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	<title>Articles Socialter</title>
	<updated>2026-04-19T05:55:56Z</updated>
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		<title>Frise chronologique : Dix ans de conquête des médias par l&apos;extrême droite</title>
		<id>2132</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/frise-chronologique-dix-ans-de-conquete-des-medias-par-l-extreme-droite-bollore-sterin-cnews"/>
		<published>2026-04-17T17:06:00+02:00</published>
		<summary>En une dizaine d’années, le paysage audiovisuel a changé. Les obsessions de l’extrême droite, telles que l’immigration ou le « wokisme », sont aujourd’hui imposées dans le débat public par une myriade de chaînes d’opinion, radios et journaux radicalisés qui jouent sur le buzz et l’outrance. Retour sur cette montée en influence pilotée par des milliardaires, sur les résistances des rédactions et sur la recomposition du champ médiatique autour de la bataille idéologique réactionnaire.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/friseilluhs20_1776438354-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p&gt;Dans notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes » avec Salome Saqué, retrouvez une frise chronologique de 6 pages qui détaille l&apos;offensive réactionnaire sur le paysage médiatique. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/frisehs20x1_page-0001_1776438587-jpg_1776438587-1.jpg&quot; style=&quot;width: 1366px;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;h3 style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;b&gt;Pour parcourir cette frise chronologique en détails, &lt;a href=&quot;https://mailchi.mp/socialter/frisehs20&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&lt;u&gt;rendez-vous sur ce lien&lt;/u&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/frisechronohs20_page-0001-1_1776438601-jpg_1776438601-1.jpg&quot; style=&quot;width: 1366px;&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Cette frise est issue de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&amp;tit_code=CVOqtZfMye8%3d&amp;PAR_CODE=nYAbzhg8%2fV4%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/hors-serie-numero-20-socialter-salome-saque-resister-aux-nouveaux-fascismes&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/hs20couvproduit_1769698793-png_1769698793-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/div&gt;</content>
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		<title>Elsa Deck Marsault : « J’écris sur les violences et les conflits pour que nos collectifs cessent de se déchirer »</title>
		<id>2130</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/elsa-deck-marsault-violences-conflits-collectifs-militants-gauche-progressiste-call-out"/>
		<published>2026-04-15T17:30:00+02:00</published>
		<summary>Lutter ensemble, sur le long terme, peut être épuisant. Elsa Deck Marsault, militante féministe et queer, en sait quelque chose. Comme ailleurs, les conflits minent les milieux militants progressistes, avec leur lot de violences. Comment y répondre sans tomber dans les mêmes travers que ceux qu’on critique ? Tel était l’objet de son premier essai Faire justice (La fabrique, 2023), depuis devenu une référence. Pour Socialter, elle revient sur les raisons qui poussent certains groupes à reproduire des mécanismes punitifs, et propose des pistes pour se réapproprier nos conflits.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/elsadeckmarsault1_1776267121-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Pourquoi avoir choisi d’analyser les conflits et les dérives au sein des milieux militants à gauche ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;J’ai choisi de me concentrer sur les espaces où je milite depuis près dix ans. Je précise que, si je parle surtout des milieux queers et féministes, ces dérives traversent en réalité beaucoup d’espaces militants. J’y suis entrée avec beaucoup de joie et d’enthousiasme, et j’y ai trouvé des lieux d’émancipation et de solidarité. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Mais j’ai assez vite constaté que de nombreuses personnes se heurtaient à des violences et des conflits en tout genre et que nous avions beaucoup de mal à y faire face sans reproduire davantage de violence. Résultat : les collectifs finissaient souvent par imploser.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Entretien issu de notre n°75 « Peut-on être en désaccord sans se haïr ? », en kiosque et librairie le 18/04, et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-75&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/s75_couvproduit_1776091056-png_1776091056-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Tu expliques avoir observé beaucoup de « pratiques punitives ». Concrètement, comment se traduisent-elles ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Elles prennent la forme de punitions, comme le boycott d’un lieu ou la dénonciation, qui reproduisent les logiques du système pénal, avec une individualisation de la faute, la désignation d’un coupable et l’idée que la transformation de nos espaces collectifs se fera via la transformation individuelle de chacun. J’ai vu des personnes faire l’objet de « &lt;i&gt;call-out &lt;/i&gt;» &lt;b&gt;&lt;sup&gt;lire p. 29&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; – des dénonciations publiques nominatives – en ligne ou lors d’assemblées générales et se faire harceler collectivement. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Après avoir passé plusieurs années à observer ces comportements et à les vivre moi-même, j’ai cofondé en 2019 Fracas, un collectif d’entraide militante queer et féministe&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. L’idée était d’abord de nous former dans la prise en charge des conflits et des violences, puis d’accompagner des groupes confrontés à ces situations et, enfin, de sensibiliser plus largement sur les dangers et les répercussions des pratiques punitives. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;L’essai &lt;i&gt;Faire justice&lt;/i&gt; est un peu la somme de toutes ces expériences.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;En écrivant ce livre, ne craignais-tu pas que ces critiques soient utilisées contre ces milieux ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;C’est effectivement une crainte qui m’a beaucoup accompagnée pendant l’écriture. Déballer notre « linge sale » en public n’avait pas été beaucoup fait jusque-là, en dehors de quelques articles de blog ou des « zines » plutôt confidentiels. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Publier un livre sur le sujet faisait peser le risque que mes propos soient récupérés par des franges réactionnaires et conservatrices pour s’en servir contre les milieux dont je parle. Ce qui m’a poussée à continuer malgré tout, c’est la colère et l’inquiétude. La colère, d’abord, pour ce qu’on s’inflige : qu’est-ce qui justifie le harcèlement ou les violences, parfois physiques, que l’on reproduit dans nos propres espaces ? Et, aussi, l’inquiétude. Car en tant que militante, je souhaite que les associations féministes et les mouvements sociaux remportent des victoires. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Écrire sur les violences et les conflits, en s’appuyant sur le soin et l’entraide communautaire, était aussi une manière de contribuer à nous renforcer politiquement, dans l’optique que nos collectifs cessent de se déchirer et puissent durer.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;En 2023, tu fais le constat d’un « éparpillement » et d’une « fragmentation » du militantisme progressiste contemporain. Dirais-tu que c’est toujours le cas ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Oui, en partie, même si le paysage a évolué depuis. En 2023, je parlais d’éparpillement pour qualifier ce qu’on appelle les « politiques de l’identité&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; », autrement dit, le fait de lutter depuis une identité individuelle, partagée avec d’autres, en mettant en avant des caractéristiques comme le genre, l’orientation sexuelle ou la race. Cette dynamique a contribué à fragmenter les milieux militants et à les enfermer dans une forme d’entre-soi, où l’on se focalise davantage sur ce qui distingue les groupes que sur ce qui pourrait nourrir un front commun.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/elsadeckmarsault2_1776267130-png_1776267130-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Aujourd’hui, il est difficile de formuler exactement la même critique. Les mouvements contre la réforme des retraites, et plus largement les mobilisations récentes pour la Palestine, ont porté une forme de convergence. Avec l’actualité internationale et les politiques de guerre menées par le gouvernement, j’ai aussi le sentiment qu’une approche plus matérialiste, centrée sur la lutte des classes, reprend de la place dans les mouvements sociaux, ce qui ouvre des possibilités de convergences plus larges – à l’instar de la coalition Guerre à la guerre, qui regroupe des organisations très différentes qui s’attaquent au fabricant d’armes français Thales.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Dans les milieux féministes, je trouve tout de même que certaines luttes restent encore dans leur sillon. C’est ce que j’analyse dans mon dernier essai, &lt;i&gt;La Violence en spectacle&lt;/i&gt;, à propos du féminisme carcéral&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Ce féminisme hégémonique a du mal à mettre au goût du jour ses objectifs et ses moyens de lutter, alors même que la violence de l’État, de la police et des tribunaux est depuis longtemps dénoncée par les mouvements décoloniaux.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Pourquoi, selon toi ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Nous avons grandi dans une société qui repose presque exclusivement sur la punition pour répondre à ce qu’elle juge répréhensible. Depuis l’enfance, nous baignons dans la justice punitive et nous en avons nous-mêmes fait l’expérience. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Nous reproduisons, finalement, ce que nous avons appris : c’est-à-dire des logiques qui reposent sur l’idée que sanctionner suffisamment de monde permettrait de rendre nos milieux plus « purs ». Et, à force d’avoir été confronté à ces mécanismes toute notre vie, nous n’arrivons pas à imaginer d’autres manières de réagir aux conflits et aux difficultés qu’on rencontre. D’autant qu’il y a peu d’alternatives visibles…&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Ce glissement vers une individualisation de la faute reflète ce que tu décris comme «&lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt; un militantisme sans réel espoir de changement &lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;» ou ce que la politiste Wendy Brown nomme le « &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;moralisme progressiste &lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;». Peux-tu expliquer de quoi il s’agit ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;L’idée, c’est qu’à un moment donné, la morale est devenue très importante dans les milieux militants. Être perçu comme un « bon militant » – c’est-à-dire adopter les bons codes, les bons mots et les bonnes attitudes – est désormais parfois plus important que d’oser dire qu’on n’a pas compris quelque chose ou de prendre le temps d’expliquer à quelqu’un un concept. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Autrement dit, le souci d’incarner une forme de perfection morale a pris le pas sur la patience que suppose toute lutte : le travail politique de répétition et de pédagogie.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Selon moi, ce moralisme – et les pratiques punitives qu’il peut entraîner – découle d’un sentiment d’impuissance politique. Nous vivons dans un contexte de guerres internationales et de mul­tiples crises économiques, sociales et écologiques, où les adversaires semblent si puissants et abstraits qu’on ne sait par où commencer. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Face à cela, il est plus facile de s’attaquer à son voisin qui aurait dit ou fait telle chose qui représenterait le patriarcat, le colonialisme, etc., qu’à des structures aussi massives que TotalEnergies ou le gouvernement. Les effets de ces actes sont aussi visibles et immédiats, contrairement aux luttes de fond dont les effets se mesurent sur le long terme. Ceci dit, il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas de personnes mal intentionnées. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ce phénomène traduit plutôt une forme de compensation : face à l’impuissance politique, on cherche à retrouver de la puissance là où l’on peut. &lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Quels effets produit cette intransigeance dans les milieux militants ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Elle a des effets très lourds, à la fois sur les personnes et sur les collectifs. D’abord, il y a peu de regards sur les conséquences de ces pratiques sur les personnes touchées. Si mettre les victimes au centre a été un acquis majeur du féminisme, cela ne doit pas nous dispenser de regarder aussi les conséquences de nos propres actes, en particulier lorsqu’ils prennent une forme collective. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Les personnes qui sont visées peuvent se retrouver isolées, coupées de leurs réseaux, voire en situation de précarité sociale ou économique quand elles comptent, par exemple, sur les milieux militants pour trouver un travail ou un logement. Au niveau collectif, cela génère une forme d’épuisement et de défiance généralisée. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;On finit par intérioriser l’idée que chacun est remplaçable, que ce n’est « pas si grave » de traiter un camarade comme son pire ennemi. Cela installe le sentiment d’être en permanence sur la sellette, car tout le monde sait ce qu’il risque en cas de faux pas.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;En quoi l’influence du néolibéralisme entraîne-t-elle ces mouvements vers une dépolitisation croissante ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ces logiques s’inscrivent dans un tournant amorcé durant les années 1980 avec l’essor du néolibéralisme. C’est ce mouvement qui, selon moi, doit vraiment être remis en question. Car se concentrer sur des violences individuelles et interpersonnelles en ignorant tout ce qui, autour, favorise ces violences – que ce soit dans les milieux militants ou non – nous prive de leviers d’action collective et d’une compréhension fine de ces situations. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;D’une certaine manière, le néolibéralisme nous désapprend à lire et à réagir aux situations de violence. Car tout l’enjeu du néolibéralisme est d’effacer les causes matérielles, sociales et politiques des agissements individuels pour nous faire croire que nous ne sommes que des individus.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Que peut-on mettre en place pour sortir de cette impasse ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Avec Fracas, nous avons dans un premier temps essayé de nous documenter pour trouver des moyens de répondre aux conflits et aux violences dans les milieux militants. Nos recherches nous ont conduit jusqu’aux théories de l’abolitionnisme pénal et de la justice transformatrice, une forme de justice alternative. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Nous en sommes venus à la conclusion que seule une réponse collective permet de faire face à ces situations. Il s’agit bien sûr d’accompagner les personnes directement concernées, mais aussi de prendre en charge le groupe dans son ensemble. D’une part, parce qu’il existe souvent des effets collatéraux  – les conflits ou les violences au sein d’un collectif n’affectent pas seulement les protagonistes en cause – et, d’autre part, parce que le collectif constitue un levier d’action décisif. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Si les pratiques de &lt;i&gt;call-out&lt;/i&gt; ou d’exclusion sont si puissantes, c’est précisément parce qu’elles sont portées par le groupe. L’enjeu est donc de s’appuyer sur cette force afin d’accroître la capacité des collectifs à comprendre ce qu’est une violence et à y répondre autrement.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Avec Fracas, tu puises dans les outils de la justice transformatrice. De quoi s’agit-il et en quoi est-ce différent de la justice punitive ou encore de la justice restaurative ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La justice punitive repose sur l’idée que punir une personne pour un acte jugé répréhensible est à la fois juste et nécessaire pour transformer la société et protéger tout le monde. Elle passe par la justice pénale, qui sanctionne selon une loi commune qui a préalablement défini les crimes et les délits. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La justice restaurative, elle, est une forme de justice qui existe à peu près partout dans le monde depuis des centaines d’années&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. En France, elle a été introduite dans le droit en 2014 comme pratique complémentaire au système pénal. Il existe plusieurs mesures de justice restaurative accessibles dès le dépôt de plainte, pour les plaignants comme les personnes accusées de violence. Cela va de la médiation relationnelle à la rencontre entre groupes de victimes et d’auteurs, aux groupes de parole. L’idée est d’offrir une forme de réparation. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En France, cette justice est en tout cas reliée au système pénal. C’est ce qui fait sa grande différence avec la justice transformatrice qui, au contraire, est une justice profondément abolitionniste. Cette justice pense que le système pénal reproduit plus de violence qu’il n’en résout et donc qu’il faut s’en passer. Elle a été pensée dans les années 1990 au sein de communautés antiracistes et féministes aux États-Unis. Ces communautés ont réfléchi à des manières alternatives de faire justice en cas de violences intrafamiliales, conjugales ou sexuelles mais aussi en cas de vols ou de carambolages, sans faire appel à la police. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;C’est par exemple le cas des collectifs Communities Against Rape and Abuse (« Communautés contre le viol et l’abus ») ou Creative Intervention, concernant les violences sexistes et sexuelles. Leur apport est majeur et il est encore trop peu connu en France.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Les philosophies de la justice restaurative et de la justice transformatrice sont aussi assez différentes. Si la justice restaurative cherche à réparer quelque chose qui a été cassé pour retrouver une forme d’apaisement intérieur ou relationnel, la justice transformatrice vise la transformation des personnes directement concernées et de leur communauté. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;C’est une justice profondément tournée vers l’avenir et, aussi, éminemment politique, puisqu’elle critique les systèmes dans lesquels on évolue. Par exemple, si une agression sexuelle a lieu entre deux collègues lors d’une soirée organisée par une association, la justice transformatrice nous pousse à nous questionner ce qui a matériellement favorisé un tel acte. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Est-ce le manque de sensibilisation en amont sur les violences sexuelles et sexistes ? De personnes référentes encadrant la soirée ? La structure hiérarchique au sein de l’association, qui implique un rapport de force entre les deux personnes ? Autant de conditions qui devront être discutées pour éviter que cela ne se reproduise.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;La justice transformatrice permet non seulement de prendre en compte les responsabilités collectives au sein des conflits, mais aussi de prendre en charge victimes comme agresseurs. Comment peut-elle nous aider à percevoir le conflit autrement ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Si l’on considère que le conflit vient éclairer les dysfonctionnements, et qu’on arrive à s’en saisir sans en avoir peur, il peut nous amener à transformer nos groupes. Il peut les faire évoluer de manière à les rendre plus efficaces et agréables pour tous et toutes. Souvent, c’est la crainte du conflit qui nous empêche de regarder ce qu’il a à dire ; alors que les conflits nous renseignent sur la manière dont un groupe se structure, sur la qualité des liens et sur les rapports de domination qui le traversent. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Au niveau social, les crises sont elles aussi très instructives : elles signalent ce qui ne fonctionne plus dans la société et là où il faudrait intervenir. Le problème, aujourd’hui, c’est l’absence d’espaces pour reprendre et travailler ces conflits ; la démocratie libérale, telle qu’on la connaît, est en train de mourir. Puis rappelons que, pour qu’il y ait réellement conflit, il doit exister un minimum d’égalité des forces : chaque partie doit avoir une capacité d’action comparable et la possibilité de mettre fin à la situation. Quand l’État dissout administrativement un mouvement ou une association, il ne s’agit pas d’un conflit, mais de la démonstration d’un pouvoir coercitif unilatéral.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le conflit est, en somme, extrêmement précieux pour les collectifs. Il ne devrait pas être remis exclusivement entre les mains des professionnels du droit. Au contraire : la justice transformatrice nous encourage à nous réapproprier les conflits afin d’en tirer une véritable matière et de faire émerger de nouvelles façons de faire justice ensemble. &lt;/p&gt;</content>
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		<title>Pourquoi le militantisme des jeunes dérange ?</title>
		<id>2129</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/pourquoi-le-militantisme-des-jeunes-derange-greta-thunberg-politique-ecologie"/>
		<published>2026-04-15T17:04:00+02:00</published>
		<summary>En matière d’engagement, la valeur n’attend pas le nombre des années. Alors pourquoi les jeunes font‑ils l’objet d’un si profond rejet dès lors qu’ils formulent une parole politique ?</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/militantismeenfants_1776266039-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;7 septembre 2010. La réforme des retraites soutenue par le gouvernement Fillon et conduite par le ministre du travail Éric&amp;nbsp;Woerth provoque des manifestations dans toute la France. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Parmi les figures qui s’y opposent, Victor&amp;nbsp;Colombani, 15&amp;nbsp;ans, court d’un plateau de télévision à un autre. «&lt;i&gt; Je deviens une figure médiatique un peu malgré moi &lt;/i&gt;», admet le trentenaire qui, à l’époque, est fraîchement devenu président de l’Union nationale lycéenne (UNL), qui compte six&amp;nbsp;mille adhérents. Son entourage, bienveillant, l’avertit : à ce niveau d’exposition, aucun pas de travers ne lui sera pardonné. « &lt;i&gt;Mais à 15&amp;nbsp;ans, comment être autant dans le contrôle de soi ? Comment faire la différence entre ce qu’on représente et l’adulte qu’on n’est pas encore totalement ? &lt;/i&gt;», s’interroge-t-il, quinze&amp;nbsp;ans plus tard.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;&amp;nbsp;et librairie et&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-74&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt;&amp;nbsp;et sur abonnement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvn74produit_1771261050-png_1771261050-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;À l’époque, le syndicat déniche une formule politiquement efficace, reprise par la presse&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; : le gouvernement est irresponsable. « &lt;i&gt;Des gamins de 16&amp;nbsp;ans tout au plus qui renversent l’argument de l’irresponsabilité, c’est génial ! &lt;/i&gt;», se souvient-il, le sourire dans la voix. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Aussi grisante qu’a été l’expérience, Victor&amp;nbsp;Colombani n’a plus milité après ça. « &lt;i&gt;Quand tu arrives devant un lycée pour demander au proviseur la fermeture administrative de son établissement, tu dois passer une première barrière symbolique qui est le sentiment d’illégitimité. On voit d’ailleurs assez vite les regards qui se disent : c’est qui, ce minot ? Et encore, je suis un jeune homme blanc, moins propice au harcèlement &lt;/i&gt;», tempère celui qui est désormais avocat en droit du travail au sein du cabinet Atlantes, engagé aux côtés des salariés et des fonctionnaires.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Si c’était à refaire ? «&lt;i&gt; En 2010, oui, à quelques aménagements près. En&amp;nbsp;2026, avec Instagram et le dialogue amoindri du gouvernement avec le mouvement syndical… J’y réfléchirais à deux&amp;nbsp;fois &lt;/i&gt;», rétorque Victor&amp;nbsp;Colombani. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ces dernières années, c’est Manès&amp;nbsp;Nadel, né en&amp;nbsp;2007, responsable du syndicat La Voix lycéenne, qui a pris le relais. Remarqué dans son passage sur BFM&amp;nbsp;TV fin janvier&amp;nbsp;2023 dans le cadre du mouvement d’opposition à la réforme des retraites, l’exposé de ses revendications est visionné par plus de 1,5&amp;nbsp;million d’internautes. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;L’un de ses détracteurs ? Le même Éric&amp;nbsp;Woerth, qui défendait une réforme libérale des retraites treize&amp;nbsp;ans plus tôt déjà. « &lt;i&gt;Il faut d’abord qu’il rentre sur le marché du travail, qu’il fasse ses études et puis il construira la société &lt;/i&gt;», lâche-t-il sur le plateau de BFM&amp;nbsp;TV en évoquant Manès&amp;nbsp;Nadel. Ce à quoi répond le jeune militant sur Twitter : « &lt;i&gt;Bonjour Éric&amp;nbsp;Woerth, plutôt que de donner votre avis sur cette abjecte réforme des retraites, je vous suggère d’aller en cours. Vous pourrez apprendre à ne pas bégayer, par exemple. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Punchlines et impertinence&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Est-ce précisément l’impertinence et le sens de la punchline, propre aux très jeunes militants, qui électrisent les responsables politiques à ce point ? Taxés de naïveté ou renvoyés à une prétendue instrumentalisation, les mineurs sont en tout cas dénigrés dès lors qu’ils formulent une parole politique. On pense instantanément à l’activiste suédoise Greta&amp;nbsp;Thunberg, qualifiée tour à tour par des hommes politiques&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; de «&lt;i&gt; prophétesse en culottes courtes&lt;/i&gt; », « &lt;i&gt;gourou apocalyptique &lt;/i&gt;» ou encore de «&lt;i&gt; jeune activiste totalement sous emprise &lt;/i&gt;». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ces insultes n’étonnent pas Gabriel, 33&amp;nbsp;ans, militant au sein du collectif Enfantiste, créé en&amp;nbsp;2022, qui se mobilise contre les violences faites aux enfants et aux adolescents, et souhaite inscrire ce sujet dans le débat politique. «&lt;i&gt; On renvoie les enfants à l’école de la même manière qu’on a renvoyé les femmes à la cuisine. Pour empêcher leurs voix d’exister &lt;/i&gt;», assure-t-il. Ce climat délétère n’a pas empêché Romane, 14&amp;nbsp;ans, d’intégrer le collectif en mars&amp;nbsp;2025. « &lt;i&gt;De là où je suis, je ne peux pas ignorer les violences faites aux enfants, elles sont sous mes yeux. Il y a trois&amp;nbsp;enfants par classe victimes d’inceste &lt;/i&gt;», déplore-t-elle&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, avant d’ajouter : «&lt;i&gt; Les enfants sont la seule minorité qu’il est encore acceptable de discriminer. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« On adore quand les jeunes ramassent des déchets, mais quand ils ont une posture anticapitaliste et qu’ils expriment de la colère et commencent à parler de domination, on criminalise leur engagement. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Né en France, le mouvement de l’enfantisme est davantage établi et étudié dans les pays anglo-saxons à travers la notion de &lt;i&gt;childism&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;childhood studies&lt;/i&gt;. La chercheuse Mathilde&amp;nbsp;Lévêque, maîtresse de conférences en littérature jeunesse, a été l’une des premières universitaires françaises à s’intéresser à ce courant qui considère les enfants comme un groupe minoritaire et marginalisé par les adultes. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ce mouvement s’inscrit également dans le sillage du mouvement #MeToo, et a été renforcé par la publication de best-sellers dénonçant les violences sexuelles sur des mineurs tels que &lt;i&gt;Le Consentement&lt;/i&gt; (Grasset, 2020), de Vanessa&amp;nbsp;Springora, ou &lt;i&gt;La Familia grande&lt;/i&gt;, de Camille&amp;nbsp;Kouchner (Seuil, 2021), «&lt;i&gt; qui ont impulsé une forte dynamique tant sociale qu’académique et militante &lt;/i&gt;», estime Ghislain&amp;nbsp;Leroy, sociologue responsable du séminaire Enfance(s) et sociologie(s), dans la revue spécialisée &lt;i&gt;Sciences&amp;nbsp;humaines&lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;L’histoire militante des enfants sous nos yeux&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Si on peine souvent à imaginer la figure de l’enfant-militant, elle a pourtant toujours existé. En plein mouvement des droits civiques à Birmingham, en Alabama, des centaines d’enfants et d’adolescents participent activement aux protestations contre la ségrégation raciale. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;À seulement 9&amp;nbsp;ans, Audrey&amp;nbsp;Faye&amp;nbsp;Hendricks&lt;b&gt;&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; est l’une des plus jeunes manifestantes à être arrêtée et incarcérée lors des marches organisées par Martin&amp;nbsp;Luther&amp;nbsp;King en&amp;nbsp;1963, lequel encourage d’ailleurs les enfants à se joindre aux cortèges. Attaqués par des chiens et des canons à eau, les enfants furent si réprimés par la police que cela incita de nombreuses personnes à s’engager et contraignit le gouvernement fédéral à agir. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Autre exemple au Sommet de la Terre de l’ONU à Rio, en&amp;nbsp;1992, quand la Canadienne Severn&amp;nbsp;Cullis-Suzuki, 12&amp;nbsp;ans, délivre un vibrant appel aux adultes, sommés d’agir contre la dégradation de l’environnement : «&lt;i&gt; J’ai peur de respirer l’air parce que je ne sais pas quelles substances chimiques il contient. Vous préoccupiez-vous de ces choses à mon âge&lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;6&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; ? », affirme-t-elle, le ton grave, devant un auditoire bouche bée. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Capables de militer avec leurs tripes plus que quiconque, les enfants ont cela de particulier d’être remarqués dans les luttes, bien que vite oubliés. « &lt;i&gt;Entre les mineurs qui ont porté les révoltes de Mai&amp;nbsp;68, les grèves scolaires au Royaume-Uni ou la lutte de jeunes autochtones contre des multinationales, l’histoire militante des enfants est sous nos yeux, mais on est incapables de la voir. Admettre que les jeunes sont capables de lutter vient questionner notre rapport ascendant à eux &lt;/i&gt;», souligne Gabriel, du collectif Enfantiste.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;S’il existe désormais des initiatives institutionnelles visant à intégrer les enfants dans certains processus de décision, à l’image des conseils communaux des enfants, elles restent illusoires et symboliques. «&lt;i&gt; On donne la parole aux enfants, sans penser le partage de pouvoir. On adore quand les jeunes ramassent des déchets, mais quand ils ont une posture anticapitaliste et qu’ils expriment de la colère et commencent à parler de rapports de domination, on criminalise leur engagement &lt;/i&gt;», poursuit Gabriel, qui considère que la radicalité peut aussi faire partie des résistances infantiles. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;« &lt;i&gt;Quand des jeunes Nanterrois brûlent une voiture suite au meurtre de Nahel&amp;nbsp;Merzouk par un policier, c’est une manière de s’indigner, c’est un message politique &lt;/i&gt;», défends le militant. Par ailleurs, l’argument d’irresponsabilité des enfants est paradoxal, puisqu’un adolescent peut, dès 13&amp;nbsp;ans, être jugé pour ses actes et incarcéré, au même titre qu’un adulte.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À rebours de l’idée selon laquelle les jeunes seraient complètement dépolitisés, plus des trois&amp;nbsp;quarts des 18-30&amp;nbsp;ans disent participer plus ou moins régulièrement à des actions citoyennes : manifestation, pétition en ligne et bénévolat militant, selon le dernier baromètre d’opinion du Cercle des économistes. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Il faut dire qu’ils ont de nombreuses raisons de s’indigner. Dans son livre &lt;i&gt;Sois-jeune et tais-toi&lt;/i&gt;, publié en&amp;nbsp;2022 aux éditions Payot, la journaliste Salomé&amp;nbsp;Saqué rappelle qu’en&amp;nbsp;1982 17 % des emplois des jeunes étaient précaires (CDD, intérim). En&amp;nbsp;2022, ce chiffre monte à 52 %.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;160 000 enfants victimes de violences sexuelles par an&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Les enfants et les adolescents sont aussi l’une des populations les plus confrontées aux violences. Le groupement d’intérêt public Enfance protégée, créé le 5&amp;nbsp;janvier&amp;nbsp;2023, délivre dans la première édition de son rapport nommé « Protection de l’enfance et maltraitances » des chiffres effarants. En&amp;nbsp;2024, 57 311&amp;nbsp;victimes mineures de violences physiques commises dans un cadre intrafamilial sont concernées par une plainte. En&amp;nbsp;2022, soixante&amp;nbsp;mineurs sont décédés de mort violente au sein de la famille (ce qui représente un enfant mort tous les six&amp;nbsp;jours). &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Au-delà des violences subies, il ne faut pas oublier les violences auxquelles les enfants assistent. En&amp;nbsp;2024, au moins 21 880&amp;nbsp;enfants sont concernés par les violences conjugales. La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) estime à 160 000 le nombre d’enfants victimes de violences sexuelles chaque année.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Aussi légitime soit-elle, leur place dans les cortèges reste rare. Car la répression policière, toujours plus violente, décourage les personnes les plus vulnérables, et parmi elles les enfants, de faire partie physiquement des espaces de luttes, et donc symboliquement du champ politique. Sur le terrain, des bases arrière prennent alors forme, à l’image des garderies autogérées pendant les manifs, ou « bambineries ». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La plus ancienne d’entre elles est le collectif rennais La&amp;nbsp;Bulle – acronyme de « Bienvenue, unissons nos luttes par l’accueil d’enfants » –, qui garde bénévolement bambins et ados de militants en marge des manifestations. Si ce n’est pas leur mission première, ils génèrent également du lien social. En&amp;nbsp;2022, Candice&amp;nbsp;Garde, professeure des écoles de 42&amp;nbsp;ans, s’installe dans la région rennaise. Elle ne connaît encore personne et sa situation de maman solo limite ses possibilités de rencontres. Elle se rapproche de La Bulle car « &lt;i&gt;elle ne veut pas exposer sa fille de 5&amp;nbsp;ans aux lacrymos &lt;/i&gt;». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pour éviter de rester en vase clos entre militants CSP+, La Bulle s’est rapprochée du syndicat de parents Front de mères, qui lutte contre les discriminations et les violences que subissent les enfants des quartiers populaires, en organisant une chasse aux trésors, dans le quartier de Maurepas, à Rennes. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Des initiatives encore timides et surtout inégales selon les territoires, alors même que de plus en plus de centres commerciaux proposent des « &lt;i&gt;kids club &lt;/i&gt;», pour s’assurer que les parents ne soient pas empêchés de consommer. &amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Marc&amp;nbsp;Daou, « &lt;a href=&quot;https://www.france24.com/fr/20101016-reforme-retraite-mouvement-lyceen-julianne-charton-unl-mobilisation-lycee-manifestations-gouvernement&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;“Il faut s’attendre à un durcissement du&amp;nbsp;mouvement lycéen”&lt;/a&gt; », &lt;i&gt;France&amp;nbsp;24&lt;/i&gt;, 16&amp;nbsp;octobre 2010.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2. &lt;/b&gt;Matthieu&amp;nbsp;Balu, « &lt;a href=&quot;https://www.huffingtonpost.fr/science/article/greta-thunberg-gourou-apocalyptique-qui-ne-fait-que-citer-les-experts_148674.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Greta Thunberg, “gourou apocalyptique”… qui ne fait que&amp;nbsp;citer les&amp;nbsp;experts&lt;/a&gt; », &lt;i&gt;Huffpost&lt;/i&gt;, 23&amp;nbsp;juillet 2019.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3. &lt;/b&gt;Se référant aux chiffres de la&amp;nbsp;Commission indépendante sur&amp;nbsp;l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), qui rapporte que 1&amp;nbsp;personne sur 10&amp;nbsp;a verbalisé un&amp;nbsp;inceste vécu.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4. &lt;/b&gt;Béatrice Kammerer, « &lt;a href=&quot;https://www.scienceshumaines.com/enfantisme-la-nouvelle-cause-des-enfants&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Les enfants sont-ils discriminés ? &lt;/a&gt;», &lt;i&gt;Sciences humaines&lt;/i&gt;, 20&amp;nbsp;avril 2025.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;5. &lt;/b&gt;« &lt;a href=&quot;https://www.womenshistory.org/education-resources/biographies/audrey-faye-hendricks&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Audrey Faye Hendricks Biography&lt;/a&gt; », National Women’s History Museum.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;6. &lt;/b&gt;« &lt;a href=&quot;https://www.brut.media/fr/videos/environnement/changement-climatique/le-discours-de-severn-cullis-suzuki-au-sommet-de-rio-en-1992&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Le discours de Severn&amp;nbsp;Cullis-Suzuki au sommet de Rio en 1992&lt;/a&gt; », &lt;i&gt;Brut&lt;/i&gt;, 20 juin 2023.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Soixante-dix fantômes et autres textes</title>
		<id>2128</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/soixante-dix-fantomes-et-autres-textes-nathalie-quintane"/>
		<published>2026-04-15T12:34:00+02:00</published>
		<summary>Découvrez notre recension de « Soixante-dix fantômes Et autres textes » de Nathalie Quintane aux Éditions La Fabrique.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/70fantomes_1776249316-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Un béret sur une vieille affiche de 1943, une voisine pas contente de voir des caravanes s’installer sur le parking du Super, ces mots – « &lt;i&gt;étranger&lt;/i&gt; », « &lt;i&gt;immigré&lt;/i&gt; » – qui s’incrustent dans les conversations de quartier, cet homme qui réclame du porc dans les tourtons du marché… Par petites touches quotidiennes, Nathalie Quintane peint le fascisme qui monte et monte, s’insinue par une phrase, un mot, un geste. Paranoïa ou lucidité ? Les fantômes du passé reviennent nous hanter. Saurez-vous les reconnaître ? &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;https://lafabrique.fr/soixante-dix-fantomes/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Soixante-dix fantômes &lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;https://lafabrique.fr/soixante-dix-fantomes/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Et autres textes&lt;/a&gt; &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Nathalie Quintane &lt;/b&gt;→ La fabrique éditions - 2025 130 pages - 15 €&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Derrière les promesses d&apos;acier vert, ArcelorMittal carbure au charbon du Mozambique</title>
		<id>2127</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/arcelormittal-carbure-importation-charbon-dunkerque-mozambique-pollution-sante"/>
		<published>2026-04-15T10:26:00+02:00</published>
		<summary>En août 2025, ArcelorMittal Dunkerque, l’usine la plus polluante de France, a reçu plusieurs milliers de tonnes de charbon, en provenance d’une mine ultra-toxique au Mozambique. À Moatize, des habitants sont exposés à une grave pollution de l’air et voient leurs maisons détruites par des explosions, selon l’enquête réalisée sur place par Disclose, en partenariat avec Socialter.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/enquetediscloseillu_1776242558-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Le 21 août 2025, un intrus fend les flots au large de Dunkerque (Nord). Sous les yeux des vacanciers qui profitent de la plage, le cargo long de 230 mètres s’avance vers la jetée de Malo. Dans les cales du navire, un amas de roches noires. Du charbon, la plus polluante des énergies fossiles. Destination : le complexe sidérurgique ­d’ArcelorMittal qui borde la ville. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Là-bas, le charbon est mélangé à du minerai de fer pour produire des quantités phénoménales d’acier – 15 tonnes par jour, soit l’équivalent de la structure de deux tours Eiffel. Un processus extrêmement toxique : l’usine émet 12 millions de tonnes de CO2 par an, soit, à elle seule, 15 % des émissions de gaz à effet de serre de l’industrie française.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Enquête issue de notre n°75 « Peut-on être en désaccord sans se haïr ? », en kiosque et librairie le 18/04, et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-75&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/s75_couvproduit_1776091056-png_1776091056-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pour réduire son impact environnemental et produire de l’acier plus propre, la multinationale s’est vu accorder au moins 244 millions d’euros d’aides publiques depuis 2021 &lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. À Dunkerque, ArcelorMittal a d’abord promis de remplacer une partie de son charbon par de l’hydrogène et de &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/arcelormittal-dunkerque-recul-decarbonation-emplois-pollution-climat&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;construire deux fours électriques d’ici à 2027,&lt;/a&gt; en lieu et place de ses hauts-fourneaux. Avant de faire machine arrière. Le projet, repoussé à 2029, ne prévoit désormais plus qu’un seul four sur les deux annoncés. L’ambition d’utiliser de l’hydrogène, elle, a été abandonnée. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En attendant un virage écologique plus qu’hypothétique, le charbon reste pour le groupe industriel une matière première à la fois stratégique et secrète. Son origine n’est mentionnée sur aucun document public de l’entreprise. &lt;i&gt;Disclose&lt;/i&gt; a remonté la filière d’approvisionnement d’ArcelorMittal. Le cargo arrivé à Dunkerque en août 2025 transportait 79 000 tonnes de charbon en provenance du port de Nacala, au Mozambique, selon des données exclusives de la société Kpler, que nous a transmises l’ONG Aria, qui travaille sur les flux et le marché des industries fossiles.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/enquetedisclose1_1776242327-png_1776242327-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;La mine de Vulcan Minerals à Moatize.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Une partie de la cargaison a été déchargée dans le port français, avant de faire route vers l’Allemagne et la Pologne. Ce charbon mozambicain provient d’une mine à ciel ouvert ultra-toxique, située à Moatize, dans le centre du pays. Ici, 40 000 habitants respirent, boivent et mangent des poussières qui les empoisonnent, comme nous l’avons découvert en enquêtant sur place.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Du charbon dans les poumons&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;À Moatize, la mine a avalé la ville. Jadis, les petites maisons coiffées de toits en tôle étaient bordées de collines parsemées d’arbustes. Aujourd’hui, des tranchées noires profondes de plusieurs dizaines de mètres ont formé comme des douves à l’ouest et au sud de la municipalité. Les stigmates d’une exploitation forcenée, dans l’une des plus grandes réserves de houille au monde. Douze millions de tonnes de roche noire sont extraites ici chaque année par un partenaire d’ArcelorMittal : la société Vulcan Minerals, filiale du géant minier indien Jindal.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/enquetedisclose3_1776242296-png_1776242296-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Aurora Azevedo montre la poussière venant des mines qui tombe sur les maisons.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Depuis l’ouverture de la mine en 2011, pas un jour ou presque ne passe sans que des fumées noires ne viennent couvrir la ville d’un épais voile de poussière. Elles transportent des polluants qui s’insinuent au plus profond des corps : dans les poumons. C’est ce que révèlent des analyses exclusives que nous avons obtenues auprès de l’association mozambicaine Justiça Ambiental.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« En 2010, j’ai dû avorter après cinq mois de grossesse parce que la tuberculose empêchait mon bébé de se développer, je n’ai jamais pu retomber enceinte ensuite. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Entre septembre et octobre 2024, des capteurs disposés dans trois quartiers de Moatize ont mesuré des concentrations alarmantes en particules fines (PM10) : jusqu’à 340 μg/m3 (microgrammes par mètre cube) près d’un hôtel de la ville, soit plus de sept fois le seuil recommandé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Par comparaison, à la même période, l’air aux abords de l’aciérie dunkerquoise d’ArcelorMittal contenait jusqu’à 64 μg/m3 de particules fines. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Les fumées dégagées par la mine contiennent aussi des poussières de métaux susceptibles de mettre en danger la population. Les niveaux de zinc, par exemple, excèdent de près de 20 fois les seuils recommandés en Afrique du Sud voisine pour les sols d’une zone résidentielle – il n’existe pas de norme au Mozambique. Les mesures de vanadium et de manganèse&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; sont respectivement 12 et 7 fois supérieures à ces limites. « &lt;i&gt;C’est extrêmement préoccupant,&lt;/i&gt; réagit Rico Euripidou, épidémiologiste et coordinateur de campagnes pour l’ONG sud-africaine Groundwork, à la lecture de ces résultats. &lt;i&gt;Il est très clairement établi par la science que ces substances&lt;/i&gt; [le vanadium et le manganèse] &lt;i&gt;sont très toxiques et qu’elles causent des cancers.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le seul hôpital de Moatize étant financé par Vulcan Minerals, obtenir des témoignages de médecins sur les conséquences sanitaires de la pollution relève de la mission impossible. Celui, anonyme, d’un responsable de l’hôpital de Tete, la ville voisine, publié dans un média local en février 2022&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, donne une idée du mal qui s’est emparé de la région : «&lt;i&gt; Chaque jour (…), nous recevons un nombre croissant de personnes atteintes de tuberculose. Nous pensons que cela est dû à la pollution.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/enquetedisclose2_1776242279-png_1776242279-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Isabel Graça Correia avec ses filles devant leur maison dans le quartier de Liberdade, à Moatize.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;De nombreuses études scientifiques ont établi un lien clair entre cette maladie et l’exploitation du charbon en Afrique subsaharienne. Au Malawi, pays frontalier du Mozambique, une étude a montré en 2020 que les mineurs de charbon étaient 10 à 15 fois plus susceptibles de contracter la tuberculose que le reste de la population. Un risque particulièrement prégnant pour les résidents de Moatize, où la ville et la mine se confondent.