de résistance dans l’histoire.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;MC danse pour le climat&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le collectif n’aurait sans doute pas touché autant de monde sans les pas de danse de la militante écolo Mathilde Caillard, alias MC danse pour le climat. Le 7 janvier 2023, lors d’une manifestation contre la réforme des retraites, une vidéo d’elle devient virale. Lunettes noires sur le nez, l’activiste – alors âgée de 25 ans – danse au cœur du cortège sur les beats techno du titre &lt;i&gt;Planète brûlée&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/planeteboumboum5_1783523209-png_1783523209-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Interrogée par plusieurs médias nationaux et internationaux, elle explique utiliser la danse comme un mode d’action à part entière. Si ces scènes joyeuses peuvent servir de contrepoint à la criminalisation des militants écolos, parfois qualifiés d’« écoterroristes », la joie que procure le fait de danser et de chanter ensemble permet surtout d’inscrire les luttes dans la durée.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Créer de nouvelles formes de lutte collective&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Chanter, danser, faire la fête… Ces pratiques contribuent, pour les membres du collectif, à rendre les mouvements sociaux plus désirables. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Mais encourager de nouvelles personnes à s’engager n’est pas le seul but visé. Il s’agit aussi de créer de nouvelles formes de lutte collective contre l’individualisme, sans perdre de vue, comme le rappelle Mathilde Caillard dans un entretien accordé à &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt; en octobre 2025, que « &lt;i&gt;quand on lutte, on ne se bat pas que pour survivre : on revendique aussi de jouir de la vie, du plaisir d’être en vie, d’être ensemble ; on revendique le plaisir du beau, de célébrer l’amour, l’amitié, les relations humaines, l’art et la culture &lt;/i&gt;». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/planeteboumboum8_1783523275-png_1783523275-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Espagne : Qui a peur de Pedro Sanchez ?</title>
		<id>2169</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/salome-saque-pedro-sanchez-gauche-espagne-progres-critiques"/>
		<published>2026-07-08T16:49:00+02:00</published>
		<summary>Dans sa nouvelle chronique pour Socialter, la journaliste Salomé Saqué (Blast) revient sur les attaques des responsables politiques français comme Bruno Retailleau contre le dirigeant espagnol Pedro Sanchez.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/chroniquesalomenewillusite_1783522173-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;«&lt;i&gt; Moi, je pense qu’il y a un énorme problème aujourd’hui avec les Espagnols. M. Sánchez régularise 500 000 irréguliers, qui vont pouvoir ensuite franchir les frontières évidemment !&lt;/i&gt; » (LCI, avril 2026). Ces propos prononcés par un homme politique qui embrasse régulièrement les obsessions de l’extrême droite ne sont pas surprenants. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Ils sont en revanche révélateurs de l’inquiétude grandissante qu’inspire aujourd’hui le modèle espagnol à une partie des droites et extrêmes droites à travers le monde.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Une politique économique à contre-courant&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Mais qu’a bien pu faire le dirigeant espagnol Pedro Sánchez pour s’attirer toutes ces critiques, tout en obtenant le soutien d’une partie des gauches européennes qui l’érigent régulièrement en « exemple à suivre » ? Pour comprendre, il faut revenir en 2018. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Après la chute du conservateur Mariano Rajoy, emporté par un immense scandale de corruption, Pedro Sánchez gouverne grâce à une coalition fragile réunissant sociaux-démocrates, gauche radicale, régionalistes et indépendantistes catalans.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;i&gt;Retrouvez cette chronique dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;, librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-76&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvproduitn76_1782306707-png_1782306707-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Beaucoup annonçaient une instabilité permanente et une impasse économique. Or, malgré le Covid, l’explosion des prix de l’énergie et la guerre en Ukraine, l’Espagne se lance dans des politiques économiques qui viennent heurter de plein fouet quarante années de discours austéritaires.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En 2018, le SMIC espagnol est d’environ 736 euros brut mensuels. En 2025, il dépasse 1 180 euros, soit une augmentation d’environ 60 % en huit ans, l’une des plus fortes progressions observées en Europe sur une période aussi courte. Pendant des décennies, une grande partie du débat économique européen a reposé sur la même mécanique argumentative : « hausse des salaires » équivaudrait à « destruction d’emplois, perte de compétitivité et catastrophe économique ». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pourtant, l’économie espagnole entre simultanément dans une forte phase de croissance. Les créations d’emplois se multiplient. La péninsule Ibérique dépasse les 22 millions d’actifs et crée plus de 210 000 emplois sur le seul mois de mars 2026, une première historique. Le chômage recule fortement – à 9,93 % de chômeurs enregistrés, le niveau reste élevé à l’échelle européenne, mais la trajectoire marque une rupture spectaculaire pour un pays longtemps associé au chômage de masse.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La réforme du marché du travail joue un rôle central dans cette évolution. En 2022, le gouvernement Sánchez engage une réforme destinée à limiter le recours systématique aux contrats temporaires et à favoriser les CDI. Seulement six mois après la réforme, plus de 2,5 millions de contrats à durée indéterminée sont signés, soit trois fois plus que l’année précédente&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Peu étonnant selon l’économiste Dany Lang, qui analyse sur &lt;i&gt;Blast&lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; : « &lt;i&gt;La stabilité, c’est ce qui permet aux gens de se projeter, donc de faire moins d’épargne de précaution, donc de mettre moins de côté en cas de coup dur ou de chômage. Ça permet aux gens de se lâcher sur leurs dépenses quotidiennes, ce qui est plutôt une bonne chose pour l’économie espagnole. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;En 2018, le SMIC espagnol est d’environ 736 euros brut mensuels. En 2025, il dépasse 1 180 euros, soit une augmentation d’environ 60 % en huit ans.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Au-delà de la protection du travail, Madrid a également poursuivi une logique redistributive pendant le Covid puis la guerre en Ukraine. Le gouvernement espagnol instaure alors des taxes exceptionnelles sur les « superprofits » des banques et des grands groupes énergétiques. Les montants récoltés sont importants : environ 2,9 milliards d’euros en 2023 puis quasiment autant en 2024. Dans le même temps, le gouvernement, qui compte plusieurs ministres issus du parti de gauche radicale Podemos, crée un nouvel impôt de solidarité visant les patrimoines supérieurs à 3 millions d’euros. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Environ 23 000 contribuables parmi les plus riches du pays sont concernés. Une partie importante des recettes publiques sert ensuite à amortir le choc inflationniste pour les ménages : baisse temporaire de la TVA sur plusieurs produits alimentaires essentiels, sur l’électricité et le gaz, création d’un revenu minimum vital destiné aux foyers les plus pauvres, etc. En 2024, l’Espagne décide effectivement de régulariser beaucoup de sans-papiers, le chiffre de 500 000 est annoncé en 2026, toujours dans une logique visant principalement à soutenir l’économie nationale.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Les retraites minimales sont également revalorisées et une réforme des pensions est adoptée afin de garantir le financement du système en augmentant davantage les cotisations sur les hauts revenus. Les inégalités reculent progressivement. Le coefficient de Gini espagnol passe de 34,7 en 2014 à 31,5 en 2023, selon Eurostat&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. La dynamique contraste fortement avec celle observée dans plusieurs autres pays européens.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Évidemment, les fragilités structurelles de l’économie espagnole demeurent importantes. Le pays reste fortement dépendant du tourisme, de la logistique ou des services peu qualifiés. Les jeunes continuent d’être particulièrement exposés à la précarité. En 2025, plus de 43 % d’entre eux (âgés de 15 à 24 ans) occupent encore un emploi temporaire, l’un des taux les plus élevés de l’Union européenne&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Malgré l’amélioration du marché du travail, le chômage des jeunes reste autour de 25 %, soit près du double de la moyenne européenne, et 65 % des 18 à 34 ans vivent encore chez leurs parents ! L’accès au logement constitue d’ailleurs l’une des principales crises sociales en Espagne. À Madrid et Barcelone, les loyers ont augmenté de plus de 40 % en dix ans sous l’effet de la spéculation immobilière et de la pression touristique.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Car Pedro Sánchez n’est pas un révolutionnaire. Il défend fermement l’économie de marché, soutient les investissements privés, mise sur la croissance et reste profondément intégré aux structures économiques et politiques de l’Union européenne. Mais son gouvernement a remis au goût du jour une idée presque désuète en plein mouvement de flexibilisation du marché du travail quasiment partout en Europe : protéger davantage les plus précaires et redistribuer un chouia davantage. Miracle : cela ne provoque pas d’effondrement de l’économie.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Dire « non » à la guerre&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;En parallèle de cette politique, Pedro Sánchez n’hésite pas non plus à aller à rebours de la vague réactionnaire qui semble tout engloutir sur son passage. Très vite, il condamne les bombardements israéliens, puis reconnaît officiellement l’État palestinien en 2024 avant d’évoquer publiquement un « &lt;i&gt;État génocidaire &lt;/i&gt;» tout en s’opposant frontalement à Donald Trump. Madrid suspend également plusieurs contrats d’armement avec des entreprises israéliennes et plaide au niveau européen pour un durcissement des relations avec le gouvernement Netanyahou, faisant de l’Espagne l’un des rares grands pays européens à adopter une ligne aussi offensive sur la guerre à Gaza.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Alors, le « problème espagnol » de Bruno Retailleau semble surtout être un problème pour le récit que les réactionnaires essaient d’imposer à tout prix : il faudrait flexibiliser, appauvrir sa population au nom de la loi du marché, plier devant le trumpisme, ou encore empêcher toute acquisition de droits pour les minorités, il n’y aurait pas d’« alternative ». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Avec ses politiques des huit dernières années, l’Espagne vient fissurer une partie du récit dominant, même à l’intérieur de l’économie de marché. Est-ce que cela suffira à maintenir ce courant politique au pouvoir ? Pas sûr. L’Espagne n’échappe pas à l’irruption de l’extrême droite, qui gagne en puissance notamment par la voix de Vox&lt;b&gt;&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Comme ailleurs, la droite traditionnelle envisage de s’allier avec elle, et comme ailleurs, le confusionnisme gagne du terrain, sur fond d’inégalités et de précarité encore très présentes. Mais Sánchez a au moins le mérite de semer la pagaille, d’où le trouble de Retailleau.  &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1. &lt;/b&gt;Selon les données de l’Institut national de la statistique espagnol (INE) et d’Eurostat compilées par l’Unédic, la part des salariés en contrat temporaire est passée de 26,4 % au deuxième trimestre 2019 à 15,4 % au deuxième trimestre 2025. Dans le même temps, l’écart avec la moyenne européenne a été réduit des deux tiers.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2. &lt;/b&gt;Emma Barrier, « Record de CDI créés en Espagne après une “loi travail” de gauche», &lt;i&gt;Blast&lt;/i&gt;, 30 juillet 2022.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3. &lt;/b&gt;Le coefficient de Gini, utilisé par les économistes pour mesurer les inégalités de revenus, fonctionne sur une échelle de 0 à 100 : 0 correspond à une société parfaitement égalitaire, 100 à une concentration extrême des richesses.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4. &lt;/b&gt;« Contrats temporaires ou atypiques en Espagne », Unédic, mars 2026.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;5. &lt;/b&gt;Lors des élections législatives de 2023, le parti d’extrême droite a obtenu plus de 3 millions de voix et 33 sièges au Parlement, une première depuis la fin de la dictature franquiste.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Hamilton Nolan : « Aux États-Unis,  il n’existe aucune loi fédérale garantissant des congés payés »</title>
		<id>2168</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/hamilton-nolan-etats-unis-loi-conges-payes-droit-joie-de-vivre"/>
		<published>2026-07-08T16:32:00+02:00</published>
		<summary>Hamilton Nolan est l’un des reporters américains les plus influents sur les sujets de travail. Ancien journaliste de Gawker, média en ligne qu’il a contribué à doter d’un syndicat, il couvre aujourd’hui les luttes ouvrières pour le mensuel socialiste In These Times et a publié The Hammer1, un livre sur la renaissance du syndicalisme aux États-Unis. Dans ce pays, seul État membre de l’OCDE qui ne garantisse aucun congé payé, comment les travailleurs appréhendent-ils la notion de vacances ou de temps libre ? Entretien.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/hamiltonnolan_1783521434-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Aux États-Unis, le droit au temps libre existe-t-il ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Pas vraiment. Il n’existe aucune loi fédérale garantissant des congés payés, des jours d’arrêts maladie, ou un congé parental digne de ce nom. Les victoires universelles que les travailleurs français ont arrachées dans les années 1930 et inscrites dans la loi, les syndicats américains doivent le renégocier lieu de travail par lieu de travail. Et encore : des millions de travailleurs sont légalement exclus du droit syndical. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Si tu es chauffeur Uber, livreur Instacart&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, professeur vacataire, agent de nettoyage sous-traité, tu n’as légalement pas le droit de te syndiquer en vertu des lois antitrust américaines qui s’appliquent aux travailleurs indépendants. Et c’est exactement pour ça que ces statuts existent. La &lt;i&gt;gig economy &lt;/i&gt;n’est pas un accident technologique ou une évolution naturelle du marché du travail : c’est une stratégie délibérée pour sortir des travailleurs du périmètre légal de la syndicalisation&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;C’est le même mouvement, partout : externaliser, précariser, et rendre l’organisation collective impossible.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;i&gt;Retrouvez cet article dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;, librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-76&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvproduitn76_1782306707-png_1782306707-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ce qui veut dire que le mouvement syndical américain&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; doit aujourd’hui réfléchir à comment utiliser le pouvoir qu’il a pour défendre les personnes syndiquées et ceux qu’il ne peut pas directement représenter : c’est un défi structurel énorme.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Malgré ces conditions très difficiles, le mouvement syndical arrive-t-il à imposer une conversation sur le temps libre ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;De manière assez surprenante, cette conversation a été relancée récemment, notamment du fait de l’essor de l’intelligence artificielle (IA). Chaque révolution technologique qui augmente l’efficacité pose la même question fondamentale : à qui profite le gain ? Les grands patrons veulent généralement tout prendre et redistribuer une petite portion aux travailleurs sous forme de salaire. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Mais il y a une autre façon de diviser ce gâteau : prendre le gain d’efficacité non pas en argent, mais en temps. Une journée de moins. Une semaine plus courte. Davantage de vie en dehors du travail. Avec l’IA, cette question revient avec une force nouvelle. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;On nous promet une révolution dans l’efficacité : des heures de travail économisées à grande échelle, des tâches automatisées, des gains de productivité massifs. Et la question qui suit naturellement est : est-ce que les travailleurs vont en voir la couleur, ou cela va-t-il seulement enrichir encore plus les actionnaires ?&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Cette discussion nous permet de remettre sur la table des propositions qui étaient très marginales jusqu’ici, comme la semaine de quatre jours, portées par &lt;i&gt;[le sénateur]&lt;/i&gt; Bernie Sanders ou le syndicat UAW&lt;b&gt;&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Le fait qu’on nous promette une révolution immense avec l’IA rend cette revendication beaucoup plus urgente et légitime qu’elle ne l’était il y a dix ans – car les travailleurs ont le droit de demander leur part de cette transformation. Pas juste en matière de salaire, mais en gain de temps libre !&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ce n’est pas encore une revendication consensuelle dans le monde syndical, car nous avons tant d’autres urgences, comme la mise en œuvre d’une forme de sécurité sociale ou d’un régime de retraite universel. Mais, même si je n’ai pas vu de mobilisation coordonnée à l’échelle nationale qui lie clairement IA et réduction du temps de travail, les deux choses vont naturellement ensemble. Il nous faut donc réussir à la poser comme une évidence politique.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Comment la gauche états-unienne peut-elle rendre le temps libre désirable, sans passer pour un mouvement de fainéants ou d’élitistes ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;D’abord, en rappelant et en assumant que cette lutte est profondément ancrée dans l’histoire ouvrière : ce n’est pas une revendication de bobos urbains déconnectés de la vraie vie. Le week-end, la limitation du temps de travail, l’égalité de salaires pour les femmes et les hommes : c’est le mouvement syndical qui a gagné tout ça ! Ce n’est pas tombé du ciel.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ensuite, il faut nommer clairement à qui profite le mythe du travail acharné. C’est une bataille culturelle très importante, surtout aux États-Unis. Cette idée que travailler dur est moralement vertueuse, que cela te définit comme un bon Américain, comme quelqu’un qui mérite sa place, est aussi vieille que le pays ! &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Or, c’est un tour de passe-passe, un classique du capitalisme sur les classes populaires : on vous prend tout, on vous exploite, et on vous donne en échange un sentiment de supériorité morale. Cela a toujours été très lié à la race aussi, forgeant la ségrégation. Ainsi, on expliquait aux pauvres Blancs du Sud qu’ils n’avaient peut-être rien, pas de salaires décents ni de droits, mais au moins, ils avaient « plus » qu’un Noir. Aujourd’hui, ce sentiment prend d’autres formes, comme l’anti-immigration ou les guerres culturelles, mais c’est le même mécanisme.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;On détourne la colère des gens vers les mauvaises cibles pour qu’ils ne regardent pas vers le haut. Or, nous avons besoin de faire comprendre au plus grand nombre que le fruit de leur travail finance le yacht de Jeff Bezos, et pas un meilleur avenir pour leurs enfants. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Qu’il peut se prélasser sur la Riviera pendant que d’autres enchaînent les heures supplémentaires. Je suis convaincu que, pour gagner, nous devons raconter une meilleure histoire que celle de nos adversaires, en désignant clairement nos ennemis : les milliardaires et leurs alliés politiques qui nous volent nos vies.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Et concrètement, comment change-t-on ce récit ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il faut arrêter de parler en termes d’argent pour parler en termes de temps. Aux États-Unis, tous nos rapports sont construits par l’argent, car tout est monétarisé. Nos questions existentielles sont donc : combien d’heures je dois travailler pour pouvoir gagner x, et ensuite me payer y ? Et la logique de l’argent te ramène toujours au travail : il en faut toujours plus, donc il faut toujours travailler plus. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Mais on pourrait imaginer parler de nos vies autrement, notamment en temps de joie disponible. Dans ce contexte-là, la question devient : combien de temps dois-je travailler pour pouvoir passer du temps avec mes enfants ? Pour pouvoir jouer de la musique, ou me faire un bon dîner ?&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Cela nous ramène aussi à ce que l’on veut faire de nos vies. Et c’est là que la solidarité entre en jeu aussi : parce que le temps libre, quand il n’est pas colonisé par la consommation ou l’épuisement, c’est le temps de la vie collective, des liens, de l’organisation. C’est le temps où tu peux te demander ce que tu veux vraiment, et avec qui tu veux le construire.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;C’est ça, au fond, le projet syndical dans sa version la plus ambitieuse : te rendre du temps. Pas juste du pouvoir d’achat. Du temps à toi. Or, c’est une revendication que tout le monde peut comprendre, même ceux qui ont été convaincus que travailler plus était une vertu. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1. &lt;/b&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.ebsco.com/articles/history/5b96443a-552e-595c-8bb8-daf7585ee423/the-hammer-power-inequality-and-the-struggle-for-the-soul-of-labor-by-hamilton-nolan-review&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;The Hammer: Power, Inequality, and the Struggle for the Soul of Labor&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, Grand Central Publishing, 2024.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2. &lt;/b&gt;Entreprise de livraison à domicile de produits alimentaires via une application, créée en 2012. Elle s’est installée discrètement en France fin 2025 avec un magasin à Mulhouse et s’est lancée en janvier 2026.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3. &lt;/b&gt;Fin mai, pour la première fois, des chauffeurs de VTC créent un syndicat indépendant dans l’État du Massachusetts.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4. &lt;/b&gt;En 2025, environ 9,4 % de la population américaine qui travaille est syndiquée : c’est le taux le plus faible depuis un siècle et la légalisation du syndicalisme. Moins de 6 % des employés du privé et un peu plus de 30 % des fonctionnaires sont membres d’un syndicat, soit environ 14 millions de personnes.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;5. &lt;/b&gt;L’un des plus importants syndicats de travailleurs des États-Unis avec environ 600 000 membres, présent en particulier dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique et de la défense.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>La femme endettée</title>
		<id>2167</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/la-femme-endettee-isabelle-guerin-la-decouverte"/>
		<published>2026-07-08T15:18:00+02:00</published>
		<summary>Découvrez notre recension de « La femme endettée » de Isabelle Guérin aux Éditions La Découverte.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/lafemmeendettee_1783516791-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Le capitalisme vit à crédit. Et son meilleur débiteur est… une femme. Isabelle Guérin propose une lecture féministe d’un système financier prédateur qui, contrairement à l’image d’Épinal du pauvre père Goriot, croît avant tout sur le dos des femmes. Microcrédits pour faire tourner le foyer, dot pour payer l’éducation des hommes, inégalités salariales et conjugales structurelles… &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;En Inde, en France comme aux États-Unis, partout sur le globe les femmes partagent une même honte, celle d’une « dette patriarcale » liée à leur sexe. Elles sont condamnées à payer pour les autres, et parfois à se sacrifier pour sauvegarder l’honneur des hommes. Elles sont les gestionnaires invisibles du foyer et de la finance mondiale.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;https://www.editionsladecouverte.fr/la_femme_endettee-9782348085253&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;La femme endettée&lt;/a&gt;. &lt;/b&gt;&lt;b&gt;À l’ombre de la &lt;/b&gt;&lt;b&gt;finance mondialisée &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Isabelle Guérin &lt;/b&gt;La Découverte → 2026 – 256 pages – 22,50 €&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Chimères tropicales</title>
		<id>2166</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/chimeres-tropicales-corinne-morel-darleux-dava"/>
		<published>2026-07-01T15:52:00+02:00</published>
