Changer de vie... et après ?

« Je voulais rendre la baffe à visage découvert »

Photos : Thibaud Moritz

Après sept ans comme employé à l’abattoir municipal de Limoges, Mauricio Garcia Pereira a publié en 2016 des vidéos volées aux côtés de L214 dans lesquelles il révèle au grand public la façon dont sont traitées les vaches sur le point de mettre bas. Derrière les buzz médiatiques de l’association se cachent parfois des ouvriers qui, comme lui, ont décidé de courir tous les risques pour devenir lanceurs d’alerte.

On a tous une idée plus ou moins abstraite de ce qui se passe derrière les portes d’un abattoir. Parler avec Mauricio Garcia Pereira, l’entendre causer de sa vie d’avant, c’est sortir de l’abstraction. Il y a l’odeur, d’abord, qui vous assomme. Un mélange de « sang, de merde et de métal ». Le grognement incessant des porcs avant la mort, aussi, qui vous casse les oreilles et vous remue les tripes. Et puis, il y a toutes ces horreurs que l’on n’aurait jamais été capable d’imaginer : « Je me souviendrai toujours de la douleur acide que provoque une giclée de sang lorsqu’elle pénètre dans les yeux. » On aurait préféré ne jamais savoir. Lui n’a pensé qu’à ça durant sept ans : ce jour où tout le monde, enfin, saurait. Il est le premier ouvrier à avoir dénoncé à visage découvert les conditions de mise à mort dans les abattoirs français. C’était en 2016, aux côtés de l’association L214. Durant quatre mois, Mauricio planque dans sa poche une caméra GoPro en allant bosser. Il vole des images dès que les autres ont le dos tourné. Montées puis diffusées massivement par le groupe antispéciste, elles feront la une des journaux, projetant l’ouvrier de son abattoir de Limoges sur les plateaux télé de tout le pays. 

À 47 ans, Mauricio n’avait pourtant rien du militant végan : « À l’époque, je ne savais même pas que l’on pouvait vivre sans manger de protéines animales. » Est-il arrivé à l’abattoir par hasard ? Oui et...

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