Livres et sorties

Les vies qui ne valent rien

Ce que vaut une vie. Théorie de la violence libérale, Mathias Delori, éditions Amsterdam, 5 mars 2021, 300 pages, 20 €

Les attentats du 11-Septembre ont fait basculer l’Occident dans une interminable « guerre contre le terrorisme ». Cette menace prétendument existentielle n’a pourtant fait, en comptant les attaques de 2001, « que » 4 000 victimes en vingt ans… soit le nombre de civils tués après seulement trois mois de guerre américaine en Afghanistan – lesquels représentent une fraction minuscule des innocents tués en Afrique et au Moyen-Orient au nom de cette lutte contre le mal. Comment expliquer l’écart entre l’émoi occidental pour les victimes du terrorisme et l’apathie devant les milliers de morts du contre-terrorisme ? Cette question brûlante et pourtant honteusement absente du débat public occupe le brillant essai de Mathias Delori. Car l’enjeu n’est pas moins que de saisir les ressorts d’une hypocrisie entre des valeurs humanistes à prétention universelle et une réalité faite d’indifférence pour ces « vies non dignes de chagrin » qui composent le reste de l’humanité. L’historien et politiste, chargé de recherche du CNRS au centre Marc-Bloch de Berlin, propose une analyse à plusieurs niveaux, mêlant une réflexion théorique sur le libéralisme – mais aussi le langage, l’orientalisme, la biopolitique – à une enquête sociologique fondée sur des entretiens avec des soldats chargés de mener ces guerres, en particulier de bombarder. Ces soldats « défendent une société imaginaire transnationale incluant les personnes qui vivent de manière conforme au canon libéral de la “vie bonne” et exclut, d’un même geste, toutes les autres », selon la thèse soutenue par Mathias Delori, qui dévoile ainsi l’hygiène criminelle de nos « guerres propres ».

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NUMÉRO 48 - OCTOBRE NOVEMBRE 2021:
Idiocratie, comment la médiocrité nous gouverne
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