Hors-série N°13

Hors-série N°13

Comment nous pourrions vivre

Avec Corinne Morel Darleux en rédactrice en chef invitée : 180 pages politiques et poétiques pour retrouver les chemins de l’utopie. Mener la lutte, défendre le vivant, rouvrir l'horizon, explorer les alternatives... D’impératif politique, le slogan « un autre monde est possible » devient impératif vital. Dans ce nouveau hors-série, Socialter revient sur les -nombreuses- pistes qui permettent d'imaginer une société radicalement différente.

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PROLOGUE

Sabotage passionnel : Édito

Édito par Philippe Vion-Dury, rédacteur en chef de Socialter

Corinne Morel Darleux : Sortir de l'amer

Éditorial par Corinne Morel Darleux, rédactrice en chef invitée.

Utopistes !

Imaginer l’utopie est une chose, tenter de la fonder et d’y vivre en est une autre. Depuis deux siècles, les tentatives de créer des communautés en marge d’une société capitaliste, industrielle, individualiste n’ont pas manqué. Reposant sur des principes égalitaires ou libertaires, elles sont souvent l’illustration de la tension qui sépare les idéaux de leur mise en application. Retour en quelques exemples sur ces expériences sociales ayant marqué l’histoire des utopies, qu’elles aient échoué au bout de quelques années ou perduré pendant des décennies.

Comment vivre autrement ?

Transformer le monde ou transformer son monde sans prendre le pouvoir: telle est l’ambition des socialismes qui, en marge d’un socialisme d’État, n’ont cessé de creuser leur sillon dans l’histoire pour donner lieu à des expériences d’émancipation qui furent parfois des réussites, parfois des échecs, mais toujours des ouvertures du champ des possibles. Leur commune visée critique de l’État et du capitalisme emprunte néanmoins plusieurs chemins, que le spécialiste de l’anarchisme Édouard Jourdain, auteur notamment de Proudhon contemporain (CNRS éditions, 2018), synthétise ici en trois stratégies politiques: l’utopique, la révolutionnaire et la gradualiste.

À l'assaut de la cité idéale

L’utopisme a mauvaise presse: rêveur, irréaliste, et même dangereux... À l’image de ces cités idéales de la littérature d’imaginaire, ou de ces sociétés totalitaires bâties sur des visions schématiques de l’humanité. Tout n’est pourtant pas à saborder dans la tradition utopique qui a aussi nourri l’élan libertaire des deux derniers siècles.

HORIZONS

Aurélien Berlan : « Nous sommes totalement à la merci des grandes industries qui nous nourissent »

Tout le monde se réclame de la liberté, mais bien peu arriveraient à la définir précisément. La liberté, n’est-ce pas faire ce qu’on veut dans l’enceinte de sa vie privée? N’est-ce pas jouir sans entrave de ses droits, de ses biens et de ce que la société a à nous offrir? N’est-ce pas être délivré par les autres et par les machines de tout ce qui est fastidieux et gris dans l’existence? Oui, du moins selon sa conception moderne. Or, dans Terre et Liberté, Aurélien Berlan met en lumière à quel point cette conception-là de la liberté est mutilée et mutilante. Plutôt que de chercher la délivrance vis-à-vis du monde matériel, ce philosophe et agriculteur nous enjoint plutôt à retrouver notre autonomie politique et matérielle, à voir que ce qui nous fait vivre nous rend également libres.

Les vertus de la petite taille

Villes, cantons, micro-États: et si les structures politiques de petite taille étaient les seules capables de nous rendre heureux? L’idée est défendue par un courant de pensée qui, face aux fantasmes de puissance des grands États modernes, envisage le salut dans une formule simple: «small is beautiful».*

L'écologie et l'Australie, à la vie, à la mort

Au-delà de la lutte contre les ravages planétaires du système capitaliste, l’un des grands défis du combat écologique moderne est de réinscrire l’humain dans les cycles du vivant, à commencer par repenser un récit pour la vie et la mort. Et si, pour en écrire les premières lignes, l’on se tournait vers l’Australie et les réflexions de Val Plumwood et Deborah Bird Rose, forgées au contact des Aborigènes, qui rencontrent un succès tardif en France?

