Hors-série N°10

Hors-série N°10

Libérer le temps

Une édition exceptionnelle de 196 pages sous la rédaction-en-chef de Geneviève Azam et la direction artistique du studio Kiblind.

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LE TEMPS RETROUVÉ

Libérer le travail, le choc des utopies

Le travail est aujourd’hui, pour de nombreux salariés, cause de souffrance. Il dérobe du temps de vie, l’usurpe et l’aliène. Des bifurcations restent pourtant possibles. En témoignent les nombreuses utopies qui, au cours des derniers siècles, se sont confrontées sur la question du temps de travail et ont proclamé le droit de mener une vie dévouée à autre chose qu’à l’effort productif

Le temps libre, un ministère à la vie brève

En 1981, après l’accession de François Mitterrand à la présidence de la République, un ministère du Temps libre voit le jour. Un vaste sujet, objet de curiosité et parfois de dérision, qui ne survivra pas au tournant de la rigueur pris par le septennat trois ans plus tard.

Guide de survie pour gens pressés

«Vraiment pas le temps», «sous l’eau», «surbooké en ce moment» : parce qu’employer ces expressions nous pend au nez, voici cinq étapes-clés pour ne plus avoir à les utiliser, et mettre à distance le temps de l’urgence.

Bloquer pour gagner, peut-on encore interrompre les flux ?

Fini les bonnes vieilles manifestations ou la grève à papa : face à la « révolution logistique » du capitalisme et aux échecs répétés des mouvements sociaux, l’heure serait-elle au blocage des flux économiques ? Malgré les vertus de cette interruption temporelle et temporaire notamment mis en pratique par les Gilets jaunes, ce mode d’action peine à entraver la grande machine anonyme

Simone Weil : la grève comme joie pure

La grève, la gronde ? Non, la joie ! C’est ce dont témoigne Simone Weil dans un texte magistral dont nous publions ici un extrait. En pleines grèves de mai-juin 1936, la philosophe devenue ouvrière témoigne de la terrible condition des travailleurs mais aussi du climat d'allégresse de l’occupation des usines.

Cités en quête de slow

Ralentir la ville, une drôle d’idée? Après tout, on veut tous aller vite, être efficace, optimiser son trajet et si possible se passer des embouteillages et autres pannes de RER… Mais depuis une vingtaine d’années, quelques bourgs, quartiers et métropoles expérimentent un autre tempo. La lenteur serait-elle le nouveau graal urbain?

Yala Kisukidi : l'occident cannibal

Face à un Occident qui continue de croire à son mythe fondateur, le miracle grec, et à penser ses idées et représentations comme universelles, peut-on « réhistoriciser l’histoire » et rouvrir les archives non européennes de la philosophie ? C’est ce que défend la philosophe Yala Kisukidi qui nous enjoint d’emprunter d’autres itinéraires de la pensée qui passeraient par Tombouctou, Bagdad ou Pékin, et qui plaide pour une attitude nouvelle qu’elle nomme laetitia africana.

Jérôme Baschet : l'escargot, le sablier et le chemin. Temporalités rebelles zapatistes

En finir avec l’accélération et rompre avec la tyrannie d’un présent perpétuel et «sans présence» : joli programme. Mais n’est-ce pas un vœu pieux ? Pas si l’on en croit l’expérience des rebelles zapatistes qui ont su, au mitan des années 1990, se rebeller contre le néolibéralisme et s’inventer des figures symboliques de résistance. L’historien Jérôme Baschet revient, dans ce texte, sur trois d’entre elles, éminemment temporelles.

Soigner le temps des commencements

Dans ses documentaires, le réalisateur Patricio Guzmán télescope les mémoires et les blessures qui ont meurtri son pays, le Chili. Une œuvre qui se fait aussi bien ode sensible que remède à l’oubli, à laquelle les philosophes David Gé Bartoli et Sophie Gosselin rendent ici hommage.

En finir avec la mélancolie - Lucie Taïeb

Une nouvelle inédite de Lucie Taïeb

PROLOGUE

Retisser la toile des temps

Par notre rédactrice en chef invitée Geneviève Azam

Les vertiges du temps

Définir ce qu’est le temps occupe la philosophie depuis des millénaires. Mais, d’Isaac Newton à Albert Einstein, la science moderne a bouleversé les connaissances en remettant en cause ce que l’intuition humaine nous fait percevoir comme immuable. Jusqu’à poser la question ultime : existe-t-il quelque chose qu’on pourrait nommer «le temps», ou n’est-ce finalement qu’une illusion ? La réponse en quatre vertiges offerts par la physique.

Représenter le temps, dessiner l'histoire

Perpétuel changement ou immuabilité des choses?

Les régimes d'historicité

Revue des régimes d'historicité

Ce qui dure, ce qui passe

Les horloges ont toujours suscité chez l’homme un sentiment ambivalent. Elles sont utiles car elles permettent d’avoir une vie bien réglée aux yeux de la société, mais elles sont également une source d’angoisse en tant que représentation artificielle d’un temps inhumain. En forgeant la notion de durée, Bergson a voulu affirmer que le « temps » était d’abord une expérience, quelque chose qui engageait non seulement la vie des hommes mais celle de toutes les choses du monde.

