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Les néo-paysans passent à l'attaque et creusent leur sillon

Alors que notre système agricole et alimentaire montre ses limites, des femmes et des hommes paysans développent des solutions pour construire un nouveau modèle. Il est important de les mettre en avant, de créer un dialogue entre eux et les citoyens afin qu'ils créent des synergies. L'AgriSenseTour fait le pari de réunir toutes les bonnes volontés pour inventer un modèle agricole.

Le modèle de l’agriculture intensive a atteint ses limites : les sols se fatiguent, les pratiques agricoles ont des conséquences non négligeables sur l’environnement et la santé, de plus en plus de produits phytosanitaires et d’énergie fossile sont nécessaires pour assurer les rendements… Et le chômage augmente, plus de 200 fermes disparaissent chaque semaine en France, avec un problème de renouvellement des générations d’agriculteurs.

Il devient nécessaire de réfléchir à une nouvelle agriculture plus respectueuse de l’environnement, moins gourmande en ressources, riche en savoir-faire, associant modernité et méthodes traditionnelles. Une agriculture qui stimule et se construit en harmonie avec la biodiversité des sols, des parcelles et de l’écosystème. Et des méthodes qui recréent du lien entre le champ et l’assiette, les producteurs et les consommateurs, les villes et les campagnes.

Les néo-paysans, des entrepreneurs sociaux

Dans ce contexte de crise générale, certains font le choix de changer de vie pour se consacrer à l’agriculture: on les appellera les "néo-paysans". L’agroécologie est, pour eux, une voie alternative pour rentrer dans le circuit de l’alimentation et promouvoir la durabilité sociale et environnementale. N’étant pas soumis à la pression familiale et forts de leurs expériences variées, ils sont généralement innovants sur plusieurs aspects : pluriactivité (tourisme, espace de coworking), type de distribution (circuit court) et techniques (association de cultures, non travail du sol).



Aux côtés des agriculteurs traditionnels, ils représentent une opportunité pour apporter une nouvelle énergie au secteur et remettre en question le système agricole dominant. Ils créent de l’emploi et redynamisent les campagnes, permettent une prise de conscience des consommateurs et promeuvent la réinsertion sociale. Les projets qu’ils mettent en place sont de réelles entreprises sociales et solidaires.

Mais le métier de paysan souffre encore d’une mauvaise image qui doit changer. Gianluca, néo-paysan de 29 ans, partage cet avis."On devrait remercier régulièrement les agriculteurs, les paysans qui courbent l’échine pour nous fournir des produits de qualité au quotidien pour répondre à notre besoin le plus essentiel, nous nourrir". De retour dans sa région natale en Italie après avoir travaillé trois ans en Angleterre en tant que géologue, il est prêt à devenir paysan boulanger pour faire renaître des variétés anciennes de céréales et fournir les villages et écoles environnantes en circuit court.  

Un tour à la rencontre des entrepreneurs paysans

L’association Neo-Agri, qui soutient les néo-paysans, et la communauté MakeSense, qui aide les entrepreneurs sociaux, ont lancé en octobre 2015 l’AgriSenseTour : une enquête de terrain, réalisée dans plusieurs pays (France, dont la Réunion, Italie, et Espagne) sur les entrepreneurs sociaux paysans qui innovent dans leur business model ou leurs pratiques agricoles. Le but : les aider à développer leur projet agroécologique et partager ces innovations avec agriculteurs et consommateurs.

Ce tour permet de fournir des conseils individuels et, par la mise en réseau, de les aider à résoudre leurs défis entrepreneuriaux. Des hold-ups, ateliers de co-création de solutions entre agriculteurs et citoyens, contribuent à développer des techniques innovantes – comme cultiver des champignons shiitakes sur des rebus de bière en Belgique ou élaborer des outils de traction animale en Espagne –, à organiser des campagnes de financement participatif ou encore à trouver des méthodes pour optimiser l’utilisation des ressources.




Les entrepreneurs peuvent ainsi créer, tester des concepts et gagner en visibilité. "Ça m’a donné le courage et la confiance pour me lancer", affirme Noelia, 34 ans. Ancienne éducatrice sociale, elle va démarrer un projet de micro-ferme multifonctionnelle inspirée des principes de la permaculture en Espagne, avec un élevage de poules pondeuses associé à du maraîchage et des ruchers. Les poules mangent les déchets du potager, fournissent, via leurs déjections, l’engrais pour les légumes, pondent des œufs au jaune intense, tandis que les abeilles pollinisent les fleurs du potager et fabriquent le miel… Toutes les entités de la ferme interagissent, les déchets des uns sont les ressources des autres. Rien ne se perd, tout se transforme!

Les entrepreneurs sociaux paysans ne sont pas les seuls bénéficiaires. Les participants découvrent un projet agricole de l’intérieur. Certains, très inspirés, optent pour une aide à l’agriculteur sur le long terme. D’autres décident même de devenir paysans. "Rencontrer de vrais paysans et pouvoir mettre les mains dans la terre m’a ouvert les yeux, j’ai trouvé ma nouvelle voie", explique, ému, Jean, 41 ans, ingénieur en énergies renouvelables qui rêve d’élever des vaches à viande pour livrer des colis aux AMAPs.

 

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Numéro 41 AOÛT SEPTEMBRE 2020:
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