		<summary>Découvrez notre recension de « Chimères tropicales » de Corinne Morel Darleux aux Éditions Dalva.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/corinnemoreldarleuxchimerestropicales_1782914049-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Dans l’aventure luxuriante où nous entraîne Corinne Morel Darleux, romancière, essayiste et militante écologiste et libertaire, il est question d’onirisme, de folie – celle d’un monde qui se délite –, de jungles habitées et hantées, de failles spatio-temporelles, d’hommages à la littérature sylvestre et à l’imaginaire tout court.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Nous rencontrons tout d’abord Ariane, protagoniste de ce récit en millefeuille, dont les fantasmes sont peuplés de chamanes, de chercheurs d’or, d’esprits, de plantation d’hévéas et de narcotrafiquants : un «&lt;i&gt; monde plus vaste que la vie &lt;/i&gt;», surtout quand cette dernière se heurte aux murs de l’établissement psychiatrique où elle travaille et où l’on enferme les corps comme les esprits.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Dans le labyrinthe de son inconscient se mêlent des bribes d’événements réels et des personnages dont les pérégrinations constituent autant de fils narratifs. Tels ces enfants, rescapés d’un accident d’avion, le jeune Cadillac, schizophrène en errance,&amp;nbsp; ou les digressions d’une autrice espiègle… Tous parcourent une forêt vaste comme la littérature elle-même, peinte à la manière du Douanier Rousseau. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;La force du récit ne réside pourtant pas uniquement dans cette galerie hétéroclite mais bien dans la réflexion métaphysique menée à hauteur de lianes, comme l’exprime le cinéaste allemand Werner Herzog, que Corinne Morel Darleux invite tout au long du récit : «&lt;i&gt; La réalité est multiple et si nous ignorons ce qu’est la vérité, nous sentons bien qu’au-delà des faits, il existe autre chose. La question, c’est de savoir comment exprimer cela,&lt;/i&gt; la pura vida » pour aller doucement vers la « &lt;i&gt;conquête de l’inutile&lt;/i&gt; […] &lt;i&gt;si précieux à une époque où le désintéressement n’a plus cours et croyez-moi, tout ceci peut aboutir à une forme d’extase, un changement de perspective, une illumination. &lt;/i&gt;»&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;https://www.editionsdalva.fr/livre/chimeres-tropicales&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Chimères tropicales&lt;/a&gt; -&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;Corinne Morel Darleux -&amp;nbsp;&lt;/b&gt;Éditions Dalva → 2026 – 256 pages - 21,50 €&lt;/p&gt;</content>
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		<title>TotalEnergies, CMA-CGM... Derrière le financement de la conservation de la nature, des entreprises climaticides</title>
		<id>2165</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/financement-conservation-de-la-nature-parcs-naturels-littorals-associations-entreprises-climaticides-cma-cgm-totalenergies"/>
		<published>2026-06-29T15:26:00+02:00</published>
		<summary>Associations environnementales, parcs naturels, Conservatoire du littoral... Dans un contexte de désengagement de l’État, les acteurs de la conservation de la nature sont de plus en plus nombreux à bénéficier du mécénat d’entreprises notoirement climaticides, telles que TotalEnergies ou CMA-CGM.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/enquete76conservation_1782739736-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Dans le rond des jumelles, on aperçoit une petite tête blanche au-dessus d’un nid en hauteur. Une cigogne adulte qui couve ses petits. En enlevant la lunette, le mât installé n’est plus qu’un trait lointain devant une ville de tuyaux, cheminées et cuves que constitue la raffinerie de pétrole de Donges, dans l’estuaire de la Loire.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La première image, celle d’une biodiversité riche et mignonne, c’est celle que l’exploitant TotalEnergies veut ancrer dans les représentations, en finançant notamment l’Association pour la connaissance et la recherche ornithologique Loire et Atlantique (Acrola), chargée de veiller sur les cigognes. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La deuxième, celle d’une entreprise polluante qui fragilise la santé des riverains et des milieux, c’est celle que Marie-Aline ne peut plus éviter, en vivant face à l’immense site industriel responsable jour et nuit de bruits et d’odeurs désagréables. « &lt;i&gt;Ça me rend malade&lt;/i&gt; », enrage la responsable de l’Association environnementale dongeoise des zones à risques, en montrant un article de presse où TotalEnergies se vante d’accueillir les oiseaux emblématiques et de produire du miel.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Retrouvez cette enquête dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;, librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-76&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvproduitn76_1782306707-png_1782306707-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;« &lt;i&gt;C’est du&lt;/i&gt; &lt;i&gt;greenwashing, c’est une évidence, mais toutes les entreprises le font &lt;/i&gt;», reconnaît Julien Foucher, directeur d’Acrola, aujourd’hui soutenue chaque année à hauteur de 4 000 euros par la raffinerie. « &lt;i&gt;Pour nous l’argent n’a pas d’odeur, c’est ce qu’on en fait qui importe. Avec trois salariés et les difficultés à obtenir des subventions depuis notre création il y a vingt ans, nous n’aurions pas survécu sans les aides privées. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;De Coca-Cola, mécène de l’ONG WWF depuis 2007, à l’investissement de la fondation TotalEnergies dans le Muséum national d’histoire naturelle, notamment pour la numérisation de la galerie virtuelle de minéralogie en 2008, les partenariats entre grandes entreprises et acteurs de la conservation de la nature ne sont pas nouveaux. Mais les rapprochements semblent s’accélérer.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;D’un côté, les dons d’entreprises, de fondations ou de personnalités privées fléchés pour l’environnement se multiplient. Si le secteur ne capte encore que 9 % des sommes totales destinées au mécénat en France, il est celui qui connaît la plus forte progression juste après le sport, dans un contexte pourtant marqué par les jeux Olympiques, selon le dernier baromètre des entreprises mécènes. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;De l’autre, les dépenses consacrées à la protection de la biodiversité ont baissé de 32 millions d’euros dans le budget de l’État en 2026 par rapport à 2025. Les collectivités locales, qui financent jusqu’à un quart des actions en faveur de la nature, voient également leurs actions limitées par le rabotage du Fonds vert qui leur est consacré&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Dans cette prise en étau, un rapport du Sénat qui proposait en 2025 de fondre la gestion des 11 parcs naturels nationaux dans l’Office français de la biodiversité (OFB) a mis le feu aux poudres. «&lt;i&gt; Ce qui a été présenté comme une simple mesure de rationalisation remet totalement en cause l’équilibre qui avait été trouvé depuis soixante ans &lt;/i&gt;», s’agace Gilles Martin, professeur de droit à l’université Côte d’Azur, à l’initiative d’une tribune dont la diffusion a contribué à reléguer, pour le moment, cette idée au placard. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Membre depuis six ans du conseil scientifique du parc naturel de Port-Cros, dans le Var, il se rend pourtant à l’évidence : « &lt;i&gt;Actuellement, la dotation de l’État ne permet même pas de couvrir toute la masse salariale. On ne peut pas faire autrement, il faut aller chercher des financements ailleurs. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Anticiper le recul de l’État pour capter les financements privés&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;D’Emmanuel Macron appelant dès 2017 à la création d’une «&lt;i&gt; coalition des philanthropes&lt;/i&gt; » pour lutter contre le changement climatique, aux rapports, notamment de la Cour des comptes, préconisant à certains établissements publics, comme le Conservatoire du littoral, de recourir au mécénat pour atteindre leurs objectifs fixés par la loi, ils sont désormais nombreux à tourner la tête du côté du privé pour compenser le désengagement de l’État. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;« &lt;i&gt;Il y a une inflexion évidente qui se joue à bas bruit. L’État n’a plus les moyens de financer les politiques publiques dans de nombreux domaines, donc les choses changent par petites touches &lt;/i&gt;», explique Patricia Benezech-Sarron, maîtresse de conférences en droit public à l’université d’Aix-Marseille, qui observe ainsi «&lt;i&gt; une privatisation discrète de la protection des espaces naturels inspirée du modèle américain &lt;/i&gt;».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Dans ce mouvement de fond, les structures publiques et les moins engagées politiquement prennent les devants pour tenter de rafler la mise. « &lt;i&gt;Plutôt que de subir, nous voulons anticiper &lt;/i&gt;», appuie Florian Geffroy, directeur de l’association Rivages de France, qui fédère les gestionnaires d’espaces naturels littoraux et des lacs préservés. « &lt;i&gt;Nous n’avons plus le luxe d’attendre ! À nous aussi d’assumer notre propre “révolution culturelle” à l’appui de services payants, de partenariats privés éthiques et sécurisés, de gestion adaptative, de coopérations territoriales… &lt;/i&gt;», écrit la structure dans un communiqué dont le projet est de constituer un club de mécènes pour accélérer la démarche.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/enquete76conservation2_1782739780-png_1782739780-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), éditrice de la liste rouge des espèces menacées, va encore plus loin : en octobre 2025, elle organisait son premier « sommet mondial de la philanthropie » pour la nature à Abou Dhabi, dans l’idée d’inviter les entreprises à « &lt;i&gt;rejoindre l’orchestre pour ne plus jouer en solo &lt;/i&gt;».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;« &lt;i&gt;C’est un changement général en France mais aussi à l’international &lt;/i&gt;», justifie Sébastien Moncorps, directeur de la branche hexagonale de l’UICN, dont la part de mécénat dans le budget est passée de 5 à 30 % en seulement vingt ans, avec un triplement des montants au cours de ces seules cinq dernière années. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En fixant une part de dons obligatoire à toutes les entreprises avec lesquelles elle collabore, l’association se lie à des activités connues pour leurs impacts néfastes sur la biodiversité, avec parfois quelques ratés. «&lt;i&gt; Nous avons arrêté notre lien avec le cimentier Lafarge suite à sa condamnation pour financement de groupes terroristes en première instance&lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; », indique Sébastien Moncorps, en reconnaissant que l’antenne internationale de l’UICN continue de travailler avec la fondation de l’entreprise désormais rattachée au leader mondial du ciment Holcim – dont la pollution de l’air, des eaux et des sols est régulièrement pointée du doigt. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le processus de fabrication du ciment est notamment responsable à lui seul de près de 8 % des émissions de CO₂ au niveau mondial en 2022, soit autant que l’ensemble des émissions d’un pays comme l’Inde.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Les grandes entreprises en position de force&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Redoutées pour leur image parfois dégradée, les grandes entreprises sont aussi convoitées pour la garantie de revenus importants sur plusieurs années. «&lt;i&gt; La fondation TotalEnergies a financé beaucoup d’actions sur nos sites, des études et même des postes de fonctionnement, et ça, c’est très intéressant &lt;/i&gt;», illustre fièrement Fabrice Bernard, délégué International et mécénat pour le Conservatoire du littoral. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;L’organisme vient de se doter d’une nouvelle stratégie pour pallier l’arrêt de programmes d’aides européens. «&lt;i&gt; On prend le mauvais argent pour accélérer la conservation. S’il se transformait en actions idiotes, là ça serait du&lt;/i&gt; &lt;i&gt;greenwashing&lt;/i&gt; », se défend-il, en regrettant tout de même « &lt;i&gt;une concurrence accrue dans le monde de la conservation, qui place les mécènes en position de force &lt;/i&gt;». Une force de frappe attendue par Gaëlle Berthaud, directrice du Parc national des Calanques, qui liste les aménagements dont son établissement a besoin. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Chemins, panneaux, renaturation en terre comme en mer : «&lt;i&gt; Il y en a pour plusieurs millions d’euros, on ne peut pas bénéficier d’un tel niveau de financement de la part de l’État et je ne vais pas multiplier les petits partenariats &lt;/i&gt;», avance la responsable, soulagée de pouvoir compter depuis plusieurs années sur le soutien d’un des leaders mondiaux du transport de fret maritime, CMA-CGM, pour la restauration d’un bâtiment d’accueil. En plus d’avoir récemment acquis des parts de médias comme la chaîne BFM TV, le journal &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; ou le média en ligne &lt;i&gt;Brut&lt;/i&gt;, l’entreprise marseillaise intervient de plus en plus via sa fondation dans le mécénat social et humanitaire. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Pour redorer son image écornée par la pollution du transport maritime et par les superprofits réalisés grâce à une niche fiscale dont bénéficient les armateurs&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, l’entreprise chercherait-elle désormais à verdir son image ? CMA-CGM se présente en tout cas aujourd’hui dans sa communication comme le premier mécène privé de l’Office national des forêts (ONF) et verse près de 1 million d’euros par an à l’organisme via le fonds de dotation Agir pour la forêt, ainsi qu’un programme en faveur des forêts méditerranéennes.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Comme il s’agit surtout de communication institutionnelle et non commerciale, la notion de &lt;/b&gt;&lt;b&gt;greenwashing&lt;/b&gt;&lt;b&gt; n’est pas aujourd’hui couverte juridiquement. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À l’instar de TotalEnergies, la compagnie maritime communique sur ses actions pour la restauration des forêts parties en fumée à cause du réchauffement climatique… dont une grande partie a pourtant été provoquée par leurs activités hautement émettrices. « &lt;i&gt;Pour ces entreprises polluantes, toutes les pistes sont bonnes pour améliorer leur image &lt;/i&gt;», explique Gilles Grolleau, économiste de l’environnement et auteur d’une étude sur ces « alliances vertes », parfois contre-nature.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Derrière la motivation affichée d’intérêt général, de mise pour toutes les actions de mécénat, les entreprises répondent aussi à leurs propres intérêts, continue le chercheur. Il y a d’abord l’idée d’être informé et conseillé au mieux pour s’orienter dans une direction plus durable. « &lt;i&gt;Il faut que l’entreprise adopte une démarche cohérente et positive pour la préservation de la nature &lt;/i&gt;», pose par exemple comme critère Sébastien Moncorps, pour un accompagnement avec l’UICN. Ces nouvelles alliances sont aussi des outils pour communiquer en interne auprès de leurs salariés. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En les mettant à contribution pour des actions de conservation ou en organisant des séminaires dans des parcs ou réserves naturelles soutenues, les grandes entreprises veillent à retenir leurs cadres diplômés, de plus en plus sensibles au sens et à l’impact de leur métier. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Enfin, le mécénat peut parfois permettre de contrôler l’activité de certains contre-pouvoirs, notamment par une « logique d’auto-censure » des associations qui adaptent leurs discours pour ne pas heurter leurs mécènes, au risque de voir leur soutien s’estomper, rapporte Nolwenn Relet, qui a consacré un mémoire de master en relations internationales sur le sujet&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Avec l’inadéquation de certains intérêts, les conflits sont assez fréquents, observe celle qui est chargée de partenariats dans une association de protection de la nature en Vendée. «&lt;i&gt; Chez nous, une assurance s’est par exemple appropriée un événement sur les rapaces nocturnes qu’elle avait aidé à financer, en voulant absolument être citée dans les articles de presse et en demandant un nombre de places monstrueux, sans se soucier de déranger la nature &lt;/i&gt;», illustre-t-elle, en précisant qu’elle cherche à protéger au mieux son association via la signature de conventions ou de chartes éthiques.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Des motivations opaques&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Interdiction d’actions contradictoires de l’entreprise vis-à-vis des valeurs de l’organisme aidé, absence de publicité ou de contreparties sur l’opération de mécénat… Les conditions posées dans ces chartes, que de nombreux organismes de la conservation se mettent depuis quelques années à rédiger, sont parfois difficiles à contrôler. « &lt;i&gt;Comme il s’agit surtout de communication institutionnelle et non commerciale, la notion de greenwashing n’est pas aujourd’hui couverte juridiquement&lt;/i&gt; », expose Justine Ripoll, de Notre affaire à tous, qui, après avoir réussi à faire condamner TotalEnergies pour pratiques commerciales trompeuses&lt;b&gt;&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, tente d’interpeller les organisations soutenues par sa fondation, parce qu’elles « &lt;i&gt;sont en droit de se demander si elles-mêmes n’ont pas été trompées &lt;/i&gt;».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;D’autant que depuis 2023, la loi prévoit une réduction d’impôt sur les sociétés égale à 60 % des sommes données au titre du mécénat. «&lt;i&gt; Dans le cas de la philanthropie, l’entreprise donatrice cherche en bien des cas à corriger le préjudice qu’elle a éventuellement contribué à occasionner – directement ou indirectement. Il existe toutefois une différence de taille avec la taxation opérée par l’État : tandis que dans le cas classique de pollueur-payeur, le montant et la forme du préjudice relèvent du régulateur public, dans le cas du philanthrope c’est lui-même qui choisit les modalités de la réparation et son montant, et qui définit, en quelque sorte, la règle du jeu&lt;/i&gt; », détaillent dans un article pour &lt;i&gt;The Conversation&lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;6&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; Françoise Benhamou, présidente du Cercle des économistes de la Sorbonne, et Nathalie Moureau, professeure en sciences économiques à l’université Paul-Valéry de Montpellier.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;« &lt;i&gt;En 1991, l’industrie du tabac s’est vue interdite de toute publicité, mécénat culturel et sponsoring sportif pour des raisons de santé publique. La crise climatique fait également de nombreuses victimes. Alors pourquoi une “loi Evin” climat ne pourrait-elle pas exister également pour les entreprises de biens et services fossiles ? &lt;/i&gt;», interrogeait ainsi l’association Greenpeace en 2021, lors d’une campagne d’interpellation sur le soutien des industries fossiles au monde de la culture. «&lt;i&gt; Nous sommes très en retard en France. Personne ne voyait le problème, mais c’est en train de changer&lt;/i&gt; », explique Edina Ifticene, chargée de mission au sein de l’ONG qui tente désormais d’imposer la question dans le débat public. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Une mise à l’agenda qui pourrait venir des salariés, suggère le collectif des employés d’Amazon pour la justice climatique, face à l’annonce de leur patron Jeff Bezos de consacrer via sa fondation près de 10 milliards de dollars à l’environnement. « &lt;i&gt;Nous applaudissons la philanthropie de Jeff Bezos, mais c’est donner d’une main et retenir de l’autre &lt;/i&gt;», écrivent-ils dans un communiqué en appelant à la mobilisation : «&lt;i&gt; Si, comme nous, vous êtes préoccupé de la manière dont votre entreprise soutient l’industrie fossile, faites comme nous : signez une pétition avec vos collègues ! Organisez des réunions ! Participez à des grèves !&lt;/i&gt; » &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Mis sur pied en 2023, le Fonds vert cofinance les projets de transition écologique. De 2,5 milliards d’euros par an à l’origine, le montant du dispositif n’a cessé de se réduire pour atteindre seulement 850 millions d’euros en 2026.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; Le tribunal correctionnel de Paris a reconnu coupables, lundi 13 avril 2026, le cimentier Lafarge et huit anciens dirigeants de la société pour financement de groupes terroristes en Syrie en 2013 et en 2014. La société, absorbée depuis par l’entreprise suisse Holcim, a procédé à des paiements à trois organisations djihadistes, dont le groupe État islamique (EI), à hauteur de près de 5,6 millions d’euros, a établi le tribunal correctionnel dans son jugement, qui a rappelé que cela leur avait permis de « &lt;i&gt;préparer des attentats terroristes&lt;/i&gt; », en particulier ceux de janvier 2015 en France.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3.&lt;/b&gt; Alors que les entreprises sont assujetties à l’impôt sur les sociétés, qui représente 25 % des bénéfices, les armateurs, eux, paient la taxe au tonnage : une taxe forfaitaire, qui s’applique uniquement sur le poids des navires, sans tenir compte du volume ou de la valeur des marchandises transportées. En 2023, la CMA-CGM a payé 180 millions d’euros d’impôts en tout, en s’acquittant de la taxe tonnage. Si elle avait été soumise à l’impôt sur les sociétés, elle aurait versé 5,61 milliards de plus à l’État.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4. &lt;/b&gt;Nolwenn Relet, « &lt;a href=&quot;https://rabie-ressad.wixsite.com/rressad/enseignement&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;“Alliances vertes” entre entreprises et ONGE en France : greenwashing ou philanthropie désintéressée ? Le cas de la Vendée&lt;/a&gt; », mémoire soutenu à la faculté catholique d’Angers, septembre 2025.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;5. &lt;/b&gt;En octobre 2025, le tribunal judiciaire de Paris a condamné TotalEnergies pour pratiques commerciales trompeuses en raison de ses allégations mensongères portant sur son « ambition d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 » et d’« être un acteur majeur de la transition énergétique ». Selon les ONG, cette décision constitue une première mondiale, marquant la reconnaissance judiciaire du greenwashing.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;6. &lt;/b&gt;« &lt;a href=&quot;https://theconversation.com/greenwashing-le-mecene-un-pollueur-payeur-comme-les-autres-196893&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Greenwashing : le mécène, un pollueur-payeur comme les autres ?&lt;/a&gt; », &lt;i&gt;The Conversation&lt;/i&gt;, 24 janvier 2023.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Colonies, auberges de jeunesse... Est-ce la fin des vacances populaires ?</title>
		<id>2164</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/fin-des-vacances-populaires-colonies-auberges-de-jeunesse-marchandisation"/>
		<published>2026-06-29T15:10:00+02:00</published>
