A compléter

Aux grands désobéissants l'entreprise reconnaissante.

L'édito du n°23 de Socialter, en kiosque dès le 10 Juin.

Sous le règne de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche, et ce jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, la plus haute décoration de l’armée autrichienne était exclusivement réservée à une catégorie d’officiers: ceux qui, en désobéissant activement aux ordres du commandement, avaient pu changer le cours d'une bataille de leur propre initiative.

Difficile aujourd’hui de concevoir une telle règle dans les grandes entreprises et organisations hiérarchiques. Imaginez un seul instant votre boss vous dire: «Désobéis-moi. Si je vois après coup que tu avais raison, tu seras promu.» Et pourtant, cela ne vous pousserait-il pas à prendre plus de risques dans l’intérêt de l’organisation?

Cette autorisation à transgresser, certains ne l’ont pas attendue. Tiraillés entre une injonction toujours plus grande à innover, des process bureaucratiques contraignants et une organisation managériale en silo, des salariés d’un genre nouveau décident de bousculer les pratiques de l’intérieur. Qu’on les appelle «corporate hackers» ou simples rebelles bienveillants, ils ont à cœur de faire bouger les lignes en contournant les règles imposées, en détournant les moyens à leur disposition, en s’alliant à d’autres trublions motivés par le changement.
 

  • "Ils préfèrent trouver des solutions en sous-marin plutôt que d'attendre l'hypothéthique validation venue du haut."

  • Comme les pirates informatiques de la première heure, ils agissent pour le bien commun, dans le partage et la défiance envers l’autorité mal placée. Ils tirent leur légitimité de leurs actions et faits d’armes plutôt que de leur rang ou statut. Quitte à ce que cette singulière insubordination leur fasse courir un risque auprès de leur hiérarchie. Ils préfèrent agir sans mandat ni instruction et trouver des solutions en sous-marin plutôt que de rester les bras croisés, attendant l’hypothétique validation venue du haut.

    Si les choses avaient mal tourné, les officiers austro-hongrois n’étaient bien entendu pas décorés mais traduits devant la cour martiale pour désobéissance. Aux entreprises modernes de changer de posture, en «laissant faire» plus librement leurs collaborateurs et en leur accordant un droit –voire un devoir– à l’erreur. Leur transformation dans le bon sens en dépendra.



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