Entretien

Ugo Palheta : « Les fascistes nous veulent déprimés, sidérés et isolés : la réponse, c’est l’action collective »

Photos : Iorgis Matyassy

Les droites extrêmes semblent avoir le vent dans le dos. Déjà au pouvoir aux États-Unis, en Argentine, en Hongrie, en Italie, au Chili, elles imposent ailleurs, comme c’est le cas en France, leur agenda raciste et autoritaire dans le débat public. Dans deux ouvrages parus en 2025, La nouvelle internationale fasciste (Textuel) et Comment le fascisme gagne la France (La Découverte), le sociologue Ugo Palheta analyse avec précision cette dynamique, avec l’ambition d’outiller les combats antifascistes. Pointant les effets politiques dévastateurs qu’ont eu les mutations néolibérales depuis les années 1980, il invite à une lecture large de la « fascisation » à l’œuvre dans les démocraties libérales, qui ne se réduit pas aux succès électoraux des partis étiquetés à l’extrême droite. Socialter l’a interrogé pour mieux comprendre l’offensive néofasciste en cours et esquisser des pistes pour mieux la combattre.

Après les succès de Giorgia Meloni en Italie (2022), de Javier Milei en Argentine (2023), la réélection de Trump (2024), le Chili a élu à son tour le 14 décembre 2025 un dirigeant d’extrême droite : José-Antonio Kast, un nostalgique assumé du régime autoritaire de Pinochet (1973-1990). Ce cas est-il emblématique de la « nouvelle internationale fasciste » que vous décrivez dans votre livre ?

L’orientation de Kast s’inscrit parfaitement dans la nouvelle internationale fasciste, dans ses variantes américaines (au Nord et au Sud), au sein desquelles la croisade anti-genre – avec ce qu’elle sécrète de misogynie, de transphobie, de régressions en matière de droits reproductifs, etc. – et l’agenda radicalement anti-redistribution, dit « libertarien », ont une place centrale.

Entretien issu de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible en kiosque et librairie et à la commande.

De Trump à Milei en passant par Bolsonaro et Kast, on voit une certaine vision commune du monde. Mais cela ne signifie nullement que cette extrême droite chilienne ne serait que la déclinaison locale d’un néofascisme partout identique : chaque variété nationale présente des traits spécifiques liés en particulier à la position du pays – plus ou moins dominant ou subordonné dans l’économie-monde capitaliste, mais aussi à l’histoire spécifique des luttes sociales et politiques dans ce pays.

Il est évident que, dans le cas chilien, le principal référent de l’extrême droite, c’est la dictature militaro-civile de Pinochet, qui a inauguré, avec le coup d’État militaire du 11 septembre 1973, la séquence de grande destruction néolibérale que l’on a connue depuis lors, partout dans le monde.

Victoires électorales en série, diffusion de masse des discours identitaires et autoritaires sur les réseaux sociaux et dans les médias mainstream, émeutes racistes au Royaume-Uni et en Espagne : on peut avoir l’impression d’une vague d’extrême droite irrépressible. Vous qui observez de longue date la dynamique néofasciste, avez-vous le sentiment que nous sommes à un moment de bascule ?

Oui et non. On observe effectivement un tournant et un saut qualitatif au cours des dernières années, lié en particulier au ralliement de secteurs entiers de la classe capitaliste à une option d’extrême droite. Qu’on la qualifie ou non de néofasciste, cela paraît indéniable.

Bien sûr, le grand patronat a déjà largement collaboré avec les mouvements et dictatures fascistes et militaires au cours du XXe siècle. Toutefois il y a encore quinze ans, aucun secteur significatif du grand patronat ne soutenait politiquement des forces d’extrême droite, et ce dans la quasi-totalité du monde. C’est l’aspect nouveau.

En parallèle, on trouve également des éléments de continuité avec la période antérieure, qui doivent être soulignés. Prenons les États-Unis – mais on pourrait faire la même démonstration à propos de la France ou de l’Italie.

