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Mécénat d'entreprise : "L'entreprise de demain sera engagée ou ne sera pas"

A quelques jours du Mécène Forum, Socialter vous propose une analyse du baromètre du mécénat d'entreprises, domaine en pleine mutation. Et surtout en pleine croissance.

Actuellement, en France, environ 170 000 entreprises pratiquent le mécénat, soit 14%. Elles apportent un soutien financier, humain ou matériel, à une action ou une activité d’intérêt générale sans attendre de contrepartie directe. Ce chiffre, extrait d’une enquête barométrique publiée en 2016 par Admical/CSA, révèle que le mécénat d’entreprise est une tendance, en pleine évolution, qui séduit de plus en plus.

Le budget qui lui est alloué augmente, les domaines qui en bénéficient sont variés, et les types d’entreprises qui s’engagent sont multiples. "De plus en plus de patrons sont conscients du potentiel d’innovation que le mécénat représente pour l’entreprise et ses salariés : l’entreprise de demain sera engagée ou ne sera pas", déclare François Debiesse, président d’Admical, dans un communiqué.

 

Les mille façons de s’engager dans le mécénat

Quelque soit leur domaine d’activités (le commerce, la construction, l’industrie ou l’agriculture), les entreprises peuvent s’investir dans le mécénat. Mais leur taille détermine la façon dont elles s’investissent. La grande majorité des entreprises qui s’engagent sont des TPE (72%) et des PME (25%). Mais du fait de leur fragilité économique, leur engagement est moins stable que celui des entreprises plus importantes : leur nombre a même baissé depuis la dernière enquête publiée en 2014. Moins nombreuses, les entreprises de plus de 250 salariés (les GE et les ETI) ne sont que 3% à s’engager, mais elles pèsent pour beaucoup dans le montant du budget (60%).


Dans quels domaines les entreprises s’engagent-elles? Ils sont variés mais certaines tendances fortes se dégagent. Le social, par exemple, est le secteur où la mobilisation financière est la plus importante puisqu’il recueille 17% du budget total du mécénat d’entreprise. Dans la pratique, cela concerne la lutte contre l’exclusion et les discriminations, l’accès au logement, l’insertion et la réinsertion sociale et professionnelle… La culture (15%) et l’éducation (14%) le suivent de près. Le sport a une place particulière : très prisé par les entreprises – 48% des sociétés mécènes choisissent de s’investir dans ce domaine – les sommes engagées dans le sport sont pourtant relativement faible. Il ne mobilise que 12% du budget. Leur soutien se manifeste par deux types d’actions : la sensibilisation du public par des programmes de santé et de sport et l’accompagnement des jeunes athlètes et la reconversion des sportifs de haut niveaux.

 

Des modes d’intervention multiples

Avec un budget de 3,5 milliards d’euros engagés en 2015 (contre 2,8 milliards en 2014), le soutien financier est le mode d’intervention le plus fréquent. Mais les sociétés peuvent également décider de s’engager d’un point de vue matériel ou humain. Exemple dans la grande distribution : Monoprix organise des dons de marchandises pour éviter les invendus. Selon Karine Viel, déléguée générale de la Fondation d’entreprise Monoprix, "en 2015, 221 magasins ont également pu donner leurs marchandises alimentaires proches de leur date limite de consommation à des associations partenaires (Banques alimentaires, Croix Rouge française, Secours Populaire, Restos du Cœur...), (...) soit l’équivalent de 4,7 millions de repas". Côté mécénat de compétence, l’entreprise met à disposition un salarié sur son temps de travail au profit d’un projet d'intérêt général. Ces pratiques, nécessitant déjà de disposer de beaucoup de moyens, sont plus répandues parmi les grandes entreprises ou les entreprises de taille intermédiaire.

Le mécénat se traduit également par un engagement au niveau local ou régional. Dans 81% des cas, l’entreprise va soutenir un projet qui lui est proche, pour faire la différence. François Debiesse, président d’Admical, prend l’exemple, dans un communiqué, des "actions de la fondation Groupe ADP (qui) se concentrent sur les territoires d’Orly, de Roissy et du Bourget, là où connaître le terrain social et économique fait vraiment la différence pour aider les projets".

 

Bienvenue dans le monde des entreprises engagées

Si les entreprises se laissent autant séduire par le mécénat, c’est parce qu’il est un secteur d’avenir. Dans une tribune publiée dans Le Monde, Charlotte Dekoker, DGA d’Admical parle justement du mécénat comme d'"une opportunité stratégique à saisir de tout urgence". L’enjeu ? Attirer et retenir "les talents des générations X et Y”, en leur proposant un réel engagement et plus de sens. Mais aussi mettre en œuvre des actions plus responsable, en accord avec les valeurs de l’entreprise, notamment en travaillant avec des ONG. Le mécénat a aussi une fonction d’“oxygénation” et de tête chercheuse, en confrontant l’entreprise à un autre public, non traditionnel, comme les artistes, les travailleurs sociaux, les exclus, les universitaires, les sportifs…  


L’intérêt pour le mécénat d’entreprise, domaine extrêmement dynamique actuellement, ne va pas redescendre dans l’immédiat. Les entreprises mécènes sont très optimistes et souhaitent poursuivre l’aventure pour 79% d’entre elles, soit en maintenant leur budget, soit en l’augmentant. Et la société civile pousse également dans ce sens : 80% des consommateurs pensent qu’une entreprise peut poursuivre ses objectifs économiques tout en étant solidaires et plébiscitent particulièrement celles qui démontrent leurs engagements.

 

 

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