La première écoféministe

L'Amazon verte, le roman de Françoise d'Eaubonne

L’Amazone verte. Le roman de Françoise d'Eaubonne, Élise Thiébaut, Éditions Charleston, 9 mars 2021, 243 pages, 18 €.

Il faut imaginer une femme qui parle fort, vit seule dans un studio miteux du Paris des années 1960 et partage son temps entre l’écriture (elle signe une centaine d’ouvrages, allant du roman de science‑fiction inventant un monde sans hommes, au pamphlet sur la virilité) et l’action directe (elle a notamment fait exploser une bombe sur le chantier de Fessenheim, en 1975). Ainsi se présente Françoise d’Eaubonne, « première écoféministe » française, dans cette biographie écrite par la journaliste Élise Thiébaut. C’est à travers sa vie intime qu’est introduite sa théorie politique. Le détail des relations violentes que lui font subir ses partenaires, puis son engagement au Mouvement de libération des femmes (MLF) pour défendre l’avortement éclairent son point de départ conceptuel : « le lapinisme phallocratique ». Produit de l’appropriation de la fertilité (le fait d’avoir arraché la terre aux femmes) et de la fécondité (en assujettissant le corps féminin aux pulsions « mâles »), cette tendance masculine aboutit à surpeupler le monde et à en surexploiter les ressources, soutient Françoise d’Eaubonne. Restituer une planète saine aux humains ne peut donc passer que par la réappropriation des corps dans une perspective féministe – et, partant, par l’abolition du capitalisme. Le raisonnement trouve un écho aux États-Unis et en Inde, mais ne prend pas en France. Du moins, jusqu’à récemment : à l’heure de la redécouverte de l’écoféminisme, parfois réduit à un « féminisme écolo », voire à une glorification des vertus supposées « féminines », ce livre sonne comme un utile rappel de ses origines marxistes.

Abonnez-vous à partir de 39€/an

S'abonner
NUMÉRO 48 - OCTOBRE NOVEMBRE 2021:
Idiocratie, comment la médiocrité nous gouverne
Lire le sommaire

Les derniers articles