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;«&lt;i&gt; J’ai eu beaucoup de problèmes de santé, dont la tuberculose&lt;/i&gt; », témoigne auprès de &lt;i&gt;Disclose&lt;/i&gt; Isabel Graça Correia, 43 ans. Arrivée à Moatize en 2007, soit un an avant le début des travaux dans la mine, elle s’est installée dans le quartier de Liberdade, aux abords du complexe minier. « &lt;i&gt;En 2010, j’ai dû avorter après cinq mois de grossesse parce que [la tuberculose] empêchait mon bébé de se développer &lt;/i&gt;(...)&lt;i&gt;, je n’ai jamais pu retomber enceinte ensuite. Nous vivons dans des conditions désastreuses. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;De la roche ardente projetée dans une maison&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;À Moatize, il n’y a pas que l’air qui est pollué. Les rejets de la mine se déposent aussi dans les rivières et les eaux souterraines, comme l’a montré une étude publiée en février dernier dans la revue &lt;i&gt;Environmental Geochemistry and Health&lt;/i&gt;. Les chercheurs ont détecté des concentrations importantes de métaux, dont le cuivre et le sélénium, dans 30 échantillons d’eau prélevés autour de Moatize. Lésions du foie et des reins, troubles neurologiques, perte de cheveux… «&lt;i&gt; La consommation d’eau pose des risques considérables pour la santé, particulièrement &lt;/i&gt;(...)&lt;i&gt; pour les enfants &lt;/i&gt;», concluent les scientifiques.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Cette maison n’a même pas un an et elle a déjà des fissures, à cause des détonations. Ils font des explosions deux fois par jour, entre 13 heures et 14 heures. Quand ça se produit, nous quittons nos maisons et restons dehors. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Les particules de charbon contaminent également les terres et les aliments. « &lt;i&gt;Regardez mon corps, je suis couvert de poussière,&lt;/i&gt; fulmine Marcos Xadreque Chabluca, un agriculteur installé sur les rives du fleuve Moatize. &lt;i&gt;La poussière arrive jusque dans mes champs. Rien qu’en désherbant, je me retrouve couvert de la tête aux pieds. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le paysan ne reconnaît plus ses cultures : « &lt;i&gt;Je plantais toutes sortes de légumes ici : maïs, haricots, citrouilles… Mais aujourd’hui, plus rien ne pousse. J’ai perdu deux hectares de production cette année, et je n’ai pas pu semer à cause du charbon &lt;/i&gt;», se désole-t-il. Le maïs, aliment de base de la cuisine mozambicaine, sert à la fabrication du &lt;i&gt;chima&lt;/i&gt;, un plat traditionnel. Mais le charbon s’invite là aussi au menu : «&lt;i&gt; On ne peut plus fabriquer notre farine de maïs dehors, sinon on finit par manger de la poussière. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/enquetedisclose4_1776242211-png_1776242211-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Marcos Xadreque Chabluca dans son champ à Moatize.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Les conséquences de l’activité minière s’immiscent jusque dans les maisons. Pour détacher la roche vendue à prix d’or à ArcelorMittal, Vulcan Minerals emploie la manière forte : des explosifs. Alors qu’il nous reçoit chez lui, Felix Filipe Mainato pointe ses murs lézardés : « &lt;i&gt;Cette maison n’a même pas un an et elle a déjà des fissures, à cause des détonations. Ils font des explosions deux fois par jour, entre 13 heures et 14 heures. Quand ça se produit, nous quittons nos maisons et restons dehors. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En janvier dernier, l’un de ses voisins, Ermenegildo Bartolomeu Macie, a vu sa maison éventrée par un projectile issu de la mine. « &lt;i&gt;C’était une pierre brûlante, toute rouge. Elle devait peser au moins 5 kilos. Il y avait de la fumée partout,&lt;/i&gt; relate-t-il. &lt;i&gt;Ça aurait pu être une tragédie : ma femme et ma fille regardaient la télé à l’intérieur quand ça s’est produit. &lt;/i&gt;» La famille sinistrée a dû attendre un mois avant qu’un ingénieur dépêché par Vulcan Minerals ne vienne boucher le trou avec des briques, faisant fi du reste de la structure, pourtant elle aussi endommagée.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;ArcelorMittal refuse d’abandonner le charbon&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le groupe ArcelorMittal ne peut ignorer la responsabilité de son fournisseur dans la mise en danger des riverains. L’enfer de Moatize est largement documenté, notamment par le Programme des Nations unies pour le développement. Sollicitée, la société Vulcan Minerals n’a pas donné suite. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;De son côté, ArcelorMittal affirme qu’« &lt;i&gt;une diligence raisonnable &lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;&lt;i&gt; a été effectuée sur [son] fournisseur &lt;/i&gt;». Contre l’évidence, le groupe sidérurgique assure que « &lt;i&gt;sur la base de l’évaluation la plus récente, aucun risque matériel, signal d’alerte ou constat défavorable n’a été identifié &lt;/i&gt;».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Selon la loi française sur le devoir de vigilance, la multinationale est tenue de « &lt;i&gt;prévenir les atteintes graves envers les droits humains &lt;/i&gt;(...)&lt;i&gt;, la santé et la sécurité des personnes ainsi que l’environnement &lt;/i&gt;(...) &lt;i&gt;des activités des sous-traitants ou fournisseurs avec lesquels est entretenue une relation commerciale établie&lt;/i&gt; ». Pour ArcelorMittal, la dépendance au charbon semble toujours payer : en 2025, l’entreprise a dégagé 3,15 milliards de dollars (2,73 milliards d’euros) de bénéfices. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/enquetedisclosephrasenl_1776241943-png_1776241943-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Cette enquête est copubliée &lt;a href=&quot;https://disclose.ngo/fr/article/arcelormittal-le-charbon-qui-arrive-a-dunkerque-provoque-des-ravages-au-mozambique&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur le site du média d’investigation &lt;/a&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://disclose.ngo/fr/article/arcelormittal-le-charbon-qui-arrive-a-dunkerque-provoque-des-ravages-au-mozambique&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Disclose&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Elle a reçu le soutien de la fondation Sunrise Project, qui a financé la traduction de l’article en anglais.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Coordination éditoriale : &lt;b&gt;Pierre Leibovici et Mathias Destal &lt;/b&gt;&lt;b&gt;pour &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Disclose / &lt;/i&gt;&lt;/b&gt;Édition : &lt;b&gt;Élodie Emery / &lt;/b&gt;Fact-checking : &lt;b&gt;Rémi Labed&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Notes :&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1. &lt;/b&gt;Selon les calculs de &lt;i&gt;Disclose &lt;/i&gt;basés sur des rapports de l’Ademe et de la Direction générale des entreprises du ministère de l’économie.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2. &lt;/b&gt;Métaux fréquemment utilisés dans les alliages.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3. &lt;/b&gt;Estacio Valoi, « Mozambique. A troubling pattern of land grabbing, pollution and death », Zam, 24 février 2022.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4. &lt;/b&gt;Processus qui permet aux entreprises d’identifier, de prévenir et d’atténuer les incidences négatives, réelles ou potentielles, de leurs activités sur les droits de l’homme, ainsi que de rendre compte de la manière dont elles y remédient (selon la définition de l’Organisation internationale du travail).&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Édito. « Nous n’avons pas le luxe du défaitisme climatique. »</title>
		<id>2126</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/edito-trump-iran-guerre-cooperation-internationale-espagne-pedro-sanchez-climat-cop"/>
		<published>2026-04-13T16:34:00+02:00</published>
		<summary>Découvrez l&apos;édito de notre n°75 « Peut-on être en désaccord sans se haïr ? », par Elsa Gautier, rédactrice en chef de Socialter.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/illuedito75_1776090987-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;«&lt;b&gt;&lt;i&gt;O&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;i&gt;uvrez le putain de détroit, espèces de tarés, ou vous vivrez en Enfer&lt;/i&gt;. » Même signés de Donald Trump, qui a accoutumé le monde à son verbe ordurier, les mots, adressés au pouvoir iranien le 5 avril sur son réseau Truth Social, laissent bouche bée. Cette véhémence traduit la frustration du président des États-Unis, embarqué par son allié israélien dans une guerre erratique au Proche-Orient, sans plan ni but identifiable.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Édito issu de notre n°75 « Peut-on être en désaccord sans se haïr ? », en kiosque et librairie le 18/04, et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-75&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;sur notre boutique&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/s75_couvproduit_1776091056-png_1776091056-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Car il est question, avec le blocage du détroit d’Ormuz, de pétrole, de gaz, et donc du prix à la pompe et d’inflation, sujets inflammables pour sa base MAGA. Quelques jours plus tard, Trump réitérait ses menaces de destruction à l’adresse de Téhéran (et du monde), dans des termes hallucinants : « &lt;i&gt;Une civilisation entière va disparaître ce soir, pour ne plus jamais renaître. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;L’impérialisme guerrier des États-Unis n’a rien de nouveau. Moins encore dans la région qui a connu, depuis la guerre du Golfe (1990-1991), des interventions militaires à répétition. Ce qui est neuf est l’abandon de toute prétention à la légitimité dans la guerre. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ce n’est plus au nom de la sécurité mondiale, des droits humains, de la démocratie, ou d’un quelconque «intérêt moral supérieur» que se font les bombardements sur l’Iran, comme cela était encore le cas lors de la guerre en Irak (2003), également déclenchée sans l’aval de l’ONU.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;L’heure est au retour manifeste de la géopolitique la plus décomplexée : la force nue. Et face à Trump, à Nétanyahou, rares sont les chefs d’État qui, comme le premier ministre espagnol Pedro Sánchez, osent défendre les « fictions partagées » que sont le multilatéralisme et le droit international. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Par sa voix, l’Espagne a été une des seules nations européennes à condamner à la fois fermement la guerre génocidaire à Gaza, l’intervention des États-Unis au Venezuela, et aujourd’hui les frappes sur l’Iran. « &lt;i&gt;Quand il s’agit de normes, les mots façonnent le monde, &lt;/i&gt;écrit le dirigeant socialiste espagnol dans les colonnes du &lt;i&gt;Monde diplomatique&lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;i&gt; Quand des puissances moyennes s’avèrent incapables de défendre le droit international – ou, pis, l’abandonnent –, elles ne font qu’accélérer son érosion.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Or le multilatéralisme n’est pas seulement primordial pour défendre la paix : il est aussi une condition indispensable de la lutte contre le changement climatique. Certes, la coopération climatique, née en 1992 dans le cadre de l’ONU, a vu sa crédibilité fortement entamée par la mainmise croissante des lobbys et puissances fossiles sur les COP, à Charm El-Cheikh (2022), Dubaï (2023) et Bakou (2024). &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais demain, elle pourrait tout simplement disparaître. « &lt;i&gt;La Convention sur le climat est née dans l’ère post-guerre froide marquée par l’idéal social-démocrate d’une gouvernance mondiale des problèmes globaux. Ses mécanismes centraux ont été façonnés durant la période néolibérale des années 2000 &lt;/i&gt;(...)&lt;i&gt; La question qui se pose aujourd’hui est celle de sa capacité à survivre à l’ère de la géopolitique »,&lt;/i&gt; soulignent Amy Dahan et Stefan C. Aykut, qui, dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100925170&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;La Mutation climatique&lt;/a&gt; &lt;/i&gt;(Presses de Sciences Po, 2026), appellent à sortir des illusions d’une gouvernance climatique onusienne à bout de souffle, fondée sur la recherche illusoire d’un consensus mondial.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pour sortir de cette impasse, la Colombie, dirigée par le président de gauche Gustavo Petro, organise avec les Pays-Bas fin avril un sommet inédit « &lt;i&gt;pour une transition juste hors des énergies fossiles &lt;/i&gt;»&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Son objectif ? Bâtir, en complément du cycle des COP, et en lien avec la société civile, une coalition de pays volontaires du Sud comme du Nord, alignés sur un objectif explicite d’abandon des fossiles. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Quarante-cinq pays – dont la France – y seront représentés. « &lt;i&gt;Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre une année de plus un signal politique faible pendant que les communautés brûlent et se noient&lt;/i&gt; », avançait à la sortie de la COP 30 en novembre 2025 le Sud-Africain Kumi Naidoo, président de l’Initiative pour un traité sur les combustibles fossiles. Car malgré le contexte international, nous n’avons pas le luxe du défaitisme climatique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Pedro Sánchez, « &lt;a href=&quot;https://www.monde-diplomatique.fr/2026/04/SANCHEZ/69447&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Il faut sauver le multilatéralisme &lt;/a&gt;»,&lt;i&gt; Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;, avril 2026.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; Du 24 au 29 avril à Santa Marta en Colombie, &lt;a href=&quot;https://transitionawayconference.com/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;transitionawayconference.com&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Décharge de Montchanin : quand les déchets industriels polluaient une ville ouvrière</title>
		<id>2124</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/montchanin-ville-ouvriere-pollution-industrielle-decharge-toxique-proces-francois-jarrige"/>
		<published>2026-04-10T18:17:00+02:00</published>
		<summary>François Jarrige est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Bourgogne. Ses travaux explorent les enjeux sociaux et écologiques. Il est, notamment, le coauteur de La Nature en révolution. Une histoire environnementale de la France, 1780-1870 (vol. 1), aux éditions La Découverte (2025). Son prochain ouvrage, Vert de rage ! Deux siècles de luttes environnementales en France, paraît en avril 2026 aux éditions du Détour. L’affaire de Montchanin est l’un de ses prochains terrains d’investigation, fondé sur une plongée dans les archives départementales de Saône-et-Loire.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/decharge_1775838159-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;En septembre 1989, le journaliste écologiste Fabrice Nicolino révèle dans &lt;i&gt;Politis&lt;/i&gt; un scandale écologique majeur au cœur du tissu industriel historique français : la décharge toxique de la petite ville de Montchanin, en Saône-et-Loire. Cette décharge reçoit en effet durant les années 1980 des masses de déchets industriels entreposés à proximité des habitations où vivaient des populations ouvrières.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À partir du milieu du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, Montchanin a accueilli des mines de charbon et des sites d’extraction de l’argile pour approvisionner les tuileries-briqueteries, notamment la Grande Tuilerie de Bourgogne, dont l’activité s’étend à la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Mais la crise s’installe dans les années 1930 et le déclin s’engage jusqu’à la fermeture complète du site en 1969.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-74&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt; et sur abonnement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvn74produit_1771261050-png_1771261050-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Avec la désindustrialisation, les anciennes emprises deviennent des friches et les sites sont abandonnés. La population de la ville, qui avait atteint près de 6 500 habitants à la fin des années 1960, surtout composée d’ouvriers et de paysans, commence à reculer jusqu’à en accueillir moins de 5 000 aujourd’hui.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Après un siècle d’exploitation de la couche d’argile, l’arrêt de l’exploitation a laissé un trou béant dans la ville. Les édiles autorisent, en mai 1977, une société privée – Déblais Service, dirigée par Luc Laferrere – à y exploiter une décharge. D’abord restreinte, celle-ci obtient grâce au soutien du ministre de l’environnement de l’époque, Michel d’Ornano, sa transformation en décharge de classe 1 susceptible d’accueillir des déchets industriels dangereux.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;L’étude des déchets toxiques se développe et aujourd’hui, de plus en plus d’enquêtes sont lancées sur les territoires devenus les «&lt;i&gt; réceptacles des héritages toxiques de l’ère industrielle &lt;/i&gt;», dont l’histoire commence seulement à s’écrire&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. La fin des « Trente Glorieuses » a en effet laissé une grande quantité de déchets industriels. Le couloir rhodanien de la chimie, notamment, est devenu producteur de substances toxiques et de résidus industriels qu’il faut évacuer.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Près de 800 000 tonnes de déchets enfouis&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Au cours des années 1980, Montchanin accueille des déchets ménagers puis industriels provenant de toute l’Europe, au bénéfice de l’activité de l’entreprise, renommée DS Environnement (DES). Alors que la relance de la croissance s’impose au cœur des politiques publiques, les populations les plus modestes et les milieux restent des variables d’ajustement, tandis que les décharges accueillant des résidus toxiques se multiplient en France.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;De 1977 à 1987, près de 800 000 tonnes de déchets auraient ainsi été enfouies à Montchanin, provenant à 75 % de l’étranger. Des milliers de fûts s’entassent dans la décharge contenant de mystérieuses substances, comme le malathion&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Le site accueille jusqu’à 30 camions par jour qui déchargent leurs résidus toxiques sans réel contrôle ni analyse, rendant l’activité aussi rentable que dangereuse pour le milieu et ceux qui y vivent&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Au fur et à mesure de l’accroissement des déchets entreposés, les plaintes se multiplient néanmoins au sujet des pollutions de l’air et de l’eau, et des problèmes sanitaires qui en découlent, mais ceux-ci sont d’abord niés par l’exploitant et la municipalité socialiste. Les riverains sont impuissants, leurs biens ne valent plus rien, ils doivent vivre au milieu d’odeurs pestilentielles alors que des pathologies anormales et persistantes apparaissent : asthme, eczémas…  &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Mobilisations citoyennes&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Face à cette situation, les oppositions se structurent avec la création dès 1981 d’une Association de défense de l’environnement montchainois (Adem), qui enquête et alerte sur la décharge. Pierre Barrellon, notamment, a raconté son engagement dans cette lutte alors que « &lt;i&gt;l’environnement n’était pas la préoccupation majeure&lt;/i&gt; » et que la mobilisation se développe d’abord indépendamment du mouvement écologiste en cours d’institutionnalisation&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Elle se compose de riverains inquiets pour leur santé et leur propriété, comme Fernand Pigeat, issu d’une famille communiste, mineur embauché dès l’âge de 14 ans avant de prendre la tête d’une entreprise de démolition, qui l’amène à superviser la destruction d’aciéries et de laminoirs. Il rejoint l’association d’opposants et multiplie les actions afin de recenser les mouvements de camions et d’alerter les médias.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La mobilisation gagne progressivement en visibilité, de plus en plus relayée par les organisations environnementales et la presse, ce qui conduit à une politisation croissante du sujet : en novembre 1989, la ville accueille ainsi la création d’une coordination nationale anti-décharge réunissant 85 associations&lt;b&gt;&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En France, si le thème de la justice environnementale a émergé plus tardivement qu’aux États-Unis&lt;b&gt;&lt;sup&gt;6&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, les luttes locales contre les sites contaminés semblent particulièrement vives dans les zones périphériques des grandes villes et dans les anciens bassins industriels, où la crise des déchets rencontre le traumatisme de la désindustrialisation.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;C’est le cas de Montchanin, où, de réunions publiques en contre-enquêtes, de rassemblements pacifiques devant le site à l’interpellation des pouvoirs et des médias, la contestation s’étend en fouillant dans les secrets qui entourent la gestion des déchets.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; Les opposants remettent en cause l’impunité des industriels du secteur et pointent les «&lt;i&gt; défaillances du suivi administratif, basé sur l’autosurveillance &lt;/i&gt;» et des déclarations insuffisamment vérifiées par l’administration. En retour, l’exploitant tente de rassurer les pouvoirs publics en affirmant dans un « livre blanc » que « &lt;i&gt;l’inquiétude&lt;/i&gt; » découle d’abord « &lt;i&gt;d’une opinion publique qui manquait d’informations et de renseignements sur le fonctionnement du site&lt;/i&gt; ». Les mobilisations seraient la conséquence d’une «&lt;i&gt; situation psychologique complexe &lt;/i&gt;» qui pourrait être résolue par «&lt;i&gt; des réponses techniques adaptées &lt;/i&gt;».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais le 6 janvier 1989, un riverain décède. Les habitants et militants associatifs considèrent sa mort comme suspecte et ajoutent ce drame à leur dossier déjà copieux. Face à la contestation, le préfet de Saône-et-Loire obtient la fermeture définitive du site en octobre 1989. Se pose alors la question de son devenir.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Quel futur pour le site pollué ? &lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dès 1990, les autorités mettent en place une commission d’experts afin « &lt;i&gt;d’examiner les différentes techniques de remise en état du site &lt;/i&gt;» et ainsi de «&lt;i&gt; supprimer les nuisances constatées &lt;/i&gt;» pour «&lt;i&gt; la santé, la sécurité et la salubrité publique &lt;/i&gt;». Mais le coût de l’évacuation totale des substances entreposées est tel que cette solution est repoussée au profit du confinement sur place. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Les projets de réhabilitation sont freinés par l’ampleur et le coût des opérations alors que l’affaire mobilise en haut lieu&lt;b&gt;&lt;sup&gt;7&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Sous la pression de la population, un complexe système de captage des gaz et de récupération des lixiviats est finalement mis en place. Les gaz sont ensuite brûlés sur place et les eaux polluées s’échappent des déchets par un réseau de drains et de puits. Pour limiter les infiltrations, une couverture en bentonite est par ailleurs installée et l’ensemble du site est isolé par une ceinture de ciment de 12 mètres de profondeur.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Alors que les pouvoirs publics communiquent sur les importants moyens engagés pour sécuriser le site, un procès a finalement lieu en 1998. Mais l’industriel n’est condamné qu’à une simple amende pour « &lt;i&gt;enfouissement de déchets non autorisés et hors site&lt;/i&gt; », au grand dam des opposants.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Depuis, des investissements publics massifs ont été réalisés pour contenir les rejets dans le milieu, éviter les contaminations, reconvertir le site… L’Ademe Lyon, qui gère la décharge depuis 1997, envisage de remplacer la couverture de bentonite par une autre en polyéthylène haute densité pour réduire de moitié les rejets. La facture totale s’élèverait à 1,6 million d’euros. Elle s’ajoute aux 600 000 euros de coût annuel de gestion et d’entretien à la charge de la collectivité. En 2012, si les rejets gazeux avaient presque disparu, 3 000 litres de lixiviats sortaient encore quotidiennement afin d’être traités dans un centre spécialisé.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À l’heure de l’écologisation, le site s’est mué aujourd’hui en un parc photovoltaïque requalifié en territoire de la transition, alors que l’affaire ressurgit régulièrement en dépit du silence et des traumatismes laissés localement. Récemment, une journaliste qui a grandi à proximité a ainsi contribué par le biais d’un documentaire à réactiver la douloureuse mémoire locale qui entoure cette décharge&lt;b&gt;&lt;sup&gt;8&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Mais derrière cette affaire d’ampleur, rendue publique par la mobilisation de la population locale, des milliers d’autres sites continuent de contaminer à bas bruit l’environnement dans le déni et l’oubli&lt;b&gt;&lt;sup&gt;9&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Renaud Bécot et Christophe Bonneuil, « &lt;a href=&quot;https://shs.cairn.info/revue-vingt-et-vingt-et-un-revue-d-histoire-2023-3-page-3?lang=fr&amp;tab=sujets-proches&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Chantiers pour une histoire environnementale des années Mitterrand&lt;/a&gt; », 20 &amp; 21. &lt;i&gt;Revue d’histoire&lt;/i&gt;, nº 159/3, 2023.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; Le malathion est particulièrement toxique pour les organismes aquatiques, les abeilles et les oiseaux. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3. &lt;/b&gt;Les abondantes archives de la Dreal et de la direction de l’environnement de la préfecture, aux archives départementales de Saône-et-Loire, permettront de reconstituer de près l’histoire de ce site. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4. &lt;/b&gt;Pierre Barrelon, &lt;i&gt;Qu’avez-vous à dire pour votre décharge ? L’histoire du site des carrières de Montchanin en Saône-et-Loire&lt;/i&gt;, Éditions du Margeois, 2020. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;5. &lt;/b&gt;&lt;i&gt;Combat nature&lt;/i&gt;, nº 89, mai 1990. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;6. &lt;/b&gt;Notamment l’affaire dite de « Love Canal » en 1978, dans l’État de New York, où des substances toxiques furent entreposées durant des décennies en contaminant les sols, l’eau et l’air. Le contexte de pauvreté croissante et de confinement racial y a alimenté de vives résistances populaires.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;7.&lt;/b&gt; Archives nationales, 19960129/29 : cabinet de Michel Barnier, ministre de l’environnement, archives du directeur de cabinet (1988-1995). &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;8. &lt;/b&gt;&lt;a href=&quot;https://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/77034&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Sophie Chevalier-Zeballos, &lt;/a&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/77034&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Enfouis, la décharge et moi&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/77034&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;,&lt;/a&gt; 55 min., 2025. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;9. &lt;/b&gt;&lt;a href=&quot;https://www.persee.fr/doc/revss_1623-6572_2005_num_33_1_2794_t1_0183_0000_3&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Frédéric Ogé et Pierre Simon, &lt;/a&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.persee.fr/doc/revss_1623-6572_2005_num_33_1_2794_t1_0183_0000_3&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Sites pollués en France. Enquête sur un scandale sanitaire&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, EJL-Librio, 2004.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>La nuit sera longue </title>
		<id>2123</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/la-nuit-sera-longue-zerocalcare-nada-editions"/>
		<published>2026-04-08T14:45:00+02:00</published>
		<summary>Découvrez notre recension de « La nuit sera longue » de Zerocalcare aux Éditions Nada.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/lanuitseralongue_1775652619-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Zerocalcare, célèbre bédéiste italien engagé (&lt;i&gt;Kobane Calling&lt;/i&gt;) revient sur la réalité de l’extrême droite au pouvoir, et sa chasse acharnée aux antifascistes. En partant d’une mobilisation de 2023 à Budapest, où plusieurs militants européens s’étaient opposés à des néonazis, il revient sur l’histoire d’Ilaria Salis (incarcérée plus d’un an en Hongrie) et de Rexhino Abazaj dit « Gino ». Réfugié en France, ce militant albanais, actuellement en liberté sous contrôle judiciaire, est sous le coup de deux mandats d’arrêt européens, le plus récent émis par l’Allemagne, l’autre par la Hongrie, où il risque 21 ans de prison.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;https://www.nada-editions.fr/produit/la-nuit-sera-longue/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;La nuit sera longue&lt;/a&gt; - &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Zerocalcare &lt;/b&gt;→ Nada éditions - 2025 - 96 pages - 18 €&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Comment vaincre le fascisme</title>
		<id>2122</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/comment-vaincre-le-fascisme-leon-trotsky-la-breche"/>
		<published>2026-03-30T16:50:00+02:00</published>
		<summary>Découvrez notre recension de « Comment vaincre le fascisme » de Léon Trotsky aux Éditions La Brèche.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/commentvaincrelefascisme_1774882401-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Depuis l’exil auquel la répression stalinienne l’a condamné, le révolutionnaire soviétique Léon Trotsky observe avec effroi la progression des nazis et la division de la gauche. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Écrits entre 1930 et 1933, les textes de ce recueil donnent accès aux débats qui traversent alors le mouvement ouvrier, à la fois sur l’analyse du fascisme et sur la méthode adéquate pour conjurer ce danger mortel. Critiquant les stratégies des socialistes et des communistes allemands, Trotsky propose une alternative : le front unique, à savoir l’unité d’action de l’ensemble du prolétariat contre le fascisme. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;L’alliance qu’il promeut est défensive et temporaire et en aucun cas électorale, afin que chaque organisation garde son autonomie politique et sa liberté de critique. Pour Trotsky, c’est en luttant aux côtés des ouvriers réformistes (largement majoritaires), et non en qualifiant leur direction de « social-fasciste », que les révolutionnaires pourront les convaincre de la supériorité de leur stratégie. Il voit le front unique à la fois comme un moyen d’obtenir des victoires immédiates pour freiner la dynamique fasciste mais aussi comme base pour construire le futur pouvoir ouvrier. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;La préface du sociologue &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/ugo-palheta-combattre-fascisme-action-collective-trump-antifascisme-france&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Ugo Palheta&lt;/a&gt; visibilise quelques angles morts des textes de Trotsky mais montre surtout comment ceux-ci, « &lt;i&gt;lumineux à près d’un siècle de distance&lt;/i&gt; », éclairent les débats contemporains.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;https://la-breche.com/product/20440&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Comment vaincre le fascisme&lt;/a&gt; - &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Léon Trotsky &lt;/b&gt;→ Éditions La Brèche - 2021 332 pages – 13 €&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Claude McKay : le poète révolutionnaire de Harlem</title>
		<id>2121</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/claude-mckay-poete-harlem-new-york-communiste-antiraciste-segregation"/>
		<published>2026-03-30T16:06:00+02:00</published>
		<summary>Poète et écrivain jamaïcain naturalisé américain, Claude McKay (1889-1948) est indissociable du quartier de Harlem à New York, foyer de la culture afro-américaine qu’il a célébrée dans ses ouvrages. Compagnon de route des communistes, il croyait en une révolution qui libérerait les travailleurs et les Noirs de l’oppression et du racisme.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/claudemckayn74_1774879785-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;«&lt;i&gt;Î&lt;/i&gt;&lt;i&gt;le du peuple noir (…). Je sais qu’ici sont nos amarres &lt;/i&gt;», écrit Claude McKay en 1912 dans son poème &lt;i&gt;Ma terre natale, ma patrie&lt;/i&gt; publié dans le recueil &lt;i&gt;Nous qui nous révoltons&lt;/i&gt; (Hors d’atteinte, 2026) pour décrire l’île qui l’a vu naître, la Jamaïque. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Né le 15 septembre 1889, cadet d’une fratrie de huit enfants dans une famille relativement prospère qui avait à cœur d’offrir la meilleure éducation possible, le petit Claude est envoyé à 9 ans chez son frère aîné, instituteur et lecteur assidu. Avec lui, il découvre le théâtre de Shakespeare et les poèmes de Walter Scott – une période de sa vie déterminante, expliquera-t-il plus tard.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-74&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt; et sur abonnement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvn74produit_1771261050-png_1771261050-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;À 15 ans, alors apprenti auprès d’un ébéniste, il écrit des vers sur son île natale et la vie de ses habitants. C’est Walter Jekyll, un Britannique passionné par la culture afro-caribéenne, avec qui il sympathise, qui l’aide à publier ses écrits. Son premier recueil de poèmes en créole jamaïcain, &lt;i&gt;Songs of Jamaica&lt;/i&gt;, paraît en 1912.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Grâce à une bourse obtenue la même année, Claude McKay part étudier au Tuskegee Institute, établissement qui fait partie des universités états-uniennes historiquement noires, en Alabama. Sur place, il vit un véritable choc : « &lt;i&gt;J’ai vu des hommes blancs (…) manifestant une haine des plus primitives et animales à l’égard de ceux parmi leurs frères noirs qui étaient plus faibles qu’eux. Dans le Sud, des assassinats d’une nature des plus monstrueuses et révoltantes, dans le Nord, un silence d’acceptation. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Les lois ségrégationnistes, qui interdisent par exemple l’accès à de nombreux bâtiments publics aux personnes noires, sont en vigueur dans le sud des États-Unis entre 1877 et 1964, tandis que des groupes terroristes comme le Ku Klux Klan commettent assassinats et attentats visant les Afro-Américains, leurs écoles et leurs églises. Sa lecture du sociologue afro-américain W. E. B. Du Bois, engagé contre le racisme et la ségrégation et auteur de l’ouvrage &lt;i&gt;Les Âmes du peuple noir &lt;/i&gt;(1903), qui traite de la condition des Noirs au début du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, participe grandement à sa formation politique.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Trop marqué par le racisme ambiant, il quitte le Tuskegee Institute pour le Kansas State Agricultural College et rejoint New York en 1914 avec l’ambition de devenir poète. Sur place, il alterne les petits boulots (concierge, majordome, serveur à bord des trains…) et passe son temps libre à Harlem, haut lieu de la communauté noire qui rassemble de nombreux Afro-Américains qui ont fui les États du Sud pour se réfugier dans le nord du pays. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Sa persévérance paie et plusieurs de ses poèmes sont publiés dans des revues littéraires, dont le célèbre &lt;i&gt;Si nous devons mourir&lt;/i&gt;, publié dans le journal communiste &lt;i&gt;The Liberator&lt;/i&gt;, en juillet 1919, consacré au &lt;i&gt;Red Summer&lt;/i&gt;, un « été rouge » marqué par de violentes attaques de suprémacistes blancs contre la population afro-américaine :&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;i&gt;Même inférieurs en nombre, montrons notre bravoure, &lt;/i&gt;&lt;i&gt;Et pour leurs mille coups frappons le coup mortel !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Devenu une voix de la communauté noire, le poète redoute une arrestation en raison de la répression qui frappe durement les syndicalistes et autres militants et finit par quitter les États-Unis pour se rendre à Londres à la fin de l’année 1919.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;« Tournez, tournez vos yeux vers l’est ! »&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;C’est dans cette capitale qu’il approfondit sa connaissance du marxisme, en se liant d’amitié avec la militante communiste, féministe et antiraciste britannique Sylvia Pankhurst. C’est également par son entremise qu’il devient journaliste pour le &lt;i&gt;Workers’ Dreadnought&lt;/i&gt;, qu’elle dirige. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;À Londres, McKay fréquente des cercles socialistes et la Workers’ Socialist Federation, dirigée par Sylvia Pankhurst. Pour lui, la libération de la classe ouvrière est indissociable de la lutte contre le racisme, et une révolution prolétarienne permettrait de lier les deux. Profondément marqué par la révolution russe de 1917, il écrit à ses frères et sœurs noirs, dans le poème &lt;i&gt;Exhortation : été 1919 &lt;/i&gt;:&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;i&gt;À l’est les nuages rougissent de  l’aube nouvelle qui se lève,&lt;br&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;(…) Ô mes frères, qui rêvez depuis  des siècles obscurs,&lt;br&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;Réveillez-vous de votre sommeil ; tournez, tournez vos yeux vers l’est !&lt;/i&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais la répression politique qui frappe ses camarades britanniques le force de nouveau à prendre la route et à rentrer à New York. L’histoire d’amour qui le lie à Harlem ne s’éteint pas pour autant : il lui consacre, en 1922, son recueil &lt;i&gt;Harlem Shadows&lt;/i&gt;, qui rencontre un franc succès. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Et quelques années plus tard, en 1928, ce quartier devient le décor principal de son roman &lt;i&gt;Retour à Harlem&lt;/i&gt; (Nada, 2022). Le poète devient une figure majeure de la Renaissance de Harlem, mouvement culturel afro-américain, mais aussi politique, car de nombreux artistes contribuèrent à la lutte contre l’oppression raciste.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À la fin de l’année 1922, McKay part pour la Russie soviétique, où il reste huit mois. Dans un discours qu’il prononce lors du IV&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; congrès de l’Internationale communiste, il affirme que l’ouvrier noir «&lt;i&gt; appartient à la fraction la plus opprimée, exploitée et réprimée de la classe ouvrière mondiale &lt;/i&gt;». Ces ouvriers subissent une double oppression raciale et de classe, et ont donc, pour McKay, tout intérêt à ce que le communisme triomphe.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Un sacré bout de chemin&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;De nouveau sur la route, ce grand voyageur pose enfin ses bagages en France, à Marseille. Entouré de personnes originaires des Antilles ou d’Afrique, il goûte à la joie de ne plus être regardé différemment : « &lt;i&gt;Ce fut un soulagement que d’aller vivre à Marseille parmi les gens à la peau noire ou brune, qui venaient des États-Unis, des Antilles, d’Afrique du Nord et d’Afrique occidentale, et se trouvaient tous rassemblés pour former un groupe chaleureux. Des traits et un teint négroïdes n’étaient pas exotiques, suscitant curiosité ou hostilité, mais spécifiques à un groupe et naturels &lt;/i&gt;», souligne-t-il dans son autobiographie &lt;i&gt;Un sacré bout de chemin&lt;/i&gt; (Héliotropismes, 2022). &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La cité phocéenne nourrira l’intrigue de son second roman, &lt;i&gt;Banjo&lt;/i&gt;, publié en 1929, mettant en scène un groupe de vagabonds et marins noirs installés à Marseille. Aimé Césaire considérait l’ouvrage comme «&lt;i&gt; l’une des premières œuvres où l’on voyait un auteur parler de l’homme noir et lui conférer une certaine dignité littéraire&lt;/i&gt; »&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Il publie son dernier roman, &lt;i&gt;Banana Bottom&lt;/i&gt;, en 1933, où il raconte l’histoire d’une jeune Jamaïcaine qui retourne sur son île natale après avoir été adoptée par des missionnaires blancs et vécu sept ans en Angleterre avec eux. En renouant avec ses racines, l’héroïne trouve son indépendance et l’apaisement, comme une conclusion aux questionnements identitaires de Claude McKay qui, gravement malade à la fin de sa vie, s’éteint le 22 mai 1948 à Chicago. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Aujourd’hui, le poète de Harlem, dont les engagements politiques sont toujours d’actualité, se retrouve à nouveau mis en lumière, avec par exemple le film, &lt;i&gt;Claude McKay, errances d’un poète révolté&lt;/i&gt;, de Matthieu Verdeil, qui retrace sa vie et fut en compétition au Festival international du film d’histoire de Pessac en novembre 2025, ou la réédition de &lt;i&gt;Banjo&lt;/i&gt; par Héliotropismes cette année. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Jeanne Malamud, «&lt;a href=&quot;https://univ-sorbonne-nouvelle.hal.science/dumas-05406917/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt; Itinéraire d’un internationaliste noir : gauche radicale, identités noires et vagabondage dans la vie et l’œuvre de Claude McKay&lt;/a&gt; », mémoire de master 2 monde anglophone – langue, littératures et sociétés, université Sorbonne Nouvelle, 2025.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>« Lumières sombres » : Le revival  néoréactionnaire qui influence les trumpistes</title>
		<id>2120</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/lumieres-sombres-dark-enlightenment-neoreactionnaire-definition-trump-nouveaux-fascismes"/>
		<published>2026-03-30T15:40:00+02:00</published>
		<summary>Quels mots mettre sur ce qui nous arrive politiquement ? La mobilisation de masse des affects racistes, le renouveau de la pensée réactionnaire, le durcissement autoritaire du pouvoir convoquent inévitablement les fantômes des « heures sombres » de l’histoire européenne. Mais si quelque chose des fascismes historiques est de retour, c’est bien dans le monde de 2026, celui du capitalisme néolibéral, des infrastructures numériques, des arènes virtuelles et du réchauffement climatique. Technofascisme, paléolibertariens, fascisme fossile… Néologismes et nouveaux concepts fleurissent pour nommer les monstres politiques qui émergent dans le clair-obscur de notre époque. Socialter propose un glossaire pour mettre les bons mots sur les mutations contemporaines des droites extrêmes.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/lumieressombreshs20_1774878966-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Née à la fin des années 2000 dans les marges d’Internet, sur des forums et des blogs confidentiels, une pensée néoréactionnaire – « NRx » pour les initiés – trouve désormais des relais d’influence parmi les trumpistes au pouvoir à Washington. Sorte de version 2.0 de la pensée contre-révolutionnaire du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, radicalement hostile à la démocratie et à l’égalité, elle se déploie sous la bannière du « &lt;i&gt;Dark Enlightenment &lt;/i&gt;» ( « Lumières sombres »), d’après le titre d’un ouvrage de l’obscur philosophe britannique, élitiste et anti-humaniste, Nick Land. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Le principal porte-parole de cette nébuleuse est toutefois Curtis Yarvin, &lt;i&gt;aka&lt;/i&gt; Mencius Molbug, un blogueur pamphlétaire états-unien. On lui doit l’usage désormais courant sur les réseaux de l’expression « &lt;i&gt;red pill&lt;/i&gt; » (pilule rouge), inspirée du film &lt;i&gt;Matrix&lt;/i&gt;, pour désigner la rupture avec les illusions de l’idéologie progressiste, dominante à ses yeux.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Article issue de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&amp;tit_code=CVOqtZfMye8%3d&amp;PAR_CODE=nYAbzhg8%2fV4%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/hors-serie-numero-20-socialter-salome-saque-resister-aux-nouveaux-fascismes&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/hs20couvproduit_1769698793-png_1769698793-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Cet ingénieur de formation a bricolé une théorie politique étrange, mêlant à sa vision libertarienne des références royalistes, comme le penseur écossais du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle Thomas Carlyle, hostile à l’entrée des masses en politique. Curtis Yarvin préconise rien moins qu’un &lt;i&gt;reset&lt;/i&gt; total des institutions politiques pour en finir avec la démocratie, par le biais d’un coup d’État monarchique. « &lt;i&gt;Washington a échoué. La Constitution a échoué. La démocratie a échoué. Voici venu le temps de la restauration, du salut national, d’une réinitialisation complète. (...) Pleins pouvoirs aux pilotes ! &lt;/i&gt;»&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Son utopie politique, un État-entreprise, dirigé par un monarque-PDG, semble tout droit tirée de l’imaginaire « cyberpunk ». « &lt;i&gt;Trouvez le meilleur PDG du monde et donnez-lui la mainmise complète sur le budget, les politiques publiques et le personnel &lt;/i&gt;», écrivait déjà Yarvin en 2008, dix-sept ans avant qu’Elon Musk ne prenne la tête de l’éphémère DOGE&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; pour opérer des coupes radicales dans les rangs des fonctionnaires de l’État fédéral. Devenu un idéologue à la mode dans les cercles trumpistes, Yarvin a, dit-on, l’oreille du vice-président J. D. Vance. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Ces fantaisies de geek réactionnaire, loin d’être marginales, participent ainsi aujourd’hui de la reconfiguration idéologique du trumpisme, selon Arnaud Miranda, auteur d’un livre récent sur les Lumières sombres&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. En rupture avec le « national-populisme » qui les avait portés au pouvoir en 2016, dont ne reste que la rhétorique, Trump et ses soutiens trouveraient aujourd’hui une nouvelle inspiration dans les bricolages néomonarchistes de Yarvin et consort. Pas étonnant, donc, que leurs opposants se rassemblent au cri de « No Kings ».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt; &lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;Cité par Arnaud Miranda dans &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.gallimard.fr/catalogue/les-lumieres-sombres/9782073140326&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, Gallimard/Le Grand Continent, 2026.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2. &lt;/b&gt;« Department of Government Efficiency », abrégé en DOGE. Cette structure gouvernementale des États-Unis, dont la mission était de réduire les dépenses publiques, a été créée au début du second mandat de Trump et dissoute en novembre 2025.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3. &lt;/b&gt;&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Djamil Le Shlag « Le rire est une arme pour tourner le racisme en ridicule »</title>
