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Technoféodalisme, critique de l'économie numérique, Cédric Durand, Zones, 17 septembre 2020, 256 pages, 18 €.

Si Marx avait écrit Das Kapital en 2020, peut-être l'aurait-il titré Das Digital, tant le secteur du numérique semble être parvenu à se façonner un monde à son image. L’hégémonie actuelle des géants du web est, pour l’économiste Cédric Durand, l’aboutissement d’une idéologie qui s’est épanouie au tournant des années 2000. Ripolinée par le soleil californien, le « consensus de la Silicon Valley » a consacré il y a une vingtaine d’années l’entrepreneuriat individuel, les dynamiques d’innovation technologique et l’économie de la connaissance comme les ingrédients d’une nouvelle épopée censée apporter prospérité et autonomie au genre humain. Sauf que les promesses de ce « nouveau capitalisme » ont toutes failli. L’esprit « start-up » s’est mué en prédominance de monopoles privés et voraces ; le management informatisé, loin d’ouvrir une nouvelle ère de convivialité et de créativité pour les salariés, a permis l’introduction d’outils d’évaluation et de surveillance toujours plus intrusifs ; l’innovation n’est plus facteur de croissance, de « destruction créatrice » comme l’avait théorisé Joseph Schumpeter, mais de « création destructrice » qui démembre les rapports sociaux et les structures économiques existants. Pour l’auteur, qui adopte une grille de lecture résolument marxiste, tout porte à croire que cette ère du numérique relève du féodalisme. Quelques grandes firmes s’y disputent, à coups d’algorithmes, le contrôle de plateformes comme jadis les seigneurs du Moyen Âge se taillaient des fiefs, pendant que leurs utilisateurs y jouent le rôle de nouveaux serfs, et font fructifier la glèbe de leurs données numériques.


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NUMÉRO 46 - JUIN JUILLET 2021:
Les cadres se rebiffent
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