		<summary>Colos, villages vacances, auberges de jeunesse… Ces espaces qui se sont multipliés à partir de l’été 1936 pour défendre le droit aux vacances des classes populaires sont en train de se refermer. Les vacances populaires survivront-elles à la marchandisation du secteur ?</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/colonies76_1782738906-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Juin 1936. Le fond de l’air est rouge. Le Front populaire à peine élu, un formidable mouvement de grève éclate et se propage dans les usines, les commerces, les ateliers. Le patronat tremble et s’empresse de lâcher du lest pour éviter un embrasement révolutionnaire&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Ce seront les congés payés et la semaine de 40 heures, des billets de train à tarif réduit et les premiers départs pour des milliers d’ouvriers.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais c’est seulement après la Seconde Guerre mondiale que l’idée de vacances pour tous – défendue notamment par les réseaux chrétiens, la CGT, le Front populaire et les associations d’éducation populaire – se concrétise vraiment. Soutenues par l’État, collectivités, associations et comités d’entreprise acquièrent en masse colonies de vacances, campings, auberges de jeunesse. « &lt;i&gt;Il y avait alors une prise de conscience de l’importance du temps libre comme reconstitution de la force de travail mais aussi comme vecteur de cohésion sociale &lt;/i&gt;», indique Lilian Nobilet, délégué général de l’Union nationale des associations de tourisme.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Retrouvez cet article dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;, librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-76&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvproduitn76_1782306707-png_1782306707-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À partir de la fin des années 1950, le format des villages vacances se multiplie aussi. «&lt;i&gt; Ce qui caractérise ces lieux, ce sont les espaces communs pour les repas, les animations et les festivités &lt;/i&gt;», poursuit Lilian Nobilet.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;«&lt;i&gt; Avant 1936, il n’y avait pas de politique publique du temps libre et de la jeunesse &lt;/i&gt;», fait remarquer Jean-Michel Bocquet, pédagogue et directeur adjoint de la Maison de Courcelles, association qui organise notamment des colonies de vacances depuis plus de quarante ans. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le concept de « colonie de vacances », formalisé par un pasteur suisse, avait d’abord été importé au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle dans un souci « &lt;i&gt;sanitaire et hygiéniste. L’idée est de sortir les gamins pauvres des villes et de leur proposer un bol d’air pur, une alimentation de qualité et de l’activité physique afin qu’ils reviennent chez eux avec quelques kilos en plus &lt;/i&gt;», explique Jean-Michel Bocquet. Les acteurs de l’éducation populaire, laïcs comme confessionnels, s’en emparent ensuite, afin de développer leur principe d’agir sur l’éducation en dehors de l’école.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Dès le début du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, les colonies de vacances deviennent aussi un champ de bataille idéologique. «&lt;i&gt; Communistes, socialistes, francs-maçons, catholiques : chacun va construire son propre réseau en lien avec des fédérations d’éducation populaire alliées, avec l’idée de former les jeunes selon leurs orientations politiques &lt;/i&gt;», poursuit le chercheur en sciences de l’éducation. Mais progressivement, les colos perdent leur dimension idéologique et se recentrent sur l’aspect éducatif, suivant ainsi la dynamique générale des fédérations d’éducation populaire qui se dépolitisent à mesure qu’elles se spécialisent dans l’accès aux loisirs et à la culture&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Les vacances populaires perdent leurs maisons&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Subventionnées par l’État, les colos poussent comme des champignons tandis que le nombre d’enfants qui partent ainsi en vacances ne cesse de croître. On en compte 300 000 en 1945. Un million dans les années 1950 et jusqu’à 4 millions dans les années 1960. Mais une fois ce pic atteint, une inexorable décrue s’amorce&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Avec le tournant de la rigueur dans les années 1980, le robinet des financements publics est coupé tandis que les contraintes réglementaires explosent. De nombreuses colos disparaissent&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; par manque de moyens matériels pour entretenir les bâtiments vétustes ou répondre aux nouvelles normes. « &lt;i&gt;Les colos ne sont alors plus un outil de politique publique porteur d’une visée pédagogique et de mixité sociale mais un produit comme un autre,&lt;/i&gt; déplore Jean-Michel Bocquet. &lt;i&gt;Et, comme dans tout marché, une concentration des acteurs s’opère. Les petites associations ferment et des mastodontes se forment comme le groupe UCPA et sa filiale commerciale Telligo. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Les vacances destinées aux ménages les plus modestes étant peu rentables, les acteurs lucratifs imposent une montée en gamme du secteur du tourisme social. Seules les grosses structures sont en mesure de réaliser les investissements nécessaires pour rester attractifs. Ainsi, Touristra, qui comptait 18 villages vacances, a été liquidé en 2024.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Un rapport récent constate d’ailleurs que la disponibilité d’une offre locale portée par les collectivités et les associations locales favorise le départ en vacances des classes moyennes et populaires.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Les auberges de jeunesse connaissent un sort similaire. La Fédération unie des auberges de jeunesse (FUAJ), leur réseau emblématique, a été placée en liquidation judiciaire en mars. Outre ses difficultés à rénover son parc immobilier vieillissant, la FUAJ avait tenu à «&lt;i&gt; maintenir des auberges dans des lieux plus utiles au territoire qu’à l’exploitation économique, comme en zone rurale ou en montagne &lt;/i&gt;», note Lilian Nobilet. La loi du marché ne lui a pas pardonné le fait d’avoir privilégié la logique sociale à la logique commerciale. L’État ne maintenant ses aides qu’auprès des plus vulnérables, les classes moyennes se détournent de ces formats.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Changer de modèle&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dans un rapport&lt;b&gt;&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; très discuté par les professionnels du milieu, et rendu en 2016 au ministère de la ville, de la jeunesse et des sports, neuf chercheurs alertaient sur le recul des colos généralistes au profit de colos thématiques, décrites comme commerciales, avec pour conséquence la fin de ces espaces de rencontre et de mixité sociale pour les jeunes. « &lt;i&gt;Pour attirer les clients, il faut proposer des activités vendeuses, ce qui augmente les coûts. Cela crée des séjours de riches et des séjours de pauvres. Aux enfants des classes aisées les colos Harry Potter, surf en bord de mer ou à l’étranger, aux enfants de pauvres la colo multi-activités dans le Massif central &lt;/i&gt;», résume Jean-Michel Bocquet, l’un des coauteurs.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pour éviter cette séparation des publics, le rapport invite à « &lt;i&gt;dépasser le modèle colonial &lt;/i&gt;» adopté dans les années 1950 par la plupart des grands acteurs de l’éducation populaire. Ce modèle pédagogique postule que l’adulte connaît les besoins de l’enfant et, sur la base de ce savoir, peut préparer depuis son bureau un programme détaillé et ainsi vendre un produit standardisé sur catalogue. En opposition à ce format hégémonique, des petites structures se sont regroupées au sein du Collectif Camp Colo pour défendre des pratiques inclusives pour tous les enfants.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;« &lt;i&gt;L’opposition entre les gros et les petits est caricaturale, &lt;/i&gt;réfute cependant Lilian Nobilet. &lt;i&gt;L’urgence, c’est le désengagement de l’État et le fait qu’un tiers des Français ne partent pas en vacances chaque année faute de moyens. Moi non plus, je n’aime pas les catalogues mais il faut faire preuve de pragmatisme. Si on ne propose pas d’activités pour susciter l’intérêt des collectivités, des parents et des enfants, il n’y aura pas de colos du tout. La question est : comment faire pour que les activités ne prennent pas le pas sur les principes pédagogiques ? &lt;/i&gt;», nuance-t-il.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Des expériences comme celle menée depuis 2020 du côté de Rouen par l’association Des camps sur la comète démontrent pourtant la possibilité d’évoluer à rebours de la logique marchande. « &lt;i&gt;On dit que les colos vont mal mais nous on n’a aucun problème à remplir nos séjours &lt;/i&gt;», s’amuse Guillaume Viger, salarié de l’association. Leur secret : des camps sous tente, à 15 kilomètres de Rouen, un lien de confiance tissé avec les parents grâce à des activités proposées tout au long de l’année et une dose de bénévolat pour la gestion de l’association. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le fait de ne pas mettre en avant d’activité coûteuse leur permet d’être plus accessibles. «&lt;i&gt; On est parmi les moins chers, malgré des taux d’encadrement trois fois supérieurs à ce qu’impose la loi. Ça permet de faire des petits groupes et d’évoluer au rythme des enfants. On ne les réveille jamais le matin par exemple. On choisit les menus avec eux, on cuisine ensemble, on crée des activités en plein air, et ça nous suffit &lt;/i&gt;», se satisfait l’animateur. Pour assurer la mixité sociale des séjours qui accueillent entre 150 et 200 jeunes chaque année, l’association réserve un tiers des places à des enfants venus par le biais du Secours populaire. Les cotisations de parents solidaires permettent aussi de proposer des tarifs réduits aux familles moins fortunées.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Autre piste : la résistance des municipalités. Alors que la plupart des collectivités ont sous-traité l’organisation des colos, la mairie communiste de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) a fait le choix d’organiser elle-même la majorité d’entre elles pour garder vivante et concrète l’idée de mixité sociale. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En 2025, 1 000 enfants ont pu partir dans les trois centres de vacances que la mairie a conservés. Un rapport récent de l’Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes (Ovlej)&lt;b&gt;&lt;sup&gt;6&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; constate d’ailleurs que la disponibilité d’une offre locale portée par les collectivités et les associations locales favorise le départ en vacances des classes moyennes et populaires.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais comment généraliser ces bonnes pratiques et faire du droit aux vacances une réalité plus partagée ? Pour Jean-Michel Bocquet, l’espoir réside dans la multiplication des initiatives locales et la création d’un rapport de force pour les défendre. « &lt;i&gt;On doit compter sur la société civile pour contraindre les décideurs &lt;/i&gt;», invite-t-il. Pour ça, il nous faudra renouer avec l’idée, centrale au moment du Front populaire, que les vacances ne sont pas un privilège bourgeois mais un droit à la légèreté et au repos auquel tout le monde devrait pouvoir accéder. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; L’effroi qui saisit alors la classe dirigeante et qui la pousse à donner tant en un temps si court est documenté par l’historienne Ludivine Bantigny dans son livre &lt;i&gt;La Bourse ou la vie. Le Front populaire, histoire pour aujourd’hui&lt;/i&gt; (La Découverte, 2026).&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; Lire &lt;i&gt;Socialter&lt;/i&gt; n° 69, « Éducation populaire : la révolte, ça s’apprend ? », avril-mai 2025.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3.&lt;/b&gt; Cette baisse est toujours en cours. En 2024-2025, 1,3 million d’enfants sont partis en colonie, soit le niveau des années 1950.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4.&lt;/b&gt; Il n’existe pas de chiffre au niveau national, mais la sociologue Magalie Bacou rapporte le cas des Alpes-Maritimes, qui comptaient cinquante colonies dans les années 1960 et seulement une en 2016.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;5.&lt;/b&gt; Magalie Bacou, Jean-Marie Bataille, Baptiste Besse-Patin, Jean-Michel Bocquet, Éric Carton &lt;i&gt;et al.&lt;/i&gt;, « Des séparations aux rencontres en camps et colos », ministère de la ville, de la jeunesse et des sports, 2016.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;6.&lt;/b&gt; Lydia Thiérus, « L’organisation différenciée des temps extrascolaires », Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes, mai 2026.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Michaël Fœssel : « Une partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste »</title>
		<id>2163</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/michael-foessel-gauche-plaisir-crise-ecologique-capitalisme-imaginaires-desirables"/>
		<published>2026-06-26T14:40:00+02:00</published>
		<summary>Peut-on éprouver du plaisir dans un monde injuste, sans se sentir coupable ou complice ? Le philosophe Michaël Fœssel répond par l’affirmative. Quand il ne confine pas à la simple satisfaction de nos désirs et ne succombe pas aux sirènes consuméristes, le plaisir se joue en effet de l’ordre établi, cultive le sens du collectif, de l’inattendu et de la surprise, et reste éminemment politique et subversif. Inscrit dans l’histoire de la gauche, il permet de sortir du seul registre de l’indignation et de la dénonciation, pour esquisser d’autres horizons désirables.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/michaelfoessel3_1782478768-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Comment définir le plaisir ? Et pourquoi est-ce un objet politique ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Si on définit le plaisir comme la satisfaction d’un désir, alors il semble qu’il n’y ait pas de puissance contestataire dans le plaisir, puisque c’est une expérience où le désir s’arrête, le désir comme volonté de transformation, comme manque qui appelle autre chose. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dans la tradition philosophique, depuis Platon, et parfois aussi dans les discours politiques de gauche, le plaisir est associé à un moment conservateur, à un moment de satisfaction sociale et pulsionnelle. Ce moment où nous sommes en adéquation avec le monde tel qu’il est, puisqu’il est plein d’agréments pour nous. Le plaisir est donc souvent considéré comme quelque chose qui n’est pas progressiste.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Dans &lt;i&gt;Quartier rouge&lt;/i&gt;, j’ai proposé une autre définition du plaisir, un autre type de plaisir que celui de la satisfaction : le « plaisir événement ». Le système capitaliste est principalement fondé sur la souffrance. La souffrance des corps mais aussi tout le système de pressions psychiques qui s’exerce sur nous, la nécessité de rendement, la souffrance de ne jamais être à la hauteur de ce que la société demande de nous, en particulier en termes de productivité.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Retrouvez cet entretien dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;, librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-76&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvproduitn76_1782306707-png_1782306707-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;De ce point de vue-là, le plaisir événement surgit dans les conditions de ce monde mais contre les conditions de ce monde, et il est éminemment politique. Il peut s’agir du plaisir d’une fête improvisée, clandestine, d’une rencontre amicale, amoureuse ou sexuelle. En somme, l’irruption du nouveau dans un système fondé sur la répétition du même. Un moment où le corps fait l’expérience de l’inédit, un plaisir qui va être pris en un lieu où il n’y a que de l’attendu voire de la douleur, un plaisir pris par les dominés sur le lieu de leur domination, contre la logique de la domination. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le meilleur exemple de ce type de plaisir sont les grèves et les occupations d’usine du Front populaire en 1936. La philosophe Simone Weil&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; a parlé de «&lt;i&gt; joie pure &lt;/i&gt;» les concernant, « pure » en ce sens qu’elle est miraculeuse. On s’installe sur son lieu de travail et on le transforme pendant quelques semaines en un lieu de vie et de plaisirs. On y mange et on y danse. C’est une victoire sur la logique sociale.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Existe-t-il selon vous des plaisirs de gauche et des plaisirs de droite ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le contenu du plaisir, son objet, n’est pas de droite ou de gauche. Mais le rapport au plaisir peut l’être en revanche. Un rapport conservateur au plaisir peut se résumer au plaisir d’obtenir ce que l’on a exigé, attendu ou désiré. C’est une simple satisfaction et nous en avons tous. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Un rapport progressiste au plaisir se joue quand le plaisir nous fait sentir qu’un autre monde est possible, ici et maintenant. Le plaisir de se retrouver sur son lieu de travail pour y faire autre chose que travailler, le plaisir de se rassembler dans une rue, sur une place ou un rond-point, comme on l’a vu avec Nuit Debout, Occupy Wall Street ou le mouvement des Gilets jaunes.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/michaelfoessel1_1782478782-png_1782478782-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il peut aussi s’agir de faire de la nuit autre chose qu’un moment pour reposer le corps qui travaille, en faire un temps pour se rassembler, boire, parler et apprendre. De manière globale, les plaisirs que l’on peut classer à gauche ne sont pas des plaisirs solitaires. Ils nous conduisent à échanger sur d’autres modes que hiérarchiques, de domination ou de rendement.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Il y a toujours cette dimension collective ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Les plaisirs de droite peuvent aussi être collectifs mais ils le sont par exclusion des autres. Le coin VIP est paradigmatique de cela. Le plaisir d’être là est redoublé du plaisir d’être les seuls à pouvoir y être. Ce plaisir est non seulement conservateur, mais il est réactionnaire. Il jouit de la différenciation sociale qui vous met du bon côté de la barrière.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Le plaisir, écrivez-vous dans &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Quartier rouge&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;, permet de sortir de son corps, d’avoir en quelque sorte plusieurs corps, et de n’être plus assigné à un rôle, figé dans la société…&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Tout régime d’ordre est fondé sur l’idée d’avoir un seul corps, principalement un corps de labeur, de rendement. Un corps qui se voit donc réduit à une quantité de forces organisées pour le travail. Avoir plusieurs corps, c’est ce que propose par exemple le féminisme, qui trouve son origine dans le fait de dire que le corps des femmes n’est pas seulement le corps de la mère ou de l’épouse. Revendiquer le fait d’avoir plusieurs corps est non seulement indissociable de la gauche, mais aussi de la démocratie.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Le plaisir, c’est aussi la démesure, une expérience presque sans limite, ce qui se rapproche le plus de la liberté ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La démesure du plaisir n’est pas une question quantitative selon moi. Le plaisir est illimité dans la mesure où on ne sait pas où il peut nous emmener en termes de sensations. Ce sentiment-là inquiète beaucoup le pouvoir. Les fêtes clandestines, interdites, les raves, mènent par exemple les gens sur des lieux où le pouvoir n’a plus de prise. Et le plaisir qui se joue dans ces fêtes est lié à cette déprise du pouvoir. C’est en ce sens qu’il est intolérable pour les autorités.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Vous faites le constat que la gauche a abandonné la défense du plaisir. Comment est-on passé du « jouir sans entraves » de Mai 68 à l’ascèse que vous évoquez, à un plaisir devenu nécessairement coupable, complice du système et du capitalisme ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le « jouir sans entraves » n’a pas seulement été abandonné par la gauche, il a surtout été revendiqué par la droite, dans le sens de « jouissons sans entraves, nous les hommes blancs hétéros ». Ce qui me gêne dans l’abandon du plaisir par la gauche, c’est qu’elle s’identifie ainsi uniquement à sa plainte contre les injustices. Et donc à la douleur.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Les plaisirs de droite peuvent aussi être collectifs mais ils le sont par exclusion des autres. Le coin VIP est paradigmatique de cela. Le plaisir d’être là est redoublé du plaisir d’être les seuls à pouvoir y être. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Quand on fait une critique de la vie mutilée, comme disait Theodor Adorno&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, on ne peut le faire qu’au nom d’un autre type de rapport au sensible. Et c’est ce qui manque à la gauche aujourd’hui. Une grande partie de la gauche considère que le plaisir est suspect parce qu’il manifesterait une complicité avec un monde injuste. Le capitalisme, nous l’abattrons un jour, je l’espère. Mais pour changer le système, il faut montrer qu’il est plus faible qu’il n’y paraît, que c’est un géant aux pieds d’argile, qu’on peut avoir du plaisir contre sa logique, ici et maintenant. Nous n’avons pas besoin d’attendre le grand soir pour entrevoir des signes de ce que nous désirons. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;À ce titre, la Commune de Paris a été nourrie par une pensée du temps libre, des arts et du plaisir. L’autre raison qui explique que la gauche a délaissé la question du plaisir est incontestablement liée à la crise écologique. Le catastrophisme est devenu bien trop présent dans la gauche de contestation et il n’est guère compatible avec le plaisir.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Quand ce tournant moral vers ce que vous qualifiez d’ascétisme a-t-il eu lieu à gauche ? Cette idée d’être pur, à la hauteur des enjeux qu’on défend ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Chez les révolutionnaires, il y a toujours eu des représentants de la pureté et de l’ascèse. On peut penser à l’opposition entre Danton et Robespierre, le jouisseur d’une part et le père la vertu d’autre part. Selon les périodes, cette tension a été plus ou moins forte. La Commune a justement été une tentative révolutionnaire qui laissait la place à la liberté des corps, au plaisir.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Si on veut parler du présent, une des raisons qui explique ce retour de l’ascétisme est à aller chercher dans l’échec de Mai 68. Beaucoup de mots d’ordre de 1968 ont été récupérés par les néolibéraux et la société de consommation. Je pense qu’il y a donc eu une prise de conscience qui a conduit à délaisser cette question du plaisir. À mon avis, c’est une erreur, parce qu’entre consommation et plaisir véritable, il y a une grande différence. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Il y aussi cette idée qu’à défaut de changer le monde, on va changer nos vies dans le monde tel qu’il est. En somme, atteindre une pureté intérieure pour témoigner contre un monde injuste. De mon point de vue, élever l’austérité au rang d’arme de contestation d’un système qui organise déjà l’austérité pour les pauvres est contradictoire. À tout le moins, cela me paraît condamné à l’inefficacité politique. Il faut donner d’autres horizons de plaisir aux gens. Beaucoup de militants de gauche, surtout dans la jeune génération, sont trop moraux. Ils font attention à tout ce qu’ils disent.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/michaelfoessel2_1782478790-png_1782478790-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Je trouve cette pureté respectable mais face aux fascistes cela ne suffira pas. L’autocritique, c’est subjectif, c’est un geste moral. Il faut se poser des limites bien sûr, réfléchir à ce que l’on fait et à ses conséquences, mais il faut trouver un équilibre entre la critique de ce qu’on nous fait et la critique de ce que nous pouvons faire aux autres comme individus.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La grandeur de la politique et de la démocratie, c’est précisément de rassembler des types de subjectivité différents, des corps différents. C’est la cause qui fait le mouvement, ce ne sont pas les militants qui font la cause. On a intérêt à insister sur ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous sépare. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Or, ce qui nous sépare, par définition, ce sont nos modes de vie, nos goûts. Il y a un beau texte de la philosophe Judith Butler&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; qui analyse les mouvements des places pendant les « printemps arabes » et souligne que l’acte de se rassembler valait mieux que les motifs du rassemblement.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Dans quelle mesure cette tendance ascétique de la gauche partage-t-elle bon nombre de traits avec l’éthique protestante du capitalisme, telle que définie par Max Weber, et finalement la tension performative au cœur du néolibéralisme ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;L’éthique protestante est fondée sur l’attente du salut, le désir d’être sauvé et l’absence de certitude qu’on le sera. Autrement dit, une angoisse sur le sens de sa vie. La thèse de Max Weber consiste à dire que dans l’éthique protestante, le meilleur moyen de garantir son salut dans l’au-delà, c’est de gagner de l’argent, signe d’élection. L’éthique capitaliste, et même néolibérale, qui en dérive est ascétique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Or, une partie de la gauche est devenue néolibérale, très individualiste. On va juger de la valeur politique de quelqu’un à l’aune de son comportement. C’est une logique calculante et ascétique. Mais quand on ne conserve de l’ascèse que la culpabilité, sans avoir la certitude du salut, cela ne fonctionne pas. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Une partie des consciences de gauche se sent coupable de participer à quantité d’injustices mais ne croit plus au salut collectif, en l’occurrence à son équivalent politique, la révolution, et cela crée des subjectivités tristes.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Comment peut-on distinguer ascèse et sobriété ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;L’ascèse est une forme de rationalité. Le prototype de l’ascète contemporain est celui – ce sont souvent des hommes – qui va calculer son nombre de pas, le nombre de kilomètres qu’il a parcourus, le nombre de calories qu’il a ingurgitées, dans un rapport à soi hyper rationalisé. Il n’y a pas de place pour la surprise. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La sobriété, c’est tout à fait autre chose. La sobriété est une position éthique non calculante. J’aime la phrase d’Albert Camus : « &lt;i&gt;Un homme, ça s’empêche. &lt;/i&gt;» Cela signifie qu’on peut refuser de jouer le jeu de l’ivresse de la consommation capitaliste. C’est aussi l’idée de ne pas vivre sur le dos des autres, par ses plaisirs. Cette sobriété est un acte non seulement éthique mais aussi politique.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Est-ce qu’on peut faire rimer écologie et abondance ? Ces mots sont-ils compatibles ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Si l’abondance veut être compatible avec l’écologie, elle doit être définie de manière qualitative et non quantitative. La multiplication des biens n’est plus possible pour des raisons écologiques et de crise du capitalisme. Si on parle en revanche du « luxe communal », cette idée de richesse collective, de luxe pour tous, alors ces termes peuvent être compatibles. Il n’y a d’ailleurs pas de raison d’abandonner le luxe aux riches.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Il faut opposer des passions joyeuses aux passions tristes de l’extrême droite. Mais il faut aussi opposer des passions égalitaires aux passions discriminantes. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Mais nous parlons là d’un luxe égalitairement réparti, du luxe comme l’ensemble des expériences, notamment artistiques, qui échappent à la logique marchande. Le luxe pour tous, à commencer par le temps libre, l’amour et l’accès à la beauté. En disant cela, non seulement on ne condamne pas la gauche à l’austérité, mais on sape la logique capitaliste du luxe puisque, par définition, le luxe à la LVMH ne vaut que s’il est inscrit dans son prix comme signe de distinction.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Quand on pense au plaisir, on pense justement au temps libre. Cette question du temps libre semble avoir disparu du champ de la gauche…&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;C’est la plus grande victoire idéologique de la droite et désormais de l’extrême droite. La baisse du temps de travail est pourtant la principale revendication que Marx demandait aux partis ouvriers de mettre en avant dans le programme de Gotha&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Et pas pour rien, parce que la baisse du temps de travail fait baisser le profit des capitalistes et parce que le temps libre est un temps libéré par rapport à l’exploitation. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Les 35 heures sont la dernière grande mesure de gauche prise en France depuis trente ans. Je ne comprends pas pourquoi les socialistes ou LFI n’en parlent plus alors que tout le monde plébiscite cette mesure. L’argument fondamental, au-delà de créer des emplois, est de libérer la vie des gens. Le temps est la dimension fondamentale de l’expérience. Par conséquent, je pense que ce combat-là mérite d’être repris.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/michaelfoessel4_1782478828-png_1782478828-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;D’autant que les effets écologiques délétères de la surproduction capitaliste plaident plutôt dans ce sens. Le vent de l’histoire, c’est de travailler moins. Le problème aujourd’hui est qu’on risque d’avoir un temps libre imposé par l’intelligence artificielle, pas négocié et pas préparé, et dont les conséquences sociales pourraient être désastreuses.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;On parle beaucoup ces dernières années d’une bataille des récits. Rendre la bifurcation écologique désirable et joyeuse, est-ce l’enjeu central pour la gauche ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;C’est un enjeu central mais par quels moyens l’atteindre ? Il est important de penser le monde dans lequel nous voulons vivre mais il faut aussi valoriser les expériences qui rendent cet autre monde déjà présent : les ZAD, les coopératives, l’autogestion, toutes ces expériences où il peut y avoir du plaisir, notamment dans le travail. La gauche ne peut pas être seulement dans l’imaginaire. L’imaginaire n’a jamais vaincu le réel sur son terrain.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Vous appeliez dans votre livre à une « &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;politique de l’allégresse&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt; ». Quels en seraient les contours ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Par « politique de l’allégresse », je voulais dire qu’il fallait s’atteler à répondre aux allégresses des autres car il y a des allégresses fascisantes. On entend l’extrême droite scander « &lt;i&gt;on est chez nous&lt;/i&gt; ». Dire cela, c’est un plaisir pour eux, clairement. Quand des gens racisés répondent à leur tour « &lt;i&gt;on est chez nous&lt;/i&gt; », de manière festive et joyeuse, c’est une des formes de cette politique de l’allégresse. Le rire est une des dimensions les plus subversives du plaisir, on en a peu parlé jusque-là. Dans ce cas précis, il s’agit de montrer que ce qui est présenté comme une tragédie (le soi-disant « grand remplacement ») peut aussi être une comédie, au sens fort du terme. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;On ne peut pas se limiter à opposer des jugements moraux aux allégresses des autres. La seule chose qui puisse vaincre une passion triste, c’est une passion plus forte et plus joyeuse, comme disait Spinoza. À ceux qui disent se sentir culpabilisés par le « wokisme », il faut répondre par un wokisme riant et joyeux, si l’on considère que le wokisme signifie bien être éveillé aux injustices et ouvrir la possibilité de les surmonter.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Il faut donc réactiver cette joie, chercher le rire, le collectif, face à une extrême droite qui agite en permanence des thématiques anxiogènes, des passions tristes ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La peur, l’envie, le ressentiment expliquent en partie que certains votent pour l’extrême droite. Mais cette explication ne suffit pas. Si l’extrême droite est si forte, c’est parce qu’elle produit des discours, façon CNews, qui disent : « &lt;i&gt;On va vous libérer &lt;/i&gt;». C’est ce qui se niche dans le fameux « &lt;i&gt;on ne peut plus rien dire &lt;/i&gt;». La réponse de l’extrême droite a les atours d’une libération : avec nous, vous pourrez dire ce que vous voulez, vous pourrez jouir librement. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il faut effectivement opposer des passions joyeuses aux passions tristes, à la peur, l’envie ou le ressentiment. Mais il faut aussi opposer des passions égalitaires à ces passions discriminantes. Il faut montrer que la joie qu’on leur promet est pleine de tristesse. Plutôt que de passions tristes, je préfère parler de « joies mauvaises ».&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Vous avez publié votre livre &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Quartier rouge&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt; en 2022, les lignes ont-elles bougé ces dernières années quant à la question du plaisir ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La question du plaisir et de la joie revient. On se rend compte que cela ne suffit pas d’opposer nos scandales et nos douleurs face à un monde injuste. Il y a une prise de conscience progressive que le plaisir n’est pas forcément coupable et qu’il peut devenir subversif. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La gauche, sans doute, a peut-être aussi réalisé que, pour la présidentielle qui s’annonce, il ne faudra pas perdre une nouvelle fois son temps à savoir s’il faut manger du quinoa ou des steaks pour pouvoir se dire de gauche. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Michaël Fœssel &lt;/b&gt;est philosophe et professeur à l’École polytechnique, spécialiste de la philosophie allemande et en particulier de Kant. Il intervient régulièrement dans le débat d’idées à gauche à travers ses ouvrages, parmi lesquels : &lt;i&gt;Après la fin du monde. Critique de la raison apocalyptique&lt;/i&gt; (Seuil, 2012), &lt;i&gt;Quartier rouge. Le plaisir et la gauche&lt;/i&gt; (PUF, 2022), et &lt;i&gt;Une étrange victoire. L’extrême droite contre la politique&lt;/i&gt; (Seuil, 2024), avec Étienne Ollion. Il est également chroniqueur régulier pour &lt;i&gt;Libération&lt;/i&gt; et membre du conseil de rédaction de la revue &lt;i&gt;Esprit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Quartier rouge. &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Le plaisir &lt;/b&gt;&lt;b&gt;et la gauche - &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Michaël Fœssel &lt;/b&gt;PUF → 2022 - 204 pages - 17 €&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p5&quot;&gt;Michaël Fœssel s’interroge sur la place du plaisir dans la pensée de gauche. Il déplore qu’une partie de la gauche contestataire ait privilégié un discours « ascétique », sacrificiel, de culpabilité et de restriction, politiquement contre-productif, laissant le terrain du plaisir à la droite, représentée notamment par la figure du « réactionnaire bon vivant ». Il appelle à réconcilier écologie et joie de vivre, dans une « politique de l’allégresse » qui renoue avec la fête, le rire, l’amour, le jeu et la convivialité, comme autant de formes de résistance et de subversion. Une façon de montrer qu’un autre monde est déjà possible, ici et maintenant.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Notes&lt;/b&gt; :&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Simone Weil (1909-1943), philosophe, révolutionnaire antistalinienne, résistante, elle a un temps travaillé à l’usine pour comprendre au plus près la condition ouvrière. À ne pas confondre avec Simone Veil, ministre sous Valéry Giscard d’Estaing, à l’origine de la loi autorisant le recours à l’IVG en 1974.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2. &lt;/b&gt;Philosophe et sociologue de l’école de Francfort (1903-1969).&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3. &lt;/b&gt;Philosophe féministe états-unienne, connue notamment pour son ouvrage &lt;i&gt;Trouble dans le genre&lt;/i&gt; (1990).&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4. &lt;/b&gt;Le programme de Gotha fut adopté en 1875 en Allemagne. Il signe la transformation du mouvement ouvrier en force politique organisée. Ce programme a surtout été rendu célèbre par la critique qu’en fit Karl Marx.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Brèche - Li Cam</title>
		<id>2162</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/breche-li-cam-editions-la-volte"/>
		<published>2026-06-25T15:21:00+02:00</published>
		<summary>Découvrez notre recension de « Brèche » de Li-Cam, aux Éditions La Volte.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/brechelicam_1782393778-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Situé bien avant l’avènement des écoumes — cet univers utopique écoféministe et postcapitaliste forgé par Li-Cam depuis quelques années (lire &lt;i&gt;Socialter&lt;/i&gt; nº 71) –, &lt;i&gt;Brèche&lt;/i&gt; interroge le devenir d’une société techno-capitaliste au bord de l’implosion. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Les plus modestes sont relégués aux marges, comme à Maisons-Neuves, barre HLM décrépie où la vie s’organise grâce à la débrouille, à l’autogestion et à la solidarité. En dehors, les Ogres se gavent dans un monde d’hyper-surveillance et de prédation. À travers les personnages de Bella, Rivière ou de Nati, Li-Cam esquisse les contours d’une autre humanité possible dans un monde à l’agonie. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Sa plume chantante pose les jalons d’une nouvelle société, écoféministe et égalitaire, où la technologie côtoie une certaine mystique. Tout en délicatesse, peut-être plus sombre mais aussi plus accessible que ses précédents textes, &lt;i&gt;Brèche&lt;/i&gt; ouvre une voie nécessaire pour nos sociétés prises en étau entre la montée des fascismes et la destruction des écosystèmes. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Brèche - &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Li-Cam - &lt;/b&gt;Éditions La Volte → 2026 – 360 pages – 20 €&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Comment l&apos;extrême droite tente de s&apos;approprier les fêtes populaires</title>
		<id>2161</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/fetes-populaires-canon-francais-extreme-droite-identitaire-bourgeoise-resistances-locales"/>
		<published>2026-06-24T17:18:00+02:00</published>
		<summary>Longtemps ancrés à gauche, certains espaces festifs populaires suscitent aujourd’hui la convoitise d’une extrême droite bourgeoise et identitaire, qui peine toutefois à en maîtriser les codes. Face à ces tentatives d’appropriation, des résistances locales s’organisent.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/fetespopulaires76_1782314587-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Parc des expositions, Caen, 18 avril 2026. Il est bientôt 16 heures quand s’achève le gargantuesque banquet du Canon français&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Des milliers de convives sont venus de toute la Normandie pour vivre la folle ambiance des banquets dont les making of cumulent des millions de vues sur les réseaux sociaux. Si les ventres sont bien remplis par le kilo de nourriture promise, l’heure n’est pas à la sieste. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Dans la rue, certains participants s’en prennent à des passants ou poussent des chansonnettes à la gloire de Jordan Bardella&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Des saluts nazis sont repérés par la caméra cachée du journal &lt;i&gt;Libération&lt;/i&gt;. Sur Instagram, les commentaires des participants trahissent la couleur nationaliste et raciste de l’événement. « &lt;i&gt;De la bonne cochonnaille avec des bons canons de rouge de notre terre, la France ! &lt;/i&gt;», écrit @septar0126. « &lt;i&gt;Et dans ce genre de banquet, on évite la présence de personnes indésirables… &lt;/i&gt;», renchérit Pierre. Un enthousiasme qui doit être tempéré par les organisateurs, à en croire la charte du Canon français : « &lt;i&gt;Ne pas imposer ses idées politiques aux autres canonniers. Cela concerne aussi les chants choisis et les accessoires politiques ou associatifs qui n’ont pas leur place au sein de la communauté. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Retrouvez ce texte dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;, librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-76&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvproduitn76_1782306707-png_1782306707-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Depuis leur lancement en 2021, les dérapages se multiplient et embarrassent les startupeurs de la ripaille, les fondateurs Pierre-Alexandre Mortemard de Boisse et Géraud du Fayet de la Tour. Leur slogan initial « &lt;i&gt;Festoyez, défendez votre héritage ! &lt;/i&gt;» a été récemment remplacé par «&lt;i&gt; Rendre utile la convivialité &lt;/i&gt;». Utile à qui ?&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Avant de lancer, avec le Canon français, son offre de repas à 80 euros sans dessert, &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Pierre-Alexandre Mortemard &lt;/b&gt;&lt;b&gt;était &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;risk manager&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt; chez Ferrero. &lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En 2024, Pierre-Édouard Stérin, milliardaire ayant pour projet de mettre l’extrême droite au pouvoir en France via son projet Péricles&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, a financé l’entreprise via un fonds d’investissement. Mais n’y voyez aucune intention politique cachée : les deux organisateurs jouent la carte de la convivialité apolitique et disent s’inspirer des fêtes populaires existantes, comme les fêtes de Bayonne ou l’Oktoberfest de Munich. « &lt;i&gt;C’est ouvert à tous, on le maintient, on ne bougera pas, on n’a pas envie de politiser une fête populaire. C’est dramatique de vouloir politiser du fromage, de la charcuterie, des produits du terroir&lt;/i&gt; », affirme, le regard grave, Géraud du Fayet sur le plateau des « Grandes Gueules » de RMC. Sa déclaration soulève une question intéressante : les banquets du Canon français sont-ils vraiment populaires ?&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Aristocratie, école de commerce et ripaille&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Les deux fondateurs, Pierre-Alexandre Mortemard de Boisse et Géraud du Fayet, font partie de l’aristocratie française. La famille Du Fayet de la Tour est même engagée dans l’Association d’entraide de la noblesse française, connue pour être un lieu de réunion de l’ancienne aristocratie, dont la plupart des membres sont monarchistes, royalistes et antirépublicains&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Avant de lancer son offre de repas à 80 euros sans dessert, Pierre-Alexandre Mortemard était &lt;i&gt;risk manager&lt;/i&gt; chez Ferrero, suite logique après un master à l’école de commerce EM Lyon. «&lt;i&gt; À y regarder de plus près, le Canon français est un mélange entre une marque et une start-up. Comme Nike qui n’a pas d’usine, le Canon français n’a pas de cuistot, pas d’équipe de service, pas d’hôtes, pas de lieu. Et comme une start-up, le Canon français fait payer cher ce qui existe déjà en gratuit ou à des tarifs abordables, en enrobant le tout d’une histoire, d’un récit sur les Français béret-pinard-bons vivants, ce que toutes les assos de Bretagne font à 25 euros maximum &lt;/i&gt;», analyse la coalition Désarmer Bolloré dans un billet de blog&lt;b&gt;&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dans une interview accordée au journal &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (8 novembre 2025), le sociologue des ruralités Benoît Coquard y voit une « &lt;i&gt;réappropriation de certains produits culturels populaires par une jeunesse bourgeoise et héritière généralement conservatrice &lt;/i&gt;». Pour les classes populaires, «&lt;i&gt; cela n’est guère vécu comme une dépossession, mais plutôt comme la défense d’une culture présentée comme appelée à disparaître si personne ne s’en saisit &lt;/i&gt;», ajoute-t-il.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Malgré les dissonances évidentes, la recette fonctionne. Dans le sillage du Canon français, le marché de l’événementiel « ripaille » s’étoffe. À Compiègne, l’entreprise La Grande Ripaille promet cochon rôti et chants militaires. Autoproclamé ministre des fêtes de village, Quentin Belloir, derrière le compte Instagram Le Guide gaulois (95 000 followers), fait le tour de France des fêtes de village garanties «&lt;i&gt; 100 % terroir, 0 % commercial &lt;/i&gt;». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Dans son contenu, des belles images entourées de préoccupations quant à la disparition des fêtes de village, le tout ponctué d’émojis du drapeau français et du symbole royal de la fleur de lys. Il vient de lancer le Banquet des vaillants, dans le Gers. Il faut compter 80 euros par couvert. Le milieu agricole, visage du terroir français, est aussi traversé par ces influences. En octobre dernier, la fête de la fin des vendanges de la côte chalonnaise (en Saône-et-Loire), la Paulée, a noué un partenariat avec le Canon français pour organiser un banquet géant.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;« &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Célébration de la civilisation et du terroir&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt; »&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Récemment, l’extrême droite groupusculaire s’est elle aussi engagée sur le créneau de l’enracinement par le biais des espaces festifs. Pour vendre ses universités d’été, qui réunissent des centaines de jeunes, l’institut de formation identitaire et catholique traditionaliste Academia Christiana publie par exemple sur Instagram des photos de guinguettes et d’activités en plein air sous lesquelles est écrit : «&lt;i&gt; L’indignation virtuelle ne construit rien. La réponse se trouve dans l’action concrète et la chaleur d’une communauté bien réelle. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Avec ses succursales en régions, réunies sous le label Communitas Christiana, l’institut&lt;b&gt;&lt;sup&gt;6&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; invite ses adeptes, «&lt;i&gt; les enracinés&lt;/i&gt; », à se réunir autour des feux de la Saint-Jean. Au programme de cette « &lt;i&gt;célébration de la civilisation et du terroir &lt;/i&gt;» : grand banquet en plein air, bénédiction du feu, animations pour les enfants et bivouac sur place. Même ton du côté de l’institut Iliade, think tank d’extrême droite qui propose désormais des formations sur le folklore comme source d’inspiration. « &lt;i&gt;Nos rires, nos chants, nos danses sont la preuve de notre engagement &lt;/i&gt;», écrivent-ils sur Instagram.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Marchés, foires agricoles, lotos, vide-greniers, fêtes de village ou salons gastronomiques… Depuis les législatives de 2022, les élus du Rassemblement national (RN) ont, eux aussi, renforcé leur stratégie d’enracinement dans les espaces festifs, comme le constatait le média &lt;i&gt;Regards&lt;/i&gt; dans un récent article&lt;b&gt;&lt;sup&gt;7&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; sur les élections municipales. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Leur emboîtant le pas, Les Républicains se réclament désormais à leur tour des fêtes populaires et y vont de leur couplet contre une gauche, présumée élitiste et méprisante, qui aurait abandonné ces lieux de sociabilité. «&lt;i&gt; Emmener vos enfants au carnaval de Nantes, boire un verre sous les platanes lors d’une fête provençale, frissonner au son des binious bretons… Ces fêtes populaires, qui unissent chaque année des millions de Français, sont devenues la nouvelle cible de la gauche “bien-pensante”, qui exècre de toutes ses forces la France des terroirs et des traditions &lt;/i&gt;», peut-on lire sur leur site. &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Gratuité et plein air&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il suffit pourtant d’ouvrir un livre d’histoire pour constater que la gauche, dès les débuts de son histoire, s’est structurée et définie à travers les fêtes populaires. Après la Révolution française, les fêtes civiques sont envisagées comme des instruments pour rompre avec l’Ancien Régime, en éduquant les Français pour qu’ils « &lt;i&gt;abandonnent le statut de sujets pour assumer celui de citoyens&lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;8&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; ». Organisées par l’État jacobin, ces fêtes se veulent gratuites, collectives, en plein air, et rompent avec les cérémonies aristocratiques ou religieuses&lt;b&gt;&lt;sup&gt;9&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; Plus tard, entre 1877 et 1879, les fêtes publiques, réunissant des masses rurales souvent favorables à la monarchie et peu alphabétisées, contribuent à convaincre le peuple de plébisciter la République. « &lt;i&gt;Cette pratique festive au village accoutuma les masses rurales au débat, prélude à la victoire de la démocratie dans le pays &lt;/i&gt;», écrit l’historien Rémi Dalisson&lt;b&gt;&lt;sup&gt;10&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Les fêtes organisées par les communes et syndicats, profondément politiques, connaissent un essor particulier entre les années 1930 et 1970, alors que la consommation de masse se développe. À cette époque, on qualifie alors de « populaires » les fêtes accessibles et bon marché, ancrées dans les pratiques ouvrières (guinguettes, ducasses, kermesses). &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La première Fête de l’Humanité, qui a lieu en 1930, dans le parc Sacco-et-Vanzetti de Bezons, ville communiste du Val-d’Oise, consacre l’expression « fête populaire » : une fête du peuple, pour le peuple. « &lt;i&gt;Ces célébrations sont des occasions de recrutement ou de fraternisation ; elles permettent de collecter des fonds ou de faire de la propagande. Les fêtes sont aussi une représentation en miniature de la vie socialiste, qui donne notamment à voir ce que peut être un modèle de consommation désirable &lt;/i&gt;», écrit l’historienne Alexia Blin&lt;b&gt;&lt;sup&gt;11&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Résistances locales&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Aujourd’hui, aux quatre coins de la France, on résiste à la récupération identitaire des fêtes populaires, et ce sans nécessairement revendiquer un ancrage à gauche. Lorsque Pierre-Édouard Stérin&lt;b&gt;&lt;sup&gt;12&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, en juillet 2025, met les doigts dans le label « Les plus belles fêtes de France », une dizaine de communes et d’associations en Bretagne, au Pays basque et en Gironde choisissent de se retirer du label et de renoncer à ses financements. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ces décisions ne s’accompagnent pas nécessairement d’une revendication politique à gauche. C’est le cas de Patrick Coumet, président de la fête Lehengo Hazparne, qui fait rayonner la culture basque, contacté par &lt;i&gt;Socialter&lt;/i&gt;. «&lt;i&gt; L’intérêt des fêtes, c’est justement d’être apolitique, de réussir à rassembler le plus de monde possible. On refuse toute récupération politique, qu’elle soit de droite ou de gauche&lt;/i&gt; », explique-t-il. La même volonté de neutralité est affichée du côté du festival des Filets bleus, à Concarneau, dans le Finistère : « &lt;i&gt;Les Filets bleus, organisation apolitique, continueront à œuvrer pour une culture populaire et inclusive, loin des clivages et en sérénité&lt;/i&gt; », clarifient les organisateurs sur France Bleu.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;« &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Woke avant l’heure&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt; »&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Certaines fêtes populaires disposent d’un ancrage historique et social si fort qu’elles seraient difficilement perméables aux tentatives de récupération. C’est le cas des Fêtes de Bayonne, selon Philippe Steiner, professeur émérite de sociologie à Sorbonne Université et auteur de &lt;i&gt;Faire la fête. Sociologie de la joie &lt;/i&gt;(PUF). « &lt;i&gt;Quand vous êtes dans la rue, en blanc et rouge, vous incarnez la fête autant que n’importe qui d’autre. &lt;/i&gt;» Depuis quelques années, une partie de la jeunesse bayonnaise cherche par ailleurs à faire advenir des Fêtes de Bayonne alternatives, sur la place Patxa, portées par des valeurs écologistes, féministes et solidaires, en opposition à une vision consumériste et sécuritaire de l’événement.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Sur le littoral du Nord, la chanson est similaire. « &lt;i&gt;Si l’extrême droite tentait de faire de l’entrisme dans le carnaval de Dunkerque, il y aurait une levée de boucliers immédiate des carnavaleux &lt;/i&gt;», jure Ludovic Bertin, 49 ans, enseignant dunkerquois à l’Université du littoral et président de l’association intégrée au carnaval Les Kiekeun Reusche. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À Dunkerque, où le patrimoine matériel a largement disparu après les destructions de la guerre, l’attachement se porte surtout sur le patrimoine immatériel, dont le carnaval fait partie, bien loin de la conception identitaire revendiquée par l’extrême droite. «&lt;i&gt; Entre les déguisements, le maquillage pour tous les genres, on a été woke avant l’heure. Rien que pour ça, on ne peut pas intéresser l’extrême droite&lt;/i&gt; », achève-t-il. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Notes :&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1. &lt;/b&gt;Le Canon français organise des banquets géants « &lt;i&gt;pour valoriser le terroir et le patrimoine français &lt;/i&gt;».&lt;br&gt;&lt;b&gt;2. &lt;/b&gt;« Drapeaux royalistes, références néonazies, influence du milliardaire ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin… On vous explique pourquoi les banquets du Canon français ne sont pas des fêtes traditionnelles comme les autres », compte Instagram de &lt;i&gt;Libération&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3.&lt;/b&gt;&lt;b&gt; &lt;/b&gt;Le document élaboré par Pierre-Édouard Stérin décrit, étape par étape, l’installation à tous les échelons du pouvoir d’une alliance entre l’extrême droite et la droite libérale-conservatrice.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4. &lt;/b&gt;« Canon français : le banquet qui file la nausée », Désarmer Bolloré.&lt;br&gt;&lt;b&gt;5. &lt;/b&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;6.&lt;/b&gt;&lt;b&gt; &lt;/b&gt;Le 10 décembre 2023, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin annonce sur le média Brut son intention de dissoudre l’organisation « &lt;i&gt;dans les prochaines semaines &lt;/i&gt;». Le projet de dissolution est depuis tombé à l’eau.&lt;br&gt;&lt;b&gt;7. &lt;/b&gt;Pablo Pillaud-Vivien, « Municipales : le RN entre fêtes de village et fusion des droites », 13 mars 2026.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;8. &lt;/b&gt;Maxime Kaci, « Citoyenneté modelée, citoyenneté modulée : les rites et cérémonies publics durant la Révolution française », dans Guy Labarre (dir.), &lt;i&gt;Citoyenneté et éducation par la société&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Franche-Comté, 2020.&lt;br&gt;&lt;b&gt;9. &lt;/b&gt;Mona Ozouf, &lt;i&gt;La Fête révolutionnaire&lt;/i&gt; (1789-1799), Gallimard, 1976.&lt;br&gt;&lt;b&gt;10. &lt;/b&gt;Dans l’article « Rituels politiques, sociabilités festives et contestation rurale en France », dans Annie Antoine et Julian Mischi, &lt;i&gt;Sociabilité et politique en milieu rural&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes, 2015.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;11. &lt;/b&gt;Voir son ouvrage &lt;i&gt;À l’assaut de l’abondance. Socialisme et consommation. Du XIX&lt;/i&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;i&gt; siècle à nos jours&lt;/i&gt;, Presses universitaires de France, 2025.&lt;br&gt;&lt;b&gt;12. &lt;/b&gt;Stérin est actionnaire de Studio 496, chargé par l’association Les plus belles fêtes de France de gérer une partie de son organisation.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Lumir Lapray : Refaire de la gauche le « camp du kif »</title>