L'invention du temps

Retour historique

Le monastère et l'horloge

Alors qu’elle pourrait passer pour anodine, l’invention de l’horloge a bouleversé notre rapport au temps. «Être à l’heure» ne serait pas possible sans elle. Dans ce passage de Technique et Civilisation, ouvrage paru en 1934, l’historien des techniques Lewis Mumford montre comment cette innovation a posé les bases de notre société industrielle moderne, en imposant une nouvelle organisation de la vie fondée sur le rythme des aiguilles.

« Le manque de temps est le premier fossoyeur de résonance »

Hartmut Rosa développe depuis maintenant une dizaine d’années une critique de l’accélération dans les sociétés de la « modernité tardive » (de 1970 à nos jours). Dans ses ouvrages Accélération (La Découverte, 2013), Résonance (La Découverte, 2018) et Rendre le monde indisponible (La Découverte, 2020), le sociologue allemand décrit avec force et originalité l’aliénation caractéristique de notre époque, à savoir l’aliénation temporelle. À celle-ci, l’héritier de l’École de Francfort cherche à substituer un nouveau mode de relation au monde qu’il appelle « résonance ».

LE TEMPS QUI RESTE

Face aux temps de Gaïa

Nos sociétés sont percutées de plein fouet par les temps de la Terre. Qu’il s’agisse du dérèglement climatique ou de la pandémie, nous faisons l’expérience d’une rencontre avec d’autres temporalités que les nôtres que nous ne pouvons plus faire semblant d’ignorer. Mais comment changer notre rapport au temps? Faut-il faire entrer dans l’arène les générations futures? Ou bien regarder autour de nous, ici et maintenant, comment recomposer un paysage temporel pour sortir de l’impasse?

Apprendre à paysager le temps

Et si le temps chronologique n’était pas le seul temps? Dans son ouvrage Temps-Paysage. Pour une écologie des crises (Le Pommier, janvier 2021), la philosophe et historienne Bernadette Bensaude-Vincent nous invite à plonger dans le « monde des choses » pour recomposer avec les multiples temporalités qui nous entourent. Un voyage scientifique et philosophique tout en poésie pour réapprendre à tisser la toile des temps, plutôt que le fil du temps.

« Ce que le temps de la forêt a fait au temps de la lutte »

De nouvelles manières de lutter avec les vivants sont en pleine éclosion. Dans une zone à défendre, dans la protection de zones de réensauvagement, dans les nouvelles formes de foresterie… Arbres, sols, mycorhizes redeviennent acteurs de nos mondes et d’alliances politiques conflictuelles. Comment se vivent et se construisent ces résistances, dès lors qu’elles se mettent en lien avec des temporalités sans commune mesure avec celles des êtres humains ? Léna Balaud et Antoine Chopot, auteurs de Nous ne sommes pas seuls. Politique des soulèvements terrestres (Seuil, coll. Anthropocène, 2021), ont élaboré leur réponse en conversation avec Alan, Bergère et Clément, trois militant·es enforesté·es.

Le vivant, concert polychronique

Cigales qui chantent tous les dix-sept ans, méduses qui rajeunissent, bactéries en veille pendant des millions d’années… Le vivant n’a définitivement pas le même rapport au temps que nous. Tour d’horizon de ces êtres vivants qui obéissent à une autre temporalité que la nôtre.

La résilience tue le temps, à Fukushima et ailleurs

La nouvelle idéologie de la résilience voudrait que tout ne soit qu’une question d’adaptation : pas de malheur auquel on ne saurait s’adapter, dont on ne saurait sortir plus fort. Cette «résiliothérapie», en nous aliénant aux conditions objectives de la catastrophe et en poussant les individus à ravaler leur révolte et leurs douleurs, est au cœur de l’administration du désastre. Le chercheur Thierry Ribault, auteur de Contre la résilience. À Fukushima et ailleurs, nous montre ici comment, d’une certaine manière, la résilience détruit le temps.

Convertir la démocratie au temps long

Alors que la crise écologique impose de projeter l’action politique sur une échelle de temps inhabituellement longue, le régime représentatif peut-il sortir de son court-termisme rythmé par les échéances électorales? Pour l’y aider, des innovations institutionnelles originales se multiplient, tentant de donner corps aux générations futures ou aux non-humains.

Contre l'uchronie capitaliste

Lutter contre l’uniformisation du monde et du temps apparaît aujourd’hui aussi nécessaire que vital. Mais que faire? Pour la maîtresse de conférences en sciences politiques Claire Sagan, spécialiste des temporalités écologiques, la révolution écologique doit s’imaginer comme un processus : à la fois déjà là, en ce sens que des forces se sont toujours dressées contre l’hégémonie capitaliste, et sans précédent, elles peuvent aujourd’hui converger de manière inédite. Manifeste philosophique.