Trump n’a pas initié les expulsions de masse de travailleurs immigrés, les assassinats extrajudiciaires, le mur entre les États-Unis et le Mexique, le soutien inconditionnel à Israël ou la politique agressive vis-à-vis de la Chine : les démocrates, depuis Obama jusqu’à Biden-Harris, l’avaient précédé dans cette direction, et Bush fils également, notamment avec le « Patriot Act » (2001).

« On observe un ralliement de secteurs entiers de la classe capitaliste à une option d’extrême droite. Il y a encore quinze ans, aucun secteur significatif du grand patronat ne soutenait politiquement des forces d’extrême droite. »

Trump prolonge donc des politiques mises en œuvre antérieurement mais en les radicalisant, en les accompagnant d’une rhétorique brutale, raciste et déshumanisante, qui vise à légitimer de futures attaques contre les minorités et les mouvements de contestation, et encourage aussi l’intensification de la violence du côté de ses partisans.

Vous écrivez : « Quelque chose est en train de changer et de se coaguler à l’extrême droite à mesure que le capitalisme s’enfonce dans une crise d’ampleur civilisationnelle. » En quoi la montée en puissance de forces autoritaires et racistes s’inscrit-elle dans un moment de crise profonde du capitalisme néolibéral ?

Si on périodise la montée de l’extrême droite, il semble clair que celle-ci a quelque chose à voir avec la situation du capitalisme : ce n’est pas un hasard si elle est postérieure à la crise de 2007-2008 (crise des subprimes, NDLR), l’une des plus graves crises du capitalisme, dont celui-ci ne s’est jamais véritablement remis. De fait, le capitalisme néolibéral et mondialisé s’enfonce dans une impasse marquée par la spéculation et une exploitation toujours plus forcenée des êtres humains et des ressources naturelles.

La dégradation des conditions de vie et l’absence de perspectives crédibles de progrès pour de larges segments des populations a fortement affaibli – voire complètement discrédité, dans le cas français notamment – les partis qui ont gouverné au cours des dernières décennies. Si bien que les classes possédantes doivent trouver de nouveaux représentants politiques capables d’imposer les contre-réformes qu’ils jugent nécessaires, de nouvelles politiques de privatisation, de dépossession, d’extraction.


Selon les systèmes politiques, cela peut passer par l’émergence de nouvelles figures radicalisant de vieux partis (Trump), de nouveaux partis (Reform UK, Vox en Espagne, les partis de Milei, Bolsonaro ou Kast en Amérique du Sud), ou encore une coalition des droites incluant l’extrême droite traditionnelle (Pays-Bas, Finlande, Suède), parfois comme force dominante (Italie, Pays-Bas, Finlande, et peut-être bientôt la France).

Tout l’enjeu pour des secteurs comme la Big Tech, le capital fossile, les industries d’armement et de surveillance ou l’agrobusiness, c’est de trouver une formule politique leur ouvrant de nouvelles perspectives d’accumulation du capital dans un système économique stagnant, c’est-à-dire un jeu à somme nulle où ce qui est gagné doit l’être aux dépens de la nature, des classes travailleuses mais aussi des petites et moyennes entreprises.

Enfin, pour les classes dominantes, l’écrasement des mouvements de contestation est à l’ordre du jour et les extrêmes droites apparaissent parfaitement fonctionnelles dans ce contexte, parce qu’au cœur de leur vision du monde figure précisément la haine des mouvements portant l’exigence d’égalité.

Vous utilisez le terme de « néofascisme » pour qualifier le danger politique que représente l’extrême droite contemporaine. Certains questionnent le recours à cette référence au fascisme1. Pourquoi vous semble-t-elle pertinente et même nécessaire ?

