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Les Sea Bubbles vont-ils permettre de décongestionner le trafic dans les métropoles?

Au premier abord, les Sea Bubbles paraissent révolutionnaires. Ces taxis pourront voler sur l'eau, consommer de l'énergie électrique et être accessibles à la demande via une application. Mais ces véhicules de demain peuvent-ils réellement désengorger les grandes métropoles traversées par des fleuves, telles que Paris, comme le souhaitent ses créateurs Alain Thébault et Anders Bringdal?

Du 15 au 17 juin, au salon Viva Technology, pour la 1ère fois, la toute 1ère “Bubble” a été exposée dans sa version quasi-définitive. Le directeur général adjoint des Sea Bubbles, Matthieu Faure, précise le concept de ces taxis du futur.“Les Sea Bubbles peuvent, passée une certaine vitesse, autour de 10 km/h, s’élever jusqu’à 50 centimètres au-dessus de l’eau grâce à leurs ailes immergées. La technologie s’inspire de l’Hydroptère, le bateau le plus rapide du monde, imaginé par Alain Thébault. Les deux moteurs, situés dans la coque, seront à propulsion électrique, les docks installés près des quais serviront à les recharger. En plus d’être propres, ces engins du futur ne produiront ni vagues ni bruits. Les Sea Bubbles seront accessibles à la demande grâce à une application, pour le prix d’une course en taxi. Circulant en moyenne entre 18 et 25 km/h, elles peuvent atteindre jusqu’à 50 km/h”.

S’agissant de son modèle économique, l’entreprise Sea Bubbles sera à la fois productrice et distributrice. Elle vendra ses véhicules à la carte à des opérateurs privés ou publics. Taxis sur l’eau, les Bubbles pourront aussi être utilisées par des touristes pour découvrir Paris au fil de la Seine. Ainsi, un des objectifs de la société est de transporter huit à douze passagers rapidement. Pour l’instant, seuls cinq passagers dont un pilote peuvent y siéger. Leurs autres défis: développer des usages à destination des entreprises, créer une version autonome et être présents dans cinquante villes, d’ici cinq ans.

Ce projet paraît complètement fou! Pourtant, la startup créée il y a seulement un an, marche, ou plutôt vole, sur l’eau. “Nous avons des demandes du monde entier: Chicago, Londres, Bangkok, Dubaï… Nous avons déjà effectué deux levées de fonds, une de 3 millions en janvier, une autre de 10 millions début mai”, souligne l’ancien directeur marketing d’Uber France, Matthieu Faure. Le 16 juin, un 1er essai d’un prototype sur la Seine s’est révélé concluant; pour passer à l’étape d’industrialisation, ils espèrent maintenant lever 100 millions d’euros. Pour les curieux, des tests plus poussés auront lieu sur la Seine du 20 au 30 septembre. Il faudra malgré tout attendre 2019 pour voyager sur l’eau.




Les Sea Bubbles seraient plus adaptées à Londres qu’à Paris

Cependant, la limite de circulation sur la Seine, étant de 12 km/h, complexifie leur déploiement. Alain Thébault est tout à fait conscient de cette contrainte et reconnaît de ne pas pouvoir être utile à de nombreuses personnes. “Avec cette vitesse, on ne peut pas concurrencer efficacement les voitures même s’il y a un embouteillage” confie-t-il. Le spécialiste François Adoue, en poste au bureau d’études sur la mobilité 6t, imagine, lui, mal, les véhicules volants décongestionner le trafic à Paris. Il les voit plus comme “un mode de transport alternatif et agréable qui permettra de changer un peu son quotidien et de reconsidérer la Seine”. En effet, non seulement, la Seine représente une seule route mais les Sea Bubbles ont aussi une capacité de transport très limitée. “Chaque jour, 1,2 millions de voyageurs utilisent le RER A. Imaginez combien de Sea Bubbles il devrait y avoir pour accueillir autant de personnes!”

Et enfin, la Seine ne représente pas une barrière physique. Des dizaines et des dizaines de ponts et de nombreux métros la traversent. Londres serait alors plus intéressante que Paris selon François Adoue. “C’est lorsque les fleuves sont larges et qu’ils séparent réellement les quartiers entre eux que le transport fluvial est le plus développé dans le monde”, souligne-t-il. Cela tombe bien, la Tamise où la vitesse de circulation peut atteindre 50 km/h est aussi dans le viseur d’Alain Thébault, qui se définit comme “un oiseau du large”.  

Toutefois, François Adoue conclut sur une note optimiste. “Les Sea Bubbles pourraient trouver davantage de débouchés dans le secteur de la logistique à l’instar des Segway (les véhicules équipés de deux roues sur lesquels l’utilisateur se tient debout) utilisés aussi dans des entrepôts”. Pour preuve, Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie, a commandé des taxis volants en juillet dernier lors du salon Viva Technology afin d’équiper les douaniers circulant sur la Seine. En espérant que les douaniers volant sur l’eau garderont les pieds sur terre.

Crédits photos: Sea Bubbles 

 

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Numéro 41 AOÛT SEPTEMBRE 2020:
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