		<id>2160</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/lumir-lapray-gauche-temps-libre-joie-horizon-politique-classes-populaires"/>
		<published>2026-06-24T15:10:00+02:00</published>
		<summary>Interrogeant l’évolution du rapport des classes populaires rurales au travail et au temps libre, l&apos;activiste Lumir Lapray appelle la gauche écologiste à redevenir le « camp du kif » en faisant tenir ensemble, à l’instar du maire de New-York Zohran Mamdani, revendications matérialistes et joie de vivre.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/lumirtexte76_1782306800-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Aujourd’hui, notre camp ne cesse d’être défini par ce qu’il interdirait. Nos adversaires politiques nous ont collé une étiquette : celle des privateurs, des peine-à-jouir, des punitifs. Nous voudrions prendre aux gens tout ce qui les tient – la voiture, le barbecue, les vêtements pas chers, l’avion, le steak, le Tour de France –, tout ce qui les fait vivre, ou du moins tenir. Et face à cette caricature, nous sommes bien souvent en peine de répondre.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Bien sûr, cette accusation est absurde : nous qui défendons le vivant, les services publics, la solidarité nationale ? À quoi sert d’avoir une voiture si le litre d’essence est à 2,30 euros ? À quoi sert de prendre l’avion si nous n’avons plus d’eau potable ? Nous pourrions aligner les arguments, et nous n’aurions pas tort. Mais voilà le problème : avoir raison ne suffit pas. Avoir raison sans désir, sans élan, sans horizon joyeux, c’est perdre. Et nous perdons.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Retrouvez ce texte dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;, librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-76&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/couvproduitn76_1782306707-png_1782306707-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Cette question du temps libre, du kif, de la joie paraît presque indécente : comment parler de vacances dans un monde qui génocide, qui viole, qui détruit ? Comment parler de temps libre à celles et ceux qui ne parviennent pas à joindre les deux bouts alors même qu’ils travaillent – pas à mi-temps, pas à la marge, mais à plein régime, parfois même sur plusieurs emplois à la fois ? Je comprends la gêne. Je la partage, parfois. Et pourtant, c’est précisément cette question que je veux poser ici. Parce que je crois qu’elle est au cœur de tout.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Je viens d’une France rurale et populaire où « la valeur travail » n’est pas un slogan : c’est une réalité vécue, une boussole morale. Éviter les périodes de chômage, travailler dur, ne pas compter ses heures : c’est asseoir sa bonne réputation, c’est exister socialement, c’est mériter sa place. J’ai grandi dans ce monde-là. Je le connais, je l’aime, et je ne le méprise pas. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Depuis la fermeture des grands bastions industriels, depuis l’avènement de la surconsommation et de l’individualisme, depuis la victoire progressive du néolibéralisme sur nos imaginaires collectifs, l’idéal de réussite s’est rétréci à une seule formule : travailler plus pour gagner plus. Et dans ce rétrécissement, la gauche a perdu quelque chose d’essentiel. Elle est passée, aux yeux de beaucoup, du camp des travailleurs à celui des assistés.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Nous sommes devenus, aux yeux de beaucoup, la gauche morale, la gauche qui trie, qui classe, qui dit qui a raison et qui a tort, qui interdit et qui sermonne. La gauche qui parle, plutôt que la gauche qui fait. La gauche qui punit, plutôt que la gauche qui libère.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Il faut bien trouver un peu d’estime de soi quelque part, quand tout le reste fout le camp – la sécurité de l’emploi, la communauté, la fierté collective. Le travail, aussi aliénant soit-il, reste un des derniers espaces où l’on peut se dire qu’on vaut quelque chose. Autant dire que le « droit à la paresse » – concept de Paul Lafargue qui, dès 1880, nous mettait en garde contre l’«&lt;i&gt; étrange folie &lt;/i&gt;» qui nous faisait aimer ce travail-même qui nous violente –, ce n’est pas franchement un thème porteur dans la salle des fêtes de mon village.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Et puis, avant de parler de temps libre, il faut nommer ce qui le précède et le conditionne. La bataille du temps libre, du kif, suppose d’abord d’avoir réglé les questions de survie. Ne pas avoir peur de faire faillite si l’on tombe malade. Être protégée et accompagnée lorsque l’on choisit d’avoir un enfant. Perdre son travail et ne pas se retrouver à la rue six mois plus tard. Profiter de sa retraite sans avoir à choisir entre se chauffer et manger. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Or, en sortant des millions de Françaises et de Français du cadre de protection que nous avions arraché aux élites économiques, le capitalisme contemporain n’a pas seulement attaqué nos droits : il a retourné le temps libre contre nous. Je pense aux femmes de ménage et aux livreurs Deliveroo, pour qui « avoir du temps » veut dire « ne pas être payé ». Je pense aux centaines de milliers d’auto-entrepreneurs pour qui ne pas travailler, c’est prendre le risque de tout perdre, faute de filet. Je pense à celles et ceux dont la situation est si précaire que l’inactivité ressemble à une menace, plutôt qu’à une promesse.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Et pourtant – et c’est là que ça devient intéressant –, la volonté de maîtriser son temps, de ne pas « perdre sa vie à la gagner », a toujours été au cœur des luttes. Dès que les ouvriers s’organisent, à l’heure de l’industrialisation, ils exigent une réduction du temps de travail. La journée de huit heures. Puis le week-end. Puis les congés payés. Dans les mines, les ateliers de filature, les docks, les usines, ceux qui vendent leur force de travail posent immédiatement le besoin fondamental de temps… pas seulement de pain. Ce n’est pas une revendication secondaire, un luxe postrévolutionnaire. C’est une revendication fondatrice. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;D’ailleurs, aujourd’hui aussi, il suffit d’aller au café et de tendre l’oreille. Aides-soignantes, cadres, AESH, travailleurs en intérim, aidants, auto-entrepreneurs, jeunes parents forcés de retourner bosser quelques semaines seulement après avoir accueilli la vie : le temps libre, le voilà le grand luxe de notre époque. Avoir du temps à soi, qui ne soit pas vendu, optimisé, monétarisé. Du temps pour rien – ou plutôt, du temps pour tout ce qui compte vraiment. Et dans un monde qui n’a jamais été aussi riche, où les machines n’ont jamais été aussi nombreuses, où la productivité n’a jamais été aussi haute, ne devrions-nous pas la poser, cette question ?&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;La conquête du temps libre&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Longtemps, nous avons été de ce camp qui posait la question. Le camp qui permettait. Le camp du kif.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Horizon jamais pleinement atteint, certes – notre famille politique a elle-même été complice de systèmes de domination, le patriarcat et le racisme structurel en tête, et il serait malhonnête de l’oublier. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais tout de même : la grande famille de la gauche – les partis, mais surtout les syndicats, les associations, les gens ordinaires organisés, quoi – est celle qui a conquis tout ce qui permet la joie. Le repos dominical et l’école gratuite et obligatoire, arrachés aux manufacturiers du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Les deux semaines de congés payés du Front populaire en 1936, que les premiers bénéficiaires découvrent en montant dans des trains bondés vers la mer, souvent pour la première fois de leur vie. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Puis la retraite, la Sécurité sociale, la cinquième semaine de vacances et les 35 heures sans perte de salaire : tout ce qui n’est pas directement productif a été arraché de haute lutte au capitalisme, par des gens qui avaient compris que la vie ne se résume pas au travail.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;C’est ainsi que la gauche a su attirer à elle – parce qu’elle proposait non seulement une analyse du monde, mais une vision de ce que la vie pourrait être. Des solutions concrètes pour des améliorations tangibles du quotidien. Un horizon désirable.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Aujourd’hui, force est de constater que nous avons perdu cette image. Nous sommes devenus, aux yeux de beaucoup – dans ma France à moi, en tout cas –, la gauche morale, la gauche qui trie, qui classe, qui dit qui a raison et qui a tort, qui interdit et qui sermonne. La gauche qui parle, plutôt que la gauche qui fait. La gauche qui punit, plutôt que la gauche qui libère.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Du pain et des roses&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il nous reste pourtant tant à faire. Le capitalisme – et les milliardaires qui en profitent – semble chaque jour un peu plus décidé à nous détruire – nous, au sens large, l’ensemble de ceux qui ne vivent pas de la rente. La concentration des richesses n’a jamais été aussi obscène. Les conditions de travail se dégradent. Les protections sociales s’effritent. Et dans ce contexte, la question n’est pas de savoir si nous devons nous battre – c’est une évidence – mais comment redonner à ce combat un visage désirable.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La solution est sans doute, entre autres, de réinvestir les lieux du commun. De sortir d’une gauche trop incarnée dans ses appareils politiques, trop occupée à compter ses délégués et ses motions, pour recréer un imaginaire joyeux qui passe par le peuple. Ce sont les syndicats, les associations, les collectifs locaux, les fêtes de quartier, les jardins collectifs, les luttes concrètes qui ont toujours fait nos mouvements d’émancipation. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Aujourd’hui, ce sont les parents qui se bagarrent pour sauver la classe de leur enfant qui ferme, les collectifs d’habitants qui luttent pour la dignité de leur logement, les travailleurs qui se mettent en grève pour obtenir leur dû, les Françaises et les Français de tous les jours qui sont partis, il y a quelques mois, à l’assaut de leur mairie – pour enfin avoir leur mot à dire. La politique institutionnelle n’est pas l’ennemi. Elle n’est tout simplement pas le centre de gravité du mouvement, mais son prolongement.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ces réflexions sont internationales : l’illustration la plus éclatante de cette dynamique étant sans doute la victoire de Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York. Crédité de seulement 1 % d’intentions de vote quelques mois avant le scrutin, il n’a pas gagné depuis un appareil, mais bien parce qu’il est parti du peuple, de ses besoins concrets, de ses désirs ordinaires, et qu’il a refusé de séparer la lutte matérielle de la joie de vivre. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;C’est au fond le cœur de sa campagne : faire des propositions très matérialistes tout en se plaçant résolument du côté du camp du kif. Le camp du « bien manger », avec ses épiceries municipales. Le camp des enfants heureux, avec sa politique de garderies locales. Le camp des travailleurs reposés, avec les transports gratuits et efficaces. Mais aussi – et ce n’est pas un détail – le camp de la joie, du sourire, de l’amour. Lui qui appelle sa femme &lt;i&gt;hayati &lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; en public. Lui qui a eu une carrière de rappeur avant d’entrer en politique. Lui qui rit, qui pleure et qui n’a pas l’air de trouver indécent de vouloir vivre bien – et de le souhaiter à toutes et tous.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;C’est finalement cela, l’alliance qu’il nous faut reconstruire : entre le matérialisme et ce qu’on pourrait appeler le spirituel – la conviction profonde que nos joies d’humains, aimer, rire, prendre soin, créer, se reposer, ne peuvent s’épanouir que quand nos conditions matérielles d’existence ne sont plus de l’ordre de la survie. Et en même temps, la conviction jumelle qui nous pousse à ne pas attendre d’avoir remporté toutes les victoires pour vivre. Pour kiffer maintenant, ensemble, avec ce qu’on a, en se battant pour avoir plus.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En d’autres termes – comme le clamaient déjà les ouvrières des filatures en grève à Lawrence, au Massachusetts, en 1912, dans l’une des plus belles formules de l’histoire du mouvement ouvrier : « &lt;i&gt;Ce que nous voulons, c’est du pain pour tous, et des roses, aussi. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p5&quot;&gt;Le voilà, notre horizon.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p5&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; « Ma vie » en arabe. Sa compagne, Rama Duwaji, est d’origine syrienne.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Édito. Écologie et plaisirs - Qui sont les « bons vivants » ? </title>
		<id>2159</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/gauche-probleme-plaisirs-bons-vivants-droite-loisirs-conges-luttes"/>
		<published>2026-06-22T14:48:00+02:00</published>
		<summary>Découvrez l&apos;édito de notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques » par Elsa Gautier, rédactrice en chef de Socialter.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/editon76_1782132931-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Austères, punitifs, peine-à-jouir, nous ? La rengaine tourne en boucle dans les médias de droite : la gauche écologiste aurait un problème avec le plaisir… Vraiment ?&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pensons-y distraitement cet été, au soleil, les yeux mi-clos, avec dans l’oreille le murmure des vagues, ou le clapot d’une rivière, ou la chute fraîche d’un torrent de montagne. Loin des contraintes horaires, du stress, de la fatigue physique du boulot ou de l’abrutissement de l’écran, des mails, des &lt;i&gt;deadlines&lt;/i&gt;… L’oisiveté est « la mère de tous les vices », dit-on : c’est-à-dire la matière première de nos plaisirs.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;« &lt;i&gt;Les plaisirs désignent ce que les corps expérimentent d’ores et déjà de leur puissance&lt;/i&gt; », précise le philosophe Michaël Fœssel, et en cela, ils sont en quelque sorte « &lt;i&gt;non utopiques&lt;/i&gt; ». Ancrés dans le présent, ils ne renvoient pas aux lendemains qui chantent mais s’expérimentent dans l’immédiat, et donc à l’intérieur des sociétés capitalistes. Nos plaisirs seraient-ils alors le signe d’une adhésion tacite à l’ordre établi, finalement bien agréable ?&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ce serait oublier que derrière chacun de nos moments de farniente, il y a la longue, bruyante, féroce histoire de la conquête du temps libre. Celle des luttes pour le dimanche chômé puis le week-end, les grèves joyeuses de mai-juin 1936, qui ont arraché il y a quatre-vingt-dix ans les deux premières semaines de congés payés, débordant le programme du Front populaire. Puis celles des ouvriers pugnaces de Renault qui, dans les années 1950 et 1960, ont conquis en pionniers la troisième puis la quatrième semaine de vacances&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; avant qu’elles ne soient généralisées à tous les salariés.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Et enfin la cinquième semaine, en 1981, qui reste l’un des acquis de l’élection de Mitterrand, premier président de gauche de la V&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; République (même si on peut discuter largement d’autres aspects de son bilan). &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Malgré ça, la droite – qui a proposé récemment de supprimer deux jours fériés (Bayrou), d’étendre le travail le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai (Attal) ou de remettre en question la cinquième semaine de congés payés (Éric Pauget, député LR) – ose s’arroger le titre de championne des plaisirs. « &lt;i&gt;Merci patron, quel plaisir de travailler pour vous !&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; » Alors qu’elle asphyxie dans le même temps le monde associatif avec des coupes budgétaires fatales pour les festivals et arts vivants ? Qu’elle réprime de façon quasi obsessionnelle les &lt;i&gt;free partys&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Inutile de s’énerver, revenons à notre sieste au soleil. Contemplons plutôt l’écume, ou les frondaisons, ou les crêtes. En songeant aussi à ce que nous devons aux quelques écologistes têtus qui ont empêché là que cette plage ne soit bétonnée, ici que ce col de montagne ne devienne un parking, ailleurs qu’un barrage de plus ne balafre ce méandre de rivière. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Là encore, nos plaisirs de vacances sont politiques. Ceux que l’on prend dans la nature doivent souvent aux luttes entêtées pour qu’un peu de beauté sauvage demeure et que le grand air ne soit pas privatisé. C’est donc dans un temps et des espaces arrachés aux appétits productivistes et aux accaparements que nous cueillons les fruits de l’été.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À &lt;i&gt;Socialter&lt;/i&gt;, nous ne sommes pas des ascètes, des puritains, des rabat-joie. Nous sommes du camp du temps libre, du droit à la nature, de la fête, du plaisir partagé des corps et donc de celui des femmes, de la liberté des amours minoritaires, de l’agriculture paysanne produisant des délices pour tous. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À nos yeux, les saveurs des terroirs, les chansons populaires ou les banquets arrosés n’appartiennent pas à l’extrême droite, ni à aucune start-up identitaire… On peut être du camp des lendemains qui chantent et des aujourd’hui qui dansent. Cueillir les fruits du jour, tout en espérant que revienne le temps des cerises. Écologistes jouisseurs, gauchistes gourmandes, hédonistes partageux, décroissantes fêtardes, ce numéro est fait pour vous ! &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Retrouvez notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques » &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie, et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-76&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/couvproduitn76_1782132972-png_1782132972-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Mathilde Larrère, &lt;i&gt;On s’est battu&lt;/i&gt;·&lt;i&gt;es pour les gagner. Histoire de la conquête des droits en France&lt;/i&gt;, éditions du Détour, 2024.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; Refrain d’une chanson du groupe Les Charlots (1971), souvent reprise en manif.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Le Malentendu : Race, classe et identité</title>
		<id>2158</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/le-malentendu-race-classe-et-identite"/>
		<published>2026-06-10T14:24:00+02:00</published>
		<summary>Découvrez notre recension de « Le Malentendu. Race, classe et identité » de Asad Haider aux Éditions Amsterdam.</summary>
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		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Pourquoi la politique de l’identité présente-t-elle un piège pour les mouvements d’émancipation ? Volontiers provocateur et érudit, cet essai du philosophe états-unien Asad Haider, paru en 2018, prend à rebours des idées admises dans les mouvements de gauche nord-américains où les revendications identitaires prennent un espace croissant. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;En ouvrant le texte avec les réflexions des socialistes féministes lesbiennes noires du Combahee Collective River, auxquelles il entremêle sa propre expérience – Haider est militant antiraciste, héritier de l’immigration pakistanaise, des pensées de tradition marxiste et des &lt;i&gt;Black studies&lt;/i&gt; –, il examine la nécessité de s’affranchir de ce qu’il nomme l’«&lt;i&gt; idéologie de la race&lt;/i&gt; ». Elle serait une autre forme de « &lt;i&gt;production du racisme &lt;/i&gt;», qui essentialise les individus et les figent dans une identité, plutôt que de leur permettre de tisser des alliances soutenables contre les causes structurelles des oppressions. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;En s’appuyant sur des épisodes de révoltes méconnus de l’histoire des États-Unis, il plaide pour une «&lt;i&gt; nouvelle universalité insurgée &lt;/i&gt;», farouchement anticapitaliste.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;https://www.editionsamsterdam.fr/le-malentendu/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Le Malentendu. &lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;https://www.editionsamsterdam.fr/le-malentendu/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Race, classe et identité&lt;/a&gt; - &lt;/b&gt;Asad Haider (traduit par Valentine Leÿs) Éditions Amsterdam → 2022 - 208 pages - 17 €&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Qui était Arne Næss, précurseur de l&apos;écologie profonde ?</title>
		<id>2157</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/arne-naess-precurseur-ecologie-profonde-philosophe-norvegien"/>
		<published>2026-06-03T16:06:00+02:00</published>
		<summary>Père du courant de l’écologie profonde, le philosophe norvégien Arne Næss (1912-2009) a grandement influencé l’écologie contemporaine. Militant infatigable, il a mis en pratique ses convictions dans les luttes environnementales.</summary>
