BASCULES 2022

BASCULES 2022

Pour un tournant radical

Bascules #2 - Pour un tournant radical Puisque notre impasse politique et économique est aussi une panne intellectuelle, Socialter entend proposer des idées d’avant-garde, des réflexions stratégiques et des prises de position fortes avec Bascules. Pensé comme un OVNI éditorial à l’intersection de l’essai et de la revue, Bascules rassemble huit textes inédits de philosophes, chercheurs et écrivains, tous artisans de la pensée de demain. Après le succès d’une première édition qui rassemblait notamment des textes de Bruno Latour, Annie Le Brun et Anselm Jappe, Bascules #2 se fait à nouveau le porte-voix de ces figures qui détonnent dans le paysage intellectuel et médiatique, et qui vont nourrir les luttes et les alternatives à venir.

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SOMMAIRE

Aurélien Berlan -Déserter le monde industriel, renouer avec l’autonomie

Réduite par le libéralisme à la délivrance de toute nécessité – se nourrir, habiter, s’habiller –, notre définition collective de la liberté est emprisonnée dans une conception qui en fait l’ennemie des dominés et de l’écologie.

Dans un geste théorique décisif, Aurélien Berlan a reconnecté, avec son essai Terre et Liberté (La lenteur, 2021), la définition de la liberté avec celle de l’autonomie: être libre, c’est d’abord être maître de ses conditions de vie, et non pas les déléguer. Revenant sur son choix personnel d’expérimenter l’autonomie, le philosophe démontre ici comment sa proposition articule d’un même mouvement émancipation sociale et éthique écologique.

Isabelle Stengers - Lettre aux scientifiques qui lisent les rapports du Giec

Depuis les années 1990, la pensée d’Isabelle Stengers a bouleversé la philosophie des sciences en la croisant avec l’écologie. Dans la droite ligne de son œuvre, la philosophe belge appelle les scientifiques à se politiser. Selon elle, ils ont trop longtemps véhiculé un optimisme de progrès technoscientifique en refusant de voir comment leurs recherches pouvaient nourrir la catastrophe écologique en cours.

Devant ce constat, Isabelle Stengers invite les scientifiques inquiets à sortir du mythe confortable de leur neutralité, qui les conduit à s’aveugler sur la soumission de leur discipline aux lois du marché, et à s’engager, à la façon dont une jeune génération de chercheurs et d’activistes se met à lutter. Autrement dit, à «désigner les ennemis».

Erwan Ruty - L’écologie par le peuple

L’élaboration d’une écologie populaire, c’est-à-dire d’une écologie par et pour le peuple, est l’enjeu politique capital de notre temps. Erwan Ruty, auteur d’une Histoire des banlieues françaises (Les Pérégrines, 2020), est un intime de la Seine-Saint-Denis, où il a fondé le MédiaLab93, un «incubateur urbain».

Ancrant sa réflexion dans le temps long de l’histoire politique française, l’essayiste et journaliste expose dans ce texte comment rendre possible une rencontre émancipatrice des classes populaires avec l’écologie. Dans cette projection, paysans, ouvriers et artisans forment une «aristocratie de la main» transformant les territoires aujourd’hui délaissés en cœurs battants de la société écologique.

Juliette Volcler - Bâtir une écologie sonore radicale

Dans L’Orchestration du quotidien (La Découverte, 2022), la chercheuse indépendante Juliette Volcler étudie la colonisation de notre espace auditif par un design sonore artificialisant notre environnement avec des «bonbons auditifs» rétrogrades et mercantiles.

Prolongeant son appel à développer une écoute critique, cette productrice et critique sonore esquisse un autre horizon: celui d’une écologie sonore radicale. Elle propose un renouvellement qui n’est fondé ni sur le fantasme d’une nature vierge opposant le mauvais bruit industriel au bon silence, ni sur la technophilie de la culture hi-fi, mais qui fait place à l’altérité du vivant, et imagine le répit auditif comme un droit démocratique destiné à tous.

Jean D’Amérique - J’ai réussi ma vie

Jean D’Amérique n’a que 12 ans lorsque sa mère succombe à un accident. Revenant sur cet épisode tragique, le poète haïtien de 28 ans raconte comment cet événement a aussi été initiatique. Refusant les fatalismes bibliques et les fausses consolations, il s’est lancé sur un chemin d’émancipation bientôt nourri par la découverte décisive du rap et des livres.

Cette inspiration artistique, fusionnée avec la pauvreté et la violence qui l’encerclent, va féconder une pulsion créative qui, de Cathédrale des cochons (Éditions Théâtrales, 2020) à Soleil à coudre (Actes Sud, 2021), forge son incandescence dans la révolte.

Atelier paysan - Pas de démocratie dans l’alimentation sans socialisation

La modernisation à marche forcée de l’agriculture opérée après la Seconde Guerre mondiale, qui a détruit socialement et économiquement la paysannerie française, a fait naître un complexe agro-industriel bloquant toute transition écologique.

L’Atelier paysan, «coopérative d’autoconstruction» qui recense et diffuse des technologies agraires, rebondit sur son livre-manifeste Reprendre la terre aux machines (Seuil, 2021) pour appuyer l’une de ses propositions: la socialisation de l’alimentation comme outil d’émancipation en vue d’une rupture vers un nouveau modèle autonome, écologique et convivial.

Françoise d’Eaubonne - La lutte des sexes avant la lutte des classes

Inventrice du concept d’écoféminisme, Françoise d’Eaubonne (1920-2005) a élaboré ses thèses croisant domination patriarcale et destruction écologique avec le souci de les ancrer dans le temps long. Le texte que nous présentons, extrait de l’introduction à Histoire de l’art et lutte des sexes, jamais réédité depuis sa parution en 1978 aux éditions de la Différence, est emblématique de cette réflexion historique et anthropologique.

Compilant plusieurs sources, notamment La Société contre nature (1972) de Serge Moscovici, Françoise d’Eaubonne soutient que la lutte des sexes précède la lutte des classes. Elle anticipe les études de genre en montrant comment cette domination patriarcale accouche d’une «idéologie de sexe» prescriptive favorisant les hommes.

Byung-Chul Han - De la poignée de main

Le philosophe coréen Byung-Chul Han propose une méditation à partir d’une phrase du poète Paul Celan (1920-1970) comparant la poignée de main à un poème. Pour ce professeur à l’université des arts de Berlin, cette image résonne avec notre situation: la pandémie, en généralisant la «zoomification» des relations humaines, a poussé à un niveau inédit la disparition de l’altérité que provoque la numérisation de notre société.

Alors qu’il s’en inquiétait dans L’Expulsion de l’autre (PUF, 2020) et La Fin des choses (Actes Sud, 2022), Byung-Chul Han actualise ici sa réflexion critique sur notre condition contemporaine. Et trace, sans optimisme, un horizon pour renouer avec la «magie de la présence» qui, seule, à le pouvoir de nous rendre vivants.