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Une histoire des inégalités. De l’âge de pierre au XXIe siècle

Une histoire des inégalités. De l’âge de pierre au XXIe siècle, Walter Scheidel, traduit de l’anglais par Cédric Weis, Actes Sud, 27 janvier 2021, 768 pages, 28 €.

L’histoire de l’humanité est aussi l’histoire des inégalités. Si celles-ci n’ont été que « sporadiques ou éphémères » durant le long paléolithique, le redoux climatique depuis 10 000 ans qui a marqué, au cours du néolithique, le début des civilisations, fut aussi le point de départ d’une « grande “déségalisation” », selon Walter Scheidel. Ce sont ces inégalités croissantes que l’historien à l’université de Stanford va ausculter dans une somme époustouflante de connaissances. S’intéressant à toutes les régions et à toutes les époques, l’auteur dégage plusieurs conclusions capitales. La première est que les ­sociétés complexes génèrent naturellement des niveaux d’inégalités croissants. Il révèle ensuite que « les plus grands nivel­lements sont invariablement nés des chocs ­violents », qu’il nomme les « Quatre ­Cavaliers » – chacun étant analysé dans un long chapitre : ce sont les guerres de masse, les révolutions « transformatrices » (comme l’URSS ou la Chine de Mao), les écroulements étatiques et, enfin, les grandes pandémies comme celle de la peste. Ce ­désagréable constat se double d’un autre : étudiant les causes moins violentes de compression des inégalités, ­Scheidel aboutit au constat que celles-ci n’ont jamais eu la portée des « Quatre Cavaliers ». Ce qui conduit enfin l’auteur à démolir l’un des mythes de notre actuel capitalisme, incarné par les théories de l’éco­nomiste ­Simon ­Kuznets, selon lequel une richesse toujours plus grande conduit in fine à une baisse des inégalités. Ce credo est faux, rétorque ­Scheidel, dont l’éblouissante archéologie pourra servir de boussole pour les temps présents.