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Béton. Arme de construction massive du capitalisme

Béton. Arme de construction massive du capitalisme, Anselm Jappe, L’échappée, 6 novembre 2020, 200 pages, 14 €.

Le 14 août 2018, cinquante et un ans après son inauguration, le viaduc Morandi de Gênes s’effondre. Quarante-trois victimes sous les décombres et, rapidement, une multitude de fautifs tout désignés : l’architecte assassin, les ouvriers de maintenance négligents, l’État « privatisateur », les propriétaires avides… Mais il est un coupable qui, dans ce genre de drame, « continue de jouir d’une présomption d’innocence injustifiée », estime Anselm Jappe : le béton. Armé, précise le philosophe, car depuis le milieu du XIXᵉ siècle, époque au cours de laquelle sa charpente en acier est inventée, ce matériau est devenu sujet à l’oxydation, aux infiltrations et aux fissures, alors que sa longévité n’était plus à prouver : le Panthéon de Rome, construit il y deux mille ans en béton « traditionnel » est, par exemple, toujours debout. « Aujourd’hui, on sait que la plupart des constructions en béton armé vont durer tout au plus cinquante ans », prévient l’auteur. L’usage du béton – propice à la préfabrication, vénéré par les architectes fonctionnalistes, constructivistes, ­brutalistes ou futuristes – s’est pourtant intensifié à partir des années 1950, transformant « définitivement le bâtiment en marchandise qui, comme toute marchandise, est d’autant plus rentable que son rythme de renouvellement est plus rapide ». Le béton s’impose alors comme la métaphore parfaite de la théorie de la valeur capitaliste : liquide, polymorphe et capable d’abolir les différences et les particularismes locaux une fois la prise accomplie. Bref, un outil d’uniformisation du monde.  

Béton. Arme de construction massive du capitalisme, Anselm Jappe, L’échappée, 6 novembre 2020,  200 pages, 14 €.

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NUMÉRO 48 - OCTOBRE NOVEMBRE 2021:
Idiocratie, comment la médiocrité nous gouverne
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