Il s’agit d’abord de contribuer à nous sortir d’une certaine torpeur, en brisant le récit de la « normalisation » et de la « respectabilisation ». Ce récit est central dans la stratégie des extrêmes droites directement issues du fascisme historique comme le Rassemblement national (RN), mais aussi Fratelli d’Italia, ou le FPÖ en Autriche. Ce n’est pas parce que les grands médias et la plupart des responsables politiques traitent ces forces comme des interlocuteurs légitimes que nous devons nous aussi contribuer à leur banalisation et à leur légitimation.

Mais l’usage du concept de « néofascisme » ne vise pas simplement une remobilisation antifasciste. Il permet aussi de souligner d’importantes continuités entre les extrêmes droites contemporaines et celles qui firent florès dans l’entre-deux-guerres, en particulier une communauté de vision du monde, organisée autour d’une obsession du déclin, d’une paranoïa civilisationnelle et raciale et d’une haine de l’égalité.

De cette vision procède un projet similaire : celui d’une régénération nationale, raciale et/ou civilisationnelle par épuration. Bien entendu, les organisations et les stratégies ne sont pas exactement les mêmes. Le premier âge du fascisme, celui des années 1920-1930, fut militaire ou paramilitaire : les fascistes organisèrent des milices de masse qui eurent pour principale fonction de déraciner physiquement le mouvement ouvrier.

Pour cela, ils pouvaient s’appuyer sur la subjectivité particulière de masses d’hommes revenus des tranchées de la Première Guerre mondiale2.

Aujourd’hui, les extrêmes droites ne disposent pas de ce « matériau humain » et n’ont pas le même besoin de bandes paramilitaires : elles ne font pas face à des organisations ouvrières aussi puissantes et implantées qu’il y a un siècle. Cela ne signifie pas que ces mouvements ne sécrètent plus de violences, mais celles-ci sont principalement exercées par des groupes plus fluides, sans lien organique et hiérarchique avec les partis de l’extrême droite institutionnelle, mais aussi par des « loups solitaires », qui sont pour certains des militants d’extrême droite, comme Anders Breivik, Brenton Tarrant, etc.

Dans Comment le fascisme gagne la France, vous insistez sur le fait que la « fascisation » en cours n’est pas réductible aux succès électoraux des partis d’extrême droite. Elle s’inscrit dans une dynamique large d’« évidement de la démocratie » et de tournant autoritaire. Pouvez-vous revenir sur ce point ?

J’entends par « fascisation » le processus qui précède et prépare l’établissement d’un État fasciste – c’est-à-dire un État qui prétend régénérer la nation en menant une guerre ouverte contre les minorités, les mouvements de contestation et tout espace de contre-pouvoir. Dans cette perspective, il faut prendre au sérieux les transformations qui engagent une dé-démocratisation, car elles favorisent l’arrivée au pouvoir des fascistes.

Du côté des idées et des affects, c’est le racisme qui joue le premier rôle, notamment des formes de racisme conspiratoire et catastrophiste dans lesquelles un groupe – généralement les musulmans et musulmanes dans la France contemporaine – est présenté comme travaillant activement à détruire la communauté nationale. D’où le thème de l’« entrisme », de l’« infiltration », qui est matraqué par l’extrême droite et les droites. Il rappelle terriblement l’antisémitisme de l’entre-deux-guerres, obsédé par le prétendu « complot juif ».

Du côté des institutions, on observe une intensification de la répression des contestations populaires, le renforcement d’une institution policière de moins en moins contrôlée par le pouvoir politique ou la justice, un contournement de l’Assemblée nationale – marqué par le refus de Macron de nommer un ou une première ministre issu du Nouveau Front populaire, mais aussi de la société civile, avec un mépris affiché à l’égard des syndicats.

Dans votre analyse de la mutation du paysage politique français des dernières décennies, le nom de Sarkozy revient à de nombreuses reprises. En quoi son quinquennat (2007-2012) est-il un moment de rupture ? Quel rôle a-t-il joué dans la radicalisation droitière du champ politique ?

