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Les paysages avec une ruine d'Evan Roth exposés au Mona Bismark de Paris

En octobre et novembre, le Mona Bismarck American Center de Paris accueille le photographe Evan Roth pour son exposition, Landscape with a Ruin qui se concentre sur l'aspect matériel de l'immatériel, développé dans notre dossier Socialter N°24. L'artiste nous explique son projet et comment internet a changé son processus artistique et sa vie quotidienne.

Quel est votre relation au numérique?

J’étais architecte au début des années 2000. Je rentrais le soir chez moi pour expérimenter dans la création sur un site web. Dans mon métier, chaque choix de création est associé à un matériau, et implique donc des coûts. Le contraste était fort avec mes expérimentations le soir sur le web qui n’impliquaient aucun coût, en apparence. Je me confronte désormais à comment j’ai changé au cours des dix dernières années et comment internet a évolué pendant cette même période. Cette exposition est ma façon de l’explorer mais aussi de voir si internet est toujours un média crédible pour créer de l’art.
 

Pourriez-vous nous en dire plus sur votre exposition Landscape with a Ruin et sa genèse?

Cette exposition fait partie d’une série sur laquelle je travaille depuis maintenant un peu plus de trois ans. Le sujet principal est mon questionnement par rapport à un média au sujet duquel j’étais peut-être excessivement optimiste et idéaliste. J’essaie de comprendre ce média différemment en voyageant à des endroits où il se manifeste physiquement. J’ai commencé par un voyage au Royaume-Uni, puis j’ai continué en Australie, à Hong-Kong, en France, aux États-Unis et plus récemment à Capetown en Afrique du Sud. Toutes ces villes et pays sont desservis par des câbles numériques sous-marins sortant de l’océan et touchant la terre.
 

Quelle technique avez-vous utilisé pour immortaliser ces câbles?

Ce sont des enregistrements réalisés à travers une caméra infrarouge. J’ai modifié cette caméra pour pouvoir capturer une partie du spectre électromagnétique qui n’est pas visible à l’œil nu mais qui se trouve juste en-dessous de la lumière rouge visible. Il s’agit de la même fréquence que le spectre dans le lequel voyage les informations dans les câbles optiques. Ce sont donc des photographies de paysages qui représentent la connexion entre l’architecture du réseau et la fréquence d’introduction de la lumière dans les câbles numériques.


 

Pourquoi particulièrement les câbles et non une autre représentation physique d’internet?

La raison pour laquelle je suis fasciné par ces endroits est que ce sont des lieux de transition. J’ai lu à ce propos un livre Tubes: A Journey to the Center of the Internetd’Andrew Blum. Il expliquait qu’un des aspects intéressant de ces lieux c’est qu’ils sont, par conception, très reculés de l’activité humaine. Les câbles n’apprécient pas les filets de pêche ni les ancres, ils sortent donc de l’eau dans les endroits les plus isolés possibles.
 

Selon vous, qu’est-ce que ces lieux racontent des liens entre humain et nature?

Une chose qui a vraiment changé le cours de mon travail est quand j’ai réalisé que mon rapport au temps avait été influencé par le réseau. J’étais entouré de ces magnifiques paysages et sur le moment, je voulais les publier tout de suite sur Instagram. Ainsi, au cours de ce projet, c’est devenu encore plus intéressant pour moi que de photographier les câbles. C’est quelque chose dont je suis devenu plus conscient : comment vivons-nous avec le temps?

 

Vous pouvez découvrir l’exposition du 20 octobre au 10 novembre au Mona Bismarck American Center : 34, avenue de New York, Paris 16e. L’exposition est à prix libre et ouverte tous les jours de 11h à 19h, sauf le lundi.

© Crédits photo: Carroll Fetcher, Belenius Nordenhake

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Numéro 41 AOÛT SEPTEMBRE 2020:
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