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Entrepreneurs sociaux : Pourquoi évaluer son impact social est une nécessité

Mesurer son impact social est devenu une nécessité pour les entrepreneurs sociaux et, plus généralement, pour les dirigeants de l'économie sociale et solidaire. En ces temps de disette budgétaire, les financeurs, qu'ils soient publics ou privés, sont amenés à faire des arbitrages. Ils demandent ainsi aux porteurs de projet de prouver le retour social de leur investissement.

Il ne suffit plus d’attester d’une lucrativité limitée, d’une gouvernance participative et d'un engagement collectif, il faut aussi – et peut-être surtout – attester de son impact social. Au-delà d’être considérée uniquement comme une contrainte supplémentaire, l'évaluation peut aussi être envisagée comme une opportunité d’améliorer sa performance, d’identifier ses points forts et ses perspectives de progression.

Cependant, force est de constater que la mesure de l’impact social n’est pas chose aisée. Il existe une myriade d’approches et de méthodes, de la randomisation au SROI (Social Return on Investment) en passant par l’analyse coûts-bénéfices, le social balanced scorecard [NDLR : tableau de bord de la performance sociale] ou encore la délibération des parties prenantes. Par ailleurs, réussir à prouver l’impact de son action est en soi un exercice particulièrement difficile, voire impossible : comparer la situation des bénéficiaires du projet par rapport à ce qui ce serait passé s’ils n’en avaient pas bénéficié. Il existe des méthodes scientifiques pour soutenir cette gageure mais elles ne sont pas à la portée de tous. À vrai dire, elles sont même réservées aux initiés, chercheurs et experts dans le domaine de l’évaluation dite « expérimentale » ou « quasi-expérimentale ». Pour ne rien arranger, la particularité des entreprises sociales est qu’elles ne doivent pas seulement prouver leur impact social mais aussi piloter leur performance, notamment afin d’assurer leur pérennité économique.

 

« Il faut que les acteurs affrontent collectivement la complexité et la nécessité de l’évaluation »

Pour autant, il est possible de mener une démarche d’évaluation et de plus en plus de porteurs de projets relèvent le défi. Pour cela, la plupart se font accompagner, d’une manière ou d’une autre. Ils peuvent d’abord s’appuyer sur les réseaux, agences ou fédérations du secteur. À titre d’exemple, l’ESSEC IIES, l’AVISE et le MOUVES ont publié en 2013 un petit précis de l’évaluation de l’impact social afin de guider les porteurs de projet. Ils peuvent aussi faire appel à des consultants, experts ou chercheurs, qui font souvent partie de réseaux spécialisés, comme par exemple le SROI Network, la Social Impact Analysts Association (SIAA) ou encore la Société Française d’Évaluation. Enfin, une offre de formation continue commence à se structurer sur le sujet. L’ESSEC IIES propose notamment un parcours certifiant, s’appuyant sur une pédagogie de formation-action où chaque participant se forme en menant l’évaluation d’un projet de son choix. Dans tous les cas, il est a minima possible de se rapprocher des autres acteurs de son secteur pour échanger sur les bonnes pratiques et les indicateurs, pour peu que chacun accepte de s’ouvrir de manière transparente à une forme de benchmarking. Pour que le secteur de l’économie sociale et solidaire augmente son impact, il faut donc que les acteurs affrontent la complexité et la nécessité de l’évaluation, non pas chacun dans son coin, mais collectivement. C’est l’intérêt de chacun. C’est aussi l’intérêt de tous.




 

Ingénieur de recherche, Kévin André est co-directeur de l’Institut de l’innovation et de l’entrepreneuriat social (IIES) de l’ESSEC. Il est spécialiste des questions de mesure de l’impact social.

 

 

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Numéro 41 AOÛT SEPTEMBRE 2020:
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