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		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Célèbre en Norvège pour son engagement écologiste, le nom d’Arne Næsas est resté assez méconnu dans l’Hexagone jusqu’au début des années 2000, où ses ouvrages ont été traduits en français. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Pourtant, sa pensée a irrigué de nombreux mouvements et groupes écologistes à partir des années 1970, période où il théorisa l’écologie profonde. «&lt;i&gt; Le terme “deep ecology” &lt;/i&gt;(“écologie profonde”)&lt;i&gt; est introduit par Næss dans un article publié en 1973 : “The shallow and the deep, long-range ecology movement” &lt;/i&gt;(“le mouvement écologique superficiel et le mouvement profond”)&lt;i&gt; &lt;/i&gt;», rappelle Catherine Larrère, professeure émérite de philosophie qui a dirigé, avec Emmanuel Picavet et Éric Pommier, &lt;i&gt;Arne Næss : écologie et politique&lt;/i&gt; (éditions Mare &amp; Martin, 2026).&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Portrait issu de notre n°75 « Peut-on être en désaccord sans se haïr ? », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie, et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-75&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/s75_couvproduit_1776091056-png_1776091056-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Dans cet article fondateur, il oppose deux tendances de l’écologie : une qui se concentre sur les « &lt;i&gt;symptômes&lt;/i&gt; » de la crise et sur les techniques cherchant à la « &lt;i&gt;corriger&lt;/i&gt; ». Et une autre, opposée, qu’il nomme « &lt;i&gt;profonde&lt;/i&gt; », et dont le but est de transformer notre rapport à la nature en prenant conscience que l’être humain n’y est pas extérieur. «&lt;i&gt; Le philosophe propose de passer d’un point de vue égocentré à un rapport plus ouvert à la nature &lt;/i&gt;», précise la chercheuse.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Le philosophe pacifiste&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Né à Oslo le 27 janvier 1912 dans une famille aisée, Arne Næss montre très tôt une passion pour la nature, et notamment la haute montagne. Une passion qui fera de lui le premier Norvégien, avec sept compatriotes, à atteindre, en 1950, le sommet du Tirich Mir, au Pakistan. Après des études de philosophie à l’université d’Oslo, il part à Vienne, en Autriche, en 1933, et fréquente les séminaires du Cercle de Vienne&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, où il est remarqué pour ses interventions. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;De retour en Norvège, il se voit confier, à l’âge de 27 ans, la chaire de philosophie de l’université d’Oslo, qu’il occupera jusqu’à sa retraite en 1969. Arne Næss a longtemps été l’unique professeur de cette discipline dans le pays, contribuant, par sa personnalité et ses travaux, à modeler le système universitaire ; ainsi, afin de former au mieux les étudiants, il rend obligatoire des examens de logique et d’histoire de la philosophie. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Durant la Seconde Guerre mondiale, les nazis projettent de déporter les étudiants de l’université d’Oslo, opposés au régime du III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Reich. Le philosophe, en lien avec la Résistance norvégienne, les prévient mais de nombreux jeunes sont faits prisonniers. Marqué par cet événement, il s’engage dans les services secrets alliés, et, après la guerre, il met en place des groupes d’enquêtes pour retrouver les traces des étudiants disparus. Il est aussi associé au grand projet de l’Unesco de 1947 qui vise à maintenir les conditions de la paix. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Arne Næss est très inspiré par Gandhi et sa philosophie de la non-violence, et l’expérience de la guerre le confortera dans cette voie, qu’il appliquera à ses actions écologistes : « &lt;i&gt;Depuis 1931, j’étais influencé par Gandhi, et la guerre m’a rendu plus gandhien que jamais. &lt;/i&gt;(…)&lt;i&gt; L’attitude gandhienne supposait en effet de diffuser un point de vue militant, tout en défendant ses positions mais sans avoir recours aux armes &lt;/i&gt;», écrit-il dans une publication de l’Unesco de 1957.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Le théoricien enchaîné à un rocher&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;C’est à Tvergastein, cabane qu’il a bâtie en 1938 sur le haut plateau de Hallingskarvet, dans le sud de la Norvège, et où il aime se réfugier pour lire, écrire et pratiquer l’alpinisme, que sa pensée et son engagement écologique se forment. C’est là qu’il expérimente notamment «&lt;i&gt; la réalisation de soi &lt;/i&gt;» : l’identification « &lt;i&gt;avec tous les êtres vivants, beaux ou laids, doués ou non de sensations &lt;/i&gt;», décrit-il en 1987 dans &lt;i&gt;La Réalisation de soi : une approche écologique de l’être au monde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Un livre a une influence décisive dans sa vie : &lt;i&gt;Printemps silencieux&lt;/i&gt;, de Rachel Carson, paru en 1962. La biologiste états-unienne y démontre les effets néfastes des pesticides sur l’environnement et accuse l’industrie chimique et les autorités publiques de taire le problème. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Le livre aura un retentissement énorme, et contribuera grandement à la mobilisation du mouvement écologiste en Occident dans les années 1960 et 1970. « &lt;i&gt;C’est le premier ouvrage qui met clairement en liaison l’amour pour la nature, la volonté de la protéger, et les dangers que les interventions humaines font peser sur elle, mais aussi sur la santé humaine &lt;/i&gt;»&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; explique Catherine Larrère.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Dès lors, le philosophe s’engage pour la planète. En 1970, avec trois cents autres militants, il s’enchaîne à un rocher pour protester contre la construction d’un barrage sur la Mardalsfossen, une chute d’eau située à Møre og Romsdal, en Norvège.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Le remède contre la tristesse née de la contemplation de la misère du monde est de faire quelque chose contre elle. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;L’« action Mardøla » entraîne l’arrêt du projet et inspire des militants écologistes aux États-Unis, qui fondent alors Greenpeace. Lors de la création de la branche norvégienne de l’association, en 1988, Arne Næss en devient le premier secrétaire. « &lt;i&gt;Næss est véritablement au cœur de la philosophie de Gandhi quand il affirme la réalisation de soi par l’action non violente et l’unité de tous les êtres vivants &lt;/i&gt;», souligne Marie-Hélène Parizeau, professeure de philosophie à l’université Laval au Québec, dans &lt;i&gt;Arne Næss : écologie et politique.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Le penseur préconise d’agir politiquement, par exemple pour freiner les projets destructeurs de l’environnement, mais aussi pour diffuser auprès du grand public les idées écologistes, afin que les citoyens s’organisent pour faire entendre leurs voix et exiger des lois protectrices de l’environnement. « &lt;i&gt;J’envisage un changement d’une taille et d’une profondeur révolutionnaires au moyen d’un grand nombre de petites avancées dans une direction radicalement nouvelle &lt;/i&gt;», décrit-il dans &lt;i&gt;Écologie, communauté et style de vie&lt;/i&gt;, paru en 1991. « &lt;i&gt;Le remède contre la tristesse née de la contemplation de la misère du monde est de faire quelque chose contre elle &lt;/i&gt;», écrit-il en 1973 dans &lt;i&gt;The Place of Joy in a World of Fact&lt;/i&gt;. Une théorie qu’il mettra en pratique jusqu’à son décès en 2009, à l’âge de 96 ans.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Aujourd’hui encore, Arne Næss continue d’inspirer des groupes militants, comme Deep Green Resistance (DGR), fondé en 2011, qui reproche aux organisations écologistes de ne pas proposer des mesures assez radicales pour mettre fin à la destruction globalisée des écosystèmes. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;En France, l’écologie profonde a subi la mauvaise publicité du professeur et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, Luc Ferry : dans &lt;i&gt;Le Nouvel Ordre écologique&lt;/i&gt; (Grasset, 1992), il accuse Arne Næss d’écofascisme, préférant les intérêts de la nature à ceux des êtres humains. Pour autant, le philosophe norvégien suggère plutôt de questionner l’anthropocentrisme propre au capitalisme, et les pratiques extractivistes qu’il entraîne, dans une recherche d’équilibre plutôt que de domination. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Aujourd’hui, des mouvements comme Révolution écologique pour le vivant, parti politique fondé par le député et militant antispéciste Aymeric Caron, se réclament de ce courant.  &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Le Cercle de Vienne est un groupement de philosophes positivistes actif de 1923 à 1936, promouvant l’empirisme et le rationalisme.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>À Vandoncourt, la démocratie participative peine à endiguer la montée de l&apos;extrême droite</title>
		<id>2156</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/vandoncourt-democratie-participative-montee-extreme-droite"/>
		<published>2026-06-03T14:42:00+02:00</published>
		<summary>Surnommé « le village aux 600 maires » en raison des instances de participation citoyenne mises en place dans les années 1970, le village de Vandoncourt, dans le Doubs, expérimente la démocratie participative depuis plus de cinquante ans. Mais cette initiative pionnière est gagnée par un certain essoufflement et la commune, malgré sa volonté d’ouverture, n’a pas réussi à endiguer le vote Rassemblement national.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/vandoncourt1_1780490882-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;«SALUT JP MS ». Les parents qui viennent chercher leurs enfants à l’école de Vandoncourt dans le Doubs passent tous les jours devant cette inscription énigmatique. Les lettres sont sculptées sur un bloc de pierre et surplombent un buste aux larges épaules encadrant un visage souriant. « JP MS », pour Jean-Pierre Maillard-Salin, n’était pas seulement le maire du village de 1971 à 1983. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Il est le nom et le visage de la « révolution citoyenne », comme la nommeront les acteurs de l’époque, qui a secoué cette commune posée sur une colline entre les Vosges et le Jura, à quelques kilomètres de la frontière suisse et des usines sochaliennes de Peugeot. En 1971, profitant de l’effervescence post-Mai 68, la liste « Continuité Union Progrès » qu’il anime est élue avec un slogan : « &lt;i&gt;Démocratie, contrôle populaire et autogestion&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En plus de l’équipe municipale, trois instances sont alors créées pour prendre en charge les différents aspects de la vie communale. Un conseil des jeunes surnommé le « conseil des fous », un conseil des anciens nommé « conseil des sages » et un conseil des associations.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre n°75 « Peut-on être en désaccord sans se haïr ? », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie, et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-75&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/s75_couvproduit_1776091056-png_1776091056-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pendant les conseils municipaux, la salle est pleine à craquer, et tout le monde est invité à prendre la parole. «&lt;i&gt; Le conseil municipal était un des premiers en France à prendre position contre l’extension du camp militaire du Larzac ou contre le nucléaire &lt;/i&gt;», se souvient Patrice Vernier, maire de Vandoncourt de 2001 à 2023 et qui présidait à l’époque le conseil des fous.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Cinquante-cinq ans plus tard, la liste « Continuité, Union, Progrès », dixième du nom, qui dirige la commune sans discontinuer depuis 1971, remporte les élections municipales. « &lt;i&gt;La défense de la démocratie participative&lt;/i&gt; » est le premier point annoncé sur son programme, suivi d’une mention « &lt;i&gt;Merci Jean-Pierre Maillard-Salin&lt;/i&gt; ». Quelques jours après les municipales, il règne une ambiance de rentrée des classes dans la salle de réunion de la mairie. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À l’ordre du jour, la répartition des élus dans les huit « commissions extra-municipales » : social, impôts, culture, etc. Ces instances, créées du temps de « JP MS », réunissent toujours conseillers municipaux et habitants qui y discutent aussi bien de chantiers et d’actions culturelles ou solidaires à mettre en place que des grandes orientations de la vie de la commune.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Démocratie participative cherche participants&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dominique Bouveresse, 68 ans, le maire fraîchement réélu, se revendique de cet héritage, «&lt;i&gt; plutôt LR, mais bon, il n’y a que les cons qui changent pas d’avis &lt;/i&gt;». «&lt;i&gt; Et puis on ne fait pas vraiment de politique &lt;/i&gt;», s’empresse d’ajouter cet ancien cadre de chez Peugeot avec l’air de dire que les étiquettes ne valent pas grand-chose dans un village de 800 habitants. Sa priorité : la participation citoyenne. Mais les choses ont bien changé depuis les années 1970.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Finis les conseils municipaux bondés et les prises de position sur des sujets nationaux clivants. Si en théorie, tout peut être discuté par tout le monde, seule une vingtaine d’habitants s’impliquent vraiment dans les commissions extra-municipales (contre une cinquantaine dans les années 1970). Dominique Bouveresse se satisfait néanmoins de la participation d’une soixantaine de personnes aux réunions publiques annuelles qui sont proposées pour débattre des grandes orientations de la commune.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Si en théorie, tout peut être discuté par tout le monde, seule une vingtaine d’habitants s’impliquent vraiment dans les commissions extra-municipales. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;«&lt;i&gt; Je n’ai pas le temps pour participer&lt;/i&gt; », s’excuse une habitante à la sortie de l’école en pointant discrètement du doigt ses trois enfants. «&lt;i&gt; Et puis, si j’ai un problème, je vais voir les élus &lt;/i&gt;», ajoute-t-elle. Devant l’épicerie, seul commerce du village, qui a rouvert la veille des élections, &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Simone, 82 ans, décrit les recompositions de la participation citoyenne. «&lt;i&gt; Je vais aux réunions publiques mais pas aux commissions. On a fait notre “BA”&lt;/i&gt; [bonne action] &lt;i&gt;du temps de Maillard-Salin, &lt;/i&gt;dit-elle en souriant. &lt;i&gt;Aujourd’hui ça prend d’autres formes. On participe au fleurissement et au nettoyage collectifs du village tous les ans et il y a toujours une trentaine d’associations qui font vivre la commune. Il se passe quelque chose presque toutes les semaines. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;L’ombre de « JP MS »&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Sylviane, 75 ans, fait partie de la vingtaine d’habitants qui s’investissent dans ces commissions. « &lt;i&gt;Je n’ai jamais voulu être élue, j’ai déjà assez de mal à dormir sans ça, &lt;/i&gt;explique-t‑elle en riant. &lt;i&gt;Mais je veux contribuer à la vie de ma commune.&lt;/i&gt; » Ce mardi, avec d’autres membres de la commission « social », elle installe tables et chaises dans la salle d’activités du village. Dans quelques instants, la salle accueillera les cris des enfants de l’école maternelle venus partager un moment de jeu intergénérationnel avec des seniors, sous un bas-relief en bronze accroché au mur à l’effigie de… « JP MS ».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le maire actuel cherche à relancer la participation et envisage de mettre en place des «&lt;i&gt; apéros citoyens &lt;/i&gt;» dans l’épicerie afin que les habitants puissent parler de la vie de la commune «&lt;i&gt; dans un cadre bon enfant, autour d’un jus de pomme ou d’un p’tit blanc &lt;/i&gt;».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/vandoncourt2_1780490896-png_1780490896-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Ginette et Simone à Vaudoncourt.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;L’avenir de l’ancien presbytère racheté par la mairie sera le « gros dossier » du mandat : « &lt;i&gt;On prévoit d’organiser une réunion par trimestre pour que la population choisisse ce qu’on fera de ce bâtiment&lt;/i&gt; », annonce l’élu, enthousiaste. Tout en époussetant un muret en pierre sèche qui vient d’être réalisé lors d’un chantier collectif, Patrice Vernier met en avant la participation dans les associations et les réalisations, notamment dans le domaine écologique (chaudière à bois alimentée par le bois communal, vergers collectifs, écopâturage), permises par l’implication citoyenne. Mais il reconnaît un « &lt;i&gt;essoufflement&lt;/i&gt; » de la dynamique.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;La poussée du RN&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;L’esprit d’ouverture qui caractérisait l’homme et le village est lui aussi menacé. Depuis 2002, le Rassemblement national (RN, Front national jusqu’en 2018) arrive régulièrement en tête lors des scrutins nationaux&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. À l’évocation des scores du RN, les épaules de Patrice Vernier se lèvent et retombent dans un soupir. « &lt;i&gt;Ces résultats m’ont interpellé dans un village ouvert sur le monde, qui rejette la haine, et où l’on honore tous les ans la mémoire d’un ancien maire qui était chef de la résistance locale. Mais on fait face à quelque chose de plus fort que nous et qu’on construit depuis cinquante ans : la télé. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La démocratie locale ne semble pas être un rempart suffisamment solide face au rouleau compresseur réactionnaire et aux transformations économiques et sociales. « &lt;i&gt;La poussée du RN, c’est un phénomène régional. Ici, dans les années 1970, Peugeot employait jusqu’à 40 000 personnes. Aujourd’hui c’est quatre fois moins. Ça a entraîné du chômage et des fermetures de commerce &lt;/i&gt;», analyse un retraité qui a lui-même fait carrière dans les usines automobiles du groupe dans la ville de Sochaux qu’on devine depuis les hauteurs du village. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Comme la plupart des personnes interrogées, il déplore la percée du RN, mais ne voit pas par quel bout prendre le problème. « &lt;i&gt;On ne sait pas trop qui vote RN car ce ne sont pas des sujets qu’on aborde entre nous. On ne peut pas trop se permettre de se diviser dans un petit village &lt;/i&gt;», explique-t-il en regardant régulièrement derrière lui. L’homme, qui demande l’anonymat, attribue autant le vote RN à la précarisation qu’à l’arrivée de nouveaux habitants, attirés par les salaires confortables proposés en Suisse, notamment dans l’industrie horlogère. Le maire, lui, balaie cet argument et refuse de faire porter la responsabilité de la bascule vers l’extrême droite aux nouveaux habitants. « &lt;i&gt;Certes il y a beaucoup de jeunes de 30 à 40 ans qui votent pour Bardella, mais il y a aussi des anciens qui me disent qu’ils ont peur à cause de ce qu’ils voient dans les médias. Pourtant il y a zéro insécurité et quasiment zéro étranger dans notre village. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Il n’empêche, les arguments du RN font mouche, même chez les gens impliqués dans la vie locale. Parmi eux, Mathieu, 37 ans, membre de l’Union des sociétés vandoncourtoises, une des plus grosses associations du village. « &lt;i&gt;Quand on voit ce qui se passe dans certains endroits comme Audincourt&lt;/i&gt; [une ville voisine de 15 000 habitants, NDLR], &lt;i&gt;ça fait peur,&lt;/i&gt; dit-il en évoquant les rodéos et les voitures brûlées. &lt;i&gt;On n’a pas envie que ça arrive ici &lt;/i&gt;», ajoute-t-il, sans préciser ses préférences électorales. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Maria, une de ses amies, est un peu plus explicite : «&lt;i&gt; On a envie de préserver nos valeurs et nos traditions. Ici, on peut encore mettre une crèche à l’école à Noël. Mais dans d’autres écoles on ne peut plus. Et on n’a même plus le droit de dire “vacances de Noël” ou “vacances de Pâques” &lt;/i&gt;», se plaint cette femme de 41 ans.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Une information préoccupante est récemment arrivée aux oreilles de plusieurs élus. Certains habitants, désireux que la percée nationale du RN ait des répercussions localement, ont tenté de monter une liste aux dernières municipales. «&lt;i&gt; Ils n’ont pas trouvé assez de monde cette fois-ci, mais ils vont sûrement retenter lors de la prochaine élection &lt;/i&gt;», anticipe le maire.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En 2002, quand Jean-Marie Le Pen réalisait les premiers gros scores du Front national, les élus avaient envoyé une lettre aux habitants pour les alerter sur le danger représenté par le parti d’extrême droite. Deux décennies plus tard, les résultats du RN ont doublé mais le conseil municipal reste silencieux. « &lt;i&gt;On est apolitiques,&lt;/i&gt; se justifie Dominique Bouveresse. &lt;i&gt;Mais je n’ai pas peur de dire que je suis contre le RN. &lt;/i&gt;» À l’époque de « JP MS », le conseil municipal n’hésitait pas à faire dialoguer les habitants sur des questions nationales. Un héritage qu’il faudra peut-être raviver pour que la « révolution citoyenne » survive à la marée brune. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; 57 % au second tour des élections législatives de 2024, avec un taux de participation de 74 %.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Régénérer ou dégénérer</title>
		<id>2155</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/regenerer-ou-degenerer-vandana-shiva-rue-echiquier"/>
		<published>2026-06-03T10:48:00+02:00</published>
		<summary>Découvrez notre recension de « Régénérer ou dégénérer » de  Vandana Shiva aux Éditions Rue de l&apos;Échiquier.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/vandanashivarecension75_1780477138-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;L’ouvrage de l’écologiste indienne Vandana Shiva repose sur une analogie établie entre deux formes de métabolisme : celui du corps humain, confronté à l’essor des maladies chroniques, et celui de la Terre, fragilisé par le dérèglement climatique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Ce parallèle sert de point d’appui à l’activiste pour rappeler la complexité des interactions qui traversent les systèmes vivants, mais aussi pour critiquer la vision mécaniste promue par l’agro-industrie, présentée comme l’expression d’un modèle économique façonné par les intérêts des plus riches. Si le propos s’attarde parfois, multipliant les références et les autorités scientifiques convoquées pour étayer l’argumentation, la démonstration n’en demeure pas moins édifiante quant à l’horizon qu’il dépeint : soit celui d’une alimentation brevetée et produite en laboratoire. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Face à cette perspective, l’autrice met en avant l’agroécologie paysanne, envisagée comme une piste capable de régénérer à la fois les écosystèmes et les sociétés humaines.&lt;b&gt; &lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Régénérer ou dégénérer - &lt;/b&gt;&lt;b&gt;La crise climatique &lt;/b&gt;&lt;b&gt;est une crise alimentaire. &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Vandana Shiva &lt;/b&gt;&lt;b&gt;(traduit par Marin Schaffner) &lt;/b&gt;Wildproject - Rue de l’Échiquier → 2026 – 192 pages – 22 €&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Dans le Puy-de-Dôme, Françoise Peyrissat et la passion des lichens</title>
		<id>2154</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/puy-de-dome-francoise-peyrissat-passion-pour-lichens-observation-nature-scientifiques"/>
		<published>2026-05-28T17:03:00+02:00</published>