Artistes anthropofuges

Que nous disent les lichens, les calcaires et les glaciers de notre temps?
Quand les artistes se penchent sur les rythmes de la planète, ils révèlent des phénomènes trop lents ou trop rapides pour notre œil, trop lointains pour nos échelles de vie. Les œuvres de Cécile Beau (1), d’Angelika Markul et de Linda Sanchez invitent à des voyages temporels, du Paléozoïque à l’Anthropocène, dont on ressort un peu sonnés – mais plus sensibles.

Faire de l'édition une pratique militante

Quand on finit par tomber, après plusieurs requêtes, sur le site internet des Éditions La Lenteur, c’est un pied de nez digne d’une erreur 404 qui s’affiche : « La Lenteur n’a pas de site internet ni de catalogue en ligne. Pour nous contacter, vous pouvez nous écrire à l’adresse suivante… » Se dressant contre l’informatisation, la surproduction et l’accélération qui ont fait du livre un produit de masse condamné à l’obsolescence, ses fondateurs ont fait le choix de publier « à leur rythme ». Rencontre avec Nicolas Eyguesier, cofondateur de cette discrète maison d’édition.

LE TEMPS SEQUESTRÉ

L'abécédaire du présent tyrannique

Comment parler en si peu de pages d'un phénomène avec tant de facettes ? De l'accélération à l'aliénation, de la colonisation de la nuit à la veille permanente, des stages de «détox» à la guerre de l'attention, Socialter a concocté un abécédaire pour retrouver son chemin dans le labyrinthe d'un temps devenu tyrannique.

Barbara Stiegler : Refuser l'agenda néolibéral

Changer pour s’adapter à une mondialisation sous peine d’en être les perdants, tel est le mantra dont toutes les grandes réformes sont enrobées. De la réforme des retraites à celle de l’assurance-chômage et des systèmes de santé, le néolibéralisme justifie par un sens de l’histoire bien à lui sa prétention à transformer le réel. La philosophe Barbara Stiegler revient ici sur les sources de cette idéologie qui postule un retard intrinsèque de l’espèce humaine sur le rythme du capitalisme.

Le cimetière des temps détruits

Il en va du temps comme des langues : il existe un temps «natal», apparemment naturel, comme allant de soi. Pourtant, un citoyen occidental contemporain n’aura pas de peine à reconnaître «son» temps autour de la planète, tant celui-ci a partout imposé, par les armes et par le Livre, ses repères et son récit. La conception historique d’une «flèche du temps» n’en est pas moins une exception dans l’histoire des sociétés humaines.

Les temps de la recherche

Loin de l’image d’Épinal du chercheur méditant dans l’enceinte apaisée de son laboratoire, la recherche scientifique est aujourd’hui soumise à la même accélération frénétique que le reste de la société. Le physicien moléculaire Jean‑Paul Malrieu revient dans son témoignage sur la manière dont l’utilitarisme et la valeur instrumentale sont en train de bouleverser le temps de la recherche.

Quel temps commun pour la culture ?

Si l’on s’en tient à la sphère des films et séries, l’accès quasi immédiat à un nombre gigantesque de films et de séries a fait de notre rencontre avec ces œuvres une expérience de plus en plus personnelle, un moment tendant à s’individualiser et à fragmenter les publics. Il n’a cependant pas effacé toutes les formes de sociabilité qui y étaient jusque-là attachées : le temps commun de la culture fait de la résistance.

Temps pluriels ou l'économie

À grand renfort de calculs savants et de lois irréfragables, les apprentis-sorciers de la « science » économique sont parvenus à imposer au monde leur utopie macabre : celle du temps conçu comme une donnée abstraite et une ressource exploitable. Ce faisant, ils ont soumis la Terre et ses communautés vivantes au règne de la rareté et à son prétendu antidote, l’accélération. Geneviève Azam retrace ici la manière dont la théorie économique a capturé et mutilé le temps.

Nouveaux temps, nouveaux pouvoirs

Depuis ses débuts, la société industrielle a imposé un certain rapport au temps, dominant désormais nos vies. Mais celui-ci est maintenant coincé entre la nécessité d’intégrer le temps intermittent des énergies dites renouvelables d’une part, et de gérer les dégâts et résistances créées par le « tout-instantané » de la révolution numérique. Pour Gérard Dubey et Alain Gras, une révolution sociale à bas bruit est peut-être déjà à l’œuvre.

Bande dessinée de Cécile Guillard : Plus vite, plus loin...

«Le banal n'est pas compris, car il reflète notre image, écrivait l'historien Christophe Studeny. Cette silhouette fugitive de la vitesse, c'est l'ombre portée de notre agitation.» La dessinatrice Cécile Guillard (Cent mille ans : Bure ou le scandale enfoui des déchets nucléaires) a croqué pour Socialter notre impérieux désir de vitesse et l'effacement du monde sensible qui en résulte.