La parcelle a quelque chose d’envoûtant : le bois tortueux des ceps, la garrigue touffue et odorante, le relief à la fois doux et accidenté. Quelque chose entre le rituel de sorcellerie en plein air et le repaire de maquisards. « Cette parcelle, ce sont nos plus vieilles vignes. De mémoire locale, elles ont 110 ans », dit Miha, tout en travaillant sur un cep. Ses mains courent sur le bois tordu, enlevant ça et là des petites pousses vertes pour concentrer le flux de sève dans les rameaux portant des fruits en devenir.
À côté d’elle, Tom, tout aussi affairé, précise la géolocalisation : « On est entre la plaine languedocienne et le plateau du Larzac, dans un ancien bassin minier qui n’a pas vraiment de nom mais où il y a toujours eu une agriculture familiale en polyculture-élevage. » L’air embaume le thym, le chèvrefeuille et le genêt. En contrebas, le clocher du hameau de Clairac sonne une heure matinale.
Retrouvez cet article dans notre n°76 « Pourquoi nos plaisirs sont politiques », en kiosque, librairie et sur notre boutique.

Un chai dans le garage
C’est à Bédarieux, un gros bourg voisin de cet arrière-pays héraultais que Miha Trifa et Tom Gautier ont créé en 2016 leur domaine, L’Absurde Génie des fleurs. Le duo vinifiait alors ses vins dans un garage d’une ruelle de la ville. Ou, pour être précis, un ancien petit chai urbain converti en garage, lointain vestige d’un passé viticole populaire encore très ancré...