Dès son arrivée au ministère de l’intérieur en 2002, il a eu un rôle très important parce que, pour affirmer sa domination à droite et gagner l’élection présidentielle de 2007, il a engagé ce double processus d’extrémisation de la droite et de durcissement autoritaire qui nous est si familier aujourd’hui.

Il l’a fait par exemple en associant de manière de plus en plus systématique au fil des années la criminalité à l’immigration, mais aussi en radicalisant un agenda sécuritaire qui s’était développé avant lui (peines planchers, comparutions immédiates, loi « anti-casseurs », etc.).

Zemmour, Darmanin ou Retailleau sont, chacun à leur manière, des héritiers de la stratégie sarkozyste. De son côté, si le RN arrive au pouvoir, il le devra en large partie à Sarkozy, parce qu’en tant qu’acteur hégémonique de la politique française de 2002 à 2012, celui-ci a considérablement transformé le terrain idéologique et même culturel sur lequel se joue la confrontation politique. À la manière dont l’arrivée au pouvoir des néofascistes italiens (Meloni et Fratelli d’Italia) a été préparée et permise, au moins en partie, par le berlusconisme.

En France, les gouvernements Hollande puis Macron ont contribué à des glissements autoritaires du maintien de l’ordre et à un affaiblissement des institutions démocratiques. Au point que certains, notamment à gauche, ne voient plus la spécificité de la menace d’une victoire du RN, considéré comme un nouvel avatar du néolibéralisme autoritaire. En quoi le RN constitue-t-il toujours une force politique dangereuse et spécifique ?

En général, on ramène cela à une question idéologique mais ce n’est pas l’essentiel. D’abord, le RN ne pourra pas s’en tenir simplement au statu quo s’il veut satisfaire le cœur de son électorat et se maintenir durablement au pouvoir. Si l’on se fie aux enquêtes, les électeurs et électrices du parti d’extrême droite espèrent majoritairement de celui-ci qu’il s’en prenne aux exilés, aux minorités et aux quartiers populaires et d’immigration, mais aussi à la gauche et aux mouvements de contestation3.

Au sein même de l’institution policière, nombreux sont ceux qui, dans les brigades préposées au maintien de l’ordre, désirent une vaste opération de « nettoyage », contre les « gauchistes » et les « étrangers »4.

« Ce qui semble certain, c’est qu’on ne peut pas vaincre une extrême droite puissante en restant fragmentés. La question de l’unité va donc se reposer inévitablement. Mais le périmètre de l’unité nécessaire n’est pas défini à l’avance. Le PS, en jouant le rôle de béquille de la Macronie, s’est mis lui-même en-dehors du NFP. »

Par ailleurs, si le RN veut sécuriser son alliance avec les milieux patronaux, qu’il cherche à renforcer depuis plusieurs années, cela suppose qu’il intensifie les politiques de régression sociale, donc des reculs pour de larges pans de la classe travailleuse. Ce faisant, il rencontrera des résistances et il sera alors tenté d’aller toujours plus vers un État policier. Ce glissement se produira d’autant plus facilement qu’il épouse les tendances à l’œuvre depuis 2015 et qu’il correspond par ailleurs à l’idéologie de cette famille politique, fondamentalement rétive aux libertés publiques et hostile aux mouvements populaires.

C’est une situation qui porte de terribles dangers pour les mouvements d’émancipation.

Vous esquissez des propositions pour une stratégie antifasciste. Première priorité : empêcher l’implantation et la structuration militante de l’extrême droite sur le territoire. Pourquoi cela vous semble crucial et pourquoi l’autodéfense est-elle nécessaire à vos yeux ?

Elle est nécessaire parce que, dans le sillage de l’extrême droite institutionnelle se développe une extrême droite plus militante, qui cherche à s’implanter, qui prend des initiatives de rue, et qui pratique toujours l’intimidation et la violence à l’encontre des exilés, des minorités, et des mouvements d’émancipation.