Virginie Maris : « Il est urgent que l'humain cesse de se sentir partout chez lui »

Mieux habiter le monde réclame de nous interroger quant à l’espace où nous nous déployons. Et donc d’assumer ce qui semble désormais un tabou: l’humain ne peut être chez lui partout. À l’heure de l’effondrement de la biodiversité, la philosophe Virginie Maris appelle, en écho à son ouvrage La Part sauvage du monde (Seuil, 2018), à lutter pour laisser une respiration vitale à ce monde dont l’existence dépendra davantage de notre absence que de notre présence.

En finir avec la division du travail

On aurait tort de voir dans la parcellisation et la standardisation des tâches une marche irrépressible vers le progrès, un déterminisme auquel rien ni personne ne peut ni ne doit faire obstacle. Imaginons au contraire un plan en trois étapes pour les court-circuiter et, à terme, mettre sur pied une autre organisation du travail compatible avec une vie digne, autonome et épanouie.

Ensauvagement démocratique : mode d'emploi

Pour sortir de la crise de la représentation, peut-être faudrait-il commencer par sortir de la représentation elle-même. Pour approfondir la démocratie, le politiste Laurent Jeanpierre nous rappelle ici que non seulement des pistes ont été clairement dessinées il y a près d’un siècle et demi par les penseurs libertaires et anarchistes, mais aussi que les événements récents, comme l’irruption des Gilets jaunes sur les ronds-points ou la tentative de Convention citoyenne pour le climat, permettent de se représenter plus clairement ce que pourrait être la vie politique des citoyens et des institutions réellement démocratiques.

Vivre aux rythmes de la nature

Imaginons: dans un avenir proche, notre société fait le choix de la sobriété énergétique. Finie l’énergie disponible en permanence au bout du doigt grâce au nucléaire, au charbon ou au pétrole. Il faudra apprendre à faire avec de l’énergie intermittente: abondante lorsque les éoliennes peuvent brasser du vent, les panneaux photovoltaïques capter les rayons du soleil ou les centrales hydrauliques profiter du débit de la rivière; rare en d’autres occasions. Ce scénario impliquerait un changement de mode de vie majeur: nous redécouvririons, comme avant l’ère industrielle, des périodes d’activité intense alternant avec des moments de désœuvrement. Comment cela affecterait-il notre manière de travailler, de consommer de l’énergie, mais aussi notre rapport à l’ennui, aux sons environnants et aux rêves? Nous avons demandé à des spécialistes de ces questions de se livrer à un petit exercice d’imagination pour nous.

Sylvie Tanette : « Nous sommes là »

Nouvelle exclusive de l'écrivaine Sylvie Tanette

MATIÈRES

Geneviève Pruvost : « Vivre est un métier »

Vous doutiez encore que tout est politique? Alors lisez Geneviève Pruvost. Dans Quotidien Politique. Féminisme, écologie, subsistance (La Découverte, 2021), fruit de dix années d’enquêtes de terrain auprès d’alternatives écologiques concrètes (ZAD, communautés autogérées, chantiers participatifs, etc.) et d’un travail colossal de mise en correspondance théorique, la sociologue s’attache à pointer tous les angles morts dans les «coulisses de la fabrique de [notre] quotidienneté en régime industrialo-capitaliste». L’objectif: renouer avec la matérialité du monde et une plus juste répartition dans ce «travail de subsistance».

Paysans, le refus de rester impuissants

Depuis une décennie, l’Atelier paysan essaime auprès du monde agricole sa critique du machinisme et de l’inégalité d’accès à l’alimentation de qualité. Par des ateliers de formation pour concevoir un équipement agricole low-tech et des sessions visant à politiser et imaginer des actions communes, la coopérative met en œuvre son leitmotiv: sortir de l’impuissance.

Au Rojava, en lutte contre le patriarcat

Depuis 2012, alors qu’à quelques dizaines de kilomètres la guerre en Syrie fait rage et l’obscurantisme de Daesh étend son emprise, la région rebelle du Kurdistan occidental fait sa révolution. Le confédéralisme démocratique aux accents libertaires qu’elle adopte confère à chaque communauté une autonomie politique et renoue avec la culture matriarcale ancrée dans la tradition kurde. Reportage auprès de ces femmes qui, au sein de conseils, d’organisations et de comités d’autodéfense, combattent pied à pied le système patriarcal.

Longo Maï, pourvu que ça dure

Principale coopérative établie en 1973 aux abords de Limans, un petit village des Alpes-de-Haute-Provence, Longo Maï est l’une des seules tentatives de vie collective de cette ampleur à avoir perduré. En provençal, Longo Maï signifie «pourvu que ça dure». Outre cet intitulé prophétique, comment expliquer leur exceptionnelle longévité? Un savant mélange de pratique et de théorie, une bonne dose d’internationalisme, une horizontalité à toute épreuve... et une pincée d’utopie.