		<id>2119</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/djamil-le-shlag-radio-nova-harcelement-extreme-droite-humoriste-stand-up-rire-racisme"/>
		<published>2026-03-30T15:10:00+02:00</published>
		<summary>Attaques, menaces, intimidations : depuis dix ans, l’extrême droite a tout essayé. Mais l’humoriste Djamil Le Shlag tient bon. Sur Radio Nova, avec l’émission « Les grands remplaçants », comme sur scène, dans son spectacle Exode(s), il poursuit une carrière aussi drôle qu’antiraciste.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/djamilleshlag_1774877030-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Dans vos spectacles, vous décrivez votre enfance dans une famille nombreuse, dans un petit appartement d’un quartier populaire de Vichy (03). C’était une enfance joyeuse. C’est aussi grâce aux politiques de l’époque ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le département était communiste. Les subventions du conseil général nous permettaient, avec la maison de quartier, de faire des activités culturelles, sportives. On nous emmenait au centre-ville, là où on n’allait jamais, on allait aussi au théâtre, au mini-golf. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Pendant les vacances, c’était même rafting, catamaran, donc on fréquentait d’autres gens, d’un milieu bourgeois ; avec eux, il y avait de la franche camaraderie, une super ambiance. Ça nous a ouverts. Ça nous a construits. On a eu l’éducation populaire du PC [Parti communiste], et c’est exceptionnel. Je revois des images, c’était merveilleux. Voilà la France qu’on a connue. Aujourd’hui, les petits des quartiers que je visite n’ont plus accès à tout ça…&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;i&gt;Entretien issu de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&amp;amp;tit_code=CVOqtZfMye8%3d&amp;amp;PAR_CODE=nYAbzhg8%2fV4%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;&amp;nbsp;et librairie et&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/hors-serie-numero-20-socialter-salome-saque-resister-aux-nouveaux-fascismes&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/hs20couvproduit_1769698793-png_1769698793-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;br&gt;&lt;/div&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Vos fans adorent vos références à la France des années 1990 et 2000, ils aiment aussi votre façon de raconter des histoires, votre vécu et&amp;nbsp;votre regard sur la société. D’où&amp;nbsp;vous vient ce talent ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Les histoires, les contes, ça vient de la région de ma famille, près de Marrakech. Le regard sociétal, je pense qu’il vient du fait que je suis un Arabe en France. Depuis tout jeune, j’ai appris à me mettre à la place des autres, à adopter un point de vue décalé. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Surtout que, dans ma famille, j’ai un statut un peu à part. Alors que mes six&amp;nbsp;frères et sœurs sont nés au Maroc, moi je suis né en France. Dans ma famille, on m’appelait pour rire « le Français ». J’ai longtemps cru que je l’étais. Mais à 16&amp;nbsp;ans, j’ai dû aller au tribunal d’instance de Vichy demander ma naturalisation. Je suis né étranger.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;De vos débuts à Nova, en 2016, je&amp;nbsp;me souviens d’un style nouveau et très drôle, mais pas d’un propos très engagé. Est-ce que c’est l’époque qui a changé au point que les sujets politiques se sont imposés à vous ? Est-ce qu’être un&amp;nbsp;humoriste arabe qui assume son point de vue est devenu un&amp;nbsp;geste politique ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Je ne cherche pas à faire de la politique au sens strict, comme des billets d’humeur ou des revues de presse. Mais je parle de la société. Ma première chronique sur Nova portait sur les débuts de Deliveroo, par exemple. C’est vrai que la société a changé, et c’est vrai aussi que j’ai le tampon « humoriste arabe ». Parfois, je dis des trucs absurdes, pour rigoler, et c’est repris pour me prêter des intentions… C’est pas sympa, les gars ! (&lt;i&gt;rires&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Vous avez des exemples ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En 2018, j’ai compris que quelque chose avait changé. J’avais fait une chronique sur les lettres des Poilus&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Je disais qu’ils écrivaient super bien et je riais en imaginant le niveau des lettres si elles étaient écrites aujourd’hui… Des gens d’extrême droite ont dit sur Twitter que je ne respectais pas la mémoire des poilus. Mon neveu m’a appelé en disant : «&lt;i&gt; Ils t’insultent, ils veulent ta peau &lt;/i&gt;». J’avais peur. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Mon co-auteur Mounir&amp;nbsp;Soussi, qui est journaliste, m’a dit : «&lt;i&gt; Ce n’est que sur Twitter, aucun journaliste ne va les écouter, t’inquiète &lt;/i&gt;». Et pourtant &lt;i&gt;Le Figaro &lt;/i&gt;a suivi, en disant que je bafouais la mémoire des poilus&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Quand tu n’as jamais eu d’article sur toi, qu’aucun journaliste ne t’a jamais appelé et que tu prends ça, c’est terrible. Je me suis habitué depuis, mais la première fois…&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Si tu vous n’aviez pas été racisé, ils ne vous auraient pas fait ce procès d’intention ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;C’est certain. Un humoriste belge, Guillermo&amp;nbsp;Guiz, a fait par hasard à peu près la même blague, le même jour. Il n’a rien eu, rien. Les gens m’ont dit : «&lt;i&gt; Tu vois, c’est ça le privilège blanc&lt;/i&gt; ». Après, j’essaye de ne pas me demander : « &lt;i&gt;Est-ce que telle ou telle chose serait différente si j’étais blanc ?&lt;/i&gt; », parce que c’est trop dur, ça rend fou.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Ce matraquage dont vous avez été&amp;nbsp;victime rappelle l’affaire Guillaume&amp;nbsp;Meurice. Lui a été visé&amp;nbsp;par &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt; et l’extrême droite&amp;nbsp;pour une blague sur Benjamin&amp;nbsp;Netanyahou&lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;. La justice lui&amp;nbsp;a donné raison, il a donc répété cette blague puis a été suspendu par la direction de Radio&amp;nbsp;France. Vous travailliez à l’époque à France Inter, et vous avez démissionné. Pourquoi ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Déjà, je tiens à dire que j’ai été extrêmement bien accueilli dans l’émission « Par Jupiter ! » [sur France Inter, NDLR]. Pour moi, l’accueil, c’est le plus important dans la vie. Je reviens un peu sur ma famille. Mon père est parti en France le premier. Un couple chez qui il travaillait, comme maçon, l’a aidé pour les papiers, ensuite pour meubler l’appartement. Quand ma mère, mes frères et sœurs sont arrivés, cette femme avait cuisiné une soupe qui les attendait sur la table de l’appartement. Ils me parlent encore de l’odeur de cette soupe chaude. L’accueil, je te jure, ça change tout.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« On fait tous des erreurs, racistes, sexistes. Et&amp;nbsp;dans ce cas, il y a deux solutions : soit tu te&amp;nbsp;braques et tu nies ; soit tu t’excuses et tu écoutes. Tout le monde peut le faire. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Donc j’ai été hyper bien accueilli et ça m’a marqué. Mais à France Inter, comme dans toutes les boîtes, j’ai mangé des trucs racistes. Pas du racisme revendiqué, bien sûr. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais par exemple, un jour, on travaillait avec Mounir sur le bureau de Nagui parce que le nôtre n’était pas accessible. Quelqu’un est entré et nous a agressés, en nous parlant comme à des voleurs. Puis cette personne s’est reprise, imaginant qu’on était là pour réparer l’ordinateur. Eh bien non… On fait tous des erreurs, racistes, sexistes. Et dans ce cas il y a deux solutions : soit tu te braques et tu nies ; soit tu t’excuses et tu écoutes. Tout le monde peut le faire. Moi, ça m’arrive : je prends mon téléphone, je lance le podcast « Les Couilles sur la table »&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; et j’écoute.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Et votre départ de la radio ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Je digresse ! Guillaume suspendu, ça veut dire qu’il y a de fait des sujets interdits, c’est inquiétant. Mais avec l’équipe de l’émission, on n’arrive pas à réagir collectivement. Avec Mounir, on n’y croit plus. Donc on se lève et on se casse, comme Adèle&amp;nbsp;Haenel. Ce n’est même pas courageux, c’est logique. Je ne savais pas où j’allais, mais je savais que c’était le bon choix.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/djamilleshlag2_1774877065-png_1774877065-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Votre carrière a démarré après l’attentat contre &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Charlie&amp;nbsp;Hebdo&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;. La&amp;nbsp;liberté d’expression pour les humoristes devrait être sacrée. Et&amp;nbsp;pourtant…&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Je suis humoriste, mais je suis surtout arabe aux yeux de beaucoup de gens, donc ma liberté d’expression ne compte pas. Depuis 2015, c’est encore plus évident. On est loin de l’époque bénie, que j’appelle « les trois glorieuses », entre le 12&amp;nbsp;juillet 1998 et le 11&amp;nbsp;septembre 2001. Zidane avait marqué en finale de la Coupe du monde, il y avait du raï à la télévision ; tout n’était pas parfait mais l’apport de l’immigration était reconnu et nous n’étions pas des cibles.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Aujourd’hui, on nous soupçonne parce que des terroristes se réclament de l’islam. Et pourtant, l’islamisme, on le déteste depuis longtemps. Dans nos familles, parmi nos amis, beaucoup de gens l’ont subi depuis les années 1990.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Vous êtes de retour à Radio&amp;nbsp;Nova, avec&amp;nbsp;&lt;/b&gt;«&lt;b&gt; Les grands remplaçants &lt;/b&gt;»&lt;b&gt;. Quel est votre projet ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Je veux donner de la visibilité à des gens que je trouve marrants et qui méritent de la lumière&lt;b&gt;&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; : un mec de banlieue parisienne, une fille belgo-camerounaise, un Marocain d’un milieu bourgeois… La diversité des êtres humains, en fait. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En France, il y a ce que j’appelle le syndrôme Smaïn. Quand Jamel&amp;nbsp;Debbouze est arrivé, des journalistes ont dit à Smaïn : « &lt;i&gt;Ça fait quoi d’être remplacé ?&lt;/i&gt; » Comme s’il ne pouvait y avoir qu’un humoriste arabe ! Nous, on a renversé ça. La plupart de nos auditeurs sont blancs et ils trouvent ça super de découvrir nos points de vue. On invite aussi Maboula&amp;nbsp;Soumahoro&lt;b&gt;&lt;sup&gt;6&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; ou Amandine&amp;nbsp;Gay&lt;b&gt;&lt;sup&gt;7&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, des personnes qui ont un savoir universitaire sur l’antiracisme.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Et c’est pour cette émission, qui&amp;nbsp;de fait donne principalement la&amp;nbsp;parole à des humoristes racisés, qu’un député d’extrême droite a&amp;nbsp;fait contre vous un signalement&amp;nbsp;pour discrimination à&amp;nbsp;l’embauche et provocation à&amp;nbsp;la&amp;nbsp;discrimination&amp;nbsp;raciale…&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ce député inverse les accusations. Il a aussi dénoncé le numéro vert pour les femmes victimes de violences conjugales&lt;b&gt;&lt;sup&gt;8&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; parce qu’il n’est pas ouvert aux hommes. C’est une stratégie. Quand j’ai vu ce signalement, j’ai ri, c’est absurde. Mon avocate l’a confirmé, la procédure n’a aucun sens. Après, j’ai reçu des messages disant : « &lt;i&gt;Rentre dans ton pays !&lt;/i&gt; ». J’étais justement au Maroc, j’avoue que ça m’a fait réfléchir. Est-ce que je déménage si le RN passe en&amp;nbsp;2027 et que les racistes prennent la confiance ?&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Vous n’êtes pas la première personne&amp;nbsp;racisée à dire envisager&amp;nbsp;un départ…&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Les Noirs, les Arabes, on y pense tous. Ça me ferait mal de partir sous leur contrainte. Mais bon, t’imagines, avoir peur d’une ratonnade ?&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Que peut l’humour face à de telles perspectives ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il faut rire ! C’est presque un réflexe. C’est le premier acte de résistance. C’est aussi une arme pour tourner en ridicule ceux qui font monter cette idéologie ou ceux qui cèdent.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Malgré ces attaques de l’extrême droite, votre carrière est un succès. Vous décrivez vos salles comme un beau mélange d’Arabes et de gauchistes. L’ambiance y est super cool. Quelles leçons peut-on en tirer ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il faut qu’on continue à tous se parler, à se côtoyer. Pour moi, la sympathie, la politesse, la façon de se parler, c’est tellement important. Je pense beaucoup aux communautés arabes et juives. Avant, on se parlait beaucoup, il y avait de la solidarité, il y avait peut-être aussi un peu d’indulgence. Ça peut paraître un peu &lt;i&gt;We are the world&lt;/i&gt; &lt;b&gt;&lt;sup&gt;9&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, mais bon…&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Et les personnes racistes ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Un de mes anciens voisins aime Bardella. Je garde un lien avec lui, je ne l’ai pas repoussé. C’est comme avec les personnes qui dérivent dans la religion rigoriste. Il faut leur dire : « &lt;i&gt;Wow, du calme tonton, viens, on s’assoit, on discute un peu. Pourquoi tu dis ça ? C’est quoi la société, c’est quoi la vie que tu proposes ?&lt;/i&gt; ». Il faut qu’on leur parle, il faut qu’on les ramène. Il faut qu’on les considère, sinon, il n’y aura que CNews et le RN pour les considérer, et là, c’est sûr qu’on va tous perdre.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Parfois l’intégrité prime, comme&amp;nbsp;pour votre départ de&amp;nbsp;France&amp;nbsp;Inter, et&amp;nbsp;parfois c’est&amp;nbsp;la&amp;nbsp;diplomatie qui l’emporte ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ce n’est pas soit Malcolm&amp;nbsp;X soit Martin Luther&amp;nbsp;King, on a besoin des deux. On ne peut pas discuter avec Éric&amp;nbsp;Zemmour, non. Mais avec les proches, quand c’est encore possible, ça peut aller vite. Une amie de ma femme avait un a&amp;nbsp;priori négatif sur le voile. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ma femme ne le porte pas mais elle lui a parlé, elle lui en a décrit le sens spirituel, elle lui a dit que les femmes voilées qui le font sous la contrainte, c’est une légende&lt;b&gt;&lt;sup&gt;10&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, que ça peut même être un geste d’émancipation. Elle lui a dit qu’exiger qu’une femme retire son voile, c’est un geste colonial... En une heure de discussion, apaisée, son regard avait changé. En étant détaché, sincère, et en gardant de l’espoir, on peut y arriver.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Djamil Le Shlag&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Chroniqueur de l’émission hebdomadaire « Les Grands remplaçants » sur&amp;nbsp;Radio&amp;nbsp;Nova, l’humoriste Djamil&amp;nbsp;Le&amp;nbsp;Shlag, né Djamil&amp;nbsp;Bouanani à Vichy en&amp;nbsp;1983, commence sa carrière comme &lt;i&gt;stand-upper&lt;/i&gt; en 2013. Il choisit le surnom moqueur « shlag », un mot d’argot qui signifie « paumé », « looser ». En&amp;nbsp;2024, il démissionne en&amp;nbsp;direct de l’émission « Le&amp;nbsp;Grand dimanche soir » de France Inter (où&amp;nbsp;il&amp;nbsp;tient une chronique), en&amp;nbsp;soutien à Guillaume&amp;nbsp;Meurice, suspendu par la direction de Radio France. «&lt;i&gt; Vous pensez faire peur à qui avec vos menaces de mise à pied ? Perso, je suis un Arabe en France, j’ai toujours été menacé d’être viré &lt;/i&gt;». Dans son seul en scène parisien, &lt;i&gt;Exode(s)&lt;/i&gt; (jusqu’au 14&amp;nbsp;février), il poursuit l’exploration des thèmes qui lui sont chers : identité, éducation, transmission.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=9mqlCedG758&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Les poilus. La chronique incroyable de Djamil&amp;nbsp;Le&amp;nbsp;Shlag&lt;/a&gt; – sur la chaîne YouTube de Radio Nova.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; « &lt;a href=&quot;https://www.lefigaro.fr/culture/2018/11/16/03004-20181116ARTFIG00219-yassine-belattar-et-djamil-le-schlag-bafouent-la-memoire-des-poilus-de-la-grande-guerre.php&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Yassine Belattar et Djamil&amp;nbsp;Le&amp;nbsp;Shlag bafouent la mémoire des poilus de la Grande Guerre &lt;/a&gt;», Benjamin&amp;nbsp;Puech, &lt;i&gt;Le&amp;nbsp;Figaro&lt;/i&gt;, 16&amp;nbsp;novembre 2018.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;b&gt;3.&lt;/b&gt; Voir « &lt;a href=&quot;https://www.arretsurimages.net/articles/meurice-du-mattraquage-mediatique-a-la-sanction&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Meurice, matraquage et sanctions &lt;/a&gt;», Maurice Midena, &lt;i&gt;Arrêt sur&amp;nbsp;Images&lt;/i&gt;, 8&amp;nbsp;novembre 2023. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4.&lt;/b&gt; Podcast de Victoire Tuaillon sur les masculinités contemporaines, produit par&amp;nbsp;Binge Audio.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;5.&lt;/b&gt; L’émission est présentée par Djamil&amp;nbsp;Le&amp;nbsp;Shlag, avec Youness&amp;nbsp;Hanifi, Mazine, Antoine&amp;nbsp;Tartrat, Rey&amp;nbsp;Mendes, Sarah&amp;nbsp;Lélé, Lilia&amp;nbsp;Benchabane et Marine&amp;nbsp;Ella.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;6.&lt;/b&gt; Maîtresse de conférences à Tours, elle&amp;nbsp;travaille sur les diasporas africaines et est militante afroféministe.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;7.&lt;/b&gt; Réalisatrice et actrice, militante&amp;nbsp;afroféministe.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;8.&lt;/b&gt; Question écrite n° 9678 : « &lt;a href=&quot;https://questions.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE9678&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Invisibilisation des hommes victimes de&amp;nbsp;violences conjugales&lt;/a&gt; », site de l’Assemblée nationale, 16&amp;nbsp;septembre 2025.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;9.&lt;/b&gt; Chanson caritative de 1985 écrite par&amp;nbsp;Michaël&amp;nbsp;Jackson et Lionel&amp;nbsp;Richie, au&amp;nbsp;profit de la lutte contre la famine en&amp;nbsp;Éthiopie.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;10.&lt;/b&gt; Le cas existe, mais reste très minoritaire. Le média &lt;i&gt;Slate&lt;/i&gt; a interrogé des concernées et de nombreux universitaires en 2016 : «&lt;i&gt; Tous nous ont affirmé soit n’avoir jamais rencontré une telle situation, soit l’avoir rencontrée de manière très exceptionnelle&lt;/i&gt; ». L’association Libératrices vient en aide aux femmes contraintes à porter le voile et/ou victimes du rigorisme religieux.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Xénobots : ces robots biologiques à la frontière du vivant</title>
		<id>2118</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/xenobots-biobots-robots-biologiques-danger-medecine-promesses-intelligence-artificielle"/>
		<published>2026-03-27T15:58:00+01:00</published>
		<summary>Des cellules assemblées selon un plan conçu par intelligence artificielle : la recette des xénobots trouble la frontière entre la technique et la biologie. Pour leurs inventeurs, ils sont le futur de la dépollution et de la médecine de précision. Mais comment estimer les impacts environnementaux de ces objets hybrides et anticiper un cadre bioéthique ?</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/xenobots1_1774623912-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Après l’édition du génome, qui permet de modifier les caractéristiques de plantes ou d’animaux, pourra-t-on construire la vie à partir de zéro ? C’est la promesse de la robotique « biohybride », une discipline au croisement de la robotique et des biotechnologies qui se développe depuis les années 2000. Parmi les découvertes phares du domaine, on trouve les xénobots. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Ces petites boules de moins d’un millimètre composées de quelques milliers de cellules sont les premières entités organiques fabriquées grâce à de la microchirurgie. Les xénobots sont les derniers représentants des robots biologiques, ou &lt;i&gt;biobots&lt;/i&gt;, après les &lt;i&gt;spermbots&lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; – des spermatozoïdes modifiés – et les méduses augmentées&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Ils sont constitués de cellules du xénope, un amphibien ressemblant à une grenouille, très répandu dans les laboratoires de recherche comme modèle expérimental.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-74&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt; et sur abonnement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvn74produit_1771261050-png_1771261050-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;br&gt;&lt;/div&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Entités biologiques conçues par IA&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En 2020, les premiers xénobots ont des comportements assez limités. Mais très vite, l’équipe américaine à l’origine de leur création développe un moyen d’affiner ces entités, en les concevant par intelligence artificielle. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ils sont d’abord simulés informatiquement, ce qui permet de tester des milliers de formes potentielles jusqu’à tomber sur celle qui répond aux attentes des chercheurs. « &lt;i&gt;Des algorithmes de plus en plus puissants permettent de prédire quels sont les agencements de cellules associés à des fonctions et à des comportements particuliers &lt;/i&gt;», indique Jean-François Bodart, professeur de biologie du développement à l’université de Lille. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Certains xénobots sont ainsi capables de se déplacer, d’éviter des obstacles, d’attraper de petits objets, de se régénérer, voire de se répliquer sur plusieurs générations en assemblant d’autres cellules en de nouveaux xénobots. Ils survivent même quelques semaines dans un environnement contrôlé. Sans cette approche, impossible de tester manuellement autant de configurations. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Mais cela a un coût. Michael Levin, responsable de l’équipe scientifique qui a développé les xénobots à l’université Tufts, dans le Massachusetts, considère que «&lt;i&gt; ce processus peut être très énergivore, car son empreinte carbone augmente à chaque seconde de simulation. C’est sans doute la préoccupation éthique la plus urgente &lt;/i&gt;»&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Petits robots, grandes ambitions&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Pour le moment cantonnés aux laboratoires, les biobots suscitent de grandes ambitions chez les scientifiques qui développent cette technologie. Dans leurs publications, les chercheurs pointent la capacité de ces robots organiques à détecter et capter des polluants dans les cours d’eau. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;S’ils ont démontré cet usage dans le cadre d’expériences contrôlées, cela implique d’être capable dans un second temps de rassembler les biobots lâchés dans l’environnement puis de les récolter. Or, une fois fabriqués, les xénobots ne sont plus manipulables et agissent simplement selon leur « programmation » cellulaire.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Une des problématiques au cœur de cette technologie réside dans l’instrumen-talisation du vivant »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Dans le domaine de la santé, les chercheurs espèrent que les xénobots aideront à comprendre comment les cellules s’organisent et permettre ainsi des progrès en médecine régénérative. Ils soulignent aussi leur potentiel pour transporter des médicaments dans le corps ou stimuler la réparation de tissus. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Dans ce but, l’équipe de Michael Levin a développé en 2023 des anthrobots&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, des robots composés, cette fois-ci, de cellules humaines. « &lt;i&gt;Le concept fonctionne, mais il y a une grande différence entre le petit tas de cellules dans une boîte de Petri et le robot qui détecte et traite un type particulier de tumeur,&lt;/i&gt; relève Simon Garnier, professeur de biologie au New Jersey Institute of Technology et collaborateur des scientifiques ayant développé les xénobots. &lt;i&gt;Il y a encore de nombreux obstacles identifiés concernant les interactions avec les tissus et la survie des robots à l’intérieur du corps. Est-ce qu’on saura les faire ressortir, une fois dans l’organisme ? On se posera peut-être encore la question dans trente ans. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Sortir du labo&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Pour le moment, ces recherches ont principalement été financées par les agences publiques américaines comme la NSF, les NIH ou la Darpa&lt;b&gt;&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Elles ont notamment reçu près de 8 millions de dollars dans le but de développer la fabrication à grande échelle&lt;b&gt;&lt;sup&gt;6&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Si les xénobots sont encore loin de sortir des laboratoires, Michael Levin et Joshua Bongard préparent déjà leur passage à l’étape industrielle… Les deux chercheurs ont déposé un brevet concernant la fabrication des xénobots et cofondé Fauna Systems, une start-up dont le but est d’identifier des applications commercialement viables pour des biobots.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/xenobots2_1774623922-png_1774623922-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En 2025, l’entreprise a levé près de 2 millions de dollars auprès de sociétés d’investissement spécialisées dans la technologie et les biomatériaux&lt;b&gt;&lt;sup&gt;7&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Il reste cependant difficile de mesurer toutes les conséquences possibles des xénobots sur l’environnement. «&lt;i&gt; Quel est leur impact sur la biodiversité ? Y a-t-il un risque de concentrer des polluants dans un endroit indésirable ? Est-on sûr qu’ils puissent se dégrader ? &lt;/i&gt;», se demande Jean-François Bodart. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Dans la nature, des xénobots qui survivraient ou continueraient de se répliquer pourraient intégrer la chaîne alimentaire… avec les polluants qu’ils auront récoltés. Jean-François Bodart perçoit également « &lt;i&gt;le danger d’une forme de solutionnisme technologique qui risquerait de nous déresponsabiliser de la pollution générée en amont &lt;/i&gt;».&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Anticiper un cadre&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Malgré ces incertitudes, les biobots sont amenés à se complexifier. Pour augmenter leur durée de vie, ils pourraient être pourvus d’un système digestif pour s’alimenter. Et, dans ce cas, survivre bien plus longtemps dans l’environnement, au lieu de disparaître en quelques jours. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ce caractère « biodégradable » est pourtant mis en avant par les chercheurs. Dans un article paru en 2020, des bioéthiciens se demandent d’ailleurs si «&lt;i&gt; des biobots dotés d’un système nerveux pourraient devenir sentients &lt;/i&gt;»&lt;b&gt;&lt;sup&gt;8&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Des robots plus complexes risqueraient aussi de se comporter de façon inattendue, c’est-à-dire en dehors de la fonction pour laquelle ils ont été conçus.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;De son côté, Michael Levin revendique une responsabilité «&lt;i&gt; envers les victimes de malformations congénitales, de blessures, de cancers, de maladies dégénératives, ainsi qu’envers les animaux actuellement utilisés pour la recherche qui pourraient être partiellement remplacés&lt;/i&gt; »&lt;b&gt;&lt;sup&gt;9&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Il considère que lui et ses collègues ont un devoir moral à poursuivre leurs recherches, et que les effets indésirables de cette technologie doivent être mis en balance avec ses bienfaits potentiels.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Pour Jean-François Bodart, qui enseigne la bioéthique, «&lt;i&gt; une des problématiques au cœur de cette technologie réside dans l’instrumentalisation du vivant &lt;/i&gt;». Si la recherche est encadrée par des lois de bioéthique concernant l’expérimentation animale et l’utilisation de cellules souches, aucun cadre n’est pour le moment prévu concernant les potentielles applications industrielles. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Au sein de la communauté scientifique, des appels à créer une gouvernance sur la robotique biohybride et à définir un cadre éthique précis ont en tout cas été lancés&lt;b&gt;&lt;sup&gt;10&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. « &lt;i&gt;Il faut absolument que les juristes se penchent sur cette question pour qu’une réglementation émerge avant qu’il n’y ait des applications.&lt;/i&gt; » &lt;/p&gt;</content>
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		<title>4 citoyens en lutte contre les ravages de l&apos;agro-chimie</title>
		<id>2117</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/lutter-contre-monde-toxique-pesticides-pfas-portraits-citoyens"/>
		<published>2026-03-24T17:40:00+01:00</published>
		<summary>Vigneron, scientifique, syndicaliste et citoyen inquiet, découvrez 4 portraits et quatre manières de lutter dans un monde qui nous empoisonne.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/portraits74_1774370891-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Louis Delon &lt;/b&gt;&lt;b&gt;48 ans • Rhônes-Alpes&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;h3&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/portrait74n1_1774370744-png_1774370744-1.png&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt;&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;b&gt;« Les molécules se diffusent-elles jusque dans nos sols et nos légumes ? À quel point nos territoires sont-ils contaminés ? »&lt;/b&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Attablé pour une longue soirée, Louis Delon classe 215 échantillons de terre,&lt;/b&gt; issus de 60 communes situées autour de Lyon. Avec l’aide des membres d’Ozon l’eau saine, un groupe de riverains inquiets après &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=JLkBArCF8Vs&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;les révélations de 2022 par France 2&lt;/a&gt; sur les rejets de per- et polyfluoroalkylés (PFAS), par des usines comme Arkema et Daikin à Pierre-Bénite, il les répartit dans des petits sacs de congélation. Une fois plein, le colis est expédié au Canada pour mesurer la teneur des sols en PFAS, autrement appelés polluants éternels.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-74&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt; et sur abonnement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvn74produit_1771261050-png_1771261050-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Résultat : 20 PFAS sont détectés dans 10 % des prélèvements, sur les 80 recherchés. «&lt;i&gt; Il existe une corrélation entre la concentration de certains perfluorés et la distance aux usines &lt;/i&gt;», explique Louis Delon sur la plateforme &lt;i&gt;Medium&lt;/i&gt;, où il partage régulièrement ses analyses. Très diffuses, ces substances toxiques se propagent dans l’eau, les sols ainsi que les aliments dans de nombreuses communes du territoire. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Cofondateur d’Ozon l’eau saine en 2022 et maraîcher bio à Chasses-sur-Rhône depuis 2020, il joue un rôle moteur dans la construction de cette démarche collective. Chimiste de formation, Louis Delon s’appuie sur sa connaissance des molécules perfluorées : il les a étudiées dans les années 2000 en doctorat puis en postdoctorat. En collaboration avec Sébastien Sauvé, professeur de chimie environnementale à l’université de Montréal, il établit un protocole de recherche, dont il maîtrise les codes grâce à son expérience dans une entreprise d’études toxicologiques.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le but : répondre aux questions des habitants laissées sans réponse, dans un contexte marqué par le peu d’études disponibles, le manque de compétences des collectivités et les différences de moyens de celles-ci face aux géants industriels et aux pollutions. «&lt;i&gt; Les molécules se diffusent-elles jusque dans nos sols et nos légumes ? À quel point nos territoires sont-ils contaminés ? &lt;/i&gt;», liste le quadragénaire. Un enjeu important dans la mesure où, selon lui, les analyses des autorités sanitaires se sont concentrées près de Pierre-Bénite. D’autres lieux, comme Communay où il vit avec sa famille, n’en ont pas fait l’objet.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ainsi, l’association réalise plusieurs études. Dès 2023, près de 90 personnes de tous âges participent à une campagne d’analyse de l’eau dans le sud et l’ouest de Lyon. En 2024, Ozon l’eau saine étend ses investigations aux sols, puis aux poussières de maison. En ce début d’année 2026, elles attendent les résultats pour évaluer la contamination des habitations. Pour Louis Delon, la collaboration entre scientifiques et citoyens relève d’une logique « gagnant-gagnant ». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;De cette manière, les individus contribuent à un programme de recherche en collectant et cartographiant les échantillons. En contrepartie, le laboratoire analyse les fragments sur ses fonds propres. Ensemble, ils améliorent la compréhension de la pollution au niveau local. Surtout, les résultats documentent les recours portés par Bien vivre à Pierre-Bénite et Notre affaire à tous devant la justice&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Prochaine étape pour les citoyens investis : poursuivre leurs travaux au sein de l’Institut écocitoyen de Lyon, créé fin 2025.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; Le 29 janvier, avec leur aide, 200 riverains ont assigné Arkema et Daikin Chemical en justice, ils réclament 36 millions d’euros de préjudice.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Marie-Lys Bibeyran &lt;/b&gt;&lt;b&gt;47 ans • Gironde&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;h3&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/portrait74n3_1774370751-png_1774370751-1.png&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt;&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;b&gt;« Le lien avec l’exposition professionnelle n’est pas explicité, chacun reste malade dans son coin, c’est une véritable omerta. »&lt;/b&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Née au pied des vignes du Médoc, Marie-Lys Bibeyran&lt;/b&gt; ne les a jamais vraiment quittées, à part pour quelques années de fac de droit. « &lt;i&gt;Mon père, ma mère, mes deux frères et moi avons travaillé dans les vignes. &lt;/i&gt;» Dans sa famille comme dans sa région à l’AOP prestigieuse, les pesticides font partie du paysage mais restent tabous. «&lt;i&gt; Les jours de pulvérisation, on sentait les odeurs de produits chimiques, on voyait bien que tout le monde toussait et se grattait la peau.&lt;/i&gt; » Mais les bidons des produits sont cachés et même les tractoristes ignorent ce qu’ils épandent.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Pourtant, en ce jeudi froid de décembre 2008, quand son frère est diagnostiqué d’un cancer, tous le savent. Les pesticides. Parkinson, Charcot, allergies, asthme et pléthore de cancers, l’entourage de Marie-Lys est familier de ces maladies. « &lt;i&gt;Mais le lien avec l’exposition professionnelle n’est pas explicité, chacun reste malade dans son coin, c’est une véritable omerta. &lt;/i&gt;» Le décès de son frère, un peu moins d’un an après, est le déclic de l’entrée de Marie-Lys dans le militantisme.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Elle lance, en 2011, une procédure de reconnaissance post-mortem de maladie professionnelle auprès de la MSA&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; de la Gironde. Plus de sept ans durant lesquels elle s’entoure, médiatise son affaire et lance des actions. Elle devient lanceuse d’alerte. En 2013, elle mène une analyse de pesticides dans les cheveux de travailleurs des vignes et de riverains avec l’association Générations futures. Portée par cette dynamique, elle crée, en 2016, le collectif Infos Médoc Pesticides. Ils ne sont pas nombreux, dans le Médoc, à vouloir entendre parler des pesticides. « &lt;i&gt;Je suis devenue la bête noire locale. &lt;/i&gt;» Mais elle ne lâche pas. Grâce au soutien financier de dons venus de toute la France – mais pas tellement du coin –, elle organise des débats et mène d’autres analyses : terre de cour d’école, poussière dans des chambres d’enfants…&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Malgré tout, la réponse politique n’est pas à la hauteur, les médias se lassent et Marie-Lys s’épuise. En 2022, elle se met en retrait et trouve un travail en mairie. Sans arriver à décrocher complètement du militantisme, elle publie en 2024 &lt;i&gt;On vous le dira dans vingt ans&lt;/i&gt; (BBD Éditions), qu’elle pense comme un témoignage et un guide pour celles et ceux qui voudraient marcher dans ses pas. « &lt;i&gt;Il faut s’informer, ne pas s’arrêter aux communications officielles, s’entourer et se préparer à une lutte longue et difficile. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La Gironde est le &lt;a href=&quot;https://www.generations-futures.fr/geophyto/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;premier département acheteur de pesticides &lt;/a&gt;en France, encore épinglé par les résultats de &lt;a href=&quot;https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/pestiriv-une-etude-pour-mieux-connaitre-l-exposition-aux-pesticides-des-personnes-vivant-en-zones-viticoles-et-non-viticoles&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;la récente étude PestiRiv&lt;/a&gt;, menée par l’Anses. Le combat contre ces empoisonnements continue : Alerte pesticides Haute Gironde fait du plaidoyer, l’ONG Médecins du monde mène une maraude auprès des saisonniers viticoles. La mort au travail est le dernier sujet sur lequel Marie-Lys Bibeyran ne raccroche pas complètement. En novembre 2024, elle se présente devant le Parlement européen pour parler au nom des petites mains de la vigne, dont les conditions de travail ne cessent de l’indigner. Elle continue de croire à la lutte et souhaite du courage à ses successeurs.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Mutualité sociale agricole.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Guy Rousset &lt;/b&gt;&lt;b&gt;68 ans • Ardèche&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;h3&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/portrait74n2_1774370761-png_1774370761-1.png&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt;&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;b&gt;« Heureusement, on a pu créer de la solidarité et de la confiance. On se lâchera pas. Ça, ils ne pourront jamais nous l’enlever. »&lt;/b&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Malgré cinquante ans de luttes, il n’aime pas se mettre en avant.&lt;/b&gt; Guy Rousset, militant à la CGT ­d’Annonay, dans le nord de l’Ardèche, place toujours l’action collective avant la sienne. Mais il suffit de pousser la porte de son bureau pour comprendre la quantité de travail que le syndicaliste a consacré à la lutte contre les pollutions et les expositions aux produits toxiques. Une montagne de dossiers trône derrière son bureau, tantôt consacrés à l’amiante, tantôt à d’autres luttes du bassin annonéen. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;C’est que depuis ses 19 ans et son entrée à la CGT, il n’a jamais arrêté de se battre. « &lt;i&gt;On a fait tout de suite une grève dans mon entreprise,&lt;/i&gt; se souvient-il en riant. &lt;i&gt;J’ai dû quitter l’école à 14 ans mais j’ai tout appris sur le terrain, à côté des ouvriers et ouvrières. &lt;/i&gt;» Employé dans l’atelier de production de camping-cars Caravelaire à Tournon-sur-Rhône depuis 1977, Guy Rousset a découvert en 1996 que son entreprise utilisait des plaques d’amiante pour rendre les véhicules ignifugés. «&lt;i&gt; À ce moment-là, j’ai vu à la télévision une émission avec le chimiste Henri Pézerat&lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;&lt;i&gt;, je l’ai tout de suite contacté. J’ai appris énormément grâce à lui, il m’a montré comment se défendre face aux dangers invisibles, et monter des dossiers solides. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Guy Rousset et ses collègues exercent un droit de retrait, obtiennent le recensement de tous les travailleurs exposés et un suivi médical, y compris après leur départ de l’usine. Aujourd’hui, Guy Rousset est toujours membre de l’Aldeva, l’association locale de défense des victimes de l’amiante. Il porte encore les séquelles de son travail avec l’amiante et a dû quitter son emploi en retraite anticipée en 2012.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En 2022, Cathy Guironnet, une ouvrière des laboratoires Tetra Médical d’Annonay, frappe à sa porte. Elle lui raconte ses problèmes de santé, plusieurs cancers dont le lien avec son emploi a été reconnu. Cathy et ses collègues ont été exposées à un gaz cancérigène, mutagène et reprotoxique, l’oxyde d’éthylène, utilisé pour la stérilisation de matériel médical à usage unique. Guy Rousset puise dans son expérience, monte un dossier collectif, pendant que Cathy mène «&lt;i&gt; une recherche phénoménale&lt;/i&gt; », selon les mots de Guy, sur la molécule. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le travail est particulièrement compliqué : l’entreprise a fermé en 2021 et les ouvrières n’ont pas le levier de la grève ni un lieu pour se rassembler. Ils réussissent néanmoins à recueillir des témoignages, remplir des dossiers, tisser des liens. Désormais, six personnes ont obtenu la reconnaissance de l’origine professionnelle de leurs maladies, et trois enfants d’anciennes salariées ont reçu des indemnisations pour leur état de santé au titre de l’exposition de leurs mères, une première en France, en octobre 2024. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le préjudice d’anxiété&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; des 152 anciennes salariées a été reconnu par les prud’hommes en juillet 2025 et une enquête pénale est ouverte au parquet de Marseille. Aux côtés des avocats et des chercheurs qui l’avaient déjà défendu et accompagné sur le dossier de l’amiante, Guy Rousset suit aujourd’hui la création d’un protocole de suivi sanitaire post-exposition pour les anciennes salariées et salariés de Tetra. « &lt;i&gt;Heureusement, on a pu créer de la solidarité et de la confiance. Maintenant, on a en face des visages et des prénoms. On se lâchera pas. Ça, ils ne pourront jamais nous l’enlever. &lt;/i&gt;» &lt;b&gt;Giovanni Simone, collectif Enketo&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Henri Pézerat, chimiste et physicien, était un des lanceurs d’alerte qui ont contribué à faire interdire l’amiante en France en 1997.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; Le préjudice d’anxiété est un préjudice moral reconnu aux salariés et anciens salariés qui souffrent d’une situation d’inquiétude permanente face au risque de déclaration d’une maladie. Il est le plus souvent évoqué dans des cas liés à l’amiante, et sa reconnaissance dans l’affaire Tetra Médical est une première.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Lydie Rauld &lt;/b&gt;&lt;b&gt;38 ans • Île-de-France&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;h3&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/portrait74n4_1774370767-png_1774370767-1.png&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt;&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;b&gt;« Plus je creusais, plus je réalisais que le dossier du chlordécone était le résultat d’une profonde injustice au croisement des luttes écologistes et décoloniales. »&lt;/b&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;C’est dans une brasserie face à l’Assemblée nationale que nous rencontrons Lydie Rauld,&lt;/b&gt; loin du département de la Seine-Saint-Denis qui l’a vue grandir. Née de parents guyanais et martiniquais, elle assiste depuis quelques mois le député de la 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; circonscription de Guyane Davy Rimane (Gauche démocrate et républicaine), également président de la délégation aux outre-mer. Un poste plus en accord avec ses aspirations, après treize ans d’exercice en tant qu’auxiliaire de puériculture avant de reprendre ses études à l’âge de 26 ans. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;C’est à l’occasion d’un mémoire sur le chlordécone dans le cadre de son master en science politique à la Sorbonne qu’elle rencontre Yvon Sérénus, président du Collectif des ouvriers agricoles et leurs ayants droit empoisonnés par les pesticides (Coaadep), et que tout bascule. « &lt;i&gt;Plus je creusais, plus je réalisais que le dossier du chlordécone n’était pas qu’une affaire de pesticides, mais le résultat d’une profonde injustice au croisement des luttes écologistes et décoloniales. &lt;/i&gt;» Comment expliquer qu’en France le sujet soit si peu connu ? «&lt;i&gt; La seule fois où la France&lt;/i&gt; &lt;i&gt;a levé les yeux sur la Guadeloupe et la Martinique, c’était pour dénoncer la vente de patates douces contaminées au chlordécone dans l’Hexagone… &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Révoltée, Lydie Rauld devient porte-parole du Coaadep en 2022 et milite sous le pseudonyme de Lilith. La même année, elle entame une marche à pied avec son conjoint, de Paris à Toulouse, pour sensibiliser les passants sur le scandale du chlordécone et lever des fonds ; elle réitère l’expérience, de Versailles à Saint-Brieuc, en 2025.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En parallèle, elle travaille à son autre initiative, le Jardin de Guylène, un lieu d’accueil pour les malades du chlordécone qu’elle imagine en l’honneur de sa mère. Cette volonté de créer « &lt;i&gt;une maison des malades&lt;/i&gt; » en France hexagonale part d’un constat : l’absence de lieu destiné à l’hébergement et à l’accompagnement des habitants des territoires d’outre-mer venus se soigner dans l’Hexagone par nécessité&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. «&lt;i&gt; Un homme m’a raconté qu’il avait dormi une nuit dehors avant d’être hébergé par l’hôpital, alors qu’il venait se faire soigner pour un cancer de l’estomac. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Cette volonté de prendre soin est aussi beaucoup plus vaste. « &lt;i&gt;Mon rêve serait que le Jardin de Guylène devienne à la fois un lieu et une fondation qui participe à financer le développement des jardins créoles sur les terres non contaminées et les initiatives de dépollution, mais aussi l’élargissement du champ de la recherche scientifique.&lt;/i&gt; » Lydie Rauld veut ainsi s’attaquer à l’angle mort de la reconnaissance des maladies professionnelles des femmes antillaises, elles aussi exposées à ce pesticide dans les bananeraies. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Parmi les scientifiques qu’elle aimerait soutenir, la chimiste guadeloupéenne Sarah Gaspard qui étudie les sargasses, des algues brunes qui se développent à la surface de l’eau et s’échouent sur les plages antillaises, pour en faire du « biochar », un charbon capable de séquestrer les polluants dans le sol.&lt;b&gt; &lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Le Jardin de Guylène viendrait s’ajouter au travail des associations Les Amazones, un réseau d’entraide pour les femmes d’outre-mer malades du cancer, et l’AAFM Le Bon Accueil, qui se concentre sur la recherche d’hébergement pour les patients et leur famille.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Les syndicats, dernier rempart face à l&apos;extrême droite ?</title>
