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Il traverse l'océan pour lutter contre le gaspi alimentaire

Effectuer la traversée de l'Atlantique à pédalo et se nourrir uniquement de nourriture périmée durant trois mois, cela peut paraître complètement insensé. Pourtant, des millions de tonnes de nourriture partent à la benne chaque année à cause de dates de péremption mal comprises. Baptiste Dubanchet veut sensibiliser les consommateurs à cette cause.

Jeter un paquet de biscottes parce que la date de péremption est dépassée, c’est arrivé à beaucoup d’entre nous, et pourtant c’est une erreur. Elles sont encore consommables. Comment cela se fait-il ? Il existe en réalité deux types de dates apposées sur les produits alimentaires : la date limite de consommation (DLC), au-delà de laquelle il peut être dangereux pour la santé de consommer le produit ; et la date de durabilité minimale (DDM, anciennement DLUO, date limite d’utilisation optimale) : passée cette date, le produit peut perdre des qualités gustatives ou nutritionnelles, mais reste parfaitement comestible. C’est le cas des boîtes de conserves, des pâtes, des céréales… Il est légal de vendre un produit dont la DDM est dépassée, mais pas la DLC.

C’est pour sensibiliser à ce sujet que Baptiste Dubanchet a eu une idée : effectuer une traversée de l’Atlantique en pédalo en se nourrissant exclusivement de produits sur le point d’être jetés, des aliments emballés dont la date de durabilité minimale est dépassée, ou des fruits et légumes trop mûrs qu’il va faire lyophiliser pour pouvoir les consommer. “L’idée, c’est que les gens s’aperçoivent que ces dates, c’est une blague”, explique-t-il.

Selon des chiffres de l’ADEME, le gaspillage alimentaire représente 29 kg par an et par habitant, dont 7 kg concernent des produits encore emballés. Tous les produits doivent présenter une DLC ou une DDM, à l’exception des produits en vrac (fruits et légumes, viande et poisson achetés chez le boucher ou le poissonnier), les vins et alcools, le vinaigre, le sel de cuisine, les sucres solides, le chewing-gum.

Baptiste Dubanchet, avec son excursion baptisée “La Faim du monde”, demande la suppression des dates de durabilité minimale. “Les consommateurs sont très mal informés sur ces dates et l’information n’est pas claire pour tous. Ce n’est pas la date en soi le problème, mais le manque d’information sur ce qu’elle signifie. Alors soit tout le monde est mis au courant qu’il ne faut pas jeter les produits après cette date, soit on l’enlève et on arrête de saouler tout le monde avec !” Sa traversée de l’Atlantique sera l’occasion de communiquer sur une pétition demandant le retrait des dates de durabilité minimale ou une clarification de leur signification. “Ces dates contribuent au gaspillage. En mettre sur du thé, du café ou des céréales ne sert à rien. C’est l’obsolescence programmée de l’alimentation.”

 

Une campagne de financement pour louer un pédalo

L’inscription de la date de péremption ou de durabilité est pourtant une obligation européenne, même si certains pays, comme l’Allemagne, réfléchissent à une signalétique moins trompeuse. En France, la date de durabilité minimale a remplacé la date d’utilisation optimale (DLUO) afin d’inciter les gens à ne pas jeter les produits dont la date était dépassée.

Baptiste Dubanchet, globe-trotteur détenteur d’un master en développement durable et salarié de la Société d’étude et de protection de la nature en Touraine, avait déjà réalisé en 2014 un tour d’Europe à vélo, en ne se nourrissant de denrées trouvées dans les poubelles des supermarchés. “La première opération avait bien marché médiatiquement. Une suite n’était pas prévue mais j’ai l’impression que rien n’a changé depuis, alors j’ai eu l’idée de cette traversée de l’Atlantique à pédalo, pour attirer l’attention sur le problème.”

Pour réaliser son périple, il a lancé une opération de financement participatif. L’approvisionnement ne sera évidemment pas le poste de dépense principal : il a déjà commencé les stocks de produits à la DDM dépassée, s’est associé au magasin Coop Nature de Tours, et va faire lyophiliser des fruits et légumes un peu trop mûrs.

En revanche, la location du pédalo, construit pour la traversée de l’Atlantique de Jean-Gabriel Chelala en 2009, coûte 30 000 euros. “Il a résisté à deux tempêtes, et il n’y a pas besoin de beaucoup de connaissances en navigation pour le manœuvrer.  En plus de la location, il faut payer le transport de Normandie, où il est stationné, au Maroc, où j’arriverai en vélo depuis Paris pour prendre la mer. Et il y a également des frais de sécurité liés au pédalo.”

 

La campagne de crowdfunding : https://www.kisskissbankbank.com/la-faim-du-monde-2017

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Numéro 41 AOÛT SEPTEMBRE 2020:
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