Livres et sorties

Féminismes, une histoire plurielle

Ne nous libérez pas, on s'en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours, Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel, La Découverte, 27 août 2020, 750 pages, 25 €.

Trois ans après l’émergence du mouvement #MeToo, au milieu d’une actualité marquée par les questions de genre et de violences conjugales, il est peu de dire que cette histoire des féminismes tombe à pic. Ou, plutôt, cette « sociohistoire », comme la qualifient les trois historiennes, Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michèle Zancarini-Fournel, qui signent ici une somme appelée à faire référence. Si le terme « féminismes » est au pluriel, c’est que leur démarche consiste à retracer, depuis 1789, « les différentes formes de contestations de la domination masculine et des normes de genre ». Celles-ci furent en effet multiples depuis la fin du XVIIIᵉ siècle, lorsqu’un parallèle est établi par quelques voix pionnières entre le sort réservé aux femmes et celui des esclaves. C’est l’un des enseignements de ce livre : la cause féministe a souvent cheminé avec celle de l’anticolonialisme. Bien que focalisé sur le cas français, l’ouvrage offre un coup de projecteur bienvenu sur les outre-mer – et nous fait découvrir quelques figures oubliées, comme l’une des premières romancières non blanches, Suzanne Lacascade (1884-1966). Mais la diversité du féminisme tient aussi à ses revendications, restituées par cette progression linéaire et toujours foisonnante. Entre puritanisme et progressisme, entre libération du corps et égalité des droits, le féminisme est traversé de courants parfois contradictoires, dont le seul dénominateur commun est d’avoir, toujours, utilisé l’écriture – par la presse ou l’édition – pour s’exprimer.