		<id>2116</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/syndicats-lutte-contre-extreme-droite-ripostes-mobilisations"/>
		<published>2026-03-24T17:04:00+01:00</published>
		<summary>Fort de son maillage territorial et de son ancrage historique dans le monde social, le mouvement syndical reste l’une des premières forces antifascistes organisées. Il est certes affaibli et traversé par des porosités locales avec l’extrême droite, mais n’en demeure pas moins un lieu de riposte face à l’entrisme réactionnaire.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/ripostessyndicaleshs20_1774369236-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Le soir du 6 octobre 2025, à Aix-en-Provence (13), les membres de l’intersyndicale des arts et du spectacle trinquent joyeusement à leur mission réussie : la salle de spectacle municipale 6MIC est vide de spectateurs. «&lt;i&gt; Ils devaient recevoir 800&amp;nbsp;personnes, ils ont fini à une trentaine en visio &lt;/i&gt;», se félicite Magali&amp;nbsp;Braconnot, membre du bureau national du Syndicat français des artistes. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Le lieu devait ce soir-là accueillir une nouvelle édition de la Nuit du bien commun&lt;b&gt;1&lt;/b&gt;. Un énième gala de charité organisé par la structure cofondée par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard&amp;nbsp;Stérin, destinée à financer des associations comme La maison de Marthe et Marie, accusée de réaliser un lobbying anti-IVG&lt;b&gt;2&lt;/b&gt;. L’événement avait d’abord été pressenti à Marseille, mais la municipalité avait refusé l’accès à un local en raison de la proximité idéologique des organisateurs avec l’extrême droite.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&amp;amp;tit_code=CVOqtZfMye8%3d&amp;amp;PAR_CODE=nYAbzhg8%2fV4%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;&amp;nbsp;et librairie et&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/hors-serie-numero-20-socialter-salome-saque-resister-aux-nouveaux-fascismes&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/hs20couvproduit_1769698793-png_1769698793-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Ceux-ci se sont alors tournés vers le 6MIC, un lieu culturel public qui loue parfois sa scène à des clients privés pour renflouer sa trésorerie. Alertée, la mairie d’Aix-en-Provence a refusé de prendre position, au nom de la liberté d’expression. « &lt;i&gt;On a d’abord pensé à faire une manifestation, mais ça leur aurait fait plus de publicité. Il fallait qu’on empêche la soirée d’avoir lieu &lt;/i&gt;», insiste Magali&amp;nbsp;Braconnot.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La riposte syndicale s’est alors déployée en deux temps : d’abord, en prenant contact avec les techniciens embauchés, afin de les informer sur cette « soirée de charité » particulière. Une fois éclairés, les travailleurs se sont tous retirés, un à un. Mais l’équipe de la Nuit du bien commun risquait encore de recourir à des bénévoles ou à des techniciens de secours. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;L’intersyndicale a donc adopté une autre stratégie : envoyer ses propres techniciens syndiqués. « &lt;i&gt;Nos huit&amp;nbsp;&lt;/i&gt;roadies&lt;i&gt; (machinistes itinérants) complices se sont pointés le matin très tôt, ont signé les contrats et se sont mis en grève quelques heures plus tard en occupant la scène physiquement &lt;/i&gt;», raconte Magali&amp;nbsp;Braconnot. Quelques jours auparavant, la fédération CGT Spectacle avait en effet pris soin de déposer un préavis de grève pour dénoncer les restrictions budgétaires imposées au monde de la culture. «&lt;i&gt; On nous accuse de faire de la censure, mais on veut juste que les citoyens qui travaillent ou participent à cet événement soient éclairés. Oui, il y a des idées à empêcher, car elles sont antirépublicaines &lt;/i&gt;», conclut la syndicaliste.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Dissolution : le point de bascule&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Alors que le taux de syndicalisation est de plus en plus faible en France (10,3 % en 2019) et que la participation aux élections professionnelles ou aux grèves recule&lt;b&gt;3&lt;/b&gt;, les syndicats pourraient-ils tout de même être des acteurs clefs face à l’extrême droite ? Certains syndicalistes parlent en tout cas d’un sursaut militant survenu en juillet 2024, au lendemain de la dissolution de l’Assemblée nationale, quand la prise de pouvoir de l’extrême droite est devenue une menace concrète.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« La génération actuelle se désintéresse de la politique, mais la&amp;nbsp;politique, elle, s’intéresse à&amp;nbsp;eux. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La CGT et la FSU, fortes de 740 000&amp;nbsp;adhérents cumulés, sont allés jusqu’à adopter des consignes de vote plus ou moins explicites en faveur du Nouveau Front populaire (NFP). De leur côté, les syndiqués de Solidaires (100 000&amp;nbsp;adhérents) se sont divisés. Certains étaient attachés à la charte d’Amiens, selon laquelle le syndicalisme ne doit jamais s’immiscer sur le terrain électoral ; d’autres considéraient que la lutte contre le fascisme devait se mener par tous les moyens. Quant aux centrales FO, CFTC et CFE-CGC, elles se sont contentées de dénoncer le racisme et l’antisémitisme en termes généraux.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais lutter contre l’extrême droite, pour les syndicalistes, consiste parfois simplement à aller discuter avec un collègue pour le dissuader de voter RN ou Reconquête!. Rachid&amp;nbsp;Karroumi, délégué central adjoint de la CGT Renault, décrit une jeunesse salariée moins politisée mais ciblée par les messages séduisants de l’extrême droite, notamment via TikTok. «&lt;i&gt; La&amp;nbsp;génération actuelle se désintéresse de la politique, mais la politique, elle, s’intéresse à eux &lt;/i&gt;», témoigne le syndicaliste, dans le média &lt;i&gt;Rapports de force&lt;/i&gt;&lt;b&gt;4&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Selon lui, un important travail de terrain et de dialogue social est nécessaire auprès des jeunes recrues. Dans la même dynamique, Solidaires a lancé des formations dédiées à la lutte syndicale contre l’extrême droite. « &lt;i&gt;Tout syndicaliste le sait : c’est dans les luttes, au plus près du concret et du quotidien, des lieux où l’on vit, habite et travaille, que se construisent des résistances progressistes qui mobilisent et rassemblent au-delà des premiers convaincus &lt;/i&gt;», abonde le journaliste Edwy&amp;nbsp;Plenel dans la préface de l’ouvrage &lt;i&gt;Nouveaux fascismes, ripostes syndicales&lt;/i&gt;&lt;b&gt;5&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Lutter dans leurs propres rangs&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La lutte se joue parfois dans les rangs mêmes des syndicats. La plupart affirment représenter tous les travailleurs, quelles que soient leurs préférences politiques. Mais que faire lorsque des adhérents, voire des cadres, affichent leur proximité avec l’extrême droite ? Lors de l’élection présidentielle de 2022, par exemple, 31 % des adhérents FO et 29 % des adhérents CFTC ont glissé dans l’urne un bulletin Marine&amp;nbsp;Le&amp;nbsp;Pen&lt;b&gt;6&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;«&lt;i&gt; Aujourd’hui, nos instances doivent composer avec des adhérents qui véhiculent des idées d’extrême droite. Récemment, un député RN a pris la parole lors de l’une de nos mobilisations syndicales,&lt;/i&gt; regrette Jérémy&lt;b&gt;*&lt;/b&gt;, éducateur en milieu ouvert, membre du Syndicat national d’union des psychomotriciens (SNUP). &lt;i&gt;Avant, jamais un député d’extrême droite n’aurait pu s’exprimer dans ce cadre &lt;/i&gt;». Lors des législatives de 2024, la CFDT a pour sa part identifié que huit de ses membres étaient candidats à la députation sous une étiquette d’extrême droite, d’après &lt;i&gt;StreetPress&lt;/i&gt;&lt;b&gt;7&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Un surveillant pénitentiaire encarté à Force ouvrière a également pu se présenter comme suppléant RN dans les Hautes-Pyrénées. Dans la Sarthe, un cadre du Snepap – le syndicat des personnels de l’administration pénitentiaire de la FSU – a, lui, posé en photo avec Marion&amp;nbsp;Maréchal.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Si les syndicats font trembler (et parfois plier) l’extrême droite, l’inverse est également vrai.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Épauler les syndicats dans ces situations délicates, voilà la mission de l’association Vigilance et initiatives syndicales et antifascistes (Visa). Créée en 1996, elle a vu le nombre de structures accompagnées bondir de plus d’un tiers entre 2023 et 2024. Composée de plus de 300 structures syndicales locales&lt;b&gt;8&lt;/b&gt;, elle informe, forme et accompagne ses organisations-membres, notamment lorsque certains de leurs représentants se révèlent perméables aux idées réactionnaires. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Un cas emblématique a eu lieu en 2011, quand la CGT a décidé d’exclure Fabien&amp;nbsp;Engelmann, responsable syndical mais également conseiller politique de Marine&amp;nbsp;Le&amp;nbsp;Pen. Lorsque la situation se présente, Visa approche les syndicalistes concernés pour les amener à clarifier la position qu’ils ont tenue en public ou sur les réseaux sociaux. «&lt;i&gt; L’objectif est d’amener les représentants syndicaux à se désolidariser de l’extrême droite ou à se défaire de leurs fonctions syndicales &lt;/i&gt;», explique Philippe&amp;nbsp;Challande, le président de Visa.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;« Un danger de type mortel »&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Mais si les syndicats font trembler, et parfois plier, l’extrême droite, l’inverse est également vrai. Un simple retour sur les programmes électoraux de ces partis permet de constater leur aversion viscérale et historique au mouvement ouvrier organisé. Dans son programme de 1974, le Front national (FN), ancêtre du RN, menaçait déjà de restreindre le droit de grève : «&lt;i&gt; Il est inadmissible que l’État, responsable du bien commun, abdique devant des syndicats politisés qui perturbent la vie administrative et économique de la nation &lt;/i&gt;». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En 2017, le parti annonce vouloir s’en prendre à deux piliers du fonctionnement syndical : supprimer le monopole de représentativité, selon lequel seules certaines organisations syndicales sont reconnues comme représentatives et peuvent négocier des accords collectifs ; et instaurer un contrôle public sur le financement des syndicats, ce qui reviendrait à les mettre sous la tutelle de l’État.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/ripostessyndicales2hs20_1774369300-png_1774369300-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;«&lt;i&gt; Dans le monde syndical, il y a l’idée que l’extrême droite est un danger de type mortel. Ce n’est pas simplement un peu plus de répression antisyndicale, ce à quoi les syndicats sont accoutumés, mais potentiellement la menace que les syndicats indépendants du patronat et de l’État soient en quelque sorte écrasés, comme ça a été le cas dans la totalité des régimes d’extrême droite au XX&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&amp;nbsp;siècle &lt;/i&gt;», contextualisait le sociologue Ugo&amp;nbsp;Palheta au micro de France Culture en juin 2024&lt;b&gt;9&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Dans les communes passées à l’extrême droite, il ne fait en tout cas pas bon être syndicaliste. Ainsi de Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, dirigée par le RN depuis 2014. L’édile actuel, Steeve&amp;nbsp;Briois, y a pris pour cible le centre culturel municipal L’escapade, qu’il a qualifié de « &lt;i&gt;daube gauchiste&lt;/i&gt; ». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;« &lt;i&gt;Tout a commencé par la mise au ban d’une fonctionnaire du lieu qui ne plaisait pas au maire en raison de ses positions politiques,&lt;/i&gt; raconte la militante et réalisatrice Louise&amp;nbsp;Bihan, qui retrace dans un documentaire la tentative de survie du centre culturel&lt;b&gt;10&lt;/b&gt;. &lt;i&gt;Et le coup le plus dur est tombé en 2024 : [le maire] a annoncé qu’il pourrait récupérer les lieux avec un préavis très court pour y installer sa propre programmation.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;S’en sont suivis piquets de grève, réunions publiques, échanges avec le public… Peine perdue : en janvier 2025, le centre est devenu un théâtre entièrement contrôlé par la Ville. Et Djelloul&amp;nbsp;Kheris, une figure du syndicalisme local, membre du conseil d’administration de L’escapade et employé municipal, risque la révocation.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Vers de nouvelles alliances ?&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Pour forger de nouvelles alliances contre l’extrême droite, les syndicats doivent aussi se mettre au clair sur l’antiracisme. Des « blagues » et remarques xénophobes aux discriminations à l’embauche ou à la promotion, de nombreux syndiqués racisés continuent de faire l’expérience d’un racisme ordinaire au travail, parfois au sein des sections syndicales. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;« &lt;i&gt;Dans les quartiers populaires, beaucoup de militants ont à l’esprit de vieux épisodes où les syndicats n’ont pas été nos alliés &lt;/i&gt;», rappelle par ailleurs Almamy&amp;nbsp;Kanouté, membre fondateur de l’Assemblée des quartiers&lt;b&gt;11&lt;/b&gt;. En 2009, par exemple, la CGT a délogé, dans des conditions controversées, des travailleurs sans-papiers qui occupaient des locaux syndicaux à la Bourse du travail de Paris&lt;b&gt;12&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le militant voit néanmoins dans la bataille contre l’extrême droite une occasion de créer des liens entre mouvements politiques et syndicaux, notamment avec la nouvelle génération, plus sensible au racisme et à l’intersection des luttes. « &lt;i&gt;Pour l’instant, les syndicats restent à distance, mais libre à eux de nous rejoindre pour échanger autour d’éventuelles mobilisations communes &lt;/i&gt;», conclut-il. La prochaine bataille à mener de front : les municipales 2026, à l’issue desquelles les syndicats redoutent une vague de mairies brunes. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Depuis 2017, ces soirées organisées dans différentes villes mettent en relation de généreux donateurs et des associations. Elles ont permis de récolter plus de 26&amp;nbsp;millions d’euros au profit de plus de 500&amp;nbsp;structures.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; « &lt;a href=&quot;https://multinationales.org/fr/enquetes/extreme-tech/derriere-la-nuit-du-bien-commun-l-ombre-embarrassante-de-sterin-et-toute-une&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Derrière la Nuit du bien commun, l’ombre embarrassante de Stérin et toute une galaxie d’hommes d’affaires&lt;/a&gt; », Clément&amp;nbsp;Le&amp;nbsp;Foll, &lt;i&gt;multinationales.org&lt;/i&gt;, 4 décembre 2025.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3.&lt;/b&gt; « &lt;a href=&quot;https://dares.travail-emploi.gouv.fr/publication/leger-repli-de-la-syndicalisation-en-france-entre-2013-et-2019&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Léger repli de la syndicalisation en France entre 2013 et 2019&lt;/a&gt; », &lt;i&gt;Dares Analyses&lt;/i&gt;, février&amp;nbsp;2023.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4.&lt;/b&gt; « &lt;a href=&quot;https://rapportsdeforce.fr/classes-en-lutte/legislatives-les-syndicats-peuvent-ils-faire-perdre-lextreme-droite-062021541&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Législatives : les syndicats peuvent-ils faire perdre l’extrême droite ?&lt;/a&gt; », &lt;i&gt;Rapports de force&lt;/i&gt;, 20&amp;nbsp;juin 2024.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;5.&lt;/b&gt; Coordonné par Visa, éditions Syllepse, 2025.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;6.&lt;/b&gt; « &lt;a href=&quot;https://www.ifop.com/article/analyse-du-vote-selon-la-proximite-syndicale-2/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Le vote lors du 1&lt;/a&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://www.ifop.com/article/analyse-du-vote-selon-la-proximite-syndicale-2/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;er&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;&lt;a href=&quot;https://www.ifop.com/article/analyse-du-vote-selon-la-proximite-syndicale-2/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;&amp;nbsp;tour de l’élection présidentielle de 2022 selon la proximité syndicale&lt;/a&gt; », Sondage Harris Interactive pour &lt;i&gt;Liaisons sociales&lt;/i&gt;, avril 2022.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;*&lt;/b&gt; Le prénom a été modifié.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;7.&lt;/b&gt; « &lt;a href=&quot;https://www.streetpress.com/sujet/1736868396-exclusions-dialogues-dilemme-syndicats-extreme-droite-RN-combat-lepen-bardella&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Ces syndicats qui combattent l’extrême droite dans leurs rangs&lt;/a&gt; », Daphné&amp;nbsp;Deschamps, &lt;i&gt;StreetPress&lt;/i&gt;, janvier 2025.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;8.&lt;/b&gt; Principalement de la CGT, de Solidaires et de la FSU.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;9.&lt;/b&gt; « &lt;a href=&quot;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/france-culture-va-plus-loin-le-samedi/syndicats-quel-role-face-a-l-extreme-droite-5986874&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Syndicats : quel rôle face à l’extrême droite ?&lt;/a&gt; », France Culture, 15 juin 2024.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;10.&lt;/b&gt; &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://sud-culture.org/2026/02/02/des-nimbes-au-monde-projection-a-douai-le-9-fevrier-2026/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Des nimbes au monde&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, documentaire d’Aurore&amp;nbsp;Froissart et Louise&amp;nbsp;Bihan, produit par&amp;nbsp;l’association Calais la sociale, diffusion en 2026.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;11.&lt;/b&gt; Collectif d’acteurs des quartiers populaires regroupés pour faire entendre leur voix en politique, tels que Pas sans nous, le comité Vérité et justice pour Adama, Front de mères…&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;12.&lt;/b&gt; La CGT s’explique notamment dans le communiqué « Occupation de la Bourse du travail : la voie était sans issue », du 24 juin 2009 (disponible en ligne).&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Salinisation : quand l&apos;excès de sel menace nos sols et nos cours d&apos;eau</title>
		<id>2115</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/trop-de-sel-dans-les-sols-salinisation-pollution-agriculture-cours-eau-changement-climatique"/>
		<published>2026-03-24T14:34:00+01:00</published>
		<summary>Si le sel est loin de venir à manquer, c’est au contraire sa présence en excès qui devient critique et menace les sols et l’eau à l’échelle planétaire. La salinisation de l’environnement, phénomène naturel, est renforcée par l’irrigation et l’exploitation excessive de sel pour l’industrie ou le déneigement, et aggravée par le changement climatique.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/salinisation74_1774359675-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Sur les images, on croirait contempler un vaste manteau neigeux s’étendant à perte de vue : c’est en réalité du sel qui forme la couche blanche à laquelle la mer d’Aral, entre l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, a peu à peu laissé place. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Autrefois parmi les plus grands du monde, ce lac salé d’Asie centrale a vu sa superficie, de 67 300 km2 dans les années 1960, &lt;a href=&quot;https://cnes.fr/geoimage/kazakhstan-petite-mer-daral-un-systeme-relique-temoin-dune-catastrophe-environnementale&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;diminuer drastiquement&lt;/a&gt; du fait de l’irrigation de champs de coton et de blé dans les steppes et de la multiplication des sécheresses, tandis que sa concentration en sel a bondi. Si une partie du lac est en voie de restauration, ce cas emblématique illustre un phénomène rampant dans de nombreuses régions du monde : la salinisation de l’environnement. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La salinité désigne «&lt;i&gt; la somme de tous les ions&lt;/i&gt; [élément chimique portant une charge électrique positive ou négative, NDLR] &lt;i&gt;présents en solution dans l’eau &lt;/i&gt;», explique Christophe Piscart, directeur de recherche au CNRS. « &lt;i&gt;On pense surtout au chlorure de sodium, le sel de cuisine, qui domine en milieu marin, mais il ne représente que deux ions sur des dizaines voire des centaines&lt;/i&gt; » : les sels englobent d’autres chlorures comme le potassium, le calcium ou le magnésium mais aussi des nitrates, des phosphates ou des carbonates… &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Dans l’eau comme dans les sols, leur concentration augmente, et 1,3 milliard d’hectares de terres sont affectées par l’excès de sel, soit 10,7 % de la surface terrestre, selon &lt;a href=&quot;https://openknowledge.fao.org/items/3fba222a-e820-4d1e-a736-12cbef53d699&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;un rapport de l’Organisation des Nations unies&lt;/a&gt; pour l’agriculture et l’alimentation (FAO). Mais le sel c’est la vie, non ? Si à bien des égards les sels minéraux ont en effet un rôle indispensable pour les écosystèmes, cette présence en excès à la fois dans l’eau et dans les sols atteint aujourd’hui des seuils où sel devient au contraire synonyme de mort – l’ultra salée mer Morte, dont toute vie a disparu, en est un autre exemple parlant. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Cette perturbation du cycle du sel constituerait désormais une « &lt;i&gt;menace existentielle&lt;/i&gt; » pour la faune, la flore et le mode de vie humain, selon &lt;a href=&quot;https://www.nature.com/articles/s43017-023-00485-y&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;une synthèse scientifique de 2023&lt;/a&gt;, qui recommandait d’ajouter l’usage du sel à la liste des limites planétaires.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Phénomène naturel aggravé par l’humain&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La salinisation comme processus naturel a toujours existé. Dite « primaire », elle survient d’une part dans les milieux côtiers «&lt;i&gt; où l’eau de mer est intimement mêlée avec l’eau douce dans des estuaires, des nappes côtières et des mangroves &lt;/i&gt;», explique la professeure Christelle Marlin, de l’université Paris-Saclay&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, de l’autre «&lt;i&gt; par l’érosion du socle géologique, c’est-à-dire des roches dissoutes par les eaux souterraines qui se chargent en ions lorsqu’elles remontent à travers la croûte terrestre &lt;/i&gt;», complète Christophe Piscart. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Un processus renforcé dans les zones arides et semi-arides, où la pluviométrie est inférieure à 250 millimètres par an : la rare eau présente a tendance à s’évaporer tandis que le sel, lui, demeure. Ce qui encourage l’irrigation des cultures, première cause de la salinisation dite « secondaire », d’origine humaine : « &lt;i&gt;On pompe de l’eau souterraine, par définition plus salée, que l’on fait circuler dans des canaux d’irrigation en surface en été, lorsqu’il fait chaud et que l’évaporation est plus forte &lt;/i&gt;», complète le scientifique.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;S’ajoutent à cela des choix de cultures gourmandes en eau inadaptées aux milieux arides qui vont accélérer le processus, comme en Australie, l’un des pays les plus concernés par la salinisation, mais également l’érosion des sols qui est provoquée par les cultures intensives ou la déforestation. « &lt;i&gt;La pluie a tendance à lessiver les sols et précipiter les sels minéraux vers les cours d’eau,&lt;/i&gt; poursuit Christophe Piscart. &lt;i&gt;En France, dans la Seine, on constate de ce fait des quantités de chlorure en forte hausse, bien que non problématiques à ce stade. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Parmi les autres causes d’origine humaine de la salinisation, le sel de déneigement déversé en quantités astronomiques sur les routes, que la pluie et la fonte de la neige charrient ensuite dans les fossés et les cours d’eau – entre 750 000 tonnes et &lt;a href=&quot;https://www.planetoscope.com/sols/1586-sel-utilise-pour-deneiger-les-routes-en-france-salage-.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;1 million de tonnes par en France&lt;/a&gt;, autour de &lt;a href=&quot;https://pubs.usgs.gov/publication/mcs2025&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;20 millions aux États-Unis&lt;/a&gt;. Enfin, l’exploitation des mines de sel destinée au déneigement et à l’industrie (verre, détergents ménagers et industriels, sidérurgie…) contribue elle aussi largement à diffuser le sel dans l’environnement : en France, «&lt;i&gt; les rejets de saumures des mines de l’Est, par exemple, font grimper la concentration en sel des cours d’eau &lt;/i&gt;», ajoute le chercheur.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Sols asphyxiés&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Cette double salinisation pèse de façon particulièrement visible sur les sols, où elle est renforcée de façon indirecte par le changement climatique, dont le sel est, selon Christophe Piscart, un «&lt;i&gt; passager clandestin&lt;/i&gt; » : « &lt;i&gt;Une atmosphère plus chaude admet davantage de vapeur, en moyenne 7 % en plus à l’échelle globale &lt;/i&gt;», explique Christelle Marlin, « &lt;i&gt;ce qui augmente l’évaporation.&lt;/i&gt; » &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Avec une baisse des précipitations en parallèle, les pressions sur la ressource en eau augmentent et les cultures voient leurs besoins en irrigation accentués, et entraînent donc une salinisation accrue. Avec pour conséquence la perte à l’échelle mondiale de &lt;a href=&quot;https://academic.oup.com/bioscience/article/54/10/909/230205&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;10 millions d’hectares de sols agricoles par an&lt;/a&gt;, soit l’équivalent de la superficie du Portugal. La salinisation des sols – lorsque le sel y est présent sous forme dissoute – engendre en effet « &lt;i&gt;une baisse de rendement pour la plupart des espèces cultivées&lt;/i&gt; », du fait de la toxicité du sel sur la quasi-totalité des plantes, chez qui il vient bouleverser « &lt;i&gt;les échanges chimiques grâce auxquels les plantes récupèrent les nutriments du sol et évacuent leurs déchets &lt;/i&gt;», explique Christophe Piscart. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Quant à la sodicité, « &lt;i&gt;stade ultime de la salinisation&lt;/i&gt; », lorsque le sel y est sous forme «&lt;i&gt; fixée sur les particules fines de sol &lt;/i&gt;», elle « &lt;i&gt;entraîne une perte de structure du sol, engendrant sa compaction et &lt;a href=&quot;https://fne-ocmed.fr/2025/11/14/publication-de-notre-nouveau-mini-guide-sur-la-salinisation/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;empêchant l’air et l’eau de pénétrer et les racines de se développer &lt;/a&gt;&lt;/i&gt;». Ce qui favorise le lessivage des sols et de leurs nutriments lorsqu’il pleut, les rendant stériles.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Autrefois cantonné à des zones arides et semi-arides, le phénomène s’étend et devient un enjeu de sécurité alimentaire. « &lt;i&gt;Dans les années 2000, quand on parlait de salinisation en France, tout le monde balayait le phénomène, disant que c’était un sujet pour l’Afrique ou l’Australie. &lt;/i&gt;» L’Espagne, dont le rôle est majeur pour l’agriculture européenne, est largement concernée, tout comme le sud de la France. «&lt;i&gt; Dans ces zones irriguées, certaines surfaces deviennent impropres, les rendements diminuent, même la grosse plaine au nord de Marseille, surnommée le “potager de la Provence”, est susceptible d’être menacée à terme &lt;/i&gt;», souligne Christophe Piscart. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La Camargue « &lt;i&gt;a perdu, en 2021 500 hectares de vignes, détruits par le sel, et voit ses roselières et ses pinèdes se dégrader &lt;/i&gt;», explique Nicolas Bonton, du syndicat mixte pour la protection et la gestion de la Camargue gardoise.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Aux États-Unis, des États où l’eau se fait rare, comme la Louisiane et la Californie, s’appuient de plus en plus sur une irrigation issue des montagnes Rocheuses pour l’agriculture, et voient ainsi la salinité de leurs sols grimper. Or le problème n’a pas vraiment de solution, pour Christophe Piscart, si ce n’est «&lt;i&gt; ralentir le processus en freinant les causes anthropiques qui l’accélèrent &lt;/i&gt;», par exemple avec des couverts de cultures en hiver contre l’érosion des sols, l’irrigation souterraine ou des systèmes de goutte-à-goutte. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais restaurer un sol fruit de millions d’années de formation, frappé par la sodicité, est impossible. La Camargue vient de lancer un plan d’action visant à documenter la situation et à adopter des solutions d’adaptation à court terme (notamment en entretenant mieux le réseau hydraulique d’irrigation), mais Nicolas Bonton l’admet : à terme, il faudra abandonner certaines cultures. « &lt;i&gt;Un sol est salé sur des dizaines de centimètres voire plusieurs mètres, l’arracher pour remettre de la terre n’est pas envisageable &lt;/i&gt;», balaie Christophe Piscart. Et «&lt;i&gt; lessiver le sel en versant des quantités astronomiques d’eau sur le sol est irréalisable : on ne va pas altérer le cycle de l’eau sur Terre pour désaridifier un milieu &lt;/i&gt;».&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Eaux en danger&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;D’autant que le cycle de l’eau est lui aussi largement perturbé par la salinisation : on parle de syndrôme de &lt;a href=&quot;https://www.epa.gov/sciencematters/epa-researching-impacts-freshwater-salinization-syndrome&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;salinisation de l’eau douce&lt;/a&gt;. Un phénomène là aussi renforcé par le changement climatique, la montée du niveau des océans venant déstabiliser l’équilibre côtier au niveau du biseau salé, c’est-à-dire à l’interface entre eau douce et eau salée, en modifiant les rapports de pression entre les deux : « &lt;i&gt;Lorsqu’il y a assez d’eau douce dans les nappes côtières, elle chasse l’eau salée, plus lourde, en l’empêchant de remonter – mais si le niveau de la mer monte, qu’il pleut moins et que l’on doit pomper davantage, les intrusions d’eau de mer se multiplient et s’étendent, impactant la salinité des aquifères &lt;/i&gt;», explique Christophe Piscart. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Sur les écosystèmes, le sel affecte, outre les plantes, également la faune et «&lt;i&gt; va tuer un grand nombre d’espèces &lt;/i&gt;» : « &lt;i&gt;Les insectes aquatiques sont issus d’insectes terrestres et n’ont aucun moyen de défense, et sont donc très sensibles au sel. Si certains crustacés et mollusques, issus d’ancêtres marins, ont en partie conservé des mécanismes pour excréter le sel et ne pas saturer leurs corps, beaucoup les ont perdus et mettront des millions d’années avant de les retrouver. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ces impacts retentissent sur les communautés humaines : « &lt;i&gt;On estime qu’environ 600 millions de personnes vivant dans les zones côtières du monde pourraient être affectées par la salinisation &lt;/i&gt;», écrivait en 2021 le chercheur Sougueh Cheik &lt;a href=&quot;https://theconversation.com/la-salinisation-des-sols-un-defi-majeur-pour-la-securite-alimentaire-mondiale-170347&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;dans &lt;/a&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://theconversation.com/la-salinisation-des-sols-un-defi-majeur-pour-la-securite-alimentaire-mondiale-170347&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;The Conversation&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. La salinisation de l’eau menace non seulement les activités comme l’agriculture, la pêche ou l’industrie, mais également les habitations – comme à Nouakchott, en Mauritanie, où les maisons sont rongées par le sel – et l’accès à l’eau potable – pour l’humain comme pour les bêtes d’élevage. « &lt;i&gt;Cela devient un problème de santé publique dans de nombreux de pays arides où le seuil de 1,5 gramme de sel par litre d’eau, au-delà duquel elle est jugée impropre à la consommation (problèmes de reins, de foie…), est largement dépassé. Faute de réglementation et de contrôle, les populations ignorent qu’elles se mettent en danger &lt;/i&gt;», souligne Christophe Piscart. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Les solutions pour freiner le processus sont communes à celles évoquées pour les sols, mais se pose également la question du dessalement, de plus en plus pratiqué pour l’eau de mer dans des régions à fort stress hydrique. En Europe, l’Espagne, dont les aquifères côtiers sont devenus inexploitables du fait de leur salinité due aux surpompages (agriculture, tourisme) et aux intrusions d’eau croissantes, y a déjà largement recours. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À l’avenir, le dessalement pourrait être employé pour des eaux censées être douces (&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/dessalement-eau-de-mer-saumure-pollution-fonds-marins-environnement&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;lire &lt;/a&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/dessalement-eau-de-mer-saumure-pollution-fonds-marins-environnement&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Socialter&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/dessalement-eau-de-mer-saumure-pollution-fonds-marins-environnement&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt; n&lt;/a&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/dessalement-eau-de-mer-saumure-pollution-fonds-marins-environnement&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;o&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/dessalement-eau-de-mer-saumure-pollution-fonds-marins-environnement&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt; 71, p. 60&lt;/a&gt;). « &lt;i&gt;Or la pratique,&lt;/i&gt; souligne Christelle Marlin, &lt;i&gt;est non seulement très énergivore, mais alimente le problème en rejetant les saumures extraites dans l’océan, où la salinisation de l’eau de mer a également des effets délétères bien que moins visibles.&lt;/i&gt; » &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pour la chercheuse, il s’agit surtout de repenser et limiter l’usage des eaux dans les zones où elles sont déjà salées par les activités humaines ou la géologie naturelle. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4. &lt;/b&gt;Professeure d’hydrogéologie et de géochimie à l’université Paris-Saclay et chercheuse au laboratoire METIS (Sorbonne Université-CNRS).&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Royaume-Uni : Face aux manifestations contre l&apos;immigration, les militants antiracistes organisent la riposte</title>
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		<link href="https://www.socialter.fr/article/royaume-uni-manifestations-immigration-reform-uk-anti-racisme-mobilisation-antifasciste"/>
		<published>2026-03-24T10:30:00+01:00</published>
		<summary>Au Royaume-Uni, le parti d’extrême droite Reform UK domine dans les sondages et des manifestations contre l’immigration sont organisées chaque week-end. Face au phénomène, des militants antiracistes organisent la riposte, musclée par des années de lutte.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/ukantifa2_1774348488-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Jeannie Robinson est arrivée tôt. Bonnet sur les oreilles, mitaines aux mains, la septuagénaire a déchargé une dizaine de bannières plastifiées, une banderole cousue main et une collection de pancartes « Stop the Hate » (« Stop à la haine ») déjà usées par d’autres rassemblements. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Autour d’elle, des activistes installent un système son et disposent des tracts sur des tables de camping. Leur ballet est rodé, peaufiné par l’habitude. La route qui borde le Sandpiper Hotel, bâtiment trapu décrit par ses clients comme « &lt;i&gt;familial&lt;/i&gt; » et « &lt;i&gt;sans fioritures&lt;/i&gt; », a été fermée par les policiers, qui font les cent&amp;nbsp;pas pour chasser le froid. Les demandeurs d’asile logés dans ses chambres moquettées ont reçu l’ordre de se confiner à l’intérieur pour la journée.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Reportage issu de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&amp;amp;tit_code=CVOqtZfMye8%3d&amp;amp;PAR_CODE=nYAbzhg8%2fV4%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;&amp;nbsp;et librairie et&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/hors-serie-numero-20-socialter-salome-saque-resister-aux-nouveaux-fascismes&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/hs20couvproduit_1769698793-png_1769698793-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Au sortir de l’A61, en périphérie de Chesterfield, dans le nord-est de l’Angleterre, les officiers orientent les manifestants : pour soutenir les immigrés, prière d’aller à gauche, avec Jeannie&amp;nbsp;Robinson. Pour s’y opposer, c’est à droite. Toute symbolique est accidentelle, l’important est que « &lt;i&gt;chaque camp ait la possibilité de dire ce qu’il a à dire &lt;/i&gt;», glisse un officier. Et ce, sans débordements. Les appels au rassemblement, pour ce dimanche après-midi de décembre, ont circulé en ligne, dans les newsletters et sur les réseaux sociaux. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Depuis l’été&amp;nbsp;2025, lorsqu’un demandeur d’asile a été condamné pour agressions sexuelles sur une jeune femme à Epping, près de Londres, des confrontations de ce genre se répètent presque tous les week-ends, dans tout le Royaume-Uni. Les hôtels où les demandeurs d’asile sont hébergés, faute d’autre option, sont devenus les lieux où se cristallisent les divisions.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À Chesterfield, l’atmosphère est tendue : la dernière mobilisation, en septembre, a failli finir en violente empoignade. « &lt;i&gt;Des hommes anti-immigration, qui prétendaient être là pour défendre les femmes et les enfants, ont fini par nous hurler qu’on méritait de se faire violer &lt;/i&gt;», se rappelle Erica, une des militantes antiracistes, encore bouleversée par ces propos.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/ukantifa4_1774348510-png_1774348510-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Jeannie Robinson, co-secrétaire de&amp;nbsp;Chesterfield Stand Up to&amp;nbsp;Racism.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Cette fois, pour éviter les heurts, il y a presque autant de sécurité que de civils. Manifestants et contre-manifestants ont été parqués à une trentaine de mètres les uns des autres – tout juste à distance de haut-parleur, sous les fenêtres aux rideaux pastels, derrière lesquels un visage ou une main apparaît parfois furtivement. Un drone plane au-dessus des toits pour surveiller la scène. Des hommes en tee-shirt, tête nue malgré l’hiver, lancent des gestes grossiers.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Si&amp;nbsp;on n’était pas venus, la police serait-elle présente ? Probablement pas… &lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;», estime-t-elle. À&amp;nbsp;ses yeux, il faut faire tampon, s’ériger en barrière physique pour défendre les demandeurs d’asile « &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;qui, sinon, penseraient que tout le monde ici les déteste &lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;».&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ils crient : « &lt;i&gt;Pédophiles, pédophiles ! Renvoyez-les chez eux ! &lt;/i&gt;», drapeau en cape sur les épaules – une fine couche de polyester qui ne les protège pas du froid mais réchauffe leur sentiment patriotique. «&lt;i&gt; Jésus était un réfugié &lt;/i&gt;», ânnone en réponse le représentant d’une église des environs, flanqué de responsables syndicaux et de retraités en tricot qui opinent. À chaque fois qu’un anti-immigration passe devant eux pour quitter la zone, les insultes fusent : « &lt;i&gt;Crâne d’œuf ! Utilise ton cerveau et rejoins-nous ! &lt;/i&gt;». Un homme imposant, en short noir, prend une large inspiration, renverse la tête en arrière, et aboie : «&lt;i&gt; Not racist, not far right, just right!&lt;/i&gt; »&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Des rires appuyés lui répondent.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Dans le chaos ambiant, personne ne s’écoute, chacun parle à son camp. «&lt;i&gt; Le but, c’est surtout de montrer qu’on est là, et qu’on est plus nombreux &lt;/i&gt;», explique Jeannie&amp;nbsp;Robinson, qui représente la branche locale de Stand Up to Racism, l’une des principales organisations antiracistes britanniques, soutenue et financée par les syndicats. « &lt;i&gt;Si&amp;nbsp;on n’était pas venus, la police serait-elle présente ? Probablement pas… &lt;/i&gt;», estime-t-elle. À&amp;nbsp;ses yeux, il faut faire tampon, s’ériger en barrière physique pour défendre les demandeurs d’asile « &lt;i&gt;qui, sinon, penseraient que tout le monde ici les déteste&lt;/i&gt; ». S’interposer, donc, quitte à attiser les antagonismes.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Entre deux manifestations, elle essaie de relancer le dialogue, distribue des flyers ou se prête au débat sur la place du marché : «&lt;i&gt; On veut distinguer les vrais fascistes et les personnes juste un peu racistes – ceux-là soutiennent l’extrême droite parce qu’elles y voient une réponse simple au manque d’investissements pour les hôpitaux et les écoles. Elles pensent que cet argent est dépensé pour les réfugiés. &lt;/i&gt;» Si l’extrême droite soutient que les demandeurs d’asile reçoivent une généreuse pension, un téléphone et un service de luxe dans les hôtels, la réalité est bien loin de ce fantasme. Ceux qui logent au Sandpiper sont nourris et logés, mais n’ont pas le droit de travailler. Ils reçoivent 9,95&amp;nbsp;livres sterling par semaine (11,5&amp;nbsp;euros).&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;« &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Appeler les fascistes par leur nom&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt; »&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La ville de Chesterfield était déjà fragilisée par la fermeture de ses mines. Elle accuse désormais le coup de quinze&amp;nbsp;années d’austérité, qui ont détricoté la protection sociale au Royaume-Uni, fragilisé les infrastructures et réduit l’offre de services publics. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dans son comté, le Derbyshire, des maisons médicales, l’office de tourisme et des lignes de bus ont déjà disparu, et une dizaine de centres pour la jeunesse sont en sursis. Lors des élections locales de mai&amp;nbsp;2025, le conseil de comté a été l’un des dix remportés par le parti d’extrême droite Reform UK, qui domine dans les sondages avec un tiers des intentions de vote, et affirme rassembler désormais plus de membres que le parti conservateur ou le Labour, parti travailliste – un chiffre invérifiable.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/ukantifa3_1774348534-png_1774348534-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Manifestation antiraciste devant l’hôtel Sandpiper, où séjournent des demandeurs d’asile à Chesterfield.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mené par l’eurosceptique Nigel&amp;nbsp;Farage, Reform&amp;nbsp;UK avait déjà fait une percée inattendue lors des législatives de juillet&amp;nbsp;2024, enregistrant 14,2 % des voix et envoyant pour la toute première fois cinq&amp;nbsp;députés à la Chambre des communes. Quelques semaines après le vote, un jeune autiste – né au pays de Galles de parents rwandais – menait une attaque meurtrière au couteau dans la ville balnéaire de Southport. Un embrasement a suivi : plusieurs nuits de suite, des émeutes racistes et anti-immigration ont éclaté dans de nombreuses villes britanniques, encouragées en ligne par des figures de l’extrême droite. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Au bout d’une semaine, un mélange de répression policière, de peines de prison sévères et de contre-manifestations a fini par y mettre fin.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&amp;nbsp;« Avec nos contre-manifestations, on&amp;nbsp;essaie de s’assurer qu’on ne laisse pas le racisme grandir et se solidifier. Une des premières choses à faire, c’est d’appeler les fascistes et les racistes par leur nom. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Depuis, l’insatisfaction ne s’est pas apaisée. À la droite de Reform UK, Tommy&amp;nbsp;Robinson, l’ancien meneur du groupe raciste English Defense League (EDL) s’est forgé un rôle d’influenceur. Soutenu par Elon&amp;nbsp;Musk, il organise les plus grands rassemblements d’extrême-droite de la période moderne, avec 40 000, puis plus de 110 000&amp;nbsp;personnes dans les rues de Londres en septembre&amp;nbsp;2025. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Un autre rendez-vous de grande ampleur est prévu au mois de mai&amp;nbsp;2026. « &lt;i&gt;Avec nos contre-manifestations, on essaie de s’assurer qu’on ne laisse pas le racisme grandir et se solidifier. Une des premières choses à faire, c’est d’appeler les fascistes et les racistes par leur nom &lt;/i&gt;», souligne James&amp;nbsp;Eaden, la soixantaine. Directeur local du Trades Union Congress (TUC), la fédération des syndicats, il multiplie les allers-retours entre le cortège anti-raciste de Chesterfield et la police.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Une tradition britannique d’antifascisme&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Lui a rejoint le mouvement anti-raciste à la fin du siècle dernier. Mais la tradition britannique sur le sujet remonte à&amp;nbsp;1936, lorsque 100 000 à 300 000&amp;nbsp;personnes sont descendues dans les rues de l’East End de Londres pour faire barrage et empêcher un groupe fasciste d’y défiler – la mythique Battle of Cable Street. Depuis, d’autres succès ont consolidé le mouvement : la Battle of Lewisham, à la fin des années&amp;nbsp;1970, qui a empêché le National Front de parader dans le sud-est de Londres et a inspiré la création de l’Anti-Nazi League, ou encore les immenses concerts « Rock Against Racism », qui ont accueilli des têtes d’affiche d’envergure, comme The&amp;nbsp;Clash.