Hors-série L'écologie ou la mort

Que dit le dernier rapport du Giec - Limites planétaires : alertes rouges

Clément Quintard

Encore plus inquiétantes que par le passé, les conclusions du premier volume du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) ont été rendues publiques le 9 août 2021.

En 2009, une équipe de 26 chercheurs dirigée par le Suédois Johan Rockström et l’Américain Will Steffen propose dans la revue Nature de définir neuf « limites planétaires ». Si un ou plusieurs de ces seuils devaient être franchis, préviennent les auteurs, des effets « délétères voire catastrophiques » seraient à redouter. L’idée est d’identifier les différents équilibres et interconnexions qui rendent le « système Terre » habitable pour l’espèce humaine, mais aussi de proposer des lignes rouges chiffrées pour définir un cadre « durable » aux activités anthropiques. Lors de la dernière actualisation de leurs travaux, en janvier 2015, les scientifiques ont affirmé que quatre limites avaient été dépassées (changement climatique, cycles biogéochimiques, usage des sols, intégrité de la biosphère). Deux autres seraient en passe de l’être (acidification des océans et la consommation d’eau douce).

Une vision mécaniste

Le modèle des limites planétaires a le mérite d’affirmer sans détour deux éléments capitaux : d’une part, que les activités humaines s’exercent dans un monde qui est borné par des limites physiques ; d’autres part, que certains de ces seuils sont d’ores et déjà franchis – en somme que la catastrophe est déjà là, sous nos yeux, et que nous devons à tout prix tenter de sauver ce qui peut encore l'être. Néanmoins, cette approche est également très contestable. Outre qu’elle liste de grandes catégories écrasantes et des seuils abstraits
à ne pas dépasser, elle adopte également un caractère fondamentalement anthropocentrique et mécaniste : la Terre est vue comme une entité potentiellement défectueuse si elle est mal entretenue, dont les équilibres écologiques doivent être préservés non pour ce qu’ils sont, mais pour les « services » qu’ils rendent à l’espèce humaine.