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Décroissance : l'écologie radicale sera représentée aux élections européennes

"Décroissance européennes 2019" présente sa candidature pour les élections du 26 mai. L'ambition de la liste est avant tout de porter au grand public le message de la décroissance : antiproductiviste, anticapitaliste et antinucléaire.

Leur site flaire bon le bricolage et la lavande : un groupe de décroissants se constitue en liste pour les élections européennes. 39 femmes, et 40 hommes, seront réunis le 26 mai prochain derrière leur tête de liste, Thérèse Delfel, décroissante de longue date.

L’objectif de cette candidature est relativement simple, nous explique François Verret, administrateur et porte-parole pour l’Île-de-France de Décroissance européennes 2019 : “Nous n’avons clairement pas d’ambition en terme de pourcentage. Notre but est que le plus grand nombre entende parler de décroissance. Les périodes d’élections sont un moment où les gens sont prêts à réfléchir sur la politique”.

Pour cela, la liste pourra s’appuyer sur la loi entrée en vigueur en juin 2018 qui impose à l’audiovisuel public d’accorder un temps de parole à toute liste “régulièrement enregistrée”. Il faudra faire court, cependant : “Une durée d’émission de trois minutes est mise à la disposition de chacune des listes [régulièrement enregistrée]”, précise la loi. Chaque clip sera ensuite diffusé plusieurs fois sur les chaînes de l’audiovisuel public. La liste travaille donc en ce moment sur un clip de trois minutes qui a pour vocation de porter les grandes idées du mouvement.

Toutefois, il sera difficile de trouver un consensus parmi les participants : l’idée même d’une candidature n’est pas vue d’un bon oeil par tous les décroissants. Dès les premières lignes de son appel à participation, la liste précise : “Sans faire l’unanimité parmi les décroissants, les participations électorales constituent depuis plus de 10 ans un mode d’expression pratiqué par certains d’entre nous.

François Verret argumente : “Nous ne sommes pas un parti politique, nous n’avons donc pas de programme rigide. Notre liste contient autant de positions qu’elle a de personnes. Mais il y a des choses sur lesquelles l’on se retrouve sans problème, ce sont les constats : nous sommes antiproductivistes, anticapitalistes et antinucléaires. Les divergences concernent les solutions à mettre en oeuvre”.

“Une évolution des mentalités, mais pas des pratiques”


Le clip devrait tout de même soumettre des propositions, “
qui ne feront pas l’unanimité, mais il faut bien proposer quelque chose”, continue François Verret. “On parlera par exemple de relocalisation, qu’il s’agisse de la production agricole ou des décisions politiques. Par ailleurs, les élections  nous obligent aussi à essayer de réfléchir à un contenu commun, nous forcent à nous structurer.

La déclaration d’intention détaille quelques “étapes pour préserver l’avenir” : “supprimer ou taxer lourdement la publicité, le luxe, les bolides urbains [...] les technologies abrutissantes” ou “sortir évidemment de tous les traités européens sur le libre échange”.

Thérèse Delfel, tête de liste, est une décroissante de longue date : elle s’inscrit dans une démarche zéro-déchet, produit la majeure partie de ce qu’elle mange, se rend aux villages voisins à pied puisqu’elle ne possède pas de voiture, et nous appelle avec un téléphone “qui date d’avant la guerre technologique”. “Ce que je constate, c’est une évolution dans les mentalités, mais pas dans les pratiques : chacun continue de vouloir une voiture plus grosse que celle du voisin et un téléviseur ultra-HD.

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À propos de l'auteur

Nicolas Celnik
Journaliste indépendant et ancien stagiaire à Socialter. Il collabore notamment avec Libération.