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;James&amp;nbsp;Eaden remonte son keffieh et s’éloigne du bruit de la manifestation pour faire part de ses inquiétudes. S’il a longtemps été fier de la capacité des Britanniques à réagir, il doute aujourd’hui que ce soit suffisant : « &lt;i&gt;Notre culture anti-raciste est continuellement mise à l’épreuve – il faut sans cesse nous réinventer car de nouveaux défis émergent, surtout en période de crise sociale. Si le mouvement antiraciste est le bouclier qui nous protège contre l’extrême droite, il ne faut pas oublier les problèmes fondamentaux de pauvreté et d’instabilité auxquels sont confrontés les gens. La véritable réponse doit être politique, et radicale. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/ukantifa5_1774348583-png_1774348583-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Distribution de&amp;nbsp;tracts lors de la manifestation antiraciste à&amp;nbsp;Chesterfield.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Il s’interrompt alors que des anti-immigration tentent de contourner la police pour provoquer les anti-fascistes par l’arrière. Le ton monte. Un photographe présent dans le cortège en profite pour partager son scepticisme : « &lt;i&gt;Depuis le début des manifestations, ce que je vois, c’est plutôt des gens qui descendent se hurler dessus dans les rues parce que c’est cathartique, et parce que la vie ici &lt;/i&gt;[au Royaume-Uni]&lt;i&gt; est pourrie. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Cartographier l’extrême droite&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dès le début des années 2000, Nick&amp;nbsp;Lowles avait posé ce diagnostic en fondant Hope Not Hate (L’espoir, pas la haine - HNH), devenue la première organisation anti-raciste et antifasciste du Royaume-Uni. Le danger venait alors du British National Party (BNP), en pleine ascension dans des régions historiquement ancrées à gauche. Les premières analyses de HNH concernant les électeurs-types du BNP ont montré non seulement que leurs griefs étaient réels, mais que les diaboliser avait pour effet de renforcer leur colère. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Conscient que la montée des extrêmes est aussi motivée par la désillusion et la précarité économique, HNH mène depuis un travail d’analyse, d’infiltration et de campagnes ciblées à l’échelle locale. Chaque année, son rapport « State of Hate » (État des lieux de la haine) creuse les nouvelles logiques de l’extrême-droite.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Ce qu’il nous faut, c’est un effort communautaire, de gauche, qui rassemble les gens et améliore leurs conditions de vie à un moment où les loyers sont hors de prix, la nourriture chère, et où les salaires stagnent. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Patrik&amp;nbsp;Hermansson, un des enquêteurs de la structure, a mené plusieurs missions d’infiltration dans des groupes d’extrême-droite. Contacté par visio-conférence, depuis un lieu qu’il préfère garder secret, il explique que les deux défis actuels sont la normalisation de leurs idées, et l’origine de leurs financements. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Reform UK a notamment reçu 9&amp;nbsp;millions de&amp;nbsp;livres sterling (10,28&amp;nbsp;millions d’euros), la plus grosse somme jamais offerte par une personne vivante à un parti politique britannique, de la part d’un businessman installé en Thaïlande. « &lt;i&gt;On crée une cartographie de ces réseaux, en utilisant des sources ouvertes, les réseaux sociaux ou des fuites d’informations, pour prédire et comprendre le mouvement, et rester au plus près de ses changements &lt;/i&gt;», explique-t-il. En&amp;nbsp;2017, une des sources de HNH infiltrée dans un groupe néo-nazi alertait ainsi sur un complot visant à assassiner un député.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Jouer la carte de l’ultralocal&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La méthode de terrain a elle aussi porté ses fruits. Lorsque l’influenceur raciste Tommy&amp;nbsp;Robinson se présentait aux élections européennes de&amp;nbsp;2019, des centaines de milliers de flyers étaient envoyés aux foyers les plus à même de voter contre lui. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;À Long Eaton, distante d’une demi-heure de Chesterfield, une élection anticipée a remis en jeu un siège tenu par Reform UK. Jonny&amp;nbsp;Butcher, salarié de Hope Not Hate installé dans le Nord, a été chargé d’organiser en urgence une opération de tractage ciblée. Si le parti d’extrême droite a de nouveau gagné, son avance s’est réduite à une poignée de voix. « &lt;i&gt;On essaie de créer un modèle de mobilisation plus décentralisé, en donnant aux&lt;/i&gt; &lt;i&gt;citoyens les moyens de s’organiser, et de cibler les électeurs qui comptent le plus &lt;/i&gt;», souligne-t-il. Des données précises sur les habitants lui permettent en parallèle d’adapter ses messages à leur cible, pour faire mouche.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/ukantifa_1774348608-png_1774348608-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Un drapeau britannique de 30&amp;nbsp;mètres de long a&amp;nbsp;été hissé par le promoteur immobilier James&amp;nbsp;Holmes sur&amp;nbsp;la façade d’un ancien bâtiment municipal, à Chesterfield. Novembre 2025.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;« &lt;i&gt;On sait ce que les gens pensent des enjeux clefs, et qui sont les groupes les plus susceptibles de soutenir l’extrême droite,&lt;/i&gt; poursuit-il. &lt;i&gt;Un message qui trouve systématiquement un écho consiste à mettre en lumière le véritable bilan de Reform UK lorsqu’ils exercent le pouvoir. &lt;/i&gt;» Rappeler, par exemple, qu’un des élus de ce parti a voté pour la fermeture des cinq&amp;nbsp;centres de formation pour adultes du Derbyshire. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ailleurs, les tracts de NHN portent sur les droits des travailleurs, ou sur le soutien de l’extrême droite à des projets de fracturation hydraulique. « &lt;i&gt;Ça a un véritable impact auprès des électeurs &lt;/i&gt;», assure le militant. Pour&amp;nbsp;2026, année d’élections locales et de renouvellement des parlements gallois et écossais, l’enjeu est à nouveau de mobiliser en masse, tout en jouant la carte de l’ultra-local.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Une réponse politique&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dans une alcôve discrète d’un bar du centre de Londres, « Alex », qui ne dévoile pas sa véritable identité, raconte lui aussi son travail d’enquêteur bénévole auprès de Red Flare, une organisation fondée en 2020 par des activistes, journalistes et chercheurs impliqués dans le mouvement antifasciste. Eux ont choisi de se concentrer sur l’activité des suprématistes blancs du groupe Patriotic Alternative (PA) et de ses filiales, qu’ils suivent sur le long terme.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/ukantifa6_1774348654-png_1774348654-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Manifestantes antiracistes devant l’hôtel&amp;nbsp;Sandpiper, où séjournent des&amp;nbsp;demandeurs d’asile à Chesterfield, Royaume-Uni. Novembre 2025.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Red Flare a ainsi formé une trentaine de personnes pour documenter certains rendez-vous néonazis et collecter des données en ligne. Avec plusieurs succès : la mise en retrait de figures d’extrême droite, l’arrêt de la diffusion d’un podcast raciste… « &lt;i&gt;Notre fonction, c’est d’informer les mouvements sociaux,&lt;/i&gt; estime Alex. &lt;i&gt;Je nous vois comme une pièce d’un combat bien plus large. Comment affronter une organisation de la taille de Reform UK ? Comment contrer la montée du sentiment raciste – en partie produite par Tommy&amp;nbsp;Robinson, Nigel&amp;nbsp;Farage et le Labour &lt;/i&gt;[qui a pris une position très dure sur l’immigration, NDLR]&lt;i&gt;, mais qui est aussi une réaction à une vague de fond ? L’antifascisme n’est pas la réponse. Ce qu’il nous faut, c’est un effort communautaire, de gauche, qui rassemble les gens et améliore leurs conditions de vie à un moment où les loyers sont hors de prix, la nourriture chère, et où les salaires stagnent. On ne peut pas penser que parce qu’on a démasqué un sale type, l’extrême droite va s’effondrer : ça ne sera efficace que si des changements plus larges sont déjà en place dans le pays. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Lui regarde du côté de la politique, où certains semblent avoir pris la mesure de l’urgence. Il y a d’abord Jeremy&amp;nbsp;Corbyn, l’ancien chef du Labour, qui a lancé sa propre formation politique à l’été. Malgré les ratés et ses difficultés à s’entendre avec sa co-leader, plus de 600 000&amp;nbsp;personnes se sont inscrites pour recevoir des informations sur le mouvement dès la semaine suivant l’annonce. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Et parmi les déçus du gouvernement travailliste, de plus en plus se tournent vers Zack&amp;nbsp;Polanski, le nouveau chef des Verts qui entend mener un mouvement « éco-populiste », mettre fin à la timidité politique et proposer une alternative radicale. Comme Nick&amp;nbsp;Lowles, le fondateur de HNH, Zack&amp;nbsp;Polanski joue la carte de l’espoir plutôt que celle de la diabolisation des électeurs de l’extrême-droite. « Hope is Here » (L’espoir est là) est le dernier slogan de sa levée de fonds. Il a réussi, en quatre&amp;nbsp;mois, à faire de son parti la quatrième force politique du pays en termes d’intentions de vote.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Comme lui, une cinquantaine d’autres associations et célébrités ont identifié ce même besoin de réenchanter l’action collective, fixant la date du 28&amp;nbsp;mars pour défiler à leur tour en masse dans les rues de Londres. Un contrepied aux rassemblements de Tommy&amp;nbsp;Robinson, avec cette fois un message positif : « &lt;i&gt;Together&lt;/i&gt; » (ensemble). &lt;/p&gt;</content>
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		<title>PFAS, Acétamipride... 4 substances toxiques qui polluent nos corps et l&apos;environnement</title>
		<id>2113</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/glossaire-des-substances-toxiques-pfas-acetamipride-chlordecone-hexane-pesticides-chimiques"/>
		<published>2026-03-23T15:54:00+01:00</published>
		<summary>Et vous, quel est votre poison préféré ? De l&apos;Acétamipride au Chlordécone, découvrez notre dictionnaire des substances toxiques qui polluent les corps et l&apos;environnement.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/glossairetoxique_1774278155-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Acétamipride : l&lt;/b&gt;&lt;b&gt;’anti-ruches&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Sauvez les betteraves, tuez les insectes !&lt;/b&gt; Dans les années 1970, voyant que la nicotine faisait un excellent insecticide naturel, les géants de l’agrochimie l’ont clonée en ajoutant une dose de chlore pour innover un peu. Miracle ! Cette combinaison a fait littéralement disjoncter le cerveau des petites bêtes ! Les &lt;a href=&quot;https://www.epsiloon.com/tous-les-numeros/n52/l_histoire_eloquente_de_l_acetamipride/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;néonicotinoïdes&lt;/a&gt; étaient nés. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Une telle efficacité ne pouvait que les vouer au succès : leurs ventes atteignaient, en 2024, 5,3 milliards de dollars, une manne à partager entre quelques multinationales comme Bayer, Syngenta ou Nippon Soda. C’est cette dernière qui a introduit l’acétamipride en 1995. Son principal défaut ? Une attaque aveugle de la biodiversité, à commencer par les abeilles. L’hécatombe provoquée chez les butineurs – 300 000 ruches détruites par an –, &lt;a href=&quot;https://www.unaf-apiculture.info/nos-engagements/pesticides-et-ogm/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;dénoncée dès les années 2000 par les apiculteurs&lt;/a&gt;, ont amené à l’interdiction des néonicotinoïdes en France en 2018.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-74&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt; et sur abonnement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvn74produit_1771261050-png_1771261050-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;En 2025, le zélé sénateur Laurent Duplomb a bien tenté de faire réintroduire l’acétamipride en France. Raté : la proposition a mis d’accord, contre elle, le Conseil constitutionnel et deux millions de Français signataires d’une pétition retentissante. La substance reste cependant autorisée dans l’Union européenne jusqu’en 2033.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;PFAS : &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Les polluants éternels&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Pratiques, ces PFAS&lt;/b&gt; (substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées). Ils rendent tout résistant à la chaleur, à l’eau, à la graisse : poêles, emballages et même mascara. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Les entreprises états-uniennes Dupont et 3M ont senti le filon et ont inondé le marché dès les années 1950. Brassant des milliards, elles ont omis de préciser l’extrême toxicité et persistance de ces molécules – d’où leur surnom de « polluants éternels » – dont elles avaient connaissance dès 1970. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;À partir des années 2000, les habitants d’une ville de Virginie-Occidentale font éclater le scandale en traînant devant les tribunaux Dupont, &lt;a href=&quot;https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=269509.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;accusé de les avoir empoisonnés&lt;/a&gt;. Trop tard : ces molécules ont déjà contaminé la plupart des organismes vivants, jusqu’au sang humain. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;En 2025, après le travail acharné d’activistes, d’élus écolos et d’ONG (dont notamment Camille Étienne, Nicolas Thierry et Générations futures), une loi française limite enfin l’utilisation des PFAS et l’UE planche sur une restriction globale. Faudra-t-il encore qu’elle résiste aux assauts répétés des lobbyistes de géants de la chimie aussi puissants que BASF ou Syensqo (ex-Solvay) – respectivement 65,3 et 6,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024 –, &lt;a href=&quot;https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2025/01/15/pfas-comment-l-industrie-chimique-fait-derailler-l-interdiction-des-polluants-eternels_6500016_4355770.html&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;déterminés à faire capoter l’opération&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Chlordécone : &lt;/b&gt;&lt;b&gt;alias Kepone&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Comment empoisonner toute une population, mode d’emploi.&lt;/b&gt; Le &lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=nZKHpz22KeU&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;chlordécone&lt;/a&gt;, un insecticide utilisé en Martinique et en Guadeloupe, de 1972 à 1993 pour lutter contre un coléoptère dans les bananeraies, le charançon, est un cas d’école. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Il a été autorisé par Jacques Chirac qui, trop pressé de doper les profits des békés, ces descendants d’esclavagistes blancs propriétaires du foncier agricole, a, semble-t-il, oublié de lire la mention « toxique » associée au produit. Les alertes sur sa dangerosité n’ont pas manqué : &lt;a href=&quot;https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/221024/malcom-ferdinand-le-chlordecone-est-un-traceur-de-l-habiter-colonial&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;grève des ouvriers agricoles antillais&lt;/a&gt; en 1974, classification en « cancérogène possible » par l’OMS en 1979… &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Le chlordécone a finalement été interdit dans l&apos;Hexagone en 1990, mais seulement en 1993 dans les deux îles : l’État français a une conception bien à lui de l’égalité de traitement de ses citoyens. Résultat, plus de 90 % des populations guadeloupéenne et martiniquaise sont contaminées, entraînant une avalanche d’effets délétères sur la santé. La bataille judiciaire lancée en 2006 pour faire reconnaître ces préjudices est toujours en cours.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Hexane : &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Le solvant gourmet&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Vous reprendrez bien un filet de pétrole sur vos tomates ?&lt;/b&gt; L’utilisation, par l’industrie agroalimentaire, de l’hexane, un solvant pétrochimique qui permet de tirer jusqu’à la dernière goutte d’huile des graines de colza ou de tournesol, a longtemps été &lt;a href=&quot;https://www.editionsladecouverte.fr/de_l_essence_dans_nos_assiettes-9782348089121&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;un secret bien gardé&lt;/a&gt;. En 2025, des chercheurs, ONG et journalistes &lt;a href=&quot;https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/050325/dieppe-une-filiale-du-groupe-avril-et-son-sous-traitant-condamnes-pour-la-mort-de-deux-salaries&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;ont révélé le pot aux roses&lt;/a&gt; : des résidus de cette substance neurotoxique pourraient, au cours du procédé, contaminer l’aliment et se retrouver dans nos assiettes. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Un passager clandestin qui ne figure même pas sur l’étiquette. Le patron du syndicat majoritaire la FNSEA, Arnaud Rousseau, également président du géant des oléagineux Avril, dont les huiles sont dopées à l’hexane, aurait pu en toucher un mot. Avec un chiffre d’affaires de 7,7 milliards d’euros en 2024, pas sûr que le groupe veuille se passer de cet auxiliaire prisé par l’agrobusiness depuis les années 1930. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Son avantage ? Il n’est pas cher car issu du recyclage d’un déchet de l’essence – de vrais écolos ! Mais il est aussi inflammable et explosif ; il coûta la vie à deux travailleurs, lors d’un accident industriel, à Dieppe, en 2018. Après trente ans de léthargie, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a annoncé en 2024 réévaluer les risques liés à l’hexane… Les résultats se font toujours attendre. &lt;/p&gt;</content>
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		<title>Le retour du castor, ce libre ingénieur des cours d&apos;eau</title>
		<id>2112</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/castor-jumpers-ingenieur-cours-eau-benefices-ecosystemes"/>
		<published>2026-03-18T17:23:00+01:00</published>
		<summary>Longtemps chassé jusqu’à être menacé de disparition, le castor recolonise depuis un siècle l’Europe et l’Amérique du Nord. Son retour, s’il suscite des réticences, est plébiscité par certains territoires pour les immenses bénéfices que cet architecte des rivières apporte aux écosystèmes.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/castor74_1773851541-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;La nuit s’apprête à tomber sur le Rhône : une petite troupe de visiteurs en arpente sans un bruit les berges, au sud de Lyon, dans l’espoir – déçu ce soir-là – d’apercevoir un castor. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;C’est à cette heure-ci que l’animal part en quête d’écorces de saule et de peuplier. « &lt;i&gt;Regardez ces coulées, c’est lui qui les crée lors de ses allers-retours entre l’eau et la prairie&lt;/i&gt; », souffle Quentin Brunelle, dont l’association Des espèces parmi Lyon organise cette balade urbaine.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-74&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt; et sur abonnement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvn74produit_1771261050-png_1771261050-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Ces dernières décennies, le célèbre rongeur a repris ses quartiers dans de nombreuses villes et territoires de France et d’Europe. «&lt;i&gt; Présent sur le continent depuis une trentaine de millions d’années, il a connu une régression à mesure que l’humain s’est installé, jusqu’à disparaître quasi totalement de l’Europe vers 1900&lt;/i&gt; », précise Rémi Luglia&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, président de la Société nationale de protection de la nature (SNPN). D’abord chassé pour la viande, la fourrure et le castoréum&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, il est ensuite tué car perçu comme nuisible aux activités humaines, « &lt;i&gt;accusé de percer les digues et d’inonder les champs &lt;/i&gt;». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;En France, c’est au début du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle qu’il commence à être protégé sous l’impulsion d’une double dynamique de conservation scientifique et patrimoniale, puis réintroduit à partir de 1957 « &lt;i&gt;afin de faciliter son retour dans d’autres bassins versants que le Rhône, où il se concentrait &lt;/i&gt;». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;En croissance régulière depuis, la population de castors en France est estimée aujourd’hui entre 25 000 et 30 000 individus (selon les experts de l’Office français de la biodiversité, OFB), et privilégie les milieux humides : le long des cours d’eau, dans les lacs, les étangs, les marais…&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Ingénieur et bûcheron des écosystèmes&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La spécificité de ce rongeur est d’adapter son milieu à ses principaux besoins. D’abord, maximiser la ressource alimentaire de son foyer : outre les peupliers, les aulnes et les saules, le castor se nourrit aussi de plantes d’eau – nénuphars, roseaux ou lentilles d’eau. Ensuite, maintenir sa hutte entre 50 et 60 centimètres minimum sous l’eau pour mettre en sécurité sa famille. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ce modelage du milieu qu’il habite prend deux formes principales et a des effets qui dépassent largement son intérêt propre. La plus connue et la plus marquante est «&lt;i&gt; la construction de barrages sur les cours d’eau, qui sert à augmenter le niveau en amont afin de maintenir l’entrée du terrier sous l’eau et faciliter ses déplacements pour aller chercher sa nourriture plus loin &lt;/i&gt;», explique Yohann Bressan, de l’OFB. En effet, cet animal semi-aquatique à l’«&lt;i&gt; encombrante croupe &lt;/i&gt;» qui se balance « &lt;i&gt;maladroitement&lt;/i&gt; » n’est « &lt;i&gt;assurément pas adapté aux déplacements terrestres &lt;/i&gt;»&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ses barrages, en ralentissant la vitesse d’écoulement, contribuent à diversifier la faune et la flore des cours d’eau et de leurs berges. En inondant ces dernières, il permet notamment une infiltration de l’eau dans les sols. Son autre grande action tient à son alimentation végétarienne, qui en fait un véritable bûcheron, grâce à «&lt;i&gt; ses dents orangées renforcées en fer, capables d’abattre des troncs jusqu’à un mètre de diamètre &lt;/i&gt;», explique Quentin Brunelle en désignant, sur les bords de Rhône à Lyon, une trogne de peuplier crénelée par deux belles traces d’incisives.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il est ainsi capable de «&lt;i&gt; recréer des clairières, rajeunir la ripisylve&lt;/i&gt; (la forêt de bord de cours d’eau, NDLR) &lt;i&gt;et donc stimuler la pousse, ce qui a aussi des effets sur la dynamique du milieu en bordure du cours d’eau, et d’autant plus s’il intervient sur des milieux très modifiés, dégradés et endigués &lt;/i&gt;», ajoute Yohann Bressan. Bâtisseur, architecte, ingénieur, l’influence vertueuse qu’il a sur son milieu vaut de nombreux surnoms à cette espèce « clé de voûte ». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le philosophe &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/auteur/baptiste-morizot&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Baptiste Morizot&lt;/a&gt;, qui l’a mis au centre de sa pensée sur les rivières, en parle comme d’un « &lt;i&gt;parfait ambassadeur du mutualisme multi-espèces &lt;/i&gt;» : « &lt;i&gt;La quasi-totalité des espèces qui habitent les fonds de vallée et les rivières ont co-évolué depuis des millions d’années avec les castors. Par définition, cela veut dire que ces formes de vie prospèrent mieux à partir du moment où le castor est là&lt;/i&gt; »&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Un allié libre et controversé&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La découverte de ces innombrables bénéfices a mené l’intérêt pour cette espèce bien au-delà du simple enjeu de sa conservation. Dans son rapport de 2022 sur l’adaptation au changement climatique, le GIEC préconise la collaboration avec elle comme l’une des solutions fondées sur la nature les plus efficaces. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En réhydratant les territoires, le castor favorise leur résilience vis-à-vis des inondations et de la sécheresse, mais aussi des incendies : aux États-Unis, une étude comparative&lt;b&gt;&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; a montré que dans les zones touchées par des feux, la végétation était trois fois moins affectée lorsque le castor était présent. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En France, l’intérêt pour l’animal mène de plus en plus de collectivités à l’attirer ou bien à l’imiter avec des ouvrages qui s’en inspirent. L’association Des espèces parmi Lyon installe des aménagements relais au ras de l’eau pour favoriser «&lt;i&gt; la pousse de plantes de zones humides&lt;/i&gt; » et sur lesquels « &lt;i&gt;sont installées directement une cinquantaine de boutures de saule et de peuplier afin de recréer un vrai garde-manger pour le castor&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Mais la réputation de nuisible du castor a la peau dure et le retour de l’animal se heurte à des réticences : à Lyon, il a même fédéré des riverains mécontents au sein d’un « comité anti-castor ». Parmi les craintes qu’il suscite : ses pressions – fantasmées – sur la ressource en poissons et en crustacés, alors qu’il est strictement herbivore, ou bien sa potentielle prolifération, alors même que «&lt;i&gt; cette espèce est très territoriale &lt;/i&gt;», explique Yohann Bressan. «&lt;i&gt; Il vit en petits groupes familiaux de quatre à six individus : un couple à vie accompagné des jeunes de l’année et éventuellement de l’année précédente, qui sont ensuite expulsés de la zone. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Mais c’est en milieu agricole que la cohabitation engendre le plus de contestation : en effet, reconnaît Rémi Luglia, «&lt;i&gt; le castor est un personnage assez libre, qui, lorsqu’il arrive quelque part, fait un peu ce qu’il veut &lt;/i&gt;». L’inondation de terres peut engendrer des pertes de surface et son alimentation peut grignoter la ressource en bois. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Dans la Drôme, le GAEC de Montlahuc a pourtant choisi de laisser l’animal coloniser des bouts de parcelle, explique Marc-Antoine Forconi, l’un des agriculteurs. « &lt;i&gt;Au milieu d’une prairie sèche, il a créé la première année un petit fossé avec de la terre et de la boue, qui traversait la parcelle. L’année suivante, avec les pluies, cela a rempli 2 000 m2 de surface, créant une retenue d’eau : le ruisseau qui était temporaire à côté est devenu permanent et cela a fait apparaître quelque 300 peupliers, saules, ainsi que d’autres espèces qui génèrent de l&apos;humidité : en trois ans, il a réhydraté le paysage de façon spectaculaire. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;L’argument est aussi économique : en République tchèque, huit castors ont fait la une en construisant un barrage en quelques jours dans une zone naturelle protégée&lt;b&gt;&lt;sup&gt;6&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, économisant ainsi à une commune tchèque un million d’euros d’aménagements prévus. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;À l’échelle de la France, différents acteurs (OFB, SNPN, Dreal Grand Est, Société française pour l’étude et la protection des mammifères…) travaillent actuellement à l’élaboration d’un plan national d’action autour du castor afin de mettre en œuvre les conditions d’une bonne cohabitation entre l’humain et le castor : il s’agit, explique Rémi Luglia, qui y participe, d’« &lt;i&gt;accompagner et d’indemniser les communautés humaines, en particulier les agriculteurs, affectées par l’action des castors &lt;/i&gt;». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p4&quot;&gt;Mais aussi et surtout « &lt;i&gt;de changer de perspective sur cette nature libre et spontanée afin de lui laisser la place de s’exprimer &lt;/i&gt;». Car, insiste Baptiste Morizot, «&lt;i&gt; il ne faut pas s’arrêter aux illusions superficielles. L’originalité du castor tient à ce que ses nuisances sont spectaculaires et très locales alors que ses bienfaits sont invisibles et mille fois supérieurs &lt;/i&gt;». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;br&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Auteur de &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.quae.com/produit/1867/9782759238859/vivre-en-castor&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Vivre en castor. Histoires de cohabitations et de réconciliation&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, éditions Quæ, 2024.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; Substance sécrétée par des glandes situées près de l’anus du castor et notamment utilisée dans les parfums.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3.&lt;/b&gt; Ben Goldfarb, &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://actes-sud.fr/catalogue/leffet-castor-les-lecons-dun-batisseu-020443&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;L’Effet castor. Les leçons d’un bâtisseur du monde&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, Actes Sud, 2026.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4.&lt;/b&gt; « &lt;a href=&quot;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/la-terre-au-carre-du-mardi-13-juin-2023-6245856&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Le castor et l’amnésie environnementale&lt;/a&gt; »,  &lt;i&gt;La Terre au carré&lt;/i&gt;, France Inter, 13 juin 2023.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;5.&lt;/b&gt; Emily Fairfax et Andrew Whittle, « &lt;a href=&quot;https://esajournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/eap.2225&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Smokey the beaver: beaver-dammed riparian corridors stay green during wildfire throughout the western USA&lt;/a&gt; », &lt;i&gt;The Bulletin of the Ecology Society of America&lt;/i&gt;, nº 102, janvier 2021.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;6.&lt;/b&gt; « &lt;a href=&quot;https://aopk.gov.cz/web/en/-/beavers-save-governments-money&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;How can beavers save government’s money&lt;/a&gt; », Agence de protection de la nature de la République tchèque, 11 février 2025.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Paléolibertariens : l’ultracapitalisme autoritaire</title>
		<id>2111</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/paleolibertarisme-definition-ultracapitalisme-autoritaire-javier-milei"/>
		<published>2026-03-18T17:10:00+01:00</published>
		<summary>Quels mots mettre sur ce qui nous arrive politiquement ? La mobilisation de masse des affects racistes, le renouveau de la pensée réactionnaire, le durcissement autoritaire du pouvoir convoquent inévitablement les fantômes des « heures sombres » de l’histoire européenne. Mais si quelque chose des fascismes historiques est de retour, c’est bien dans le monde de 2026, celui du capitalisme néolibéral, des infrastructures numériques, des arènes virtuelles et du réchauffement climatique. Technofascisme, paléolibertariens, fascisme fossile… Néologismes et nouveaux concepts fleurissent pour nommer les monstres politiques qui émergent dans le clair-obscur de notre époque. Socialter propose un glossaire pour mettre les bons mots sur les mutations contemporaines des droites extrêmes.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/mileipaleolibertarisme_1773850571-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Malgré ce que peut laisser penser leur nom, les « paléolibertariens », ou libertariens autoritaires, n’ont rien d’une espèce idéologique disparue. Très vivace outre-Atlantique, ce courant d’idées dont se réclame par exemple le président argentin Javier Milei, sacralise la propriété privée et affiche une hostilité viscérale à l’égard de l’État, le tout mêlé à un très fort conservatisme social. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Sa figure tutélaire est l’économiste « anarcho-capitaliste » Murray Rothbard (1926-1995), défenseur d’une société capitaliste débarrassée des institutions démocratiques. « &lt;i&gt;Dans son monde idéal,&lt;/i&gt; explique l’historien &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/quinn-slobodian-capitalisme-de-l-apocalypse-trump-alt-right-libertariens&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Quinn Slobodian&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;les contrats remplaceraient les constitutions et les gens cesseraient d’être des citoyens pour n’être que les clients de différents prestataires de services. Le monde dont il rêve est une anti-république, où toute trace de souveraineté populaire aurait été effacée.&lt;/i&gt; »&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&amp;tit_code=CVOqtZfMye8%3d&amp;PAR_CODE=nYAbzhg8%2fV4%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/hors-serie-numero-20-socialter-salome-saque-resister-aux-nouveaux-fascismes&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/hs20couvproduit_1769698793-png_1769698793-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;À cet ultralibéralisme radical se mêle chez les paléolibertariens une valorisation des hiérarchies « naturelles », à tendance eugéniste, voire un racisme décomplexé. Dans les années 1980-1990, Murray Rothbard et son proche collaborateur Llewellyn Rockwell ont en effet œuvré à débarrasser le mouvement libertarien des tendances libertaires des années 1960 et à en éloigner «&lt;i&gt; les hippies, les drogués et les athées antichrétiens militants&lt;/i&gt; »&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Car à leurs yeux, la famille, l’Église et la communauté locale, conçue comme homogène racialement, doivent être les piliers de la future société sans État. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Ces positions ont amené Rothbard à frayer sans problème avec l’extrême droite raciste « néo-confédérée » du sud des États-Unis. Après sa mort en 1995, un autre de ses  protégés, Hans-Hermann Hoppe, a repris le flambeau et est devenu une icône de l’extrême droite américaine grâce à un livre imprégné de conceptions eugénistes et clairement autoritaires, intitulé &lt;i&gt;Democracy: The God That Failed&lt;/i&gt; (2001) (Démocratie : le dieu qui a échoué). Il y défend l’idée que le suffrage universel, non seulement prive les sociétés de leurs « élites naturelles », mais encourage le développement de l’État providence, ce qui permet la reproduction des « moins aptes ». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Une conséquence dommageable à ses yeux d’un point de vue génétique… Enfin, bien qu’ils aient constamment le mot « liberté » à la bouche, les libertariens autoritaires comme Hoppe ne cachent par leur aversion violente à l’égard des mouvements de gauche. « &lt;i&gt;Il ne saurait y avoir de tolérance envers les démocrates ou les communistes au sein d’un ordre libertarien,&lt;/i&gt; écrit ainsi Hoppe. &lt;i&gt;Il leur faudra être physiquement séparés et expulsés de la société&lt;/i&gt; »&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Une rhétorique brutale que l’on retrouve dans la bouche de certains dirigeants. À Davos, en 2025, le président Javier Milei déclarait que «&lt;i&gt; l’Argentine&lt;/i&gt; (avait) &lt;i&gt;été infectée par le socialisme pendant trop longtemps&lt;/i&gt; », affirmant son intention de « &lt;i&gt;démanteler l’édifice idéologique du wokisme maladif &lt;/i&gt;». Une fois au pouvoir, le super-héros libertarien&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; n’a en rien renoncé à la violence verbale, traitant volontiers ses opposants de «&lt;i&gt; gauchistes de merde&lt;/i&gt; » ou de « &lt;i&gt;fils de pute&lt;/i&gt; ». Une hostilité et des déclarations lourdes de sens dans un pays qui a connu, de 1976 à 1983, une dictature militaire d’extrême droite dont les persécutions politiques ont fait 30 000 morts ou disparus.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt; &lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;&lt;i&gt;Le Capitalisme de l’Apocalypse&lt;/i&gt;, éditions du Seuil, 2025.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2. &lt;/b&gt;Llewellyn Rockwell, cité par Quinn Slobodian, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3. &lt;/b&gt;Hans-Hermann Hoppe, cité par Quinn Slobodian, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4. &lt;/b&gt;Avant son élection, Milei s’était affiché déguisé en « Général AnCap », un super-héros « anarcho-capitaliste ».&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Eaux vives. Pour une hydrologie régénérative </title>
		<id>2110</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/eaux-vives-pour-une-hydrologie-regenerative-charlene-descollonges"/>
		<published>2026-03-18T11:34:00+01:00</published>
		<summary>Découvrez notre recension de « Eaux vives. Pour une hydrologie régénérative » de Charlène Descollonges chez Actes Sud.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/eauxvives_1774264807-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Après son guide pratique &lt;i&gt;Agir pour l’eau&lt;/i&gt; (Tana, 2024) à destination des citoyens, l’ingénieure hydrologue Charlène Descollonges – également cofondatrice de l’association Pour une hydrologie régénérative (&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/eau-secheresse-solution-hydrologie-regenerative&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;lire &lt;/a&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/eau-secheresse-solution-hydrologie-regenerative&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Socialter &lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/eau-secheresse-solution-hydrologie-regenerative&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;n&lt;/a&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/eau-secheresse-solution-hydrologie-regenerative&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;o&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/eau-secheresse-solution-hydrologie-regenerative&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt; 66&lt;/a&gt;) – signe un nouvel essai, à la fois concis et précis. Une manière de diffuser les avancées scientifiques sur les cycles de l’eau et tenter de modifier notre relation à cette précieuse ressource. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Car si nous entretenons « &lt;i&gt;un rapport de domination et d’hyper-contrôle sur l’eau douce &lt;/i&gt;» qui altère les cycles de l’eau – et participe à l’augmentation des inondations et des sécheresses –, une autre voie existe : celle de l’hydrologie régénérative, qui propose, pour lutter contre ces phénomènes, de «&lt;i&gt; cultiver l’eau &lt;/i&gt;» et régénérer ses cycles.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;https://actes-sud.fr/catalogue/eaux-vives-020467&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Eaux vives&amp;nbsp;&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;https://actes-sud.fr/catalogue/eaux-vives-020467&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Pour une hydrologie régénérative&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;Charlène Descollonges&amp;nbsp;&lt;/b&gt;Actes Sud, coll. « Domaine du possible » → février 2026 - 224 pages - 12 €&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Accès aux droits sociaux : À Douarnenez, une coopérative contre les galères administratives</title>
		<id>2109</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/douarnenez-cooperative-pour-acces-aux-droits-sociaux-caf-aides-sociales-maison-solidaire-kermarron"/>
		<published>2026-03-16T15:58:00+01:00</published>
		<summary>Ateliers numériques, espaces de dialogue avec la CAF : la coopérative d’accès aux droits de Douarnenez (Finistère) s’appuie sur l’expérience des usagers et des professionnels de terrain pour lutter contre le non-recours aux droits sociaux.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/cooperativeadmin_1773830532-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Jérôme, entouré de ses sacs cabas, patiente sur une chaise qui a vu défiler beaucoup de soucis. Ceux qui l’ont amené à pousser la porte de la Maison solidaire Kermarron à Douarnenez, dans le Finistère, sont du genre sérieux. À la suite d’un contrôle, son RSA a été suspendu il y a huit&amp;nbsp;mois. Sans ressources, il s’est vite retrouvé sans abri si ce n’est une tente posée dans un coin de cette petite ville bretonne. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Pour autant, il rechigne à se présenter à la permanence hebdomadaire de la CAF dans sa ville. «&lt;i&gt; J’ai de l’appréhension à y aller parce que parfois ils me jugent, comme quoi j’ai du mal à faire mes papiers.&lt;/i&gt; » Il décrit le stress ressenti à chaque rendez-vous, l’impression de devoir prouver sa bonne foi. « &lt;i&gt;Ici c’est beaucoup plus convivial, on boit un café, on rigole ensemble. &lt;/i&gt;» Une tasse fumante dans la main, il attend que Mathilde, employée de ce centre social ouvert dans ce quartier populaire en&amp;nbsp;1973, le reçoive pour tenter de débloquer sa situation.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt;&amp;nbsp;et librairie et&amp;nbsp;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-74&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt;&amp;nbsp;et sur abonnement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvn74produit_1771261050-png_1771261050-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Seul un discret écriteau flanqué du drapeau bleu-blanc-rouge posé contre une plante verte à l’entrée du centre social permet de savoir que ce que tout le monde appelle ici « le bureau de Mathilde », autrement dit, en langage officiel, un « Espace France services (EFS) ». Pour pallier la dématérialisation (lire &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/villeurbanne-droit-au-non-numerique-demarches-services-publics-accessibles&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Socialter&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/villeurbanne-droit-au-non-numerique-demarches-services-publics-accessibles&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt; n&lt;/a&gt;&lt;sup&gt;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/villeurbanne-droit-au-non-numerique-demarches-services-publics-accessibles&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;o&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/villeurbanne-droit-au-non-numerique-demarches-services-publics-accessibles&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt; 73&lt;/a&gt;) et la fermeture de nombreux guichets publics, les préfectures encouragent à ouvrir un peu partout ces « guichets multi-services », où une personne peut vous aider à faire vos démarches en lien avec une dizaine d’institutions. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le bureau de Mathilde est la porte d’entrée principale de la coopérative d’accès aux droits, une initiative lancée par le centre social en&amp;nbsp;2020 pour faire face à la détresse administrative et sociale d’un nombre croissant d’habitants. On y vient de tout Douarnenez pour résoudre les « galères », comme on les appelle ici : une allocation qu’on ne touche plus, un dossier retraite qu’on n’arrive pas à remplir ou encore un trop-perçu réclamé par la CAF. Tous les habitués du centre social, réunis ce jour-là autour d’un plateau de Scrabble et d’une assiette de madeleines, ont dû batailler pour obtenir ou préserver des droits à un moment de leur vie. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Et face aux difficultés, parfois, certains ont laissé tomber. Le&amp;nbsp;fait de trouver du soutien dans un lieu où ils ont leurs habitudes lève un des freins à l’accès au droit. C’est le cas de Didier, 55&amp;nbsp;ans. En fréquentant le lieu pour échapper à la solitude depuis son divorce, il&amp;nbsp;a&amp;nbsp;découvert qu’il était éligible à un tarif réduit pour le train et a pu ainsi partir en vacances quelques jours l’été dernier.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/cooperativeadmin2_1773830544-png_1773830544-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Les Caflab, rencontres entre techniciens de la CAF et habitants ont permis quelques petites victoires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Au niveau national, le taux de non-recours aux prestations sociales (comme le minimum vieillesse, le RSA ou la prime d’activité) oscille entre 30 % et 40 % en moyenne, selon la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees)&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Dématérialisation, fermeture des guichets, absence d’information, contrôles intrusifs, discours stigmatisants sur l’« assistanat », complexité des démarches, etc. : nombreuses sont les raisons qui poussent les plus précaires à rester éloignés de leurs droits. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;François&amp;nbsp;Sorin, chargé de recherche à Askoria (école de formation en travail social), fait partie d’une équipe universitaire qui suit la coopérative d’accès aux droits depuis plusieurs années. Il défend la pertinence de dispositifs de lutte contre le non-recours dans des espaces de vie comme les centres sociaux. «&lt;i&gt; Ici, l’aide vient des pairs. On ne demande pas l’aumône, on reçoit de l’aide par réciprocité dans un lieu que l’on contribue à faire vivre. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Compagnons de galère&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Tous les mardis après-midi, les tables de la salle d’activité se couvrent d’ordinateurs et de tasses de café à l’occasion de l’« atelier d’entraide numérique et administrative », une autre facette de la coopérative d’accès aux droits. Des bénévoles accompagnent celles et ceux qui sont largués dans l’océan numérique. Et ils sont nombreux dans cette ville à la population vieillissante et aux revenus plus faibles qu’au niveau national&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Mais comment toucher les personnes qui ne fréquentent pas la Maison solidaire ? C’est le défi que tentent de relever les bénévoles réunis au sein du « groupe d’habitants » de la coopérative, un rendez-vous hebdomadaire pour favoriser l’entraide et l’auto-organisation des personnes concernées par les difficultés d’accès aux droits.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Après plusieurs mois de réflexion et de préparation, le groupe d’habitants, en compagnie de professionnels de la CAF, de la CPAM (Caisse primaire d’assurance maladie) ou encore de France Travail, s’est déplacé quotidiennement pendant près d’un&amp;nbsp;mois sur des marchés ou devant des écoles de Douarnenez ou de villages alentour. Donner la confiance aux habitants pour exposer leurs difficultés dans l’espace public n’a pas été chose aisée. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais l’équipe de bénévoles avait quelques arguments : « &lt;i&gt;On ne partait jamais sur le terrain sans les crêpes et le café &lt;/i&gt;», souligne Céline, qui a elle-même trouvé de l’aide auprès de la Maison solidaire quand elle est arrivée à Douarnenez dans une « &lt;i&gt;situation catastrophique &lt;/i&gt;». Elle cherche aujourd’hui à rendre la pareille et faire partager son expérience. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Assise à une table du centre social, Sylviane, une autre bénévole, fait ressurgir le dispositif sous mes yeux en le dessinant dans les airs avec ses mains. « &lt;i&gt;On&amp;nbsp;installait un mur de paroles sur lequel les gens pouvaient exprimer leur griefs par rapport à leurs problèmes particuliers, ça nous permettait de rentrer en lien avec eux. Puis on dirigeait les personnes dans un grand camion aménagé où elles pouvaient exposer leur situation concrète à l’administration concernée.&lt;/i&gt; » Elle partage ses souvenirs avec précaution, en soupesant chaque mot, comme on manipule un objet précieux qu’on craint d’abîmer.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Céline évoque une rencontre sur un marché qui l’a particulièrement marquée. « &lt;i&gt;C’est une dame avec son bébé qui se demandait ce qu’on faisait mais qui n’osait pas approcher. Elle m’a expliqué qu’elle avait eu un chèque de 200&amp;nbsp;euros de sa famille pour son anniversaire. Elle ne l’avait pas déclaré et son RSA était coupé depuis cinq&amp;nbsp;mois. On l’a mise en lien avec la CAF et elle a pu récupérer immédiatement ses droits. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Elle revendique une autre avancée au sujet d’un frein fréquent à l’accès aux droits : le cloisonnement entre les administrations, qui ne communiquent pas et se renvoient la balle, laissant l’usager sans solution. « &lt;i&gt;Grâce à notre campagne, deux intervenantes de la CAF et de la CPAM se sont mises en relation et maintenant, elles s’appellent quand il y a un dossier qui bloque. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Valérie, travailleuse sociale au sein d’une institution départementale&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, confirme : «&lt;i&gt; Chaque fois qu’on fait une démarche vers une autre institution, on doit demander l’autorisation à notre responsable qui demande l’autorisation à son supérieur. Maintenant on s’appelle directement quand il y a besoin. &lt;/i&gt;» Elle pointe un autre aspect positif de cette campagne d’accès aux droits : «&lt;i&gt; Ça&amp;nbsp;permet à certains usagers d’aller à l’EFS plutôt que dans une institution. C’est moins stigmatisant. &lt;/i&gt;» En raison de la diminution des effectifs, elle ne peut plus accompagner une partie des usagers. Pour certaines démarches comme la création de boîte mail ou la récupération de mot de passe, elle les oriente vers la coopérative.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Bricoler les institutions&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Rémi Garreau, coordinateur de la coopérative, en parle comme d’un moyen de passer « &lt;i&gt;des galères individuelles à la solidarité collective &lt;/i&gt;». Et pas seulement sur des questions administratives. À&amp;nbsp;une mère de famille qui se plaignait, au détour d’une discussion, d’être sans chauffage depuis un mois, il glisse : « &lt;i&gt;Passe vendredi à l’assemblée communautaire&lt;/i&gt; [espace d’auto-organisation de la Maison solidaire].&lt;i&gt; Dans l’immeuble d’à côté, ils ont récupéré le chauffage suite à une pétition.&lt;/i&gt; »&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/cooperativeadmin3_1773830584-png_1773830584-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Crêpes&amp;nbsp;et café, ingrédients essentiels sur le&amp;nbsp;terrain.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La coopérative d’accès au droit n’ambitionne pas seulement de lutter contre le non-recours en favorisant l’implication des premiers concernés. «&lt;i&gt; On veut transformer les institutions et bricoler notre rapport au service public en partant de nos expériences &lt;/i&gt;», lance Rémi, en évoquant notamment les « Caflab ». Il s’agit de rencontres régulières entre des techniciens de la CAF et des habitants dans les locaux du centre social autour de sujets «&lt;i&gt; en dehors des cases&lt;/i&gt; », explique-t-il, comme le calcul des pensions alimentaires, ou le versement d’allocation à une seule personne dans un couple, ce qui produit de la dépendance économique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pour que ces rendez-vous prennent un tour concret, les membres de la coopérative ont demandé à s’entretenir ensuite avec des personnes décisionnaires sur le sujet au niveau national. Et la coopérative a obtenu quelques petites victoires. Les Caflab ont ainsi conduit la CAF à modifier les courriers envoyés en cas de trop-perçu. « &lt;i&gt;Leurs courriers pouvaient stresser et sonner comme des menaces. Il n’y avait pas d’explication. Ils avaient une connotation qui soupçonnait la personne de fraude alors qu’en général, ce n’est pas le cas &lt;/i&gt;», témoigne Sylviane.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Contexte hostile&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Les allocataires du RSA dans le Finistère doivent aussi composer avec un contexte local particulièrement défavorable. Selon François&amp;nbsp;Sorin, «&lt;i&gt; il y a dans le département une volonté politique ferme et affichée de diminuer le nombre de bénéficiaires du RSA en alliant une série d’incitations au retour vers les métiers en tension et des contrôles diligentés par le conseil départemental qui s’ajoutent à ceux réalisés par la CAF et France Travail &lt;/i&gt;». Sans surprise, le nombre d’allocataires est passé de 18 000 au début du mandat en&amp;nbsp;2022 à 13 500&amp;nbsp;aujourd’hui.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Marie-Pierre, membre du groupe d’habitants, est bien consciente des limites de leur démarche dans un contexte où les droits sociaux sont constamment sous pression au nom de la dette ou de l’économie de guerre. «&lt;i&gt; On peut voir tout ça comme un faire-valoir. La CAF fait des réunions avec nous et dans le même temps ils suppriment des postes. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais cette militante expérimentée se rassure en soulignant que la coopérative, en rappelant aux personnes qu’elles ont des droits, les encourage à les défendre : « &lt;i&gt;Ce qu’on fait permet des choses qui vont rester dans le temps. Ça casse l’isolement. Quand ta voix est entendue, ça donne un sentiment de légitimité et de dignité. Ça rend fort. &lt;/i&gt;» Une force collective qu’il faudra cultiver pour faire face aux galères qui s’amoncellent à l’horizon. &lt;/p&gt;</content>