		<summary>Depuis qu’elle a pris sa retraite de professeure d’anglais, Françoise Peyrissat a développé son goût pour l’observation de la nature et la rigueur scientifique. De sorties naturalistes en associations de quartier, elle s’est prise de passion pour les lichens, ces organismes aussi étranges que méconnus. Désormais incollable sur le sujet, elle les traque méthodiquement pour un programme de science participative au long cours. Rencontre la loupe à l’œil, à l’ombre du puy de Dôme, entre forêt brumeuse et rocade périurbaine.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/lichen75_1779981047-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Ce qu’il y a de pratique avec les lichéno­logues, c’est une minutie hors du commun et un solide sens de l’organisation. Lorsque nous avons contacté Françoise Peyrissat par e-mail en lui expliquant le principe de la rubrique et notre volonté de découvrir avec elle l’état de la population de lichens de l’agglomération clermontoise, elle nous a d’abord répondu : « &lt;i&gt;Je réfléchis. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Cartographie des nuisances&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;L’époque est si peu coutumière de ce type de réflexe que sa réponse nous a d’abord semblé presque suspecte. Et puis l’on s’est rassuré : c’était une manière de nous préparer en installant un certain rapport au temps ; ces organismes pouvant facilement atteindre des âges vénérables de plusieurs centaines d’années, ils supporteraient sans doute mal la précipitation.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre n°75 « Peut-on être en désaccord sans se haïr ? », &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie, et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-75&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/s75_couvproduit_1776091056-png_1776091056-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;On avait vu juste : quelques jours plus tard, Françoise nous proposait un itinéraire minuté avec plusieurs arrêts bien choisis, coordonnées GPS et captures d’écran de carte IGN à l’appui. De quoi balayer en une boucle l’ensemble du spectre des lichens de l’aire de Clermont-Ferrand. Si Françoise est aussi précise, c’est qu’elle est devenue la référence locale d’un vaste programme de sciences participatives consacré à l’évaluation de la qualité de l’air par les lichens, baptisé « Lichens GO &lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; ». Ces derniers sont en effet des organismes « bio-indicateurs » : ils renseignent sur la qualité de l’environnement. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En ­l’occurrence, le degré de pollution. Dans le cadre de ce programme, Françoise et ses collègues se focalisent sur les lichens en milieu urbain. Mais par amour du lichen, Françoise a prévu un crochet par une forêt préservée sur les hauteurs de Clermont, pour observer quelques spécimens rares, dits « patrimoniaux ». Comme un étalonnage sauvage avant de progressivement plonger vers le cœur de la cuvette clermontoise, là où la pollution réduit la diversité à quelques espèces supportant un peu mieux les effluves de l’activité urbaine.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Un champignon et une algue&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dans la voiture en direction de la forêt, Françoise pose déjà quelques principes : « &lt;i&gt;Les lichens se mettent là où ils ont envie de se mettre. Ils ne prennent rien de leur support, ils n’ont pas de racines. Ils trouvent leurs nutriments dans l’atmosphère, d’où leur sensibilité à la pollution. Pour Lichens GO, on se concentre sur les troncs des arbres parce que c’est à hauteur de respiration humaine. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Clermont-Ferrand est une de ces villes où l’urbain cède rapidement la place à la campagne. Ce matin-là, une épaisse brume apparue à mesure que l’on prend de l’altitude ajoute à l’impression d’avoir voyagé dans le temps, aux tout débuts de l’histoire de la Terre. Françoise confirme : « &lt;i&gt;Le lichen est arrivé avant les plantes, en même temps que les champignons. C’est grâce aux lichens que les plantes ont pu se développer, parce que ça a créé un substrat qui était favorable, un “socle”. De nombreux insectes trouvent aussi refuge dans les lichens et certains s’en nourrissent, certaines chenilles en particulier. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/lichen75p2_1779981067-png_1779981067-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;En tant qu’espèce pionnière se situant au tout début de la chaîne alimentaire, les lichens sont un chaînon de la biodiversité. Ils jouent ainsi, encore aujourd’hui, un rôle clé dans la mise en place et la résilience des écosystèmes naturels. Les lichens ont la caractéristique de pouvoir pousser dans des milieux hostiles : en altitude, sur les roches balayées par les embruns, sur une coulée de lave à peine refroidie... ou sur un rond-point d’une agglomération auvergnate. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Françoise précise : «&lt;i&gt; Les lichens sont issus d’une symbiose entre un champignon et une algue, soit un partenariat avec services réciproques entre deux espèces. La partie algue utilise la photosynthèse, essentielle à la vie sur Terre. La partie champignon (qui représente 90 % du lichen) protège l’algue des rayons nocifs pour elle. &lt;/i&gt;» L’hypothèse de la symbiose, formulée par le botaniste suisse Simon Schwendener au milieu du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, a donné du fil à retordre aux scientifiques. D’abord rejetée par ses pairs, la conjecture s’est vérifiée au fil du temps et a contribué à reconsidérer la notion d’organisme tout en changeant la manière dont on appréhende le vivant. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Une nouvelle approche résumée ainsi par Vincent Zonca, auteur d’un ouvrage pluridisciplinaire consacré à ces organismes fascinants intitulé &lt;i&gt;Lichens. Pour une résistance minimale&lt;/i&gt; (Le Pommier, coll. « Symbiose », 2021) : « &lt;i&gt;Le vivant n’est pas une juxtaposition d’organismes. Il est fait d’interactions qui relient chaque organisme, chaque organisme étant lui-même le siège ­d’interactions avec d’autres organismes. Le vivant est une communauté générale qui est en interaction constante, qui va grandir, se reproduire parfois même, grâce à ces interactions. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;La mousse du chêne&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;On évalue à 25 000 le nombre d’espèces de lichens dans le monde. En France, ils seraient 3 000. Françoise, elle, peut en reconnaître à peu près 400. Sur le sentier, elle jette des regards sur le sol couvert de feuilles mortes, à droite et à gauche. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Elle se souvient : «&lt;i&gt; En famille, on faisait des balades, mais je n’avais pas le temps d’observer. Je me suis rendu compte sur le tard que je ne savais pas grand chose du vivant. Alors je me suis plongée dans les livres, intéressée à la naissance de la Terre. &lt;/i&gt;» Le chant clair d’un oiseau résonne à la cime des arbres, une branche craque sous nos pas. Françoise poursuit : «&lt;i&gt; On n’est pas curieux quand on est à l’école, on le devient après. Récemment j’ai fait des animations pour des lycéens en terminale. Certains n’avaient jamais vu de lichens de leur vie. C’était la grande découverte. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;C’est tout le paradoxe des lichens : familiers de tous mais connus de personne. Tellement omniprésents qu’on ne fait plus attention à eux, comme dans cette forêt. On en montre un sur un tronc. Françoise jette un œil et nous calme : «&lt;i&gt; Oui, mais celui-là on le trouve partout en ville. &lt;/i&gt;» On la met en veilleuse et on la suit qui furète en bordure de sentier. « &lt;i&gt;J’aime quand il y a des tempêtes, car de nombreuses branches se retrouvent au sol. On peut alors voir des lichens que l’on n’aurait pas vus parce qu’ils étaient trop hauts &lt;/i&gt;», dit Françoise en se baissant pour ramasser une branche d’arbre.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/lichen75p3_1779981075-png_1779981075-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Elle pointe une petite touffe de filaments bleutés : « &lt;i&gt;Voilà, je vous présente&lt;/i&gt; Evernia prunastri&lt;i&gt;, ou “mousse de chêne” pour les intimes. Il fait partie des lichens fruticuleux, en forme de buisson. C’est une des grandes catégories avec les foliacées – en forme de feuilles – et les crustacés – en forme de croûte. Celui-là, on l’utilise pour des parfums. On peut aussi le mettre dans les armoires parce que c’est antibactérien et anti-mites. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Françoise l’observe un moment en silence, puis continue sa recherche. Elle tombe sur un autre spécimen : « &lt;i&gt;Lui c’est &lt;/i&gt;Pseudevernia furfuracea&lt;i&gt;, un faux-ami d’&lt;/i&gt;Evernia&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;» Un peu plus loin, elle enchaîne : « &lt;i&gt;Ça, c’est une usnée. Il est très sensible à la pollution, je ne l’ai vu qu’une fois en ville, on se demandait ce qu’il faisait là. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;La voilà lancée : « &lt;i&gt;Usnée, c’est le genre. Pour déterminer l’espèce, il faudrait des réactifs chimiques. Normalement, il faut l’emporter et le tester.&lt;/i&gt; » On comprend mieux pourquoi le programme en ville s’appelle Lichens GO : avec Françoise qui pianote sur une appli de géolocalisation de son téléphone portable pour retrouver les lichens remarquables qu’elle a repérés au préalable, on se croirait moins dans une sortie naturaliste que dans un jeu en réalité augmentée, plongé dans un univers de fantasy peuplé de créatures légendaires.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt; Mais Françoise a une idée en tête, un lieu secret où l’on peut admirer une sorte de star dans le milieu du lichen. Après quelques minutes de marche, elle nous fait signe avec excitation : derrière un arbre, il est là, &lt;i&gt;Lobaria pulmonaria&lt;/i&gt;. On pourrait le prendre pour une plante, mais c’est un lichen foliacéen. C’est un des plus grands visibles en Europe et sa couleur attire l’œil : un beau vert, encore plus vif quand il a plu. François détaille : « &lt;i&gt;Quand il est sec, il devient marron, on ne le voit pratiquement pas. J’ai toujours une bouteille d’eau sur moi, pour l’asperger et révéler sa couleur vert pomme, c’est magnifique ! &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Aider les scientifiques&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dans la voiture du retour vers Clermont, Françoise raconte comment elle est tombée dans la marmite de la lichénologie. En 2016, via une amie, elle prend part à une grande enquête à l’échelle du Massif central sur huit lichens. Le formateur est un certain Christian Hurtado, une sommité sur le champignon et les lichens en Auvergne. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Françoise se passionne à tel point pour la formation qu’elle décide de rejoindre sans attendre l’association de Christian Hurtado. « &lt;i&gt;C’est la SMBLA : la société mycologique, botanique et lichénologique d’Auvergne, mais on étudie aussi les mousses et les fougères &lt;/i&gt;», détaille-t-elle. Très vite pourtant, Françoise se heurte à la microscopie, discipline nécessaire à l’étude des lichens : «&lt;i&gt; Au début, j’ai trouvé ça très compliqué. Je n’arrivais pas à avancer. Et puis j’ai découvert Lichens GO. Ça m’a permis de m’y remettre avec un objectif assez noble : aider les scientifiques. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/lichen75p4_1779981121-png_1779981121-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Lichens GO est un dispositif associant notamment Sorbonne Université, le Muséum national d’histoire naturelle et l’université de Louvain en Belgique. Les relevés concernent une quarantaine d’espèces définies par le programme servant à déduire le type de pollution et son impact. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Au gré de ses balades dans la région clermontoise, Françoise repère des arbres intéressants qu’elle note dans son GPS. Pour les sorties, une quinzaine par an en moyenne, elle organise un covoiturage avec les bénévoles. Le groupe suit un protocole fixé par les scientifiques et encadré par Françoise afin de relever les lichens présents sur l’arbre. Les bons jours, la session peut durer jusqu’à deux heures.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Des arbres noirs&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Françoise poursuit : «&lt;i&gt; J’ai toute une réserve d’arbres possibles. En ce moment, j’essaye de le faire un peu plus autour des écoles. Ce n&apos;est pas une thématique nationale, c’est moi qui ai lancé ça un jour. Je me suis dit : si quelqu’un a envie un jour de traiter ces données, on pourra montrer à quel point on ne fait pas attention à la santé et aux poumons de nos enfants. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;À Orcines, une banlieue résidentielle plutôt cossue de Clermont, un peu en altitude, Françoise stoppe la voiture au niveau d’un lotissement : au milieu d’un carrefour, un triangle de pelouse accueille quelques arbres. Sur les troncs, Françoise décrypte lichen après lichen les caractéristiques d’une zone de transition, déjà marquée par endroits par la pollution. «&lt;i&gt; Principalement l’ammoniac, qui vient des engrais agricoles, et les oxydes d’azote,&lt;/i&gt; précise Françoise. &lt;i&gt;On ne mesure pas encore bien l’impact des particules fines et du changement climatique sur les lichens. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Au loin en contrebas, on aperçoit des bouts de ville. La brume s’est dissipée, et c’est comme si on était revenu dans notre temps et ses vicissitudes. Pensive, Françoise poursuit : « &lt;i&gt;Certaines espèces de lichens peuvent s’adapter à la pollution, jusqu’à un certain point. Dans l’hypercentre de Clermont, il n’y a plus aucun lichen… On a essayé de faire un relevé près de la patinoire, il n’y en avait même pas sur les arbres, entièrement noirs à cause de la pollution. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Selon elle, difficile pour autant d’avoir une idée de l’ampleur des dégâts, de donner un ordre de grandeur de la proportion des lichens menacés : « &lt;i&gt;Trop peu de gens s’y intéressent de près. Jusqu’à présent les lichens ne faisaient même pas partie des espèces inventoriées pour l’établissement des zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique, les recensements flore et faune qui servent aux aménagements du territoire. Et il n’existe pas de liste rouge des lichens protégés comme pour les plantes. Mais ça commence tout doucement. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;</content>
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		<title>L&apos;industrie de demain : des usines dans l&apos;espace ?</title>
		<id>2153</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/industrie-dans-espace-orbite-depollution-start-up-medicaments"/>
		<published>2026-05-28T16:48:00+02:00</published>
		<summary>En quelques années, les entreprises qui ambitionnent de faire décoller les usines dans l’espace se sont multipliées. En promettant de révolutionner la production de médicaments et de dépolluer l’industrie, elles attirent les financements privés comme publics. Pourtant, l’intérêt de ces projets ne fait pas l’unanimité.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/usineespace75_1779980132-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;C’est un rêve presque aussi vieux que la course à l’espace : envoyer les usines en orbite, là où la pollution ne serait a priori plus un problème. Mais depuis quelques années, cette vision s’échappe des récits de science-fiction et se concrétise. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;En février 2024, une capsule de la start-up états-unienne Varda Space est revenue sur Terre après deux ans dans l’espace, avec à son bord du Ritonavir, un médicament anti-VIH. Selon l’entreprise, la synthèse des médicaments en apesanteur permet des résultats impossibles au sol : en microgravité, les composés chimiques forment des cristaux plus réguliers et plus purs, ce qui rendrait le traitement plus efficace. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;À terme, elle espère même synthétiser dans l’espace des molécules thérapeutiques qui ne pourraient pas être fabriquées sur Terre.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre n°75 « Peut-on être en désaccord sans se haïr ? », &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie, et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-75&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/s75_couvproduit_1776091056-png_1776091056-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Fabriquer des médicaments dans l’espace&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;« &lt;i&gt;Imaginer une industrie dans l’espace, c’est une vision qui a une longue histoire. Mais du point de vue de la réalisation matérielle, c’est resté purement incantatoire jusqu’à très récemment &lt;/i&gt;», indique Arnaud Saint-Martin, sociologue des sciences spécialiste du secteur spatial et député La France insoumise de Seine-et-Marne. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dès les années 1970, après les succès des premières missions habitées, certains acteurs rêvent déjà de vivre hors de la Terre. «&lt;i&gt; Dans ces projets, l’usine est un élément fondamental pour fabriquer et maintenir de grandes infrastructures spatiales &lt;/i&gt;», poursuit le chercheur. Ces prétentions ne verront finalement jamais le jour, mais l’idée de faire de l’espace une manufacture persiste : «&lt;i&gt; La navette spatiale américaine et la Station spatiale internationale avaient la vocation de tester et commercialiser des procédés, des matériaux, des médicaments… Mais on n’est jamais arrivé au stade de la montée en échelle industrielle. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Désormais, ce sont des acteurs privés qui s’emparent de ces projets. À l’image de Jeff Bezos, le patron d’Amazon, qui souhaite que son entreprise Blue Origin délocalise l’industrie lourde en orbite, pour réserver la Terre «&lt;i&gt; à un usage résidentiel et à l’industrie légère &lt;/i&gt;»&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;De plus petits acteurs arrivent désormais sur ce marché, comme Varda Space, qui a tout de même reçu plus de 550 millions d’euros d’investissements depuis sa création en 2020, dont une subvention de l’armée de l’air américaine. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;En Europe aussi ces entreprises se développent. En Grande-Bretagne, Space Forge promet de nouveaux alliages et des semi-conducteurs produits en orbite, et a fait décoller son premier fourneau spatial en juin 2025. La start-up a levé près de 50 millions d’euros auprès de fonds d’investissement, du gouvernement britannique et du fonds pour l’innovation de l’OTAN. Space Cargo Unlimited, une start‑up française maintenant établie au Luxembourg, développe quant à elle une flotte d’usines spatiales autonomes qui intéressent déjà les secteurs de l’industrie pharmaceutique, des matériaux électroniques ou de l’agriculture. Space Cargo a réuni plus de 30 millions d’euros de la part d’investisseurs privés et d’institutions européennes.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Créer une nouvelle extension industrielle&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En décembre 2022, la start-up a annoncé un partenariat avec Thales Alenia Space pour concevoir son véhicule REV1, une petite navette qui restera plusieurs mois en orbite basse (jusqu’à 2 000 kilomètres d’altitude) avant de redescendre. L’entreprise prévoyait un premier vol dès 2025, mais a finalement repoussé à 2028 la mise en service de son véhicule. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Entre-temps, elle compte mettre en orbite un autre dispositif baptisé « BentoBox », un satellite de production en microgravité, la quasi-absence de gravité ressentie en orbite. Sept vols sont prévus entre 2026 et 2028, avec un premier départ cet automne dans une fusée de SpaceX, l’entreprise d’Elon Musk. La start-up projette également de collaborer avec le groupe Dassault.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Cependant, faire décoller une fusée coûte cher, même à l’heure des véhicules réutilisables, ce qui pose la question du tarif final d’un bien fabriqué dans l’espace. «&lt;i&gt; Certains cas sont déjà économiquement pertinents. Nous ne parlons pas de produits équivalents à ceux fabriqués au sol, mais de produits aux propriétés nouvelles ou améliorées,&lt;/i&gt; affirme Nicolas Gaume, fondateur de Space Cargo. &lt;i&gt;L’objectif n’est pas de faire un “one shot”, mais de construire une capacité industrielle récurrente, avec plusieurs missions par an. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/usineespace75p2_1779980151-png_1779980151-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;À plus long terme, la start-up estime que pour certaines filières, une partie de la production pourra être réalisée en orbite : «&lt;i&gt; Il ne s’agit évidemment pas de délocaliser l’industrie terrestre dans l’espace, mais de créer une nouvelle extension industrielle, complémentaire à celle au sol. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Réchauffement atmosphérique&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Mais la promesse de dépolluer l’industrie grâce à l’espace tient-elle la route ? « &lt;i&gt;Fabriquer une fusée comme Ariane 5, sans même compter le chargement, émet entre 20 000 et 30 000 tonnes d’équivalent CO₂,&lt;/i&gt; rappelle Loïs Miraux, ingénieur de recherche spécialiste de l’impact environnemental du spatial. &lt;i&gt;D’autant que la spécificité d’une fusée, c’est qu’elle émet dans toutes les couches de l’atmosphère. On estime que les particules persistent parfois pendant plusieurs années en haute altitude, et qu’une suie émise dans la stratosphère réchauffe 500 fois plus qu’une suie émise au sol. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Les activités spatiales ont déjà provoqué un réchauffement des plus hautes couches de l’atmosphère, alors même qu’elles continuent de s’intensifier. « &lt;i&gt;Depuis 2019, le nombre de lancements a été multiplié par trois &lt;/i&gt;», souligne Loïs Miraux. Un chiffre qui devrait encore augmenter, notamment si les allers-retours réguliers des usines spatiales deviennent une réalité.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;« &lt;i&gt;À ce stade, il n’existe pas encore d’étude d’impact environnemental comparable à celles de l’industrie terrestre, car nous sommes sur une activité émergente &lt;/i&gt;», fait savoir Nicolas Gaume. Le bilan est cependant difficile à dresser, entre la fabrication des véhicules et des infrastructures de production elles-mêmes, les émissions lors du décollage et les effets sur l’atmosphère lors du retour sur Terre, qui sont pour le moment mal connus. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Pour Loïs Miraux, exploiter l’espace à l’échelle industrielle accentue également le problème des débris spatiaux&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, «&lt;i&gt; qui n’est actuellement pas du tout maîtrisé. Leur nombre croît de plus en plus vite et la complexité des opérations spatiales explose &lt;/i&gt;». Les objets artificiels en orbite parasitent aussi les observations menées par les astronomes, en passant devant les télescopes et en reflétant la lumière du Soleil.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;L’orbite sera-t-elle alors vraiment le futur de l’industrie ? Pour tester des produits à petite échelle, Loïs Miraux considère qu’«&lt;i&gt; il existe des alternatives pour accéder à la microgravité, comme les avions ou les tours de chute libre &lt;/i&gt;». Quant à révolutionner la santé avec des médicaments spatiaux, l’investissement nécessaire en vaut-il le coup, ou ne serait-il pas plus efficace de renforcer les systèmes de santé et la recherche médicale au sol ? &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Pour Arnaud Saint-Martin, «&lt;i&gt; quand bien même cela serait intéressant, ce n’est pas désirable. C’est une sorte de fuite en avant. On continue d’investir dans des fantasmes qui n’ont pas fait la preuve de leur utilité, plutôt que de lutter contre ce qui dégrade le système Terre &lt;/i&gt;»&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Alan Boyle, « Jeff Bezos opens up Blue Origin rocket factory, lays out grand plan for space travel that spans hundreds of years », &lt;i&gt;GeekWire&lt;/i&gt;, 8 mars 2016.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; Les débris laissés dans l’espace par d’anciennes missions : morceaux de fusées, satellites hors d’usage, ou des composants qui s’en seraient détachés.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Hypersurveillance, Surveiller et ficher</title>
		<id>2152</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/hypersurveillance-julie-scheibling-surveiller-et-ficher-yoann-nabat"/>
		<published>2026-05-27T15:48:00+02:00</published>
		<summary>Découvrez notre recension de « Hypersurveillance » de Julie Scheibling et Rémi Torregrossa et « Surveiller et ficher » de Yoann Nabat.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/surveillancerecensions_1779889922-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Depuis que Gaëlle organise ses vacances avec son compagnon, elle a l’impression que son téléphone l’écoute. Mue par cette inquiétude, elle profite de son métier de journaliste pour nous embarquer dans une enquête pédagogique dessinée à la rencontre d’experts et de lanceurs d’alerte. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;En s’appuyant sur plusieurs affaires de surveillance emblématiques, à la fois de masse et ciblées (Cambridge Analytica, Pegasus…), elle décortique les facettes et rouages du capitalisme de surveillance et met en évidence la perméabilité croissante entre les entreprises qui captent les données et les gouvernements qui les mettent au service d’une « technopolice » – au détriment des libertés fondamentales des citoyens, tout comme de la souveraineté des États. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Un éclairage complémentaire est proposé par &lt;i&gt;Surveiller et ficher. Portrait d’un pays sous contrôle&lt;/i&gt; (Divergences). Concentré sur la France et le fichage, ce livre de Yoann Nabat donne une profondeur historique à la question de la surveillance en revenant à ses racines : dès l’origine, elle a ciblé des franges de la population « perturbatrices » (nomades, étrangers, opposants politiques…) et très tôt s’est dessinée sa logique préventive.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Des tendances que nous voyons aujourd’hui prolongées et démultipliées par la massification des données, l’IA et ses algorithmes prédictifs. Or la loi, expliquent les ouvrages, se voit impuissante à réguler ces dispositifs de surveillance dont le périmètre, historiquement, a toujours fini par s’étendre sous des prétextes divers (terrorisme, délinquance, santé…) – pour une efficacité très contestée.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Hypersurveillance -&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;Enquête sur les nouveaux outils de contrôle -&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;Julie Scheibling&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;et Rémi Torregrossa &lt;/b&gt;Delourt → 2026 – 125 pages – 21,50 €&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Surveiller et ficher -&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;Portrait d’un pays sous contrôle&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;Yoann Nabat&amp;nbsp;&lt;/b&gt;Divergences → avril 2026 – 190 pages – 16 €&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Pendant que la gauche se déchire, le monde associatif se mobilise</title>
		<id>2151</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/associations-face-aux-divisions-a-gauche-campagne-municipales-attac-comite-adama-politique"/>
		<published>2026-05-18T18:23:00+02:00</published>