Que ce soit aux États-Unis, en Israël, au Royaume-Uni, dans l’État espagnol, en Turquie ou au Brésil, on voit un développement concomitant de ces deux branches du néofascisme. Or, c’est une chose de faire face à une extrême droite institutionnelle, c’en est une autre d’avoir à affronter, chaque jour, des fascistes de rue capables d’intimider, de harceler, d’agresser, etc.

La question de l’autodéfense est bien souvent mal comprise parce que réduite à l’idée d’une confrontation violente. Bien sûr, l’autodéfense suppose de se confronter physiquement à des groupes violents, mais le point principal réside dans une mobilisation unitaire de masse : partout où l’extrême droite tente de se construire, que ce soit dans un quartier, un village, une université ou un lieu de travail, si par exemple elle tente d’ouvrir un local, elle doit rencontrer sur sa route une opposition massive lui signifiant que sa présence et ses idées ne seront pas tolérées.

De ce point de vue, le point clé n’est pas la violence mais la force du nombre, la coordination et la détermination. Si les fascistes sont 50 et que vous réunissez 500 personnes pour leur faire face, il n’y aura pas ou peu de confrontation violente.

La bataille antifasciste n’est pas seulement une bataille de rue, ou d’idées. Elle nécessite aussi la construction d’une alternative politique crédible, face au néolibéralisme et à l’extrême droite. Or la déréliction du Nouveau Front populaire (NFP), depuis sa victoire électorale de l’été 2024, a quelque chose de démoralisant pour une bonne partie des forces qui s’étaient alors mobilisées. Vous rappelez souvent que l’unité est un combat. Parfois ce combat semble perdu d’avance...

Début juin 2024, au moment des élections européennes, personne n’aurait misé un kopeck sur l’émergence du Nouveau Front populaire et, a fortiori, sur sa victoire, d’autant plus après l’implosion de la NUPES. C’est pourtant ce qui s’est passé. Est-ce que l’expérience peut être réitérée ? Personne n’en sait rien et il est vain de formuler des prédictions. La seule chose utile, c’est de définir la politique qui semble juste dans la conjoncture actuelle, et de chercher à la mettre en œuvre.

Ce qui semble certain, c’est qu’on ne peut pas vaincre une extrême droite puissante en restant fragmentés. La question de l’unité va donc inévitablement se poser de nouveau. Mais il faut avoir en tête au moins deux choses. 

D’abord, le périmètre de l’unité nécessaire n’est jamais défini à l’avance. Le PS a décidé de soutenir l’actuel gouvernement Lecornu et a permis qu’il ne tombe pas. En jouant ainsi le rôle de béquille de la Macronie, il s’est mis lui-même en dehors du NFP. Ensuite, l’unité dont nos idées ont besoin pour l’emporter ne peut pas être seulement une coalition électorale de partis, elle doit inclure dans l’action d’autres forces : syndicats, collectifs antiracistes ou de quartier, féministes, écolos, médias indépendants...

Cette unité doit déborder le champ politique et les échéances électorales. C’est ce qui aurait pu être pérennisé avec le NFP, sous la forme d’assemblées populaires réunissant, à l’échelle d’un quartier, d’un village, d’un lieu de travail ou d’une université, des citoyen·nes et des militant·es de différentes organisations, tourné·es vers l’action commune.

Vous ouvrez le livre avec cette phrase de Gramsci : « On ne prévoit réellement que dans la mesure où l’on agit, (...) et donc où l’on contribue concrètement à créer le résultat “prévu” ». Quelles sont les actions que vous conseilleriez aujourd’hui pour agir concrètement contre la fascisation ?

Il y a quantité de choses utiles et chacun·e peut jouer un rôle à son échelle, là où il est. Il y a un enjeu d’éducation populaire, de contre-information face à une propagande raciste et autoritaire de plus en plus étouffante, diffusée via des médias contrôlés par l’extrême droite.

De ce point de vue, soutenir les médias indépendants, mais