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		<title>Marlène Benquet : « Une partie des milieux d’affaires considère qu’il est temps de changer de régime politique. »</title>
		<id>2108</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/marlene-benquet-milieux-d-affaires-extreme-droite-collaboration-economie-deregulation"/>
		<published>2026-03-16T12:23:00+01:00</published>
		<summary>Rares étaient les patrons ou dirigeants financiers prêts à s’afficher aux côtés de Donald Trump ou du RN il y a encore dix ans. Ces réticences semblent aujourd’hui bien lointaines. Une partie des milieux d’affaires, et notamment des gérants de fonds d’investissement, font désormais la courte échelle aux droites extrêmes, espérant obtenir en échange des mesures de dérégulation favorables à leurs affaires. La sociologue et politiste Marlène Benquet analyse ce glissement, qui se déroule sous nos yeux.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/marlenebenquet_1773666567-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Vous décrivez dans votre livre une véritable scission idéologique en cours au sein du « grand capital ». D’un côté, on trouve des partisans du statu quo politique, et de l’autre de nouveaux acteurs financiers au pouvoir croissant, la « seconde finance » (ou &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;alt-finance&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;), en rupture avec l’agenda néolibéral. Pouvez-vous en dire plus sur la vision de ces derniers ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il faut d’abord rappeler que le régime politique néolibéral, c’est une certaine manière de mettre en ordre le capitalisme, c’est-à-dire un narratif, qui a été dominant en France des années 1970 aux années 2010. Il s’organise autour de la libre concurrence, de la liberté de circulation des capitaux et des marchandises, mais aussi des humains, en tout cas ceux des pays du Nord. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il promeut l’idée que les sociétés doivent être ouvertes et démocratiques pour que se développent l’innovation et la croissance économique. Cette ligne a été le fond commun de la plupart des partis de gouvernement en France dans les dernières décennies.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;i&gt;Entretien issu de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&amp;tit_code=CVOqtZfMye8%3d&amp;PAR_CODE=nYAbzhg8%2fV4%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/hors-serie-numero-20-socialter-salome-saque-resister-aux-nouveaux-fascismes&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/hs20couvproduit_1769698793-png_1769698793-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais depuis les années 2000, et notamment depuis la crise financière de 2008, un narratif concurrent est apparu : il promeut des régimes politiques libertariens sur le plan économique, mais conservateurs sur les plans sociaux et politiques, et même méfiants vis-à-vis des démocraties libérales. Ce narratif décrit la société néolibérale comme un monde menacé et fracturé, dont il faudrait restaurer l’harmonie en s’appuyant sur les valeurs traditionnelles de force, de loyauté, de famille et de hiérarchie. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En matière économique, il défend une liberté individuelle absolue : chacun devrait prendre en charge sa propre vie, y compris en matière de formation, de santé, de vieillesse, et défendre les siens, sans aucune aide étatique.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ces deux lignes politiques correspondent à des approches différentes de la place de la finance dans nos sociétés. Dans le monde néolibéral, la référence centrale est le marché : l’État doit se porter garant de la libre concurrence. Dans le monde libertarien autoritaire, les marchés financiers sont secondaires. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Les acteurs de cette « seconde finance » recherchent avant tout la possibilité de transformer de nouveaux biens en actifs financiers, mais aussi de négocier avec l’État des positions de quasi-monopole et de lui déléguer une part des risques. Ce modèle politique prône aussi la distance vis-à-vis des organisations supranationales (UE, Fonds monétaire international, ONU, Organisation mondiale du commerce…).&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;La division politique croissante au sein du monde des affaires s’explique selon vous par des divergences d’intérêts. &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Pouvez-vous revenir sur la distinction que vous faites entre « première » et « seconde » finance ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;J’appelle « première finance » les deux grands secteurs de la banque et de l’assurance, qui collectent l’épargne des ménages et ont pris de l’ampleur depuis les années 1970. Mais à partir des années 2000 et notamment de la crise de 2008, d’autres acteurs financiers se sont développés, qui forment la « seconde finance ». Il s’agit des fonds d’investissement en &lt;i&gt;private equity&lt;/i&gt;, des &lt;i&gt;hedge funds&lt;/i&gt;, des fonds à impact ou encore des fonds d’infrastructure.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ces financiers ont en commun d’investir des capitaux qu’ils ne possèdent pas. Des collecteurs d’épargne leur confient de l’argent, et ils investissent dans des actifs qui jusqu’ici échappaient aux logiques financières : les petites et moyennes entreprises, l’immobilier, les infrastructures, des actifs naturels ou des produits financiers dérivés. Ils géraient en France 4 589 milliards d’euros d’actifs en 2024.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ces acteurs cherchent le soutien direct des États pour mettre la main sur de nouveaux actifs comme les infrastructures et craignent toutes les formes de réglementation, notamment environnementales.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Private equity&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt; et &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;hedge funds&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Les fonds d’investissement font partie des acteurs d’intermédiation non bancaire : ils financent l’économie sans passer par les banques classiques. Le capital-investissement, ou &lt;i&gt;private equity&lt;/i&gt; en anglais, consiste à investir dans une société non cotée, souvent avec un rôle de conseil stratégique auprès de ses dirigeants. L’investisseur se rémunère avec une plus-value lors de la revente de ses parts.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Un &lt;i&gt;hedge fund&lt;/i&gt; est un type particulier de fonds d’investissement. Selon la Banque de France, « &lt;i&gt;“&lt;/i&gt;hedge&lt;i&gt;” signifie littéralement “couverture”, c’est-à-dire le fait de se prémunir du risque associé aux fluctuations des prix sur les marchés. Pourtant, dans les faits, les gestionnaires de &lt;/i&gt;hedge funds&lt;i&gt;, d’ailleurs nommés fonds spéculatifs en français, disposent d’une grande liberté d’investissement et (...) utilisent des stratégies et outils souvent plus risqués que les fonds d’investissement classiques. Leur incidence sur la stabilité financière et leur impact sur les marchés financiers font l’objet d’un débat. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Pourquoi une partie du milieu de la finance est-elle en rupture avec le néolibéralisme, qui semble pourtant largement favorable aux détenteurs du capital ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il y a en effet quelque chose de bizarre à voir des acteurs financiers se détourner du néolibéralisme. La finance a largement bénéficié depuis la fin des années 1970 de l’arrivée au pouvoir de gouvernements d’inspiration néolibérale dans les pays du Nord – Thatcher au Royaume-Uni, Ronald Reagan aux États-Unis, les gouvernements Mauroy puis Fabius après le tournant de la rigueur de 1983 en France –, et de l’orientation « pro-marché » des institutions supranationales comme l’UE, le FMI ou l’OMC. Alors, pourquoi une part des acteurs financiers et plus largement des milieux d’affaires se détourne-t-elle aujourd’hui de cette ligne politique ?&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pour commencer, les gouvernements néolibéraux ont perdu de leur légitimité auprès des populations et garantissent de moins en moins un ordre social suffisamment stable pour les affaires. En France, les manifestations contre la « loi travail », le mouvement des gilets jaunes ou la mobilisation contre les retraites font douter les milieux d’affaires de la capacité des gouvernements néolibéraux à maintenir l’ordre. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Puis en 2024, l’engouement autour du Nouveau Front populaire (NFP) inquiète à nouveau les acteurs du patronat financier. Par ailleurs, à la suite de la crise financière de 2008, et plus encore après la pandémie de Covid-19, s’est développé parmi les milieux d’affaires une critique des gouvernements néolibéraux, jugés trop interventionnistes. En France, les acteurs de la « seconde finance » ont mal vécu également les velléités de régulations environnementales comme la taxe carbone.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« À la suite de la crise financière de 2008, et plus encore après le Covid-19, s’est développé parmi les milieux d’affaires une critique des gouvernements néolibéraux, jugés trop interventionnistes. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ces discours opposés au néolibéralisme ont été fortement portés par des acteurs de la tech, Elon Musk en étant l’archétype. Aux États-Unis, l’environnement réglementaire du secteur s’est durci sous le mandat de Joe Biden, qui a également validé des accords internationaux sur une imposition mondiale minimale des multinationales, encouragé la syndicalisation dans des entreprises comme Amazon ou Tesla, et engagé des procédures judiciaires contre certaines des entreprises de la &lt;i&gt;tech&lt;/i&gt; sur la base des lois antitrust. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Notamment contre Google, ce qui a fait souffler un vent de panique dans toute la Silicon Valley. L’UE a elle aussi infligé de lourdes amendes à Google pour position dominante et a récemment adopté une ligne dure en matière de réglementation de l’IA. Une part des milieux d’affaires commence à considérer que ces institutions, qu’elles soient nationales, régionales ou internationales, sont trop interventionnistes. Et qu’il est temps de changer de régime politique.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Pouvez-vous décrire comment la mutation idéologique du monde de la finance s’est manifestée lors des deux campagnes de Trump ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Lors de sa première campagne, en 2016, Donald Trump a été moins soutenu par les milieux d’affaires que les démocrates. Parmi les PDG des 500 plus grandes entreprises du pays, 58 % soutenaient Hillary Clinton, qui apparaissait comme la « &lt;i&gt;candidate de Wall Street &lt;/i&gt;» et du grand patronat. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Mais Trump avait tout de même bénéficié des capitaux de certains secteurs décisifs, dont une partie de la « seconde finance », et, marginalement, les énergies fossiles. Du côté de la tech, les soutiens étaient encore rares à l’exception de Peter Thiel, le cofondateur de PayPal et de Palantir, qui est un républicain de la première heure, ouvertement libertarien depuis les années 2000.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Lors de la seconde campagne de Trump, en 2024, la situation est totalement différente. Le camp démocrate est toujours soutenu par la « première finance », c’est-à-dire les institutions de Wall Street les plus anciennes et les plus liées aux marchés financiers, comme George Soros ou les présidents de la banque Lazard. Mais la « seconde finance » se range presque intégralement derrière Donald Trump.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/marlenebenquet2_1773666580-png_1773666580-1.png&quot; style=&quot;width: 1170px;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Des personnalités qui avaient appuyé Hillary Clinton en 2016 soutiennent désormais le républicain, à l’image de Marc Andreessen, dirigeant d’un fonds de capital-investissement et cofondateur de Netscape, ou de David Sacks, l’un des cofondateurs de PayPal et aujourd’hui gestionnaire d’actifs et star de la crypto-monnaie. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Stephen Schwarzman, le PDG et fondateur du fonds d’investissement Blackstone, avait lui comparé les hausses d’impôt d’Obama à l’invasion de la Pologne par les Nazis. Il figure dans le peloton de tête des soutiens financiers à la campagne de Trump. D’ailleurs, aussitôt après l’élection, les actions des fonds de capital-investissement ont augmenté avant même l’ouverture du marché et les &lt;i&gt;hedge funds&lt;/i&gt; ont gagné 1,2 milliard de dollars. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Par ailleurs, de nouveaux secteurs soutiennent Donald Trump, comme celui des cryptomonnaies. Lui qui les qualifiait de « fraude » en 2021 affirme désormais vouloir faire des États-Unis la « capitale mondiale » de ce secteur.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Une partie du monde de la finance pousse donc aujourd’hui en faveur d’une forme de « libertarianisme autoritaire ». Comment cette synthèse idéologique, un peu contradictoire à première vue, est-elle devenue, dites-vous, « la forme dominante du libertarianisme » ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Les libertariens se définissent avant tout par leur objectif de disparition progressive de l’État au nom de la liberté individuelle. Ils ne sont pas toujours (et n’ont pas toujours été) conservateurs. Dans les années 1960, par exemple, la ségrégation raciale était perçue par des libertariens proches du Parti démocrate comme une forme de coercition exercée par le gouvernement. Les années 1970 ont au contraire été celles de la réconciliation entre libertarianisme et conservatisme. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Cette jonction est facilitée par des militants comme Murray Rothbard, un économiste états-unien passionné par la génétique, qui, dans les années 1970, justifie les inégalités sociales par des dispositions biologiques et ethniques. Pour lui, l’État a pour seul rôle de garantir la sécurité et de s’assurer que les contrats sont respectés. Rien de plus. Quelques années plus tard, il fonde le Cato Institute avec le militant libertarien Ed Crane et le milliardaire Charles G. Koch, avec l’objectif de rapprocher le mouvement libertarien du Parti républicain. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Au cours des années 1980, le conservatisme libertarien se développe. Murray Rothbard défend désormais une fusion de l’économie libertaire et d’un autoritarisme social et politique. Cette proposition comprend l’élimination de l’État-providence, l’abolition de la Réserve fédérale, l’abrogation des lois sur les droits civiques et l’abandon de ce que les libertariens appellent le « libéralisme culturel éveillé » (&lt;i&gt;woke&lt;/i&gt;) d’une part du mouvement. Les années 1990 ont hérité de cette orientation qui a été prolongé par des gens comme Nick Land ou Curtis Yarvin qui appellent à promouvoir des « Lumières sombres » contre les démocraties. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ce libertarianisme autoritaire est hostile aux mécanismes redistributifs qui garantissent des conditions élémentaires d’existence à la population (santé, éducation, protection sociale). Il fait également de la répression des mouvements sociaux et de la réduction des libertés publiques une modalité admissible de création d’un ordre social.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Libertarianisme&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Courant de pensée développé en Europe de l’Ouest au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, le libéralisme économique d’Adam Smith ou de John Locke, s’oppose à un État fort et interventionniste. Il a été prolongé dans une version plus radicale au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle alors que l’Europe « &lt;i&gt;connaissait une nouvelle poussée révolutionnaire, qu’émergeait le socialisme en tant qu’idéal politico-moral et que s’affirmait une nette tendance étatiste&lt;/i&gt; », explique le professeur de sciences politiques John Tommasi dans &lt;i&gt;Le Grand Continent&lt;/i&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le libertarianisme est remodelé aux États-Unis au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle sous la plume de différents auteurs tels qu’Ayn Rand, l’économiste Milton Friedman ou le philosophe anarcho-capitaliste Murray Rothbard. À l’orée du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, ce courant – qui défend un capitalisme et un individualisme sans limite – prend un tournant autoritaire, conservateur, hostile à toute forme de redistribution sociale, rompant définitivement avec les affinités libertaires auxquelles il a pu être un temps associé.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Ces acteurs libertariens sont méfiants voire hostiles à la démocratie. La phrase de Peter Thiel, milliardaire libertarien soutien de Trump a été beaucoup citée : « &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles. &lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;» Ce type de position expressément antidémocratique est-elle largement partagée ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Cette forme de libertarianisme antidémocratique est celle qui se diffuse actuellement en Europe de l’Ouest via plusieurs canaux. On peut citer le réseau Atlas, créé en 1981 par Antony Fisher, un économiste et homme d’affaires britannique. Ce réseau est central dans la montée en puissance des mouvements libertariens à partir des années 1970. En 2023, il revendiquait la coordination de 589 think tanks et partenaires dans 103 pays, ainsi qu’un budget de 28 millions de dollars&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En France, il est partenaire par exemple de « Contribuables associés » et de l’Institut de formation politique d’&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/alexandre-pesey-extreme-droite-bataille-culturelle-reactionnaire-maga-tocqueville-bollore&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Alexandre Pesey&lt;/a&gt;, ou de l’institut économique Molinari. Il promeut la liberté individuelle économique totale comme fin et moyen, la libre exploitation de son corps sous toutes ses formes, la croyance dans la seule efficacité de l’initiative privée, l’isolationnisme sur la scène internationale, un fort conservatisme en matière sociale et politique et des formes associées d’autoritarisme. Cette grille de lecture du monde social a été encouragée par les succès électoraux de ses promoteurs, notamment aux États-Unis, et en Argentine en 2023.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Le président du RN a rencontré, fin 2025, des représentants de grands fonds d’investissement internationaux, pour rassurer les milieux financiers sur l’évolution de la ligne de son parti. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ces victoires prouvent aux droites extrêmes qu’elles peuvent mobiliser le radicalisme libertarien comme matériau pour se renouveler. C’est ce qui s’est passé en France à travers le positionnement de Reconquête à partir de 2021, autour d’Éric Zemmour et de Marion Maréchal, sur une ligne libertarienne et &lt;i&gt;pro-business&lt;/i&gt; et le déplacement idéologique du Rassemblement national (RN) vers cette même ligne, à même de séduire une partie du patronat. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;C’est la dynamique inverse de celle du premier &lt;i&gt;aggiornamento&lt;/i&gt; du Front national, dans les années 1990. Il avait alors refondu son discours économique autour de la défense d’une redistribution nationaliste et d’un État fort, politiquement comme économiquement.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Pour le cas de la France, vous proposez une cartographie des soutiens patronaux issus du monde de la finance aux organisations de droite extrême. Peut-on revenir sur les principales figures ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;J’ai établi une base de données en compilant des informations publiques. La « seconde finance », et plus particulièrement la gestion d’actifs alternatifs, constitue le premier vivier des soutiens patronaux au libertarianisme autoritaire en France. Parmi eux, la personnalité la plus connue est sans doute &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/vincent-bollore-pierre-edouard-sterin-empire-extreme-droite-enquete-observatoire-multinationales&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;Pierre-Édouard Stérin&lt;/a&gt;, un gestionnaire d’actifs, financeur historique de la &lt;i&gt;French tech&lt;/i&gt; et président de la holding Otium Capital. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ce milliardaire catholique conservateur a confié la direction générale d’Otium Capital à François Durvye, un polytechnicien qui œuvre aussi comme conseiller officieux de Marine Le Pen et de Jordan Bardella sur les questions économiques. Il a pour tâche de convaincre ces derniers d’adopter une ligne politique plus clairement favorable aux intérêts patronaux en général et à la « seconde finance » en particulier. Il a organisé, en octobre 2023, une rencontre entre Jordan Bardella et Pierre-Édouard Stérin dans un restaurant gastronomique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;C’est aussi avec lui que le président du RN a rencontré, fin 2025, des représentants de grands fonds d’investissement internationaux dans un hôtel de la rue de la Paix, pour rassurer les milieux financiers sur l’évolution de la ligne de son parti.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;D’autres figures du monde entreprenarial, moins visibles, sont aussi des soutiens très actifs de la droite libertarienne. C’est le cas de Charles Beigbeder, fondateur de la société financière Audacia, qui gère notamment les fonds Élévation et Quantonation. En mars 2015, il contribue à fonder le collectif libéral-conservateur Phénix pour proposer un programme « clé en main » au candidat de la droite à l’élection présidentielle de 2017. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En 2016, il participe à une rencontre organisée par le maire de Béziers Robert Ménard, proche de Jean-Marie Le Pen, pour promouvoir l’« union des droites ». L’année suivante, le financier soutient la fondation du magazine conservateur &lt;i&gt;L’Incorrect&lt;/i&gt;, un mensuel qui prolonge l’objectif d’union entre l’aile droite des Républicains et le RN. Depuis 2018, il préside en outre l’Institut du Pont-Neuf, un think tank conservateur dédié à « &lt;i&gt;une refondation intellectuelle et doctrinale de la droite&lt;/i&gt; ».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Jean-Claude Gruffat, directeur général de Weild &amp; Co, une banque d’investissement à New York, est un autre de ces financiers qui promeuvent la droite extrême. Membre de nombreux cercles, clubs et think tanks comme le Club Praxis, l’Economic Club de New York ou encore le Cercle de l’Union interalliée à Paris, il a été candidat au Conseil national de Reconquête. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Il est le seul membre français du conseil d’administration du réseau Atlas et a fondé l’Institut des libertés, membre dudit réseau. Son parcours, qui le voit glisser d’un néolibéralisme classique vers la droite extrême, illustre la normalisation des orientations politiques de droite extrême. Le coût moral, public ou matériel de cette bascule apparaît bien moindre qu’autrefois, lorsque ces positions faisaient courir, au sein des mondes patronaux, le risque d’une stigmatisation sociale et morale.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;La « normalisation » du RN aux yeux des milieux patronaux est-elle achevée selon vous ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La distance publique qui existait entre le grand patronat et la droite extrême depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale s’est en tout cas considérablement réduite&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Le 20 juin 2024, salle Gaveau à Paris, Michel Picon, Patrick Martin et François Asselin, respectivement présidents des organisations patronales U2P, Medef et CPME, ont reçu les leaders du RN pour les auditionner sur leur programme économique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Par ailleurs, des acteurs patronaux de premier plan acceptent désormais de rencontrer des représentants de la droite extrême. En 2023, le député RN Sébastien Chenu s’affiche aux côtés de Michel-Édouard Leclerc puis de Dominique Schelcher, le PDG de Système U. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, ainsi qu’Olivier Andriès, numéro deux de Safran, répondent favorablement aux invitations des lepénistes.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le mouvement de normalisation du RN auprès du patronat semble bien s’accélérer. On est loin de la situation du 21 avril 2002, lorsque le Front national se qualifiait pour la première fois de son histoire pour le second tour de l’élection présidentielle. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Tout le secteur financier et plus largement les organisations patronales ont appelé à l’époque à voter contre lui. Ernest-Antoine Seillière, alors président du Medef, a fait publier une déclaration affirmant que le Front national avançait « &lt;i&gt;des idées dangereuses et honteuses &lt;/i&gt;» et niait « &lt;i&gt;les valeurs fondamentales de la démocratie et de la République &lt;/i&gt;». En 2011 encore, Laurence Parisot, alors présidente du Medef, a fait paraître chez Calmann-Lévy un livre intitulé &lt;i&gt;Un piège bleu Marine&lt;/i&gt;. Aujourd’hui, ces préventions n’existent plus. Les mondes patronaux, et notamment celui de la « seconde finance », s’engagent dans des relations normalisées avec la droite extrême.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Quelle lecture faites-vous de l’évolution récente du discours programmatique du RN ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le RN s’emploie depuis une dizaine d’années à donner des gages de respectabilité politique, notamment en matière financière. Marine Le Pen a fait paraître en 2021 une tribune dans &lt;i&gt;L’Opinion&lt;/i&gt;, média libéral cofinancé par Bernard Arnault, pour défendre le remboursement de la dette publique et une économie de fonds propres. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En 2024, dans &lt;i&gt;Les Échos&lt;/i&gt;, également propriété de Bernard Arnault, elle s’alarme de la «&lt;i&gt; flambée de la dette&lt;/i&gt; » et appelle le gouvernement à faire des économies sur les dépenses sociales. En 2024, Jordan Bardella a annoncé être prêt à renoncer à la mise en place d’un impôt sur la fortune financière, ainsi qu’à la TVA à 0 % sur les produits de première nécessité, alors que ces mesures figuraient bien dans le programme du RN en 2022. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ce parti est passé d’une ligne social-souverainiste, incarnée notamment par Florian Philippot de 2012 à 2017, à une ligne libertarienne autoritaire, portée par le contexte politique international. &lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Marlène Benquet&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Sociologue et politiste, directrice de recherche au CNRS, Marlène Benquet travaille sur la finance et les modes d’accumulation ainsi que sur la financiarisation des entreprises, de la vie politique et de la fin de vie. Elle est aussi directrice adjointe du pôle « Sociologie politique de l’économie » de l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (Irisso). On lui doit entre autres &lt;i&gt;La finance autoritaire. Vers la fin du néolibéralisme&lt;/i&gt;, co-écrit avec Théo Bourgeron (éditions Raisons d’agir, 2021) et le récent &lt;i&gt;La finance aux extrêmes. Enquête sur le capitalisme autoritaire&lt;/i&gt; (La Découverte, 2026).&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Lire notamment « La méthode Atlas », un article d’Anne-Sophie Simpere pour l’Observatoire des multinationales, en mai 2024, ainsi que le rapport « Le réseau Atlas, la France, et l’extrême-droitisation des esprits », sur le même site.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; Lire à ce sujet la recension de l’ouvrage &lt;i&gt;Collaborations&lt;/i&gt; du journaliste de &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; Laurent Mauduit, page 105.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Colonialisme chimique : quand l&apos;Europe exporte ses pollutions</title>
		<id>2107</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/colonialisme-chimique-europe-exporte-ses-pesticides-interdits"/>
		<published>2026-03-16T11:39:00+01:00</published>
		<summary>Larissa Mies Bombardi a théorisé le concept de « colonialisme chimique » dans son ouvrage Pesticides. Un colonialisme chimique (Éditions Anacaona, 2024) en l’appliquant au cas du Brésil dont elle est originaire. Cette géographe et lanceuse d’alerte a dû quitter São Paulo durant le régime de Bolsonaro en raison de pressions. Aujourd’hui chercheuse au sein du laboratoire d’agroécologie de l’Université libre de Bruxelles (ULB), elle travaille sur les pesticides, les inégalités environnementales et les formes contemporaines de domination écologique. Sa prochaine publication, Les Racines de la résistance (Éditions Anacaona), en collaboration avec une quinzaine d’autrices, paraîtra au printemps.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/colonialismechimique_1773658708-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Les mobilisations citoyennes qui ont eu lieu en juin et en novembre 2025 en France contre l’usine BASF &lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt; ont mis en lumière une réalité que les politiques environnementales européennes continuent largement d’invisibiliser : si certaines substances chimiques sont interdites sur le territoire de l’Union européenne en raison de leurs effets avérés sur la santé humaine et l’environnement, leur production, elle, se poursuit. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Ces pesticides sont ensuite exportés massivement vers des pays tiers, où ils sont utilisés sans que les populations concernées aient réellement les moyens de se protéger, de refuser ou même d’être informées de leurs risques.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-74&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt; et sur abonnement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvn74produit_1771261050-png_1771261050-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ce décalage entre interdiction d’usage en Europe et exportation vers le reste du monde n’est pas une anomalie ponctuelle. Il révèle un mécanisme structurel, profondément inscrit dans les rapports économiques et politiques contemporains. C’est ce mécanisme que j’ai proposé de nommer colonialisme chimique.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;J’utilise ce terme pour désigner une forme spécifique de domination environnementale et sanitaire, par laquelle des pays historiquement dominants – aujourd’hui principalement les pays européens – externalisent les risques liés à des substances toxiques vers des territoires et des populations déjà vulnérables.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Il ne s’agit pas seulement d’injustice environnementale ou de pollution transfrontalière. Le colonialisme chimique repose sur plusieurs éléments combinés : une asymétrie de pouvoir entre pays producteurs et pays récepteurs, l’exportation de substances interdites dans les pays d’origine, l’exposition forcée de populations sans consentement éclairé, et la continuité historique de rapports coloniaux, réactualisés dans le contexte de la mondialisation agro-industrielle.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Une mécanique parfaitement huilée&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Concrètement, le processus fonctionne de manière presque invisible. Lorsqu’un pesticide est jugé trop dangereux pour être utilisé sur le territoire européen, il peut être interdit à l’usage mais la production de son principe actif reste autorisée. Les entreprises agrochimiques continuent alors à fabriquer ces substances et les exportent vers des pays où les réglementations sont plus faibles ou plus facilement contournables.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ces produits sont ensuite massivement utilisés dans l’agriculture d’exportation, exposant travailleurs agricoles, populations riveraines, sols et ressources en eau. Comble de l’ironie : les aliments ainsi produits peuvent ensuite revenir sur les marchés européens, bouclant un cycle où l’Europe se protège formellement tout en continuant à bénéficier économiquement d’un système fondé sur l’exposition toxique d’autres populations. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le fipronil, un insecticide interdit en France depuis 2004 et produit dans l’usine BASF, en Normandie, est par exemple exporté au Brésil pour la culture de soja ou de canne à sucre, dont les produits alimentaires sont ensuite revendus en Europe.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Le Brésil, laboratoire du colonialisme chimique&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le Brésil constitue l’un des exemples les plus frappants de ce phénomène. Le pays est aujourd’hui l’un des plus grands consommateurs de pesticides au monde avec 700 000 tonnes en 2023, dont une part significative est composée de substances interdites dans l’Union européenne. Je pense aussi au fastac, un pesticide interdit dans toute l’UE depuis 2020. Selon les ONG Public Eye et Unearthed, des dizaines de molécules proscrites en Europe continuent d’y être utilisées, notamment dans les cultures de soja, de maïs ou de coton destinées à l’exportation&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;Les grandes conventions internationales reposent sur des dispositifs juridiques qui donnent l’apparence d’un fonctionnement démocratique, tout en reproduisant des rapports profondément asymétriques. &lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Les conséquences sont multiples : augmentation des intoxications aiguës, contamination durable des ressources en eau, impacts graves sur les territoires indigènes et paysans, fragilisation des systèmes de santé publique. Ce modèle repose sur une articulation étroite entre les multinationales de l’agrochimie – comme Syngenta, Bayer ou BASF –, l’agribusiness et les politiques publiques orientées vers l’exportation, au détriment des droits humains et environnementaux.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Une illusion de choix et de consentement &lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;La sous-évaluation du colonialisme chimique est inscrite jusque dans les cadres mêmes de la régulation internationale des substances toxiques. Les grandes conventions internationales – notamment celles de Rotterdam en 1998 et de Stockholm en 2001 – reposent sur des dispositifs juridiques qui donnent l’apparence d’un fonctionnement démocratique, tout en reproduisant des rapports profondément asymétriques.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le mécanisme du Prior Informed Consent (PIC) (qui se traduit par « consentement préalable en connaissance de cause », NDLR) est un exemple emblématique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Selon ce principe, les pays exportateurs de substances dangereuses restent juridiquement libres de les produire et de les exporter, tandis que les pays importateurs, souvent situés dans le Sud global, doivent formellement donner leur consentement pour recevoir ces produits interdits ailleurs. Autrement dit, les pays européens évoluent dans une bulle juridique protectrice, tandis que la charge de la décision et de la responsabilité incombe aux pays importateurs.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le PIC crée une illusion de choix et de consentement. Présenté comme un cadre neutre et participatif sous couvert de régulation internationale, le PIC contribue en réalité à masquer les inégalités structurelles entre le Nord et le Sud et participe pleinement à la perpétuation du colonialisme chimique.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Or, ces effets ne se limitent pas aux impacts sanitaires, déjà considérables. Ils touchent aussi les écosystèmes, les modes de vie, les droits des peuples et, plus largement, les fondements démocratiques. Exposer certaines populations à des substances nocives revient à hiérarchiser les vies, à considérer certaines existences comme sacrifiables au nom de la compétitivité économique et du commerce mondial.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Responsabilité européenne et mobilisations&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Les mobilisations contre l’usine BASF, comme celles portées par des ONG, des chercheurs et des collectifs citoyens contre l’exportation d’agrotoxiques jouent un rôle essentiel pour rendre visible ce système. Elles rappellent que l’Union européenne porte une responsabilité directe dans la perpétuation du colonialisme chimique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mettre fin à ces pratiques implique d’interdire non seulement l’usage, mais aussi la production et l’exportation de substances dangereuses, et de reconnaître explicitement la dimension néocoloniale de ces mécanismes. Sans cela, l’Europe continuera d’exporter ses pollutions tout en se donnant l’illusion d’une transition écologique exemplaire. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1. &lt;/b&gt;Léa Guedj et Pierre-Yves Lerayer, « Des activistes bloquent une usine BASF… et découvent une substance interdite en Europe », &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt;, 17 novembre 2025. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2. &lt;/b&gt;Selon les ONG Public Eye et Unearthed, l’industrie chimique européenne a exporté près de 20 000 tonnes de pesticides interdits dans l’Union européenne à destination du Mercosur, dont plus de 14 600 tonnes au Brésil en 2024.  &lt;/p&gt;</content>
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		<title>Lyon.  Comment une mobilisation unitaire a fait fermer les locaux néo-fascistes </title>
		<id>2106</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/vieux-lyon-antifascisme-jeune-garde-locaux-bar-extreme-droite-violence"/>
		<published>2026-03-13T16:24:00+01:00</published>