Bertrand Louard : saper la méga-machine

Bertrand Louart, menuisier-ébéniste à la coopérative de Longo Maï, vient de publier Réappropriation. Jalons pour sortir de l’impasse industrielle, aux éditions La Lenteur. Contre notre ultra-dépendance à la «méga-machine», il prône la réappropriation texte Isma Le Dantec photo Yohanne Lamoulère des arts et des métiers.

L'archipel des utopies concrètes

Une carte exclusive en 6 parties : nourrir la terre et les vivants, laisser de la place au vivant, mettre en commun, habiter autrement, se faire entendre, renforcer l'autonomie

Corinne Morel Darleux : « après le feu »

Nouvelle exclusive de Corinne Morel Darleux.

MANIÈRES

François Noudelmann : Agir dans son lieu, penser avec le monde

Les penseurs ne formulent pas seulement des concepts, ils aident aussi à vivre. La trajectoire du philosophe et romancier François Noudelmann a elle-même été bouleversée par plusieurs découvertes intellectuelles et humaines: Édouard Glissant, Jean-Paul Sartre, André Gorz... Cheminant librement dans ses souvenirs, le professeur à la New York University nous raconte comment ses rencontres philosophiques et amicales ont nourri son rapport au monde.

Commencer à vivre humainement

La force vient parfois à manquer. La littérature politique et fictionnelle regorge d’images mentales qui viennent à notre secours et nous aident à vivre humainement. Des lucioles surgissant du fond de la nuit à la lune qui se dévoile et l’éclaire, de la chambre où l’on est chez soi à l’archipel où l’on est par les autres, du lierre rusé qui grimpe à l’été qui écrase jusqu’à l’hiver en nous... Petite galerie subjective en neuf images.

Jean Hegland : « sagesse ancienne, nouveaux chemins »

En août 2020, l’incendie de Walbridge se déclare en Californie, ravageant plus de 55 000 hectares sur son passage avant de fusionner avec un autre incendie. Dans sa furie, il emporte les bois qui ont servi d’inspiration au livre Dans la forêt, best-seller international de Jean Hegland. La romancière nous raconte son désarroi devant les ruines de ce qui fut sa terre, sa maison et sa famille, mais partage aussi les méditations qui naissent devant la force irrépressible de la forêt, qui repousse envers et contre tout.

Le romantisme révolutionnaire est toujours vivant

Généralement associé aux forces conservatrices et réactionnaires, le romantisme, qui s’ancre dans le souvenir et la valorisation de certains rapports précapitalistes, peut-il être une force révolutionnaire? C’est ce qu’avance le philosophe Michael Löwy, qui remonte le fil du romantisme révolutionnaire depuis les socialismes utopiques jusqu’à nous. Une forme de sensibilité qui irrigue le projet de civilisation écosocialiste et anticapitaliste.

Refuser de parvenir

Né dans les milieux anarchistes de la Belle Époque, formulé par l’instituteur syndicaliste révolutionnaire Albert Thierry, réinventé par les étudiants rebelles de Mai 68, le «refus de parvenir» bouscule les formes imposées de la réussite sociale. Alors que l’idéologie méritocratique et l’horizon de l’opulence sont en crise, cette éthique de vie semble trouver aujourd’hui un nouvel écho dans la mouvance écologiste.*

En grève contre la mort

Face à un monde qui s’enlaidit de jour en jour et transforme chaque pan de nos existences en marchandise, l’écrivaine Adeline Baldacchino réaffirme le droit pour toutes et tous à la beauté. Rien de mièvre là-dedans, comme en témoignent les jalons posés par William Morris et Raoul Vaneigem qui, chacun à sa manière et à un siècle d’intervalle, ont dessiné à travers cette revendication un véritable horizon politique du bonheur.

Une vie passionnante ou rien

Face aux ravages de la Raison instrumentale, à l’enlaidissement du monde qu’elle entraîne, à l’altération massive de notre vie sensorielle et affective, le poète et penseur Joël Gayraud en appelle à refonder l’utopisme sur les passions heureuses, celles qui élargissent les êtres. Des souvenirs de l’échec de Mai 68 remontent ces mots oubliés: désir, rire, révolte – et un mot d’ordre: «Lâchez tout, partez sur les routes!»