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Le faux procès des contrats aidés comme d'un emploi précarisé de l'ESS

[Article contribution] En août dernier, le gouvernement a annoncé la réduction brutale du nombre de contrats aidés pour la fin d'année 2017. Ce dispositif était devenu central dans la stratégie d'emploi d'organisations associatives, comme certains gîtes du réseau éthic étapes. Nous avons rencontré les directeurs et employés de ces gîtes pour discuter de l'apport concret de ces contrats ainsi que des conséquences de leur suppression.

Depuis 1979, les éthic étapes s’engagent pour la réinsertion professionnelle à travers les différentes mesures gouvernementales pour l’emploi: des TUC (Travaux d’utilité collective) dans les années 1990 jusqu’aux “contrats aidés” aujourd’hui. Par exemple, sur les 21 salariés actuels de l'éthic étapes de Sommières (Gard), deux seulement ne sont pas issus d’un emploi aidé.

Le fait qu’il sont souvent accusés de ne pas être des emplois pérennes n’est pas une critique recevable selon Marie-Noëlle Chalumeau de l’éthic étapes de Blois (Val de Loire). “Presque tous les contrats aidés qu’on a eus, on les a transformés en CDI !. Les membres du réseau souhaitent insister sur le côté formateur de ces contrats. “Ce qui a été mis en place pour chacune [des personnes employées via ce dispositif], c’est un projet de formation adapté au projet professionnel qu’elles avaient”, poursuit Dominique Josso, directeur de l’éthic étapes de Lathus (Poitou-Charentes).

 

Les contrats aidés comme sas pour des personnes en situation d’exclusion

 

Les contrats aidés sont perçus dans ces structures comme un premier sas pour des personnes en situation d’exclusion. Ils constituent une alternative au monde du travail classique, souvent plus dur. Cela inclut “des obligations d’horaires, de tenues vestimentaires, de savoir-être, (...) et bien entendu appréhender un métier”, rappelle Rose-Marie Manogil, directrice de l'éthic étapes de Narbonne (Aude). Harold Sigonneau travaille depuis bientôt deux ans comme cuisinier à l’éthic étapes de Sommières. “Pour tous les postes qu’on me proposait, il fallait un diplôme d’État ou une validation d’acquis”, ce qu’il a obtenu grâce à ce dispositif.

Bénéficier d’un emploi et d’une formation en simultané représente également une reprise de confiance. À Narbonne, Rose-Marie Manogil se souvient des salariés qui ont plus de 50 ans, très souvent des femmes seules et qui, à travers ce sas du contrat aidé, reprennent confiance en elles et rebondissent plus facilement. “Ça fonctionne, on a des retours aujourd’hui de gens qui sont passés par les emplois aidés chez nous, qui ont fait des formations d’animateurs ou de transports en commun et qui sont aujourd’hui responsables de centres de vacances, de loisirs ou d’hébergement”, déclare Dominique Josso.

 

L'équipe de l'éthic étapes de Blois

 

Bloquer les recrutements face à une décision brutale

 

La décision de réduction drastique des contrats aidés pour cause de détournement de leur finalité première est tombée au mois d’août, “justement le mois extraordinaire en France où on peut tout faire passer”, estime Dominique Josso. La première réaction de la plupart des structures a été de bloquer tous les recrutements alors que ceux-ci sont relancés à cette période pour avoir des équipes de jeunes salariés opérationnels à partir de mars lorsque la saison redémarre.

Les différents éthic étapes se sont donc lancés dans une course contre la montre pour obtenir des informations et connaître l’étendue des changements qu’ils devront apporter à leurs organisations. Dominique Josso se concentre alors sur plusieurs missions : “Alerter la préfète, les députés, les pouvoirs publics et leur dire qu’on ne comprenait pas que la mesure tombe comme cela”. L’injustice semble flagrante pour Rose-Marie Manogil : “C’est pas juste des chiffres (...), ces personnes-là cherchent à travailler, elles veulent être complètement intégrées dans la vie sociale et ça passe aussi par un poste de travail”. Les changements pour les structures varient: à Narbonne, “malheureusement on sera obligés d’embaucher sur du temps partiel voir très partiel". À Lathus, “au lieu d’être ouverts toute l’année, on ne l’est plus que 8 ou 10 mois sur 12”.

 

L'équipe de l'éthic étapes de Sommières

 

La question de l’implication de l’État dans les structures associatives

 

Lors d’un entretien, Christophe Ithier, Haut-Commissaire à l’ESS déclarait que “l’emploi précaire ne peut pas être l’emploi de l’ESS”. Une vision partagée par Thierry Fauchoux, directeur de l’éthic étapes de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) pour qui les contrats aidés “sont devenus un palliatif pour des organisations, face à une baisse structurelle de leur financement. Qu’il y ait des effets sur les modèles économiques des éthic étapes dont le recrutement de contrats aidés permettait d’équilibrer les budgets, relève d’une autre problématique”. Un parallèle existe pour lui avec le stagiaire qu’on indemnise, “on est en train de fausser la logique du contrat aidé”.

Loin de le nier, pour Dominique Josso, c’est une réflexion poussée sur l’implication de l’État qui est nécessaire: “Aujourd’hui ce n’est pas un seul partenaire qui diminue: de l’État en passant par le département, la région, la commune, la communauté de commune, tout le monde diminue les subventions accordées au milieu associatif.” Le risque sur le long terme est de mettre à mal le monde associatif, qui est déjà perçu comme à bout de souffle. Dominique Josso voit des structures déposer le bilan, des associations, des centres de formation. Si les avis divergent sur les contrats aidés tels qu’ils existaient jusqu’à cet été, leur suppression semble soulever des questions structurelles sur le monde associatif français et sa pérennité face à un État qui se désengage.



Depuis 1979, éthic étapes est un réseau d’hébergements touristiques qui accueillent aussi bien les vacanciers que les classes en séjours scolaires ou des entreprises du coin venues pour un séminaire. Ce mélange des genres propice aux échanges qui enrichissent est partagé avec les 384 000 personnes qui y séjournent chaque année. éthic étapes, c’est aussi un réseau à but non lucratif, ancré dans l’économie sociale et solidaire. 

 

Crédits photos: éthic étapes

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Numéro 41 AOÛT SEPTEMBRE 2020:
Qu'est-ce qu'on attend pour effacer la dette ?
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