		<summary>Après quinze ans de lutte, la mobilisation antifasciste a obtenu en 2024 la fermeture de locaux tenus par les groupuscules d’extrême droite, et réussit ainsi à freiner, pour le moment, leurs actes violents. Pour parvenir à ses fins, une inter-organisation large a su rester unie et mobiliser tous les leviers d’action : documentation, médiatisation et politisation des faits, rassemblements, autodéfense et travail avec les pouvoirs publics. Reportage réalisé en décembre 2025.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/lyonantifa2_1773657418-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Dans son atelier débordant d’horloges en tous genres, Philippe Carry s’agite en farfouillant à droite, à gauche. Au bout de quelques minutes, il revient vers nous, ployant sous le poids d’un cabas plein à craquer. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Un large sourire éclaire son visage tandis qu’il nous présente ce musée de poche rempli d’articles, de courriers, mais surtout de tracts, de journaux et d’autocollants fachos : « &lt;i&gt;Voilà quinze ans d’archives sur l’extrême droite à Lyon ! &lt;/i&gt;» L’antre de « l’horloger de Saint Paul » est établie dans une ruelle du Vieux Lyon : depuis 2010, ce quartier historique a été le QG de groupuscules identitaires et l’épicentre de violences de diverses mouvances d’extrême droite.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Reportage issu de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&amp;tit_code=CVOqtZfMye8%3d&amp;PAR_CODE=nYAbzhg8%2fV4%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/hors-serie-numero-20-socialter-salome-saque-resister-aux-nouveaux-fascismes&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/hs20couvproduit_1769698793-png_1769698793-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;br&gt;&lt;/div&gt;&lt;p&gt;Fervent opposant à leurs idées, Philippe Carry en a été l’une des victimes : une nuit de 2017, des « &lt;i&gt;nervis&lt;/i&gt; » attaquent sa vitrine à coups de massue. « &lt;i&gt;Douze impacts pour les douze heures ! &lt;/i&gt;» souligne-t-il. Quelques jours plus tôt, il dénonçait dans une interview, parue dans un journal local, « &lt;i&gt;les motivations obscurantistes&lt;/i&gt; » des groupes d’extrême droite. C’est à quelques mètres de chez lui, dans la montée du Change, que les identitaires étaient établis dans une salle de boxe, l’Agogé, et un bar, La Traboule. Ils ont désormais porte close.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/lyonantifa6_1773416525-png_1773416525-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Philippe Carry, 8&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; adjoint à la maire du 5&lt;sup&gt;e &lt;/sup&gt;arr. de Lyon, en charge des patrimoines, nature en ville, biodiversité, mémoire, mais aussi connu comme l’horloger de Saint-Paul. Décembre 2025.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En juin 2024, la dissolution des Remparts, groupe identitaire alors actif, et des deux associations qui louaient ces locaux, a permis leur fermeture définitive après plusieurs tentatives dans les années précédentes. Depuis, « &lt;i&gt;nous avons retrouvé la sérénité&lt;/i&gt; », assure Philippe Carry. Derrière cette décision administrative se cachent quinze années d’une lutte qui a uni des acteurs de sensibilité antifasciste autour d’un objectif commun.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Lyon, bastion de la violence faf&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Que la violence d’extrême droite ait prospéré à Lyon n’a rien d’un hasard. Une conjonction de facteurs, que décrypte l’historien Alain Chevarin dans son ouvrage &lt;i&gt;Lyon et ses extrêmes droites&lt;/i&gt;&lt;b&gt;1&lt;/b&gt;, a fait de cette ville un laboratoire de ce camp politique malgré, paradoxalement, des scores faibles dans les urnes.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/lyonantifa3_1773416121-png_1773416121-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Manifestation contre l’insécurité dans le quartier du Vieux Lyon, devant le bâtiment de la cour d’appel, à l’initiative des membres de Génération identitaire. Ce même jour, ils réouvrent leur local et bar La Traboule. Mai 2020.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dès les années 1960, la ville est le centre des réflexions de la Nouvelle droite, courant d’extrême droite porté sur la bataille culturelle. Dans les années 1970 et 1980, l’université Lyon 3 devient un lieu de bouillonnement autour de plusieurs têtes pensantes de ces courants. C’est le cas de Bruno Gollnisch, ex-numéro 2 du Front national (FN), qui devient un incontournable du paysage politique local, et parvient à tisser des alliances avec la droite. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ce qui participe, selon l’historien, à « &lt;i&gt;un amoindrissement de la frontière entre droite et extrême droite &lt;/i&gt;» dans la ville, devenue un lieu privilégié de l’union des droites – Marion Maréchal y tissera d’ailleurs plus tard ses réseaux et y établira son école, l’Issep&lt;b&gt;2&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Ils n’étaient qu’une trentaine de personnes mais avaient un pouvoir de nuisance extrême. On étouffait. » &lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ce contexte, auquel s’ajoute la prégnance d’un catholicisme conservateur qui traverse beaucoup de ces mouvances, a sans doute créé un terreau favorable au développement de groupuscules violents dans les années 2000. Trois grandes mouvances se dégagent parmi eux – les identitaires (dont Génération identitaire sera l’apogée), les nationalistes révolutionnaires (notamment représentés à Lyon par le Bastion social, scission du syndicat d’extrême droite Groupe union défense – GUD) et les royalistes de l’Action française. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À partir de 2010, les identitaires s’emparent du Vieux Lyon en y établissant leurs locaux, et arrivent «&lt;i&gt; avec un discours d’appropriation de l’identité du quartier et de son patrimoine à des fins de division &lt;/i&gt;», se remémore Philippe Carry. En tant que féru d’histoire, il n’a pas apprécié : « &lt;i&gt;Il n’y a pas un seul bâtiment français ici, tout est d’inspiration italienne, tout est le fruit d’échanges culturels. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/lyonantifa4_1773416077-png_1773416077-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Boutique de La Traboule. Mai 2020.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Affichages, autocollants antisémites, intimidations, agressions racistes, homophobes ou ciblant des militants de gauche… « &lt;i&gt;Ils n’étaient qu’une trentaine de personnes mais avaient un pouvoir de nuisance extrême. On étouffait. &lt;/i&gt;» Peu à peu le quartier prend la réputation de repaire de « fafs », menant même la préfecture à y interdire le passage de manifestations, par crainte des affrontements. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais les violences ne se cantonnent pas au Vieux Lyon : d’autres zones de la ville, en particulier les pentes de la Croix-Rousse, quartier militant, multiculturel et historiquement ancré à gauche, font l’objet de descentes régulières des différents groupes – eux-mêmes tantôt alliés entre eux, tantôt en confrontation.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Inertie des pouvoirs publics, mobilisation citoyenne&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Longtemps, les pouvoirs publics se montrent peu réactifs, comme le décrypte une vaste enquête publiée en octobre 2025 par le média indépendant &lt;i&gt;Rue89 Lyon&lt;/i&gt;&lt;b&gt;3&lt;/b&gt;. La journaliste Marie Allenou y révèle que, sur 102 attaques, agressions et actes haineux documentés et attribués à l’extrême droite radicale à Lyon entre 2010 et 2025, 70 % sont restés impunis.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/lyonantifa2_1773416244-png_1773416244-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Sous ses mandats de maire, qui s’échelonnent de 2001 à 2020, «&lt;i&gt; Gérard Collomb préfère gommer le problème pour éviter d’entacher l’image de Lyon&lt;/i&gt; », analyse Éric Declais, un militant antifasciste local historique. Côté citoyens en revanche, la résistance s’unit dès 2010. « &lt;i&gt;Quand nous avons su que les identitaires s’implantaient, on s’est regroupé entre organisations, &lt;/i&gt;poursuit-il. &lt;i&gt;On avait déjà des habitudes de luttes collectives depuis les années 1990, lorsque le FN et la droite s’étaient alliés aux régionales à Lyon. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Se forme d’abord le Comité de vigilance 69, qui entend tenir un « &lt;i&gt;cadre assez large, au-delà de l’antifascisme radical, avec des syndicats, des partis, des associations antiracistes &lt;/i&gt;». Cette première coordination vole toutefois en éclats en 2014 : une manifestation contre un meeting dégénère et met en lumière des dissensions avec la mouvance antifasciste autonome, dont les modes d’action «&lt;i&gt; décrédibilisaient la lutte&lt;/i&gt; », aux yeux du militant. Les violences d’extrême droite connaissant en outre à cette période une accalmie, le comité de vigilance se met en sommeil.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Démarginaliser et populariser l’antifascisme, en alliant la lutte sur le terrain à la présence médiatique. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais en 2018, lorsque le mouvement néofasciste Bastion social ouvre son local, Le Pavillon noir, la lutte est réactivée. Un nouveau collectif, baptisé Fermons les locaux fascistes (FLF), voit le jour. Composé de structures très variées&lt;b&gt;4&lt;/b&gt;, son but est d’obtenir la fermeture du Pavillon noir – ce qui survient dès novembre 2018 – ainsi que de La Traboule et de L’Agogé, dans le Vieux Lyon, des locaux alors occupés par Génération identitaire. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;C’est à cette période que naît la Jeune Garde antifasciste, une organisation qui assume le recours à une violence censée rester dans le cadre de l&apos;autodéfense, qui rejoint aussi le collectif. Elle entend « &lt;i&gt;démarginaliser et populariser l’antifascisme, en alliant la lutte sur le terrain à la présence médiatique, et recréer une unité du camp social en s’alliant à des organisations plus institutionnelles &lt;/i&gt;», explique Zine-Eddine Messaoudi, ex porte-parole de l’organisation&lt;b&gt;5&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/lyonantifa1_1773416149-png_1773416149-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Le drapeau de la Jeune Garde flotte au-dessus des manifestants, lors d’une manifestation contre la loi dite « Sécurité globale » à Lyon. Décembre 2020.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Elle revendique notamment un rôle de « &lt;i&gt;paratonnerre&lt;/i&gt; », décrit-il, en choisissant de «&lt;i&gt; capter les attaques pour les détourner d’autres cibles, en particulier dans les cortèges &lt;/i&gt;».&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Documenter, médiatiser et politiser les violences&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dès sa création, le collectif FLF mobilise tous les leviers d’action pour « &lt;i&gt;répertorier, documenter et visibiliser les agressions &lt;/i&gt;», explique Éric Declais. Pendant plusieurs années, l’inter-organisation se réunit chaque mois pour faire le point sur les violences, organiser des rassemblements, se former à assurer un service d’ordre et visibiliser la question. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le collectif mène pour cela tout un travail de sensibilisation auprès des habitants : « &lt;i&gt;Nous avons fait beaucoup de porte-à-porte dans le Vieux Lyon, pour informer, donner du contexte et politiser ces agressions &lt;/i&gt;», souligne Tatiana Guille, dont l’association Action Justice Climat (alors Alternatiba) a rejoint le collectif FLF en 2021.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La presse locale indépendante aide aussi à médiatiser les faits, en particulier &lt;i&gt;Rue89 Lyon&lt;/i&gt; qui, dès ses débuts en 2011, a documenté l’extrême droite lyonnaise, en constatant « &lt;i&gt;un gros manque d’intérêt des médias &lt;/i&gt;», explique la journaliste Marie Allenou. «&lt;i&gt; Nous assumons qu’enquêter sur l’extrême droite, c’est lutter contre elle, en visibilisant la dangerosité de ses idées et de ses valeurs. Notre travail factuel et statistique complète celui des militants, qui peuvent s’appuyer dessus, tout en étant auprès de nous des lanceurs d’alerte. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Nous avons fait beaucoup de porte-à-porte dans le Vieux Lyon, pour informer, donner du contexte et politiser ces agressions. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Au fil de ce combat, l’unité du collectif, permise par un objectif commun précis, ne se dément pas. « &lt;i&gt;Je n’avais jamais vu ça, c’est un OVNI cette inter-organisation qui rassemble partis, syndicats, organisations libertaires et associations, dans laquelle chacun apporte ses spécificités et ses compétences, et qui parvient à rester unie… &lt;/i&gt;» sourit Tatiana Guille. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;C’est en effet, souligne Marie Allenou, « &lt;i&gt;un marqueur de la mobilisation antifa à Lyon : reposer à la fois sur le travail de terrain que chacun mène dans son couloir (solidarité, écologie, féminisme, syndicalisme…) et se réunir en même temps derrière la lutte contre l’extrême droite &lt;/i&gt;». À partir de l’élection du maire écologiste Grégory Doucet, en 2020, l’intérêt des élus facilite la visibilisation du phénomène. La Ville prend enfin au sérieux la question et le collectif collabore directement avec l’adjoint à la sécurité, Mohamed Chihi.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/lyonantifa8_1773416853-png_1773416853-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Mohamed Chihi, 7&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; adjoint au maire de Lyon, en charge de la sûreté, sécurité, tranquillité, sur les quais du Rhône, à Lyon. Décembre 2025.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Grâce à des remontées du terrain, il l’aide à constituer « &lt;i&gt;un dossier solide &lt;/i&gt;», explique l’élu. «&lt;i&gt; À partir de là, je déclenche systématiquement l’article 40 du Code de procédure pénale&lt;/i&gt; », par lequel les agents publics signalent au procureur de la République tout fait délictuel ou criminel dont ils ont connaissance. Fin 2023, des erreurs commises par les groupuscules, lors d’une attaque contre une conférence sur la Palestine puis lors d’une agression commise devant La Traboule, accélèrent leur chute. Le 26 juin 2024, quatre jours avant le premier tour des législatives, survient la dissolution des Remparts. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Celle de Génération identitaire, en 2021, n’avait pas permis la fermeture des locaux, les associations locataires n’ayant pas été ciblées. Cette fois c’est le cas, ce qui empêche qu’un nouveau groupe s’empare de l’espace. Une « &lt;i&gt;grosse victoire&lt;/i&gt; » pour le collectif antifasciste, qui voulait «&lt;i&gt; montrer l’importance de viser les lieux &lt;/i&gt;», souligne Tatiana Guille.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Maintenir la pression&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;À côté de la lutte de FLF, les acteurs associatifs et culturels du Vieux Lyon, dont l’horloger Philippe Carry, se sont eux aussi mobilisés à l’échelle de leur quartier via un autre collectif : Vieux Lyon en humanité. Son but : mener la bataille culturelle pour «&lt;i&gt; rendre sa dignité au Vieux Lyon et mettre en avant ses valeurs humanistes et constructives&lt;/i&gt; », explique Éric Pellaton, directeur de la Maison des jeunes et de la culture (MJC) locale. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Sur la terrasse de cette dernière, dont la vue donne d’un côté sur la colline de Fourvière, de l’autre sur la cathédrale Saint-Jean, une drôle de statue est assise sur un angle de la rambarde. « &lt;i&gt;C’est le guetteur de Lyon : un symbole important pour nous, derrière lequel on peut mettre beaucoup de significations &lt;/i&gt;», ajoute le responsable. À Lyon, les antifascistes ne sont pas dupes : si les violences ont aujourd’hui presque disparu, la vigilance reste de mise et le combat n’est pas terminé. « &lt;i&gt;J’ai constaté que les locaux de la montée du Change sont toujours occupés certains jours… &lt;/i&gt;» assure déjà Philippe Carry.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Sur les réseaux sociaux, de nouveaux groupuscules émergent. Le dernier identifié, Héritage Lyon, a recouvert une plaque commémorative des massacres du 17 octobre 1961&lt;b&gt;6&lt;/b&gt; par un hommage à la jeune Lola&lt;b&gt;7&lt;/b&gt;. Le collectif Némésis&lt;b&gt;8&lt;/b&gt;, lui, multiplie les coups d’éclat à l’université catholique de Lyon. «&lt;i&gt; Ici la violence d’extrême droite est cyclique, et Lyon reste le lieu où toute nouvelle initiative nationale est d’abord “crash-testée” &lt;/i&gt;», souligne Tatiana Guille.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dans ce contexte, le collectif FLF reste en veille, mène une bataille des idées à travers des rassemblements ou des « forums sociaux antifascistes », et réfléchit aux façons de poursuivre la lutte face à un adversaire plus diffus. Si la Jeune Garde, dissoute, n’en fait plus partie, Zine-Eddine Messaoudi ne remet pas en question la nécessité du mouvement et de son mode d’action. «&lt;i&gt; La pression que l’on a mise sur l’extrême droite les a fait reculer : s’ils sentent que cette résistance n’est plus là, si le sentiment d’impunité revient, ils regagneront du terrain. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Sur les pentes de la Croix-Rousse, où nous l’avons rencontré, des slogans antifascistes fraîchement collés fleurissent les murs : « Pas de quartier pour les fachos, pas de fachos dans nos quartiers ». Rappel s’il en fallait, conclut une ex-militante de la Jeune Garde, que « &lt;i&gt;l’on ne dissout pas la jeunesse antifasciste&lt;/i&gt; ». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1. &lt;/b&gt;Éditions de la Lanterne, 2020.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; L’Institut des sciences sociales, économiques et politiques, fondé en 2018, dont les formations et le diplôme ne sont pas reconnus par l’État.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3.&lt;/b&gt; « L’extrême droite à Lyon : 15 ans d’impunité », Marie Allenou, &lt;i&gt;Rue89 Lyon&lt;/i&gt;, octobre 2025.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4.&lt;/b&gt; Fin 2025, d’après le compte X du collectif, il regroupe Alternatiba (aujourd’hui Justice Action Climat à Lyon), Attac, CGT, CNT, ENSEMBLE!, FSU, la Jeune Garde, LFI, NPA, PCF, PG, Solidaires, SOS Racisme, UC, UCL, UNEF et USL.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;5.&lt;/b&gt; La Jeune Garde a été dissoute en juin 2025 et est en recours devant le Conseil d’État. La décision est attendue pour début 2026.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;6.&lt;/b&gt; Répression meurtrière par la police d’une manifestationa d’Algériens à Paris.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;7.&lt;/b&gt; Collégienne violée et tuée à Paris en 2022 par une Algérienne sous obligation de quitter le territoire. Le drame est régulièrement récupéré par la droite et l’extrême droite, malgré l’opposition des parents de la victime.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;8.&lt;/b&gt; Groupe identitaire se réclamant également du féminisme.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Maquereau : une espèce bientôt disparue à cause de la pêche industrielle ?</title>
		<id>2105</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/disparition-du-maquereau-effondrement-peche-industrielle-quotas-atlantique"/>
		<published>2026-03-13T15:42:00+01:00</published>
		<summary>Poisson populaire, le maquereau a été progressivement accaparé par les groupes de pêche industrielle. Aujourd’hui, la population de l’une des espèces les plus abondantes de l’Atlantique s’effondre. Mais ce sont les petits pêcheurs qui en payent le prix le plus élevé.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/maquereaux_1773413561-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;«&lt;i&gt;L&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e maquereau, c’est le poisson du pauvre.&lt;/i&gt; » Charles Braine le pêche à l’hameçon – une technique respectueuse de l’environnement. Il vend son poisson frais 8 euros le kilo. Moins cher que du jambon de supermarché. « &lt;i&gt;Sûrement la protéine animale la plus accessible et durable de France &lt;/i&gt;», estime le pêcheur, militant pour la transition écologique du secteur et porte-parole de l’association Pleine Mer. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Pourtant, ce mois de janvier, l’État l’oblige à rester à quai. Un arrêté ministériel, publié fin décembre, impose à son petit navire de 6 mètres de capturer un maximum de 20 kilos par jour, contre 100 kilos l’année dernière à la même période. « &lt;i&gt;À ce volume-là, on rembourse juste l’essence pour sortir le bâteau, c’est comme une interdiction de pêcher. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Enquête issue de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-74&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt; et sur abonnement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvn74produit_1771261050-png_1771261050-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Dans son secteur, à la pointe du Finistère, ils sont une douzaine de petits ligneurs, comme lui, à vivre du maquereau en hiver, l’une des rares espèces à se capturer près des côtes à cette période. «&lt;i&gt; Pour nous, c’est difficile d’aller au large par mauvais temps &lt;/i&gt;», explique l’un d’entre eux. D’autres pêcheurs artisans, par exemple les fileyeurs, se retrouvent face à un dilemme : que faire des maquereaux « en trop » qui se retrouvent piégés dans les filets ? Les rejeter à la mer ou les vendre illégalement ?&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Augustin Malliart, lui, a senti le vent tourner. L’année dernière, ce patron d’un bâteau de 7 mètres sur le même secteur a recentré son activité sur la pêche aux oursins en plongée. «&lt;i&gt; On voyait le maquereau changer de comportement, les scientifiques étaient clairs &lt;/i&gt;», décrit-il. Ce poisson disparaît. «&lt;i&gt; C’est quelque chose qui nous dépasse &lt;/i&gt;», déplore le pêcheur. L’effondrement est lié à une surpêche industrielle qui se déroule bien loin des ports où ces pêcheurs travaillent.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En réaction, l’Union européenne vient de baisser drastiquement les quotas de pêche – c’est-à-dire les seuils de capture autorisés pour chaque navire. Mi-décembre, elle a acté une réduction de plus de 70 % pour les six prochains mois. En France, cette décision affecte 1 300 navires. Mais les pêcheurs artisanaux en payent un prix particulièrement élevé. «&lt;i&gt; Les navires industriels peuvent aller dans le monde entier cibler d’autres espèces. Nous, on est bloqués dans nos zones de pêche à regarder le maquereau nager pendant qu’on fait faillite &lt;/i&gt;», estime un chalutier normand qui souhaite rester anonyme.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En cinq ans, la biomasse des maquereaux (leur poids cumulé, NDLR) en âge de se reproduire a été divisée par plus de deux dans l’Atlantique nord-est. Le nombre de jeunes maquereaux de 2 ans est passé de douze à quatre milliards en l’espace de dix ans. Selon le dernier avis du Conseil international pour l’exploration de la mer, la situation est critique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Cette population se réduit à un rythme inédit avec des impacts en cascade. «&lt;i&gt; Le maquereau est l’une des principales proies pour de nombreux prédateurs, les thons, les dauphins, des oiseaux marins &lt;/i&gt;», décrit le chercheur en écologie marine Didier Gascuel. « &lt;i&gt;C’est une espèce fondamentale, un pilier de l’écosystème. C’est comme si on coupait la forêt &lt;/i&gt;», complète Ken Kawahara, secrétaire de la Plateforme de la petite pêche artisanale.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Maquereaux aux œufs d’or&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Si l’abondance du maquereau a un rôle clé dans la survie des océans, c’est aussi son principal attrait pour les industriels. En France, l’espèce est la poule aux œufs d’or d’une entreprise installée dans le XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de Paris : France Pélagique, fondée en 1988 par Antoine Dhellemmes, héritier d’un armement historique de Concarneau, en Bretagne. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;«&lt;i&gt; À la fin des années 1980, faute d’une flotte suffisante, la France laissait à l’eau 12 000 tonnes de quotas de maquereaux ainsi que nombre d’espèces sous­exploitées &lt;/i&gt;», retraçait Antoine Dhellemmes lors d’une audition devant le Sénat en 2019. Sa société s’est développée sur ces gisements, jouant avec les limites écologiques. « &lt;i&gt;Les quotas de pêche sont calculés de manière à être juste en limite de la surexploitation, sans tenir compte des interactions entre espèces ni de leur rôle dans le fonctionnement de l’écosystème &lt;/i&gt;», souligne le chercheur Didier Gascuel. Exploiter le maquereau jusqu’au dernier quota est tout à fait légal, «&lt;i&gt; mais non durable &lt;/i&gt;», selon lui.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Le maquereau est en train de devenir le symbole d’une pêche à deux vitesses : celle des États qui respectent les règles et celle de ceux qui pillent sans rendre de comptes. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En 2020, France Pélagique inaugure un chalutier-usine de 81 mètres, le &lt;i&gt;Scombrus&lt;/i&gt; (maquereau en latin). Un investissement pour vingt-cinq ans, vante-t-elle, « &lt;i&gt;entre 50 et 70 millions &lt;/i&gt;», selon &lt;i&gt;Le Marin&lt;/i&gt;. À l’époque, les scientifiques alertent déjà sur l’état inquiétant des populations dans l’Atlantique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Le navire, lui, annonce fièrement des performances record : en quinze à quarante-cinq minutes, il peut prélever entre 50 et 120 tonnes de poissons. L’équivalent d’une année de travail pour un pêcheur artisan. En hiver, il est envoyé au large de l’Écosse alors que les maquereaux se réveillent de l’hivernation ; il suit ces immenses bancs compacts jusqu’à leur dispersion au sud de l’Irlande.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/maquereau2_1773414288-png_1773414288-1.png&quot; style=&quot;width: 1170px;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ils terminent en blocs de poissons congelés. Les cartons sont débarqués dans le port industriel d’Ijmuiden, aux Pays-Bas, pour être injectés sur le marché mondial à des prix défiant toute concurrence. L’affaire est rentable. Les données financières disponibles sur l’entreprise montrent que son chiffre d’affaires a quasiment doublé entre 2021 et 2024. Cette année-là, elle a enregistré une croissance de 30,6 % et un bénéfice de 2,3 millions d’euros.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Quotas : la capture industrielle&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Aujourd’hui, 60 % des quotas de maquereaux attribués à la France par l’Union européenne atterrissent dans les filets des deux navires de France Pélagique, le &lt;i&gt;Scombrus&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;Prins Bernhard&lt;/i&gt;, selon des calculs étayés de l’ONG de protection des océans Bloom. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Un quasi-monopole qui s’explique par les règles de répartition en place depuis les années 1980, lors de la définition de la politique commune de la pêche au sein de l’UE, basées sur les « antériorités de capture » : plus un navire a pêché par le passé, plus il a de quotas. Mais France Pélagique ne s’est pas contentée de ce privilège. Au fil de son histoire, l’entreprise a aussi accaparé les droits de pêche des autres.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;C’est l’une des stratégies clés de la pêche industrielle française. « &lt;i&gt;En rachetant un navire, un armement peut récupérer ses droits à pêcher, indépendamment de l’intérêt réel porté au navire en tant que tel. Les droits de pêche sont ensuite transférés à un autre navire appartenant à la même entreprise, comme l’autorise la loi &lt;/i&gt;», explique le député breton Damien Girard (Les Écologistes), dans un récent rapport parlementaire. « &lt;i&gt;Des stratégies qui renforcent la concentration du secteur &lt;/i&gt;», insiste l’élu.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/maquereau3_1773414333-png_1773414333-1.png&quot; style=&quot;width: 1170px;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En 2016, par exemple, France Pélagique entre au capital de l’armement Spes, établi à Fécamp, qui chasse le maquereau à bord de trois chalutiers. Trois ans plus tard, France Pélagique en devient l’actionnaire unique et dissout l’armement. La même année, son chalutier de 50 mètres, le &lt;i&gt;Label Normandy&lt;/i&gt;, est exporté hors de l’Union européenne, selon le registre européen de la flotte de pêche. Selon nos informations, une grande partie de ses quotas ont été transférés sur les chalutiers géants de France Pélagique. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ces montages permettent aux industriels de se constituer des monopoles au détriment du secteur : ils expliquent en partie la réduction du nombre de navires et d’emplois dans la pêche. Pour une tonne capturée, un chalut pélagique industriel embauche cinq fois moins de marins, indique une étude menée par plusieurs instituts de recherche dont AgroParisTech et le CNRS. « &lt;i&gt;L’industrialisation d’une pêcherie détruit en même temps la biodiversité et les emplois &lt;/i&gt;», résume l’ONG de protection des océans Bloom.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Des tensions géopolitiques et climatiques&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Pour se défendre, France Pélagique déroule un argumentaire bien rodé. En premier lieu, elle respecte la loi et ses quotas. « &lt;i&gt;Ces derniers sont un instrument efficace de lutte contre la surpêche et de promotion d’une pêche durable&lt;/i&gt; », souligne-t-elle sur son site. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En réalité, le système déraille depuis de nombreuses années. Pour comprendre, il faut mettre le nez dans les coulisses absconses de la distribution des quotas de maquereaux dans l’Atlantique nord-est. Le « stock », dans le jargon du secteur, est partagé entre des États membres et non membres de l’Union européenne selon une clé de répartition définie à partir des recommandations scientifiques. Sauf qu’elles datent… des années 1980 et ne tiennent pas compte du changement climatique. Or les maquereaux, eux, ont migré au nord à mesure que la température de l’eau grimpait.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Des pays – comme la Norvège, les Iles Féroé ou l’Islande – voyant ces dernières années d’immenses bancs se grouper dans leurs eaux réclament une plus grande part du gâteau. L’UE, elle, compte bien conserver ses privilèges historiques. Face au blocage, les pays lésés se sont octroyés de larges quotas supplémentaires. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;D’un côté, des pays veulent profiter de la nouvelle donne climatique pour pêcher plus et s’accordent unilatéralement des droits déraisonnables. De l’autre, des États s’acharnent sur leurs droits passés en dépit de la réalité climatique. Le résultat est inévitable : depuis 2010, les captures de maquereaux excèdent en moyenne de 50 % le niveau recommandé par les scientifiques. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Et l’aberration se poursuit. En 2026, les États européens, membres ou non de l’Union, se sont octroyés au total 475 000 tonnes de quotas sur l’espèce. C’est toujours trop. « &lt;i&gt;Le maquereau est un symbole de l’échec de l’humanité ! &lt;/i&gt;», assène Ken Kawahara, secrétaire de la Plateforme de la petite pêche artisanale.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Des navires sous le pavillon des mêmes multinationales&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Au sein des lobbies de la pêche industrielle, ces tensions géopolitiques sur fond de crise environnementale et climatique sont instrumentalisées pour mettre dos à dos les États : «&lt;i&gt; Le maquereau est en train de devenir le symbole d’une pêche à deux vitesses : celle des États qui respectent les règles et celle de ceux qui pillent sans rendre de comptes&lt;/i&gt; », dénonce, dans un communiqué, Olivier Le Nézet, président du Comité national des pêches, principale organisation représentative du secteur en France. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Mais ce récit cache une partie de la vérité. France Pélagique appartient à un groupe néerlandais, Cornelis Vrolijk, poids lourd de la pêche européenne. «&lt;i&gt; Nos produits fournissent trois millions de repas de poisson chaque jour&lt;/i&gt; », affirme la société dans son dernier rapport RSE. Sa flotte comprend des bateaux qui pêchent sous drapeau néerlandais ou français, comme le &lt;i&gt;Scombrus&lt;/i&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Tout comme des navires qui pêchent sous pavillon féroïen ou britannique, avec leurs propres quotas nationaux. La pêche française qui « respecte les règles » et celle « qui pille » sont dirigées en fin de compte par le même PDG.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;«&lt;i&gt; Toute cette pêche du maquereau dépend de grands consortiums mondiaux. Ce sont ces gens-là qui se sont livrés à la surpêche &lt;/i&gt;», dénonce Dimitri Rogoff, président du comité régional des pêches de Normandie. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Face à la crise actuelle, il réclame une redistribution des cartes : «&lt;i&gt; La France avait 16 000 tonnes de quotas de maquereaux, majoritairement pêchés par France Pélagique. Cette année, ils tombent à 2 400 tonnes et on fait payer l’addition aux artisans,&lt;/i&gt; dénonce-t-il dans un long message sur ses réseaux sociaux.&lt;i&gt; La seule solution est évidente : priver les coupables, navires-usines et armements industriels, de quotas et réserver ces 2 400 tonnes aux navires artisans. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mi-janvier, les deux bateaux de France Pélagique n’étaient toujours pas partis en mer. À cette époque, la campagne aux maquereaux aurait dû commencer. Mais cette année, pas de mouvement, pas de son. L’armement industriel n’a pas communiqué sur les baisses de quotas ni sur ses stratégies d’adaptation. Contacté, il n’a pas souhaité répondre à nos questions. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Un document confidentiel, obtenu par Bloom et que nous avons pu consulter, précise que France Pélagique bénéficie d’environ 40 tonnes de quotas de maquereaux par semaine en janvier et février. Même pas un trait de chalut pour ces navires. Mais la répartition n’a pas changé : l’armement industriel concentre toujours la majorité des droits de pêche français sur le maquereau. Les artisans, eux, se répartissent les miettes des miettes. &lt;/p&gt;</content>
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		<title>Ugo Palheta : « Les fascistes nous veulent déprimés, sidérés et isolés : la réponse, c’est l’action collective »</title>
		<id>2104</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/ugo-palheta-combattre-fascisme-action-collective-trump-antifascisme-france"/>
		<published>2026-03-11T11:31:00+01:00</published>
		<summary>Les droites extrêmes semblent avoir le vent dans le dos. Déjà au pouvoir aux États-Unis, en Argentine, en Hongrie, en Italie, au Chili, elles imposent ailleurs, comme c’est le cas en France, leur agenda raciste et autoritaire dans le débat public. Dans deux ouvrages parus en 2025, La nouvelle internationale fasciste (Textuel) et Comment le fascisme gagne la France (La Découverte), le sociologue Ugo Palheta analyse avec précision cette dynamique, avec l’ambition d’outiller les combats antifascistes. Pointant les effets politiques dévastateurs qu’ont eu les mutations néolibérales depuis les années 1980, il invite à une lecture large de la « fascisation » à l’œuvre dans les démocraties libérales, qui ne se réduit pas aux succès électoraux des partis étiquetés à l’extrême droite. Socialter l’a interrogé pour mieux comprendre l’offensive néofasciste en cours et esquisser des pistes pour mieux la combattre.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/ugopalhetahs20_1773225745-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Après les succès de Giorgia Meloni en Italie (2022), de Javier Milei en Argentine (2023), la réélection de Trump (2024), le Chili a élu à son tour le 14 décembre 2025 un dirigeant d’extrême droite : José-Antonio Kast, un nostalgique assumé du régime autoritaire de Pinochet (1973-1990). Ce cas est-il emblématique de la « nouvelle internationale fasciste » que vous décrivez dans votre livre ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;L’orientation de Kast s’inscrit parfaitement dans la nouvelle internationale fasciste, dans ses variantes américaines (au Nord et au Sud), au sein desquelles la croisade anti-genre – avec ce qu’elle sécrète de misogynie, de transphobie, de régressions en matière de droits reproductifs, etc. – et l’agenda radicalement anti-redistribution, dit « libertarien », ont une place centrale.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;i&gt;Entretien issu de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&amp;tit_code=CVOqtZfMye8%3d&amp;PAR_CODE=nYAbzhg8%2fV4%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/hors-serie-numero-20-socialter-salome-saque-resister-aux-nouveaux-fascismes&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/hs20couvproduit_1769698793-png_1769698793-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;De Trump à Milei en passant par Bolsonaro et Kast, on voit une certaine vision commune du monde. Mais cela ne signifie nullement que cette extrême droite chilienne ne serait que la déclinaison locale d’un néofascisme partout identique : chaque variété nationale présente des traits spécifiques liés en particulier à la position du pays – plus ou moins dominant ou subordonné dans l’économie-monde capitaliste, mais aussi à l’histoire spécifique des luttes sociales et politiques dans ce pays. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il est évident que, dans le cas chilien, le principal référent de l’extrême droite, c’est la dictature militaro-civile de Pinochet, qui a inauguré, avec le coup d’État militaire du 11 septembre 1973, la séquence de grande destruction néolibérale que l’on a connue depuis lors, partout dans le monde.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Victoires électorales en série, diffusion de masse des discours identitaires et autoritaires sur les réseaux sociaux et dans les médias mainstream, émeutes racistes au Royaume-Uni et en Espagne : on peut avoir l’impression d’une vague d’extrême droite irrépressible. Vous qui observez de longue date la dynamique néofasciste, avez-vous le sentiment que nous sommes à un moment de bascule ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Oui et non. On observe effectivement un tournant et un saut qualitatif au cours des dernières années, lié en particulier au ralliement de secteurs entiers de la classe capitaliste à une option d’extrême droite. Qu’on la qualifie ou non de néofasciste, cela paraît indéniable. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Bien sûr, le grand patronat a déjà largement collaboré avec les mouvements et dictatures fascistes et militaires au cours du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle. Toutefois il y a encore quinze ans, aucun secteur significatif du grand patronat ne soutenait politiquement des forces d’extrême droite, et ce dans la quasi-totalité du monde. C’est l’aspect nouveau.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;En parallèle, on trouve également des éléments de continuité avec la période antérieure, qui doivent être soulignés. Prenons les États-Unis – mais on pourrait faire la même démonstration à propos de la France ou de l’Italie. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Trump n’a pas initié les expulsions de masse de travailleurs immigrés, les assassinats extrajudiciaires, le mur entre les États-Unis et le Mexique, le soutien inconditionnel à Israël ou la politique agressive vis-à-vis de la Chine : les démocrates, depuis Obama jusqu’à Biden-Harris, l’avaient précédé dans cette direction, et Bush fils également, notamment avec le « Patriot Act » (2001).&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« On observe un ralliement de secteurs entiers de la classe capitaliste à une option d’extrême droite. Il y a encore quinze ans, aucun secteur significatif du grand patronat ne soutenait politiquement des forces d’extrême &lt;/b&gt;&lt;b&gt;droite. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Trump prolonge donc des politiques mises en œuvre antérieurement mais en les radicalisant, en les accompagnant d’une rhétorique brutale, raciste et déshumanisante, qui vise à légitimer de futures attaques contre les minorités et les mouvements de contestation, et encourage aussi l’intensification de la violence du côté de ses partisans.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Vous écrivez : « &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Quelque chose est en train de changer et de se coaguler à l’extrême droite à mesure que le capitalisme s’enfonce dans une crise d’ampleur civilisationnelle. &lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;» En quoi la montée en puissance de forces autoritaires et racistes s’inscrit-elle dans un moment de crise profonde du capitalisme néolibéral ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Si on périodise la montée de l’extrême droite, il semble clair que celle-ci a quelque chose à voir avec la situation du capitalisme : ce n’est pas un hasard si elle est postérieure à la crise de 2007-2008 (crise des subprimes, NDLR), l’une des plus graves crises du capitalisme, dont celui-ci ne s’est jamais véritablement remis. De fait, le capitalisme néolibéral et mondialisé s’enfonce dans une impasse marquée par la spéculation et une exploitation toujours plus forcenée des êtres humains et des ressources naturelles.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La dégradation des conditions de vie et l’absence de perspectives crédibles de progrès pour de larges segments des populations a fortement affaibli – voire complètement discrédité, dans le cas français notamment – les partis qui ont gouverné au cours des dernières décennies. Si bien que les classes possédantes doivent trouver de nouveaux représentants politiques capables d’imposer les contre-réformes qu’ils jugent nécessaires, de nouvelles politiques de privatisation, de dépossession, d’extraction.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/ugopalhetahs202_1773225917-png_1773225917-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Selon les systèmes politiques, cela peut passer par l’émergence de nouvelles figures radicalisant de vieux partis (Trump), de nouveaux partis (Reform UK, Vox en Espagne, les partis de Milei, Bolsonaro ou Kast en Amérique du Sud), ou encore une coalition des droites incluant l’extrême droite traditionnelle (Pays-Bas, Finlande, Suède), parfois comme force dominante (Italie, Pays-Bas, Finlande, et peut-être bientôt la France).&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Tout l’enjeu pour des secteurs comme la Big Tech, le capital fossile, les industries d’armement et de surveillance ou l’agrobusiness, c’est de trouver une formule politique leur ouvrant de nouvelles perspectives d’accumulation du capital dans un système économique stagnant, c’est-à-dire un jeu à somme nulle où ce qui est gagné doit l’être aux dépens de la nature, des classes travailleuses mais aussi des petites et moyennes entreprises.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Enfin, pour les classes dominantes, l’écrasement des mouvements de contestation est à l’ordre du jour et les extrêmes droites apparaissent parfaitement fonctionnelles dans ce contexte, parce qu’au cœur de leur vision du monde figure précisément la haine des mouvements portant l’exigence d’égalité.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Vous utilisez le terme de « néofascisme » pour qualifier le danger politique que représente l’extrême droite contemporaine. Certains questionnent le recours à cette référence au fascisme&lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;. Pourquoi vous semble-t-elle pertinente et même nécessaire ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il s’agit d’abord de contribuer à nous sortir d’une certaine torpeur, en brisant le récit de la « normalisation » et de la « respectabilisation ». Ce récit est central dans la stratégie des extrêmes droites directement issues du fascisme historique comme le Rassemblement national (RN), mais aussi Fratelli d’Italia, ou le FPÖ en Autriche. Ce n’est pas parce que les grands médias et la plupart des responsables politiques traitent ces forces comme des interlocuteurs légitimes que nous devons nous aussi contribuer à leur banalisation et à leur légitimation.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais l’usage du concept de « néofascisme » ne vise pas simplement une remobilisation antifasciste. Il permet aussi de souligner d’importantes continuités entre les extrêmes droites contemporaines et celles qui firent florès dans l’entre-deux-guerres, en particulier une communauté de vision du monde, organisée autour d’une obsession du déclin, d’une paranoïa civilisationnelle et raciale et d’une haine de l’égalité. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;De cette vision procède un projet similaire : celui d’une régénération nationale, raciale et/ou civilisationnelle par épuration. Bien entendu, les organisations et les stratégies ne sont pas exactement les mêmes. Le premier âge du fascisme, celui des années 1920-1930, fut militaire ou paramilitaire : les fascistes organisèrent des milices de masse qui eurent pour principale fonction de déraciner physiquement le mouvement ouvrier. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pour cela, ils pouvaient s’appuyer sur la subjectivité particulière de masses d’hommes revenus des tranchées de la Première Guerre mondiale&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Aujourd’hui, les extrêmes droites ne disposent pas de ce « matériau humain » et n’ont pas le même besoin de bandes paramilitaires : elles ne font pas face à des organisations ouvrières aussi puissantes et implantées qu’il y a un siècle. Cela ne signifie pas que ces mouvements ne sécrètent plus de violences, mais celles-ci sont principalement exercées par des groupes plus fluides, sans lien organique et hiérarchique avec les partis de l’extrême droite institutionnelle, mais aussi par des « loups solitaires », qui sont pour certains des militants d’extrême droite, comme Anders Breivik, Brenton Tarrant, etc.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Dans &lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Comment le fascisme gagne la France&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;, vous insistez sur le fait que la « fascisation » en cours n’est pas réductible aux succès électoraux des partis d’extrême droite. Elle s’inscrit dans une dynamique large d’« évidement de la démocratie » et de tournant autoritaire. Pouvez-vous revenir sur ce point ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;J’entends par « fascisation » le processus qui précède et prépare l’établissement d’un État fasciste – c’est-à-dire un État qui prétend régénérer la nation en menant une guerre ouverte contre les minorités, les mouvements de contestation et tout espace de contre-pouvoir. Dans cette perspective, il faut prendre au sérieux les transformations qui engagent une dé-démocratisation, car elles favorisent l’arrivée au pouvoir des fascistes. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Du côté des idées et des affects, c’est le racisme qui joue le premier rôle, notamment des formes de racisme conspiratoire et catastrophiste dans lesquelles un groupe – généralement les musulmans et musulmanes dans la France contemporaine – est présenté comme travaillant activement à détruire la communauté nationale. D’où le thème de l’« entrisme », de l’« infiltration », qui est matraqué par l’extrême droite et les droites. Il rappelle terriblement l’antisémitisme de l’entre-deux-guerres, obsédé par le prétendu « complot juif ».&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Du côté des institutions, on observe une intensification de la répression des contestations populaires, le renforcement d’une institution policière de moins en moins contrôlée par le pouvoir politique ou la justice, un contournement de l’Assemblée nationale – marqué par le refus de Macron de nommer un ou une première ministre issu du Nouveau Front populaire, mais aussi de la société civile, avec un mépris affiché à l’égard des syndicats.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Dans votre analyse de la mutation du paysage politique français des dernières décennies, le nom de Sarkozy revient à de nombreuses reprises. En quoi son quinquennat (2007-2012) est-il un moment de rupture ? Quel rôle a-t-il joué dans la radicalisation droitière du champ politique ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dès son arrivée au ministère de l’intérieur en 2002, il a eu un rôle très important parce que, pour affirmer sa domination à droite et gagner l’élection présidentielle de 2007, il a engagé ce double processus d’extrémisation de la droite et de durcissement autoritaire qui nous est si familier aujourd’hui. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il l’a fait par exemple en associant de manière de plus en plus systématique au fil des années la criminalité à l’immigration, mais aussi en radicalisant un agenda sécuritaire qui s’était développé avant lui (peines planchers, comparutions immédiates, loi « anti-casseurs », etc.).&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Zemmour, Darmanin ou Retailleau sont, chacun à leur manière, des héritiers de la stratégie sarkozyste. De son côté, si le RN arrive au pouvoir, il le devra en large partie à Sarkozy, parce qu’en tant qu’acteur hégémonique de la politique française de 2002 à 2012, celui-ci a considérablement transformé le terrain idéologique et même culturel sur lequel se joue la confrontation politique. À la manière dont l’arrivée au pouvoir des néofascistes italiens (Meloni et Fratelli d’Italia) a été préparée et permise, au moins en partie, par le berlusconisme.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;En France, les gouvernements Hollande puis Macron ont contribué à des glissements autoritaires du maintien de l’ordre et à un affaiblissement des institutions démocratiques. Au point que certains, notamment à gauche, ne voient plus la spécificité de la menace d’une victoire du RN, considéré comme un nouvel avatar du néolibéralisme autoritaire. En quoi le RN constitue-t-il toujours une force politique dangereuse et spécifique ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En général, on ramène cela à une question idéologique mais ce n’est pas l’essentiel. D’abord, le RN ne pourra pas s’en tenir simplement au statu quo s’il veut satisfaire le cœur de son électorat et se maintenir durablement au pouvoir. Si l’on se fie aux enquêtes, les électeurs et électrices du parti d’extrême droite espèrent majoritairement de celui-ci qu’il s’en prenne aux exilés, aux minorités et aux quartiers populaires et d’immigration, mais aussi à la gauche et aux mouvements de contestation&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Au sein même de l’institution policière, nombreux sont ceux qui, dans les brigades préposées au maintien de l’ordre, désirent une vaste opération de « nettoyage », contre les « gauchistes » et les « étrangers »&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Ce qui semble certain, c’est qu’on ne peut pas vaincre une extrême droite puissante en restant fragmentés. La question de l’unité va donc se reposer inévitablement. Mais le périmètre de l’unité nécessaire n’est pas défini à l’avance. Le PS, en jouant le rôle de béquille de la Macronie, s’est mis lui-même en-dehors du NFP. