A compléter

La révolte des premiers de la classe

Edito n°22, en kiosque dès le 7 avril.

Leur parcours était sans faute : études supérieures, début de carrière dans un grand groupe, CDI et salaire très confortable… Tout pour être heureux ! Et pourtant, ils ont plaqué cette voie royale pour devenir boulanger, torréfacteur, microbrasseur, caviste, ébéniste, joaillier, etc. Nous avons tous au moins un de ces exemples en tête. Ces portraits de "jeunes cadres dynamiques" reconvertis en néo-artisans remplissent les pages des magazines lifestyle, témoignant d’un retour au "faire", au bon produit, à la reprise en main du cycle de production. Mais au-delà de la belle histoire, la tendance exprime aussi le besoin d’une génération en quête de sens se détournant volontiers des "bullshit jobs" (comprenez "métiers à la con"), popularisés par l’anthropologue David Graeber, pour aller vers des jobs concrets. Ne voulant plus être le maillon d’une chaîne de valeur abstraite, ils préfèrent se lever à 3 heures du matin pour aller au marché, transformer la matière, passer la journée derrière le comptoir et mettre la main à la pâte.

Ils ont troqué tableurs excel et présentations PowerPoint pour un contact direct avec les clients et les producteurs. 


Ils ont troqué tableurs excel et présentations PowerPoint pour un contact direct avec les clients et les producteurs. Fini les "conf call" et les "reporting au boss" à n'en plus finir, on gère le cycle de production dans son ensemble et on voit rapidement les fruits de son labeur. Les jeunes diplômés sont de plus en plus nombreux à sauter le pas. Par peur de perdre leur vie à la gagner devant un ordi ? En fuyant une voie toute tracée pour ouvrir boutique, ces "premiers de la classe" sont les pionniers d’un "néo-artisanat chic" qui n’hésitent pas à jouer sur l'authenticité de leur démarche mettant en scène la cagette et les vieilles cuves. Au-delà du portrait photogénique, ces parcours individuels dessinent-ils les contours d’un « capitalisme hipster » allant de pair avec une gentrification de nos centres-villes ? Mettent-ils en danger les artisans traditionnels ? En tout cas la tendance serait loin d’être anecdotique, selon le journaliste Jean-Laurent Cassely, qui a mené une enquête durant deux ans sur le phénomène (*). On vous en livre ici un premier aperçu en exclusivité.


La révolte des premiers de la classe, Jean-Laurent Cassely, paru en mai 2017, éditions Arkhê.



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