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La fabrique de la nullité publique

Les politiques publiques nous paraissent de plus en plus souvent conjuguer nullité et incompétence. Et si l’origine de ce changement était à trouver dans le recours accru à des cabinets de conseil mandatés pour donner leur avis sur tout et rien, embauchant à la pelle les fraîches recrues des grandes écoles pour vendre des calendriers interactifs et des synthèses PowerPoint ?

Depuis la révision générale des politiques publiques (RGPP) initiée par Nicolas Sarkozy en 2007 pour réduire et rendre plus « efficientes » les dépenses de l’État, le recours à des cabinets de conseil privés (McKinsey, BCG, Bain, Accenture, KPMG, Roland Berger, Capgemini, Ernst & Young, désormais connu sous le sigle EY, etc.) s’est accentué. L’objectif : élaborer les « stratégies » de politiques publiques pour lesquelles l’administration ne posséderait pas l’expertise ou les ressources humaines en interne, particulièrement dans le secteur de la santé – et pour des résultats que d’aucuns diraient peu probants. Capgemini et le BCG ont, par exemple, joué un rôle-clé dans l’élaboration et la mise en œuvre de la privatisation (pudiquement labellisée « restructuration ») des hôpitaux engagée depuis la loi Hôpital, patients, santé, territoires dite « loi Bachelot » de 2009. Le 10 février 2021, Véronique Louwagie, députée Les Républicains (LR) de l’Orne, révélait, lors d’une communication devant la commission des finances de l’Assemblée nationale, l’intervention de sept cabinets de conseil dans le fiasco de la gestion de la pandémie de Covid-19, pour une facture s’élevant à quelque 11,3 millions d’euros en seulement onze mois. Le cabinet McKinsey aurait notamment empoché,

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NUMÉRO 48 - OCTOBRE NOVEMBRE 2021:
Idiocratie, comment la médiocrité nous gouverne
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