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Par ailleurs, si le RN veut sécuriser son alliance avec les milieux patronaux, qu’il cherche à renforcer depuis plusieurs années, cela suppose qu’il intensifie les politiques de régression sociale, donc des reculs pour de larges pans de la classe travailleuse. Ce faisant, il rencontrera des résistances et il sera alors tenté d’aller toujours plus vers un État policier. Ce glissement se produira d’autant plus facilement qu’il épouse les tendances à l’œuvre depuis 2015 et qu’il correspond par ailleurs à l’idéologie de cette famille politique, fondamentalement rétive aux libertés publiques et hostile aux mouvements populaires.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;C’est une situation qui porte de terribles dangers pour les mouvements d’émancipation.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Vous esquissez des propositions pour une stratégie antifasciste. Première priorité : empêcher l’implantation et la structuration militante de l’extrême droite sur le territoire. Pourquoi cela vous semble crucial et pourquoi l’autodéfense est-elle nécessaire à vos yeux ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Elle est nécessaire parce que, dans le sillage de l’extrême droite institutionnelle se développe une extrême droite plus militante, qui cherche à s’implanter, qui prend des initiatives de rue, et qui pratique toujours l’intimidation et la violence à l’encontre des exilés, des minorités, et des mouvements d’émancipation. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Que ce soit aux États-Unis, en Israël, au Royaume-Uni, dans l’État espagnol, en Turquie ou au Brésil, on voit un développement concomitant de ces deux branches du néofascisme. Or, c’est une chose de faire face à une extrême droite institutionnelle, c’en est une autre d’avoir à affronter, chaque jour, des fascistes de rue capables d’intimider, de harceler, d’agresser, etc.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La question de l’autodéfense est bien souvent mal comprise parce que réduite à l’idée d’une confrontation violente. Bien sûr, l’autodéfense suppose de se confronter physiquement à des groupes violents, mais le point principal réside dans une mobilisation unitaire de masse : partout où l’extrême droite tente de se construire, que ce soit dans un quartier, un village, une université ou un lieu de travail, si par exemple elle tente d’ouvrir un local, elle doit rencontrer sur sa route une opposition massive lui signifiant que sa présence et ses idées ne seront pas tolérées. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;De ce point de vue, le point clé n’est pas la violence mais la force du nombre, la coordination et la détermination. Si les fascistes sont 50 et que vous réunissez 500 personnes pour leur faire face, il n’y aura pas ou peu de confrontation violente.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;La bataille antifasciste n’est pas seulement une bataille de rue, ou d’idées. Elle nécessite aussi la construction d’une alternative politique crédible, face au néolibéralisme et à l’extrême droite. Or la déréliction du Nouveau Front populaire (NFP), depuis sa victoire électorale de l’été 2024, a quelque chose de démoralisant pour une bonne partie des forces qui s’étaient alors mobilisées. Vous rappelez souvent que l’unité est un combat. Parfois ce combat semble perdu d’avance...&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Début juin 2024, au moment des élections européennes, personne n’aurait misé un kopeck sur l’émergence du Nouveau Front populaire et, a fortiori, sur sa victoire, d’autant plus après l’implosion de la NUPES. C’est pourtant ce qui s’est passé. Est-ce que l’expérience peut être réitérée ? Personne n’en sait rien et il est vain de formuler des prédictions. La seule chose utile, c’est de définir la politique qui semble juste dans la conjoncture actuelle, et de chercher à la mettre en œuvre. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ce qui semble certain, c’est qu’on ne peut pas vaincre une extrême droite puissante en restant fragmentés. La question de l’unité va donc inévitablement se poser de nouveau. Mais il faut avoir en tête au moins deux choses. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;D’abord, le périmètre de l’unité nécessaire n’est jamais défini à l’avance. Le PS a décidé de soutenir l’actuel gouvernement Lecornu et a permis qu’il ne tombe pas. En jouant ainsi le rôle de béquille de la Macronie, il s’est mis lui-même en dehors du NFP. Ensuite, l’unité dont nos idées ont besoin pour l’emporter ne peut pas être seulement une coalition électorale de partis, elle doit inclure dans l’action d’autres forces : syndicats, collectifs antiracistes ou de quartier, féministes, écolos, médias indépendants... &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Cette unité doit déborder le champ politique et les échéances électorales. C’est ce qui aurait pu être pérennisé avec le NFP, sous la forme d’assemblées populaires réunissant, à l’échelle d’un quartier, d’un village, d’un lieu de travail ou d’une université, des citoyen·nes et des militant·es de différentes organisations, tourné·es vers l’action commune.&lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Vous ouvrez le livre avec cette phrase de Gramsci : «&lt;/b&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt; On ne prévoit réellement que dans la mesure où l’on agit, (...) et donc où l’on contribue concrètement à créer le résultat “prévu” &lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;b&gt;». Quelles sont les actions que vous conseilleriez aujourd’hui pour agir concrètement contre la fascisation ?&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Il y a quantité de choses utiles et chacun·e peut jouer un rôle à son échelle, là où il est. Il y a un enjeu d’éducation populaire, de contre-information face à une propagande raciste et autoritaire de plus en plus étouffante, diffusée via des médias contrôlés par l’extrême droite. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;De ce point de vue, soutenir les médias indépendants, mais aussi les maisons d’édition et les librairies indépendantes ainsi que tous les lieux où des idées libératrices peuvent être diffusées et discutées, est une dimension importante dans le combat contre le fascisme.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Néanmoins, l’aspect décisif à mon sens c’est notre capacité d’organisation et de mobilisation collective : le fait de sortir de nos routines mais aussi de nous extraire des réseaux sociaux pour nous rencontrer et nous battre ensemble, dans le cadre d’un syndicat ou d’un parti, ou encore d’un collectif de quartier, d’un réseau de solidarité avec la Palestine, d’une lutte contre un grand projet inutile, etc. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pas seulement pour faire reculer l’extrême droite mais pour défendre et élargir nos droits démocratiques et nos conquêtes sociales. Les fascistes nous veulent déprimés, sidérés et isolés : la réponse, c’est fondamentalement l’action collective orientée vers des buts égalitaires et émancipateurs. &lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Ugo Palheta&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Maître de conférences à l’université de Lille, co-directeur de la revue en ligne &lt;i&gt;Contretemps&lt;/i&gt;, le sociologue Ugo Palheta est de ceux qui prennent depuis longtemps au sérieux « la possibilité du fascisme ». Il est l’auteur de nombreux livres sur le sujet, dont les récents &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/article/la-nouvelle-internationale-fasciste-edition-augmentee-ugo-palheta-textuel&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;La nouvelle internationale fasciste&lt;/a&gt; &lt;/i&gt;(Textuel, 2025) et &lt;i&gt;Comment le fascisme gagne la France&lt;/i&gt; (La Découverte, 2025), traduit en anglais l’année dernière. Il anime par ailleurs depuis 2022 le podcast « Minuit dans le siècle » qui décortique la dynamique des droites extrêmes contemporaines, sur la plateforme Spectre. Il participe également aux travaux de l’Institut La Boétie, laboratoire d’idées de La France insoumise, pour lequel il a coordonné le livre &lt;i&gt;Extrême droite, la résistible ascension&lt;/i&gt; (éditions Amsterdam, 2024).&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Là où les riches font sécession</title>
		<id>2103</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/la-ou-les-riches-font-secession-zones-mediapart-divergences"/>
		<published>2026-03-10T12:38:00+01:00</published>
		<summary>Retrouvez notre recension de « Là où les riches font sécession » de Mediapart aux Éditions Divergences.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/zones_1773142837-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Le véritable séparatisme est là. À la City de Londres, dans l’Automobile club de France ou à la Gujarat International Finance Tech City (GIFT City), en Inde, les ultra-riches se barricadent et mettent en place toujours plus de stratagèmes pour rester loin du commun des mortels et protéger leurs privilèges. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Ce sont des paradis libertariens, façonnés par les Elon Musk, Donald Trump, Bernard Arnault ou Vincent Bolloré, défiants vis-à-vis des États et de la démocratie. « &lt;i&gt;La nouvelle géographie du capital ne consiste plus seulement à s’étendre pour créer des marchés et capter des ressources, il s’agit aussi de se concentrer dans des lieux où sa domination est totale&lt;/i&gt; », écrit le journaliste Romaric Godin. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;À travers huit exemples, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; livre un aperçu de la méthode des milliardaires pour « &lt;i&gt;s’émanciper de toutes ses responsabilités sociales, environnementales et politiques &lt;/i&gt;». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p5&quot;&gt;&lt;b&gt;Zones - &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Là où les riches font sécession - &lt;/b&gt;&lt;b&gt;Mediapart - &lt;/b&gt;Divergences → 2026 - 100 pages - 13 €&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Contamination de l&apos;eau : dans les Hauts-de-France, les habitants désemparés </title>
		<id>2102</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/hauts-de-france-arras-contamination-eau-pesticide-agriculture-betteraves-omerta"/>
		<published>2026-03-05T16:50:00+01:00</published>
		<summary>Dans les Hauts-de-France, l’une des régions les plus pauvres et les plus touchées par la pollution de l’eau potable, les habitants doivent faire face au déni et au silence. Reportage.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/hautsfrance7_1772727140-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Malgré la neige qui est tombée dru en ce début de mois de janvier, la salle est comble à Artois Expo, le centre des congrès de la ville d’Arras (Pas-de-Calais). Au-dessus de la scène centrale, dans une vaste pièce baignée d’une lumière bleutée, trois écrans géants projettent un clip sur une musique entraînante, jalonné de slogans – « Puiser la vie », « Canaliser l’énergie », « Ressourcer l’esprit ». &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Les images s’enchaînent en rythme : des ados jouent au bord d’un lac, un retraité pêche, une jeune fille saute dans une flaque. « &lt;i&gt;Bonne année 2026 dans le Grand Arras &lt;/i&gt;», conclut la vidéo. Applaudissements. «&lt;i&gt; L’eau, c’est la vie &lt;/i&gt;», martèle, réjoui, Frédéric Leturque, maire d’Arras et président de la communauté urbaine (CUA), à son public. « &lt;i&gt;Parfois, on lit des choses qui font douter. Moi, je le dis sans ambiguïté : grâce à la performance de notre réseau, nous garantissons aux habitants une eau de très bonne qualité. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;i&gt;Reportage issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-74&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt; et sur abonnement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvn74produit_1771261050-png_1771261050-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Quelques semaines plus tôt, la CUA, qui regroupe 46 communes des Hauts-de-France pour un peu plus de 109 000 habitants, reconduisait pour neuf ans le contrat de concession de service public pour la gestion de l’eau avec la Société des eaux du Grand Arras, filiale du groupe Veolia. Assise au premier rang, Prisca Gaubert, présidente régionale, est tout sourire.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pourtant, les communes voisines bruissent d’inquiétudes. Vendredi 21 novembre, des habitants de sept communes de l’Arrageois (Adinfer, Ayette, Boiry-Saint-Martin, Boiry-Sainte-Rictrude, Foncquevillers, Hendecourt-lès-Ransart et Monchy-au-Bois) découvrent que de leur robinet coule désormais une eau brunâtre, à l’odeur nauséabonde. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;«&lt;i&gt; Le soir même, j’ai commencé à recevoir des messages d’habitants sur mon téléphone,&lt;/i&gt; se remémore Pierre Barrois, le maire d’Hendecourt-lès-Ransart. &lt;i&gt;Très vite, on a suspecté un forage. On s’est mis à distribuer des bouteilles d’eau. Mais les gens étaient inquiets. &lt;/i&gt;» Une réunion publique est organisée à la hâte entre les maires concernés et le Syndicat des eaux des vallées du Gy et de la Scarpe, la régie publique chargée de la distribution de l’eau pour 64 communes des environs.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/hautsfrance5_1772727154-png_1772727154-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Vue du bassin minier de Lens depuis le Mémorial National du Canada à Vimy.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Elle fait constater par huissier la pollution au forage de Ficheux avant de le déconnecter du réseau. «&lt;i&gt; Les gens étaient très remontés, car on n’avait pas d’information à leur fournir,&lt;/i&gt; peste le maire.&lt;i&gt; Le syndicat n’a même pas été convié aux réunions entre l’OFB et la DREAL, et ces derniers nous disent simplement qu’ils n’ont “pas constaté d’incident”. L’ARS &lt;/i&gt;&lt;b&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;&lt;i&gt;, qu’elle “n’a pas observé de pic de consultations chez le médecin”. Chacun s’est défaussé. Il y a une véritable omerta.&lt;/i&gt; » Mardi 25 novembre, une plainte contre X est déposée. Au moment où nous publions ces lignes, l’instruction est toujours en cours.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Cimetières et champs de betteraves&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Un incident isolé ? Rien de moins sûr. Sur la carte interactive dévoilée par l’association Générations futures en octobre dernier, et qui permet de vérifier, d’après les données disponibles, la qualité de l’eau de consommation commune par commune, les Hauts-de-France se détachent clairement du reste de l’Hexagone. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Dans la majeure partie du territoire, les taux de nitrates, pesticides et perchlorates (contaminants issus de résidus industriels) dépassent les limites de qualité fixées par les pouvoirs publics&lt;b&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;. Et pour plusieurs dizaines de communes, l’eau devrait «&lt;i&gt; être déconseillée à la consommation pour tout ou partie de la population&lt;/i&gt; » d’après les recommandations du ministère de la santé et du Haut Conseil de la santé publique&lt;b&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/hautsfrance6_1772726947-png_1772726947-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Nécropole Notre-Dame-De-Lorette, à Ablain-Saint-Nazaire.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Or cette inégalité territoriale n’est, pour les acteurs impliqués sur les questions de l’eau, pas une surprise. Alexandre Cousin, conseiller régional des Hauts-de-France, nous reçoit sur son élevage en proche banlieue d’Arras, où il accueille des races rustiques, pour la plupart menacées, qu’il destine à l’écopâturage. Il vient de participer à une réunion publique sur le sujet, et reconnaît que l’eau est un sujet de crispation, notamment dans le contexte des élections municipales qui approchent. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pour l’élu écologiste, il faut revenir à l’histoire de la région pour comprendre la situation actuelle. «&lt;i&gt; Si l’on prend les perchlorates, on distingue très clairement sur la carte la ligne de front de la guerre 14-18, où des millions de munitions ont explosé et se sont retrouvées dans les sols. Elles ont pénétré les nappes phréatiques, et nous en payons aujourd’hui les conséquences. C’est une double peine de l’histoire. &lt;/i&gt;» Difficilement traitables, les ions perchlorates sont très solubles dans l’eau et, en cas d’ingestion, peuvent «&lt;i&gt; induire une diminution de l’absorption d’iode, qui pourrait elle-même entraîner un déficit en hormones thyroïdiennes &lt;/i&gt;», prévient l’ARS. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Selon Olivier Petit, économiste et maître de conférences à l’université d’Artois, spécialiste des questions de l’eau, si l’on ne peut nier l’impact de la Première Guerre mondiale dans cette pollution, c’est néanmoins un ennemi bien commode. «&lt;i&gt; Un rapport du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) de 2015 pointait la possible responsabilité de l’utilisation d’engrais en provenance du Chili, importés au début du XX&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; siècle et utilisés notamment dans la culture de betteraves, comme étant l’une des sources de la pollution des eaux aux ions perchlorates. Mais cela a été mis sous le tapis. Or il faut rappeler que les Hauts-de-France sont la première région productrice de betterave sucrière au niveau national. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Cimetières militaires et champs de betteraves à perte de vue : c’est ainsi que l’on pourrait résumer à gros traits la topographie du territoire des Hauts-de-France aujourd’hui. Et les lois d’orientation agricoles de 1960-1962 n’y sont pas étrangères. Grâce à une production devenue excédentaire durant la période de haute croissance des Trente Glorieuses, l’agriculture est mise au service de l’expansion industrielle et de l’exportation. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Ce modèle productiviste, prolongement naturel de la loi de remembrement de 1941, enclenche une reconfiguration sans précédent du territoire. Les Hauts-de-France, dévastés par le front de la Première Guerre mondiale, deviennent alors un véritable laboratoire à ciel ouvert, où les parcelles sont rassemblées – bien souvent de manière autoritaire et sans réelle concertation – dans un unique objectif de rendement. Une rationalisation des terres qui bouleverse le rapport au sol et aux connaissances des milieux paysans.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/hautsfrance2_1772726974-png_1772726974-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Alexandre Cousin, conseiller régional des Hauts-de-France.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Stéphane Delmotte est petit-fils d’agriculteur à Oppy, une petite commune entre Lens et Arras. Lui-même longtemps producteur de betterave en bio, il a raccroché depuis quelques années, épuisé par les contraintes qu’implique une agriculture raisonnée dans un contexte où le conventionnel règne en maître. « &lt;i&gt;Avec la fin des quotas, les primes à la surproduction et l’accès à de nouveaux leviers chimiques pour désherber, on a complètement basculé sur un autre modèle,&lt;/i&gt; détaille le quadragénaire, qui est aussi médecin urgentiste. &lt;i&gt;En dévastant la biodiversité et en polluant toutes les ressources en eau au passage. Le coup de grâce, c’est il y a une vingtaine d’années, lorsque les sucreries Béghin Say se sont regroupées en une énorme coopérative pour devenir Tereos. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Premier groupe sucrier français, la multinationale Tereos représente désormais 12 000 betteraviers, principalement dans les Hauts-de-France – bien rares sont les champs ouverts (&lt;i&gt;open fields&lt;/i&gt;) qui ne font pas partie de sa coopérative. Ses usines de transformation, dont celle de Boiry-Sainte-Rictrude, à proximité directe des communes touchées par la pollution de l’eau de novembre dernier, dégagent cette odeur de soufre à laquelle on ne s’habitue jamais vraiment. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;À 40 kilomètres au nord d’Arras, en avril 2020, c’est la digue d’un bassin de décantation servant à laver les betteraves de l’usine Tereos à Escaudœuvres qui cède : 100 000 m&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt; d’une eau noirâtre se déversent dans l’Escaut ; 70 tonnes de poissons morts (soit 90 % de la population) sont repêchées dans les semaines qui suivent sur le versant belge du fleuve. Condamné en janvier 2023 à près de 9 millions d’euros de dommages et intérêts, le groupe a depuis fait appel&lt;b&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Inégalités environnementales&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;« &lt;i&gt;La jurisprudence, c’est l’écume des contentieux, &lt;/i&gt;ironise Bernard Drobenko, professeur émérite des universités et auteur de nombreux ouvrages sur le droit de l’eau. &lt;i&gt;S’il y aussi peu de cas, cela ne veut pas dire que les gens reçoivent une eau toujours conforme. Car ce que l’on oublie, c’est que les gestionnaires, publics ou privés, ont une obligation de résultat. Et le Code de la santé est très clair : l’eau potable doit être livrée aux consommateurs exempte d’éléments qui puissent nuire à sa santé. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ainsi, rappelle le juriste, si un administré reçoit une eau qui ne répond pas aux critères de potabilité, il est en droit de réclamer à sa régie le remboursement des filtres ou des bouteilles d’eau qu’il achète. Est-ce à dire pour autant que le principe pollueur-payeur serait respecté ? Dans un rapport rendu public le 17 juillet 2023, la Cour des comptes épinglait, au-delà d’une mauvaise gestion et d’un manque de surveillance, la répartition inégale des redevances – les ménages assumant 75 % de leur coût, et ce alors même qu’ils ne génèrent que 10 à 20 % des pollutions au global.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/hautsfrance4_1772726992-png_1772726992-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;Pierre Barrois, maire d’Hendecourt-lès-Ransart depuis 2008.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Loin, donc, d’avoir l’effet dissuasif escompté : pour un industriel ou un agriculteur, il est plus intéressant économiquement de polluer que de ne pas polluer. Mais cela va plus loin : « &lt;i&gt;Ces mêmes agences qui collectent les redevances aident par exemple les opérateurs économiques, y compris des agriculteurs, pour des investissements qui ont parfois pour conséquence d’augmenter les pollutions. Et donc, on arrive à une situation ubuesque où le principe “pollueur-payeur” se transforme en “pollueur-payé” &lt;/i&gt;», étrille le juriste.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Pour autant, les disparités territoriales ne se limitent pas aux taux de pollution relevés dans les nappes ou aux déversements dans les cours d’eau par les industries : elles sont également criantes dans les réponses apportées en cas de contamination. « &lt;i&gt;Dans les milieux ruraux, vous avez encore un certain nombre de régies directes qui ne sont pas armées économiquement pour faire face,&lt;/i&gt; pointe Olivier Petit. &lt;i&gt;À l’inverse, dans une grande ville qui délègue sa gestion de l’eau, et qui investit plusieurs dizaines de millions d’euros dans ses infrastructures, en cas de pollution, la crise est bien mieux endiguée. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;C’est ainsi que la gestion de la qualité de l’eau potable incombe dans la grande majorité des cas… aux citoyens. Et c’est là que les choses se compliquent dans un territoire dont l’histoire industrielle, avec l’abandon brutal du charbon à partir des années 1960 (au profit du pétrole et du gaz), a laissé des cicatrices profondes. Selon une étude de l’Insee de 2023, les Hauts-de-France sont la deuxième région la plus touchée de France (après la Corse) par la pauvreté monétaire : 43,9 % des 16-25 ans ne sont ni en emploi ni en formation, soit 7,5 points de plus que la moyenne métropolitaine. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;D’après l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), c’est aussi la région la plus frappée par l’obésité, à 22,1 % en 2023, soit 5 points au-dessus de la moyenne nationale, faisant des Hauts-de-France l’une des régions les plus à risque pour les maladies cardio-neuro-vasculaires.&lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« &lt;/b&gt;&lt;b&gt;On parle d’eau,&lt;/b&gt;&lt;b&gt; pas de notre abonnement téléphonique : c’est un service public essentiel. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Aux inégalités spatiales s’ajoutent donc des inégalités sociales, qui créent une véritable rupture entre ceux qui sont en mesure de traiter leur eau pour la rendre plus potable (dont le coût, pour les filtrations les plus efficaces, dépasse les 500 euros par an) et les autres. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Mais aussi entre des populations dont l’exposition au risque n’aura pas les mêmes conséquences. «&lt;i&gt; Nous ne sommes pas tous égaux face aux pollutions. Les délégataires&lt;/i&gt; [la régie, NDLR]&lt;i&gt;, lorsqu’ils ne distribuent pas une eau potable selon les critères établis, devraient a minima fournir à chaque foyer un filtre qui permette d’améliorer la qualité de leur eau,&lt;/i&gt; estime Alexandre Cousin. &lt;i&gt;On parle d’eau, pas de notre abonnement téléphonique : c’est un service public essentiel.&lt;/i&gt; » Et c’est aussi la loi.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Prévenir plutôt que guérir&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Si Frédéric Leturque, président de la CUA, est aussi rassuré sur la qualité de son eau, c’est peut-être qu’il ne prend pas tout à fait le problème dans le bon sens. « &lt;i&gt;La grosse incertitude, c’est sur les effets cocktails &lt;/i&gt;», met en garde Gilles Guibaud, professeur à l’université de Limoges et directeur de l’unité de recherche Eau et environnement. « &lt;i&gt;On peut établir des seuils de toxicité pour des molécules isolées, et on connaît leurs effets. Mais le problème, c’est que nous sommes exposés quotidiennement à des dizaines de milliers de molécules : dans l’air, l’eau, l’alimentation, les vêtements que nous portons. Et où l’on va avoir des effets synergiques et antagonistes entre les substances. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/hautsfrance3_1772727026-png_1772727026-1.png&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;i&gt;L’église d’Hendecourt-lès-Ransart, au sud d’Arras.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;C’est ainsi que, plutôt que de tenter de traiter un problème qui va se complexifier à mesure que les instruments de mesure se perfectionnent et que l’on découvre de nouveaux polluants, tels que les TFA&lt;b&gt;&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt;&lt;/b&gt;, de nombreux experts préconisent de tout faire pour éviter qu’il surgisse en amont : créer des zones tampons, réimplanter des haies, laisser un couvert végétal pour aider à la filtration des eaux. Mais aussi, amener plus de transparence dans la gestion d’un bien essentiel. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Depuis plus de quinze ans, l’association Eau Secours 62 milite pour une gestion citoyenne de l’eau. «&lt;i&gt; Les délégataires privés font leur travail. On ne peut pas leur reprocher cela. Mais ils restent dans le cadre de leur mission, que ce soit la distribution ou l’assainissement, &lt;/i&gt;nous détaille Jean-Michel Damiens, président de l’association, lorsque nous le rencontrons à un café proche de la gare d’Arras.&lt;i&gt; En régie publique, comme on est moins dans une logique de profit et de rentabilité, on peut faire du préventif, et cela a une incidence directe sur la qualité de l’eau, sur son prix, et sur l’environnement. Les citoyens sont partie prenante : ils ont tout à gagner. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Faire de la prévention impliquerait donc une véritable volonté des pouvoirs publics, quitte à sortir d’une logique marchande appliquée à l’eau et de faire de sa potabilité un droit fondamental. Pour le chercheur Gilles Guibaud, c’est la seule façon d’empêcher que des substances se retrouvent dans notre environnement : « &lt;i&gt;Cela oblige à sanctuariser certaines zones critiques, d’y interdire le rejet de produits phytosanitaires, de travailler de concert avec les agriculteurs,&lt;/i&gt; conclut le scientifique. &lt;i&gt;Car en bout de chaîne, tout le monde boit cette eau. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;La neige a cessé de tomber sur la rue principale d’Hendecourt-lès-Ransart. Au bout, l’église et son monument aux morts pour la France se fondent dans la brume. Les rares voitures qui passent ne s’arrêtent pas. Dans l’air, l’odeur de soufre émanant du bassin de décantation à l’entrée du village vous prend à la gorge. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;Selon plusieurs sources proches du dossier et ayant toutes requis l’anonymat, en 2024, un bassin de ce type dans le secteur se serait entièrement vidé. «&lt;i&gt; Parti. Où ? On ne sait pas,&lt;/i&gt; s’étonne non sans ironie un expert. &lt;i&gt;L’odeur que les habitants ont retrouvée dans leurs robinets en novembre, ils la connaissent parfaitement. Depuis les années 1970, ils vivent avec. &lt;/i&gt;» Installé sur une chaise en vieux bois de l’unique pièce de sa petite mairie, emmitouflé dans son écharpe, Pierre Barrois déplore qu’on ne prenne pas assez conscience que nous sommes tous victimes d’un modèle agricole qui ne vise pas l’autonomie alimentaire mais l’insertion dans le commerce mondialisé. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot;&gt;« &lt;i&gt;Vous savez, les premières victimes de tout ça, ce sont les agriculteurs, &lt;/i&gt;déplore l’édile. &lt;i&gt;Moi aussi, quand je cultivais des betteraves, j’en ai mis des phytos, et un jour, ça va me retomber dessus. Tout ça pour des histoires de concurrence. C’est un problème social, c’est systémique. Il faut créer les conditions pour changer de modèle. Mais je n’ai pas l’impression qu’on va vers ça. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;h4&gt;&lt;b&gt;Gestion de l’eau potable&lt;/b&gt;&lt;/h4&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En France, l’eau potable est un service public local dont la commune ou l’intercommunalité est responsable, avec obligation d’assurer la continuité du service et la qualité de l’eau. Ce service peut être géré en régie (la collectivité exploite elle-même le service, avec ses agents et son budget) ou confié à un opérateur privé dans le cadre d’une délégation de service public. Ce double système entraîne de grandes disparités territoriales, tant au niveau de la potabilité que du prix de l’eau, le financement du réseau reposant presque exclusivement sur les usagers.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;1.&lt;/b&gt; Respectivement : Office français de la biodiversité, Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement et Agence régionale de santé.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;2.&lt;/b&gt; Il n’existe pas de limite réglementaire pour les perchlorates dans l’eau potable. Concernant les nitrates, la Commission européenne a saisi la justice contre la France le 21 février 2025, pour le dépassement du seuil maximal réglementaire dans 107 unités de distribution et un manque d’information des consommateurs.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;3.&lt;/b&gt; Cela repré-senterait 3 % des réseaux de distribution d’eau potable (UDI), soit 709 à l’échelle nationale selon le rapport d’octobre 2025 de Générations futures. Plus de la moitié (1,9 %) concerne les perchlorates.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;4.&lt;/b&gt; Contacté par &lt;i&gt;Socialter&lt;/i&gt;, le groupe n’a pas donné suite.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;5.&lt;/b&gt; L’acide trifluoroacétique est un PFAS à chaîne courte, persistant dans l’environnement et utilisé dans l’industrie pharmaceutique et l’agrochimie.&lt;/p&gt;</content>
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		<title>Vercors : À Autrans, Caroline Termier, gardienne de refuge face au changement climatique</title>
		<id>2101</id>
		<link href="https://www.socialter.fr/article/autrans-en-vercors-caroline-termier-refuge-des-feneys-changement-climatique-neige"/>
		<published>2026-03-04T15:06:00+01:00</published>
		<summary>Depuis vingt-cinq ans, Caroline Termier est gardienne du refuge des Feneys, sur les hauteurs du plateau du Vercors et à proximité d’une petite station de ski. Face à une montagne en pleine mutation, entre raréfaction de la neige et pics de surfréquentation, elle s’interroge sur son avenir et le sens du refuge. Rencontre en cramponnettes, la raquette de l’ère post-neige.</summary>
		<image>https://www.socialter.fr/images/article/t/vercors3_1772634050-750x480.png</image>
		<content type="xhtml">&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Pour préparer l’ascension au refuge des Feneys, perché à 1 511 mètres d’altitude au-dessus de la commune d’Autrans, dans le Vercors, on a bien essayé de soutirer quelques conseils à Caroline niveau équipement. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Réponse frugale : « &lt;i&gt;Il faut monter à pied.&lt;/i&gt; » Alors, en bon citadin, on s’est élancé sur le sentier, la fleur au fusil et des bottines légères aux pieds. La météo de cette mi-décembre ne semblait guère menaçante. Un temps maussade, frais mais pas trop froid, quelques rayons de soleil.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p3&quot; style=&quot;text-align: center; &quot;&gt;&lt;i&gt;Article issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible &lt;a href=&quot;https://web2store.mlp.fr/produit.aspx?edi_code=e6034HNKhto%3d&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;en kiosque&lt;/a&gt; et librairie et &lt;a href=&quot;https://www.socialter.fr/produit/numero-74&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;à la commande&lt;/a&gt; et sur abonnement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;div style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://www.socialter.fr/images/article/e/couvn74produit_1771261050-png_1771261050-1.png&quot; style=&quot;width: 25%;&quot;&gt;&lt;/div&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Temps d’ascension : une heure trente. D’abord, le sentier monte dur, en lacets à travers la forêt. Pas de neige, à part quelques résidus de la vague de froid de mi-novembre. Vers la fin du parcours, on débouche sur une route forestière plus plate et encore blanche qui mène au refuge. C’est face à ce mélange piégeux des différents états de l’eau que notre équipement commence à montrer ses limites. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;Quelque chose comme le pire des trois mondes : le liquide ascendant boue, le gelé patinoire et la profondeur de la neige plus ou moins fraîche. De quoi s’épuiser, ou se casser la figure un bon nombre de fois, ou les deux à la fois, à défaut de ralentir sévèrement la cadence.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Adieu raquettes&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;C’est donc suant et les jambes flageolantes qu’on arrive enfin au refuge alors que Caroline s’affaire en cuisine sur les préparatifs de ce tout début de saison. En bonne montagnarde, elle s’enquiert, un sourire en coin, de notre ascension. Et nous rassure : les raquettes ne nous auraient été d’aucune aide. Par les temps qui courent, l’ami du montagnard de moyenne altitude, ce sont les cramponnettes, des petites semelles amovibles recouvertes de picots pour ne pas glisser sur la neige fondue mais gelée. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Et Caroline d’achever de nous mettre à l’aise : «&lt;i&gt; L’année dernière, je me suis cassé le poignet en glissant sur une plaque de glace. Un 21 février. C’est un jour où tout le monde est arrivé à l’hôpital. C’est un des effets du réchauffement climatique. &lt;/i&gt;» Le mot est lâché. Caroline fait la moue et ne cache pas sa préoccupation. Comme pas mal de gens dont l’activité est liée à la moyenne montagne, où la neige est une donnée structurante pour tout un bassin d’emplois. Dans son refuge, cette fille de guide de haute montagne est sur la brèche, en équilibre entre les tensions qui traversent ces grands espaces dans lesquels elle a grandi et qu’elle chérit par-dessus tout.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/refuge74_1772633711-png_1772633711-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Pas question de baisser les bras, ni de mettre la tête dans la poudreuse – si tant est qu’on en trouve encore. Alors, en pétrissant son pain, elle enchaîne direct dans le dur : « &lt;i&gt;Ici le point de repère, c’est la limite pluie-neige. Avant, elle était à 1 200 mètres, après 1 300 et puis 1 400. Je suis toujours dans le blanc hein, mais la neige, elle commence à décailler un peu. Quand je sors de chez moi, que je descends, je me retrouve tout de suite sur le terrain. &lt;/i&gt;» Il y a quelques jours, elle s’est rendue à une réunion avec d’autres citoyens d’Autrans pour discuter de la constitution d’une liste pour les municipales à venir. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Caroline rappelle : « &lt;i&gt;Autrans, c’est une marque sur le ski nordique. C’est les Jeux olympiques de 1968, un domaine énorme pour le ski de fond et un petit domaine alpin, qui reste familial. On prépare collectivement un pseudo-deuil du ski. &lt;/i&gt;» Si Caroline dit « pseudo », c’est que l’avenir reste flou et le débat ouvert : d’un côté, les gens qui voudraient tout démonter, qui souhaitent qu’il n’y ait plus du tout de ski. De l’autre, les partisans du « tout-ski » qui, selon elle, se voilent la face. Comme Caroline, plusieurs personnes sont venues à la réunion pour tâter le terrain et s’assurer que la liste ne serait pas axée sur la défense du tout-ski. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Une position qui n’est plus tenable, selon elle. « &lt;i&gt;En moyenne montagne, ce n’est plus une menace, c’est là. Ma sœur, elle est monitrice de ski à Val-d’Isère, le réchauffement climatique, comment vous dire, elle ne le voit pas trop. À 2 000 et des poussières, il y a globalement toujours de la neige. Moi, à 1 500, c’est une autre histoire. &lt;/i&gt;» Caroline n’est pas pour autant anti-ski, elle qui le pratiquait, dans ses jeunes années, en compétition. Elle voudrait plutôt qu’on s’interroge, à équipements constants, pour trouver des compromis et amorcer une transition. « &lt;i&gt;C’est pour ça que la question des municipales, ce n’est pas facile. Il n’y a plus de neige, plus de sous et les gens ne sont pas contents. Moi, ça m’empêche de dormir. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Jamais de douches ici&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Voilà vingt ans que Caroline a repris les rênes de ce refuge, après avoir travaillé à l’office du tourisme d’Autrans. « &lt;i&gt;J’ai eu la chance de commencer l’année de la canicule, en 2003. J’estime que c’est une chance, sinon j’aurais fait comme mes collègues, j’aurais mis des douches. Il se trouve que ça a tellement cramé cette année-là que j’ai dit : jamais de douche ici. Ma citerne n’était pas vide, mais les vaches n’avaient plus d’eau. Je suis sur un alpage où il y a 300 génisses qui montent chaque année au printemps. La priorité, pour moi, c’est les bêtes. Pas ma vaisselle ou le petit repas que je vais préparer. Je ne m’attendais pas à ce que vingt ans plus tard, on manque vraiment d’eau. Alors, les conneries de canons à neige, c’est non. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/vercors2_1772633720-png_1772633720-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Le recul de ces années en prise directe avec la nature environnante et les variations du paysage au fil des saisons ont aiguisé la clairvoyance de Caroline. Jusqu’à taillader la quiétude de ses nuits. Ici, pas de grands mots mais, rudesse montagnarde oblige, des problématiques très concrètes. À commencer par le ravitaillement, notamment l’eau. Sur son site, la gardienne exhorte ses visiteurs à bien remplir leurs gourdes avant de monter. Pour le reste des vivres, c’est camion l’été, grâce aux routes forestières percées dans les années 1950, et moto-neige l’hiver, via le télésiège de Méaudre qui arrive un peu plus haut sur les alpages de la Molière. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Seulement voilà : «&lt;i&gt; L’hiver dernier, ma moto-neige a fait des sauts de mouche. Parfois je ne pouvais plus descendre jusqu’au refuge, j’étais obligée de m’arrêter au milieu. Je suis 100 mètres en dessous de l’arrivée du télésiège. Je suis montée dimanche, j’ai vu que c’était en train de fondre, je me suis dépêchée de faire des courses pour pouvoir redescendre la moto-neige. Aujourd’hui, je n’aurais pas pu descendre. &lt;/i&gt;» Depuis le confinement, qui a plus ou moins coïncidé avec le départ de ses enfants du foyer familial, elle a décidé de vivre au refuge à l’année. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Seule, avec son chien. La bâtisse, construite dans les années 1920, servait à l’origine aux bergers et aux bêtes faibles. Elle abrita aussi des résistants du maquis du Vercors, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;La montagne mode d’emploi&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;L’odeur du pain qui cuit au four se répand peu à peu dans le refuge à mesure que l’atmosphère se détend. Caroline rajoute une bûche dans le poêle. Au fil de la conversation, les vertus et les contradictions de l’idée même de refuge apparaissent plus nettement. Si l’enneigement se fait plus aléatoire, le taux de fréquentation du refuge ne s’en trouve pas pour autant entamé, bien au contraire. Caroline avance : « &lt;i&gt;Il y a de moins en moins de neige, mais finalement, cette saison, je n’ai plus qu’un week-end de libre. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Comme ailleurs dans le Vercors, l’après-Covid a marqué une nette hausse de fréquentation pour ces espaces sauvages préservés et relativement accessibles. Philippe Bourdeau, spécialiste de géographie culturelle, professeur émérite à l’université de Grenoble et fin connaisseur des logiques à l’œuvre en montagne, notamment dans les refuges de haute et moyenne montagne, détaille le phénomène : « &lt;i&gt;Les refuges sont les principaux points d’accès à la montagne peu aménagée, en dehors des stations. Ils sont les sas pour l’arrivée en montagne. Or la crise sanitaire a mis l’accent sur une forme de ressourcement lié à l’accès à la nature, avec l’arrivée de nouveaux publics, notamment issus des catégories populaires. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/vercors4_1772633726-png_1772633726-1.png&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;En 2021, un collectif baptisé Un bol d’air pour la Molière s’est constitué pour poser des limites à la surfréquentation estivale qui se profilait. Caroline, membre du collectif, détaille : &lt;i&gt;« On est sur un espace naturel sensible ici. Et pourtant, en été, il arrivait 200 à 300 voitures par jour. Il y a des compteurs. &lt;/i&gt;» Le collectif a obtenu d’interdire les voitures particulières de la mi-juillet à la mi-août les week-ends et jours fériés. Une navette a été mise en place, et on peut toujours prendre le télésiège, et marcher. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Caroline confie que le fait de vivre seule au refuge la change : « &lt;i&gt;J’ai retrouvé le sens, au sens propre. Au niveau flair, lecture du paysage, lecture du climat, de la tempête à venir. Je me suis fait vraiment accepter par les animaux, même avec un chien, qui est dressé pour ne pas les embêter. &lt;/i&gt;» L’animal regarde mélancoliquement par la porte vitrée. Caroline sourit : «&lt;i&gt; Elle n’a qu’une envie, c’est de leur courir après. Mais elle n’y va pas. J’ai repéré deux chevreuils qui habitent dans le coin. Il y a deux cerfs magnifiques qui passent aussi régulièrement. Il y a un renard qui a la queue un peu cassée, je le revois toujours, le pépère. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;h3&gt;&lt;b&gt;Changer ses habitudes&lt;/b&gt;&lt;/h3&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Ici, les paradoxes de la plaine prennent toute leur acuité, comme si la rigueur des hauteurs amenait les problématiques de l’époque à une certaine épure. La nécessité de se confronter concrètement au bouleversement d’un ordre économique et social donné, une certaine idée de la frugalité, mais aussi le réinvestissement, pas toujours évident, d’un rapport plus direct à la nature. &lt;/p&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p1&quot;&gt;&lt;b&gt;« Je ne m’attendais pas à ce que vingt ans plus tard, on manque vraiment d’eau. Alors, les conneries de canons à neige, c’est non. »&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Spontanément, Caroline aborde des questions apparemment triviales mais qui la turlupinent au plus haut point : doit-elle se connecter au satellite pour avoir Internet et être en mesure de demander aux clients de verser un acompte pour confirmer leur venue ? Pour l’heure, tout repose sur la confiance. De plus en plus souvent, les clients attendent le dernier moment, beaucoup annulent si la météo est « pourrie ». «&lt;i&gt; Pourrie, ça veut dire pluie&lt;/i&gt;, précise Caroline. &lt;i&gt;J’ai un groupe de treize ce dimanche qui m’a demandé de reporter car la météo n’est pas terrible. Maintenant, quand il y a des enfants, c’est sûr que les gens reportent. Il y a un moment, je me suis dit : plus d’enfants… mais ça fait partie de mon métier. Si on veut que les choses changent, il faut parler à la jeune génération. J’ai eu des enfants aussi, j’ai essayé de les éduquer avec le respect de la vie animale et de la flore. &lt;/i&gt;»&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;&lt;img src=&quot;/images/article/e/vercors5_1772633965-png_1772633965-1.png&quot; style=&quot;width: 1170px;&quot;&gt;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt; &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Philippe Bourdeau abonde : « &lt;i&gt;L’idée de refuge répond aux nouvelles aspirations d’une grande partie de la clientèle, mais ça n’empêche pas les contradictions. Les gens viennent chercher la frugalité mais la première chose qu’ils veulent, c’est charger leur smartphone, du wifi et une douche chaude. Les gardiens et les gardiennes doivent être des psychologues, des médiateurs environnementaux, des éducateurs. Il y a l’envie de garder une forme de simplicité, de frugalité dans l’approche de la montagne. Ils passent leur temps à expliquer aux gens qu’il n’y a pas forcément de douche, d’eau chaude, des ressources limitées en énergie, qu’il faut l’économiser, éteindre les lumières tôt le soir, etc. &lt;/i&gt;» ; et dans le cas des Feneys, qu’il n’y a pas forcément de neige non plus, mais que la montagne en a sous le manteau. &lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;p2&quot;&gt;Et Caroline d’enfoncer le clou : « &lt;i&gt;Dans une société où on a envie de tout avoir tout de suite, c’est compliqué. Des endroits comme ici, ça peut servir à se dire : “Tiens, j’ai pas pris de douche mais je pue pas”. Il faut qu’on change nos habitudes. &lt;/i&gt;» &lt;/p&gt;</content>
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