Méga-bassines et luttes agricoles

Rage against the bassines

Le 6 novembre 2021, la méga-bassine  de Cram-Chaban, jugée illégale par la cour d’appel de Bordeaux, a été « neutralisée »  à l’issue  d’une manifestation.
Le 6 novembre 2021, la méga-bassine de Cram-Chaban, jugée illégale par la cour d’appel de Bordeaux, a été « neutralisée » à l’issue d’une manifestation. Photos : Thierry Olivier

Aux alentours de Niort, une quinzaine de gigantesques retenues d’eau, les « méga-bassines », attendent d’être construites pour étancher la soif de l’agro-industrie. Ces projets ne profiteront qu’à une minorité d’agriculteurs et amplifieront encore les pénuries à venir, dénoncent ses opposants qui n’hésitent plus à recourir au sabotage et à la désobéissance civile pour tenter de les faire échouer. Les crispations autour des bassines révèlent alors un monde agricole à la croisée des chemins, écartelé entre la voie du productivisme et celle d’une agriculture paysanne et vivrière.

Comme une grosse mouche métallique, l’hélicoptère bleu passe en vol stationnaire quelques instants pour évaluer les convulsions du cortège. Au sol, l’hori­zon se brouille. Impossible de distinguer où commence le ciel de cendres et où s’arrêtent les nuages de gaz lacrymogènes. Le 29 octobre 2022, un déluge d’engins explosifs et assourdissants s’abat sur la campagne poitevine autour du village de Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres. Quelque 1 700 représentants des forces de l’ordre et pas moins de 7 000 manifestants se font face dans un impitoyable capture the flag champêtre. Chaque détonation disperse des grappes de manifestants dans les champs façon pop-corn, soulève des mottes, creuse des trous dans les chairs et dans la terre.

Tout ça pour en protéger un autre, de trou : celui d’une méga-­bassine en construction. Un groupe d’opposants parvient soudain à faire une percée dans le cordon de gendarmes mobiles et à escalader le talus. Des cris de joie se font entendre. Julien Le Guet, porte-parole du collectif Bassines non merci, soulève triomphalement son mégaphone : « La préfète devra signer ce soir sa lettre de démission, on a réussi ! On est entré sur le chantier ! » Un filet de sang séché serpente sur son visage enserré par un bandage blanc qui donne à son crâne des airs d’œuf de Pâques. Un peu plus tôt, il a reçu un coup de matraque alors qu’il...

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NUMÉRO 55 : DÉCEMBRE 2022-JANVIER 2023:
Bienvenue dans l'ère du rationnement
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