		<summary>Durant les municipales, les partis de gauche ont offert une fois de plus le spectacle de leurs divisions, étalées à longueur de colonnes et sur les réseaux… Mais les appareils partisans sont loin de représenter toute la gauche. Associations et collectifs militants participent tout autant à structurer les mouvements sociaux et à construire des propositions politiques. Comment cette « société civile » se positionne-t-elle face aux fractures ouvertes à gauche ? Comment s’organise-t-elle malgré tout pour peser dans les institutions et sur le jeu politique ?</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/associations75_1779121598-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Indépendamment du nombre de villes gagnées ou perdues, le bilan des élections municipales est rude pour l’ensemble de la gauche partisane tant elle en ressort divisée. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;« &lt;i&gt;Dans une telle situation de crise, nationale et internationale, mais aussi d’enracinement de l’extrême droite, le premier réflexe devrait être de serrer les rangs et de passer des compromis pour surmonter les divergences. Or, c’est tout l’inverse qui se profile &lt;/i&gt;», se désole Pierre Khalfa, ancien militant communiste et syndicaliste, désormais économiste membre de la fondation Copernic, un institut de réflexion critique à l’égard du libéralisme. « &lt;i&gt;Ces divisions entravent la capacité du mouvement social à peser dans les campagnes. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre n°75 « Peut-on être en désaccord sans se haïr ? », &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie, et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-75&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/s75_couvproduit_1776091056-png_1776091056-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le traitement médiatique des élections s’est par ailleurs montré en décalage total avec les réalités locales du scrutin municipal. De plus en plus orienté à droite, et parasité par l’ombre de l’élection présidentielle, il a souvent privilégié la mise en avant des figures nationales des partis, dont les batailles ont monopolisé le débat public tant sur les plateaux que dans les journaux. Au détriment de l’intérêt et des préoccupations des citoyens, et dans une configuration défavorable à la gauche.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Peser dans la campagne&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Paradoxalement, cette focalisation médiatique sur les partis fait parfois oublier leur faible poids dans la société. « &lt;i&gt;Ce sont des machines professionnelles qui ne pèsent pas grand-chose dans la population, ni en termes de poids électoral, ni en termes de nombre d’adhérents&lt;/i&gt; », rappelle Vincent Tiberj, sociologue, spécialiste de la sociologie électorale et politique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dans son livre &lt;i&gt;La Droitisation française. Mythe et réalités&lt;/i&gt; (PUF, 2025), il démontre combien les citoyens se détournent des structures politiques depuis plusieurs décennies. Aucune d’elles ne parvient à rassembler plus de 10 % de la population déclarant s’en sentir proche. Quand, à l’inverse, 40 à 60 % se considère « sans parti ». Un déclin qu’il qualifie de « &lt;i&gt;grande démission&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À gauche, derrière cette désaffection et la rivalité surmédiatisée des têtes d’affiche partisanes, se joue pourtant une tout autre vie politique. Celle des luttes locales et des associations &lt;i&gt;(lire &lt;/i&gt;Socialter&lt;i&gt; nº 69, « Éducation populaire, la révolte ça s’apprend ? »)&lt;/i&gt; qui maillent densément le territoire et se mobilisent en dehors ou au-delà de l’arène électorale pour faire valoir leurs revendications.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Beaucoup de ces organisations ont mené campagne pour évaluer les programmes des candidats aux municipales ou élaborer des mesures sur des sujets clés. À l’instar de la coalition « Pour des services publics locaux » regroupant plus d’une vingtaine d’organisations – dont Attac, Sud-Rail ou encore Oxfam –, qui appelle les candidats à prendre quatorze engagements afin de renforcer la présence publique dans leurs territoires.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« À un moment, il est temps de s’unir face à l’ignoble monstre d’extrême droite qui est juste en face de nous…&lt;/b&gt;&lt;b&gt; »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;De même, le collectif Le Revers, formé à l’automne 2025 pour les municipales à Paris, a réuni plusieurs dizaines d’acteurs qui luttent contre le sans-abrisme, la précarité et l’exclusion sociale (Utopia 56, Médecins du monde, Acceptess‑T, etc.) pour exhorter les candidats à se positionner sur ces sujets, notamment via la proposition d’un plan à hauteur de 1 % du budget de la ville de Paris. Le collectif a également créé un score de solidarité – de A à E – évaluant le niveau des différents programmes, qu’il a apposé sous forme d’autocollants sur les affiches électorales. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Enfin, le mouvement citoyen Victoires populaires qui organise du tractage, du porte-à-porte, de l’affichage ou encore des campagnes téléphoniques pour faire gagner des listes de gauche, s’est démené dans plus de 60 communes, notamment des villes « pivots » susceptibles de basculer à quelques voix près.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais ces initiatives sont éclipsées de la scène médiatique nationale. « &lt;i&gt;Tout tourne autour de la question des candidatures et des conflits… Nous, les organisations sociales, qui fabriquons aussi de la matière politique, des propositions, des alternatives, on a zéro voix, zéro écoute. Et on se retrouve dans le piège de devoir commenter pour qui on va voter... &lt;/i&gt;», regrette Youlie Yamamoto, porte-parole d’Attac&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;« To-do » listes&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La vitalité de la société civile alimente parfois aussi des candidatures au sein des arènes électorales. Ainsi, à l’occasion des municipales 2026, pas moins de 159 listes citoyennes ont remporté une mairie, près de trois fois plus qu’en 2020. Parmi elles, des listes portant parfois un enjeu local très fort, comme à Sainte-Pazanne, une commune de 7 600 habitants de Loire-Atlantique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Élus dès le premier tour, le nouvel édile, Bruno Clavier, et une partie de ses colistiers sont membres du collectif Stop aux cancers de nos enfants, qui se bat depuis plusieurs années pour faire reconnaître les problèmes de santé environnementale sur le territoire. À Putanges-le-Lac (500 habitants), petit village de l’Orne, la maire fraîchement élue, Isabelle Lecomte, conduisait quant à elle une liste citoyenne issue d’une lutte, victorieuse un an plus tôt, contre un projet de route nationale.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Côté quartiers populaires, le collectif Démocratiser la politique, qui œuvre pour une plus grande représentation des personnes issues des classes populaires, se réjouit des nombreuses poussées citoyennes. «&lt;i&gt; Même lorsqu’elles n’ont pas gagné, il y a eu de vraies avancées dans certains endroits. Comme à Stains&lt;/i&gt; [Seine-Saint-Denis]&lt;i&gt;, où une liste citoyenne a atteint 47 % face à une liste d’union des partis de gauche &lt;/i&gt;», observe Tara Dickman, cofondatrice de l’initiative. « &lt;i&gt;C’est le signe de l’ancrage de ces personnes concernées, qui portent le besoin de transformer leurs conditions matérielles de vie, hors parti &lt;/i&gt;», précise la spécialiste en &lt;i&gt;community organizing&lt;/i&gt;, une approche centrée sur la défense par les habitants eux-mêmes de leurs intérêts communs.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;De son côté, le Comité Adama, qui lutte contre les violences policières, a investi plusieurs de ses membres sur les listes électorales pour ces municipales. Certains ont intégré des listes citoyennes (qui se sont parfois associées à celles des partis de gauche comme à Ivry-sur-Seine dans le Val-de-Marne), d’autres ont rejoint des listes de La France insoumise lorsque l’association à un parti était nécessaire, comme à Paris. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pour Youcef Brakni, membre du Comité Adama et de l’Assemblée des quartiers&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, l’engagement dans l’arène politique est un « &lt;i&gt;débouché naturel &lt;/i&gt;» et découle d’« &lt;i&gt;une longue tradition des quartiers populaires &lt;/i&gt;». Il s’appuie sur un important travail de terrain inséré dans la vie locale pour se construire une autonomie et une légitimité politique propre, avec ou sans les partis. Une démarche qui existe depuis les années 1990, avec le Parti communiste, les écologistes ou en « citoyenne » (comme les Motivé·e·s à Toulouse en 2001). « &lt;i&gt;Notre objectif est d’atteindre le pouvoir là où il est et de peser dans les décisions&lt;/i&gt; », explique le militant. « &lt;i&gt;C’est la première fois que l’on mène une campagne coordonnée et d’une telle ampleur. Ce n’est que le début ! &lt;/i&gt;» Le Comité Adama s’est félicité de l’élection de quatre de ses membres : Fenda Diarra, adjointe à Ivry-sur-Seine, Sonia Chaouche, conseillère de Paris, Hidi Joubert et Jawad Amami, conseillers municipaux à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise).&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Construire une majorité&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Au sein des grandes associations ou structures syndicales historiquement apartisanes, plusieurs rappellent le cadre exceptionnel d’engagement qu’a pu constituer le Nouveau Front populaire lors des législatives anticipées de 2024. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La démarche unitaire avait en effet permis aux organisations – la CGT, le Planning familial, Greenpeace, Attac, etc. – de mobiliser leurs forces durant la campagne. «&lt;i&gt; C’est le seul cas où nous étions en mesure de donner une consigne de vote car le spectre d’union était assez large à gauche et conditionné pour battre l’extrême droite &lt;/i&gt;», souligne Youlie Yamamoto… Aujourd’hui, l’urgence n’est pas «&lt;i&gt; juste de former un camp mais de réussir à construire une majorité, avec une stratégie où les gens trouvent leur place dans un mouvement de gauche &lt;/i&gt;», estime Sarah Durieux, militante féministe et organisatrice de la campagne européenne « Ma voix, mon choix » en faveur de l’avortement. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Pour Yann Manzi, cofondateur et directeur d’Utopia 56, une association de solidarité avec les personnes exilées, il y a lieu de s’inquiéter : «&lt;i&gt; Ces batailles à gauche nous font peur parce qu’elles risquent de nous faire perdre. À un moment, il est temps de s’unir face à l’ignoble monstre d’extrême droite qui est juste en face de nous… &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais tous s’accordent à dire que rien ne viendra des partis. Et à un an de la présidentielle, la question de savoir comment agir pour peser et surmonter ce contexte de fractures reste encore en suspens… &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne, créée en 1998, qui milite pour la justice fiscale, sociale et écologique.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; Collectif d’acteurs des quartiers populaires pour faire entendre leurs voix dans l’arène politique.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Des abeilles au travail</title>
		<id>2150</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/des-abeilles-au-travail-robin-mugnier-la-decouverte"/>
		<published>2026-05-18T18:06:00+02:00</published>
		<summary>Découvrez notre recension de « Des abeilles au travail » de Robin Mugnier aux Éditions La Découverte.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/desabeillesautravail_1779120552-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Et si on ne regardait plus seulement le déclin des abeilles, mais également la façon dont elles survivent et sont « mises au travail » ? &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Cette enquête de terrain révèle les ambiguïtés et les conflits autour des services de pollinisation effectués (contre rémunération) par les apiculteurs, aux bénéfices d’entreprises et d’agriculteurs soucieux d’accroître leurs rendements par temps de crise écologique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Désorientées, exposées aux pesticides, vulnérabilisées dans un environnement appauvri, les abeilles domestiques se trouvent réduites au « &lt;i&gt;statut d’intrant&lt;/i&gt; », observe l’anthropologue Robin Mugnier. Une lecture aussi exigeante qu’édifiante, pour questionner ce productivisme soi-disant agroécologique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;https://www.editionsladecouverte.fr/des_abeilles_au_travail-9782348088124&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Des abeilles au travail&lt;/a&gt; - &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Productivisme agroécologique et précarisation du vivant - &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Robin Mugnier &lt;/b&gt;La Découverte → mars 2026 – 280 pages – 23 €&lt;/p&gt;</content>
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		<title>« Réformiste et radicale » : Pourquoi la lutte contre EuropaCity l&apos;a emporté </title>
		<id>2149</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/lutte-contre-projet-europacity-triangle-de-gonesse-victoire-collectif-stephane-tonnelat"/>
		<published>2026-05-11T17:53:00+02:00</published>
		<summary>La détermination des militants du Collectif pour le Triangle de Gonesse aura eu raison du mégacomplexe commercial d’EuropaCity. Abandonné en 2019, le projet aurait accaparé 670 hectares de terres agricoles situées dans le Val-d’Oise, au nord de Paris. Stéphane Tonnelat, chercheur ethnographe au CNRS, a enquêté de 2017 à 2022 au sein du collectif et relate sa lutte dans Sauver les terres agricoles, récemment paru au Seuil. Entretien.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/europacity1_1778571805-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Au vu de leur situation géographique, ces terres, coincées entre une autoroute et deux aéroports du Val-d’Oise, semblaient condamnées à l’artificialisation. Comment expliquer une telle mobilisation pour les sauver ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dès 2010, à l’annonce du projet EuropaCity (un gigantesque centre commercial et de loisirs censé revitaliser les communes de Gonesse et alentour, NDLR), couplé à une gare du Grand Paris Express, un groupe de militants s’est très vite formé pour y résister. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En enquêtant, ces derniers ont mis au jour des documents témoignant de l’importance agricole cruciale de ces terres pour Paris, du fait de leur géographie, de leur qualité, mais aussi de leur histoire. Elles appartenaient à une ceinture maraîchère et céréalière qui s’étendait tout autour de la capitale jusqu’à Gonesse et avait permis de nourrir la ville pendant des siècles, jusqu’à la fermeture du marché des Halles en 1969.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Entretien issu de notre n°75 « Peut-on être en désaccord sans se haïr ? », &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie, et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-75&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/s75_couvproduit_1776091056-png_1776091056-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dès 2013, une étude de la Safer &lt;i&gt;[Société d’aménagement foncier et d’établissement rural] &lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; a établi que ces sols obtenaient parmi les meilleurs rendements d’Europe sans arrosage, ouvrant la voie vers une agriculture à la fois rentable et résistante à la canicule. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En 2018, des fouilles archéologiques de l’Institut national de recherches d’archéologie préventive (Inrap) ont également démontré que l’on cultivait des céréales sur ces terres depuis deux mille cinq cents ans ! Ces informations les ont confortés dans leur démarche visant à la fois à sauver un territoire patrimonial et à se projeter dans un idéal d’autonomie alimentaire pour l’agglomération parisienne.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Pour effectuer cette recherche en tant qu’ethnographe, vous êtes devenu un membre à part entière du collectif durant cinq ans. Quelle a été votre approche ? Et qu’avez-vous observé de singulier dans leur combat ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Je me suis surtout concentré sur le fonctionnement du collectif et les raisons de leur motivation dans cette lutte. Comment arrivent-ils à tenir si longtemps ? D’où vient leur détermination ? Comment évoluent-ils dans le temps ? Ce serait impossible de le saisir avec un simple entretien. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;C’est ainsi que j’ai compris que leur combat ne portait pas seulement sur la défense des terres agricoles, mais aussi sur la défense d’une certaine conception de la politique et de la démocratie. Ils agissent de façon pragmatique et totalement transparente avec l’idée que c’est leur rôle de citoyen de forcer les institutions à revenir dans le droit chemin en menant l’enquête et en présentant le débat de façon factuelle, documenté dans l’espace public. De la même manière que le théorise le philosophe politique John Dewey dans &lt;i&gt;Le Public et ses problèmes&lt;/i&gt; (Folio essais, 2010).&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/europacity2_1778571753-png_1778571753-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Occuper le terrain et refaire la ceinture maraîchère, été 2017.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Cette approche va de pair avec une certaine culture de la confiance. C’est-à-dire leur capacité à reconnaître dans l’autre une disposition à agir en fonction d’intérêts communs. Une posture plutôt inhabituelle dans les milieux politisés, où l’on fonctionne beaucoup à la méfiance, vis-à-vis du gouvernement, des entreprises, des « indics », des policiers, et parfois à raison. Cette confiance mêlée à leur transparence ont été la clé de leur légitimité et de leurs alliances tout au long de la lutte.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Au fur et à mesure, le collectif s’est tourné vers des modes d’action moins conventionnels, voire illégaux (blocages, occupations, ZAD, etc.). Comment s’est opérée cette évolution ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Au départ, c’est un mouvement avec un répertoire d’action classique. Ils font des pétitions, des recours en justice, des manifestations. Mais face au refus des autorités, le collectif a décidé d’agir autrement et de mobiliser plus largement.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;D’abord, en allant chercher des alliés  dans le reste de l’Île-de-France via une réunion mensuelle à Paris appelée « La Convergence », qui a permis de recruter de nouvelles forces vives, avec d’autres profils et d’autres compétences en matière de communication, d’animation, mais aussi de jardinage ou de construction. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En plus de renforcer les actions existantes, cela a donné naissance à d’autres initiatives moins communes. Comme la culture d’un potager sur les terres du Triangle permettant l’organisation d’une grande soupe populaire place de la République à Paris avec les légumes récoltés. L’objectif étant d’apporter une preuve concrète de l’utilité de ces terres.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Un peu plus tard, en 2019, alors que les aménageurs tentent d’entamer les premiers travaux de la future gare Triangle-de-Gonesse, d’autres courants militants, plus jeunes et davantage portés sur l’action directe, se joignent au mouvement. Des désobéissants comme XR ou des autonomes, plutôt issus des mouvements squats. C’est par eux qu’arrivent les premières opérations de blocage du chantier, l’occupation du hall de la Société du Grand Paris, jusqu’à la création de la ZAD en février 2021.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« L’essentiel a été de dire : est-ce qu’on préfère des terres agricoles ou un centre commercial ? »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;On retrouve ainsi une diversité des tactiques, à la fois légalistes et contestataires, qui parviennent à se rendre complémentaires, sans jamais se critiquer, et en s’accordant sur le fait qu’elles contribuent aux mêmes objectifs. Elles forment un mode d’action que j’appelle le « réformisme radical ». Radical dans le sens où les exigences du collectif sont très fortes. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ce n’est pas rien de parvenir à défaire un projet de 3 milliards d’euros et de demander à l’État de changer son logiciel d’aménagement. Et réformiste car le collectif est prêt à travailler avec les institutions et son appareil législatif. Cette manière de penser la révolution admet que le changement, aussi radical soit-il, va être graduel.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Contrairement à d’autres luttes qui ont été fortement stigmatisées et réprimées (mégabassines, A69, etc.), cette radicalité n’a pas empêché le collectif d’obtenir un large soutien de l’opinion publique et des médias. Comment l’expliquez-vous ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Tout d’abord, je pense que le contexte était beaucoup plus favorable. En 2018-2020, au moment où la médiatisation de la lutte a été la plus importante, les préoccupations environnementales bénéficiaient d’une image bien plus positive.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Par ailleurs, ils ont su capitaliser sur la perception négative des centres commerciaux dans l’imaginaire collectif  et produire un discours entendable par le plus grand nombre. Bernard Loup, président du collectif, a souvent répété que c’était presque une chance de se battre contre un projet aussi extrême qu’Europa-City.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/europacity4_1778571780-png_1778571780-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le soutien à une lutte contre une mégabassine, une autoroute ou encore un cluster scientifique comme à Saclay est beaucoup moins évident car ce sont des structures pouvant encore être perçues comme des atouts. L’essentiel a été de dire : est-ce qu’on préfère des terres agricoles ou un centre commercial ? C’est plutôt simple et cela paraît raisonnable.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Surtout, ils ont très bien réussi à mettre en scène ce narratif auprès du grand public, des journalistes, qui venaient sur place, lors des fêtes ou des rassemblements, de façon à donner la preuve concrète de leurs arguments. Par exemple, en construisant une grande tour d’observation dans les champs pour rendre perceptible l’ensemble des terres menacées. Ils ont produit ce qu’on appelle en sociologie un « cadrage militant » aussi bien théorique que physique permettant d’orienter le débat dans leur sens.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Quelle est la dynamique du collectif aujourd’hui ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Après l’abandon d’EuropaCity, le combat s’est poursuivi contre le maintien du projet de gare du Grand Paris Express destinée à accueillir la future ligne de métro 17. En vain. Sa construction au milieu des champs est quasiment achevée et marque la détermination des autorités à vouloir urbaniser ces terres à tout prix. L’État propose désormais l’implantation d’une cité scolaire malgré les graves nuisances que provoque la proximité avec les avions.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/europacity3_1778571790-png_1778571790-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;La soupe des légumes du Triangle de Gonesse place de la République, octobre 2017.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; Ce sont des luttes d’usure, mais l’État a le temps, contrairement aux membres du collectif qui commencent à vieillir, à partir ou à rejoindre d’autres mouvements. La lutte est toujours active, mais la dynamique s’est réduite. Tout est devenu plus difficile. Ils ont perdu l’attention médiatique qui, en plus, a pris un tournant anti-écologique… &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Mais pour les militants, tant que ces terres non bâties seront considérées comme des réserves foncières, la lutte ne sera jamais complètement victorieuse. En attendant, ils continuent d’expérimenter le futur nourricier de ces terres à travers le potager et la distribution de ses légumes aux alentours et déposent des recours en justice.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Quelle leçon retirez-vous de votre engagement en tant que chercheur dans cette mobilisation &lt;/b&gt;&lt;b&gt;?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;J’ai tenté d’esquisser un travail mémoriel de cette lutte en la documentant de l’intérieur. Même si j’y étais engagé, tous les faits que je rapporte sont strictement vrais. J’ai voulu raconter une histoire par le bas, à rebours de ce qui peut nous être enseigné parfois dans la mémoire collective. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Par exemple, Mai 68 est souvent présenté comme une grande révolte étudiante et syndicale qui a préparé le monde d’aujourd’hui. Or, il s’agissait en réalité de la plus importante grève anticoloniale que la France ait jamais connue. Une expérience dans laquelle il serait pourtant utile de puiser actuellement face à ce qu’il se passe en Ukraine ou en Palestine. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;De la même manière, ce livre, en étant engagé et scientifique à la fois, est une façon de tenir nos horizons politiques ouverts. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Chronologie : &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2010-2011 : &lt;/b&gt;Découverte de l’existence du projet EuropaCity et de la gare du Grand Paris Express.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2016 : &lt;/b&gt;Lancement de La Convergence : une série de réunions mensuelles à Paris pour implanter la lutte dans la capitale et élargir le cercle militant.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2017 : &lt;/b&gt;Première Fête des terres de Gonesse contre le projet EuropaCity.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2019 : &lt;/b&gt;Abandon du projet de mégacomplexe commercial et touristique.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2021 : &lt;/b&gt;Création de la ZAD du Triangle de Gonesse.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2025 : &lt;/b&gt;Validation par l’État du nouveau projet de cité scolaire malgré l’avis défavorable de la commission enquêtrice.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; « Analyse fonctionnelle des espaces agricoles du Triangle de Gonesse », Établissement public d’aménagement de la Plaine de France, 2013.&lt;/p&gt;</content>
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