Au macroscope

Geneviève Azam : « Les destructions écologiques rompent le cycle du don »

© Vincent Nguyen

Pour illustrer l’impact des activités humaines sur la biosphère, le concept de dette écologique est de plus en plus convoqué. Mais de quoi parle-t-on vraiment ? L’économiste Geneviève Azam retrace l’histoire complexe d’une notion sujette à de multiples interprétations et en analyse les effets sur notre relation au monde, entre fantasme de la monétisation et prise en compte des limites terrestres. Une interview parue initialement dans le numéro 42.

Cette année, le « jour du dépassement » a été repoussé de trois semaines en raison de la pandémie de Covid-19 (1), mais le monde continue pourtant de creuser sa « dette écologique ». Cette dette peut-elle être remboursée ?

Il faut préciser d’emblée que ce concept a plusieurs définitions et recouvre plusieurs champs. Celui que vous évoquez est la dette écologique des humains envers la Terre et les communautés biotiques (2) qui l’habitent. En nous appropriant plus que ce que la biosphère peut fournir de manière continue en se renouvelant, nous épuisons ce qu’elle nous donne, et donc sa capacité à abriter la vie. Pourtant, parler de « dette écologique » dans ce cas est très ambigu, car ces prélèvements excessifs ne seront jamais rendus ou « remboursés » : il s’agit d’une destruction parfois définitive des capacités présentes et futures de la Terre à être habitable. En ce sens, c’est donc plus qu’une dette, c’est une mise en danger irréversible du vivant. 

Faut-il alors parler de « dette » pour désigner une destruction qu’on ne peut pas réparer ?

Si l’on conçoit la dette dans le registre de l’économie, comme un emprunt ou un prêt qui appelle un remboursement, on efface le temps écologique en le posant comme infiniment réversible. L’approche économique ne permet pas de mesurer la pression que nous exerçons sur la capacité de renouvellement...

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Faut-il se sentir coupable ?
Numéro 43 DÉCEMBRE-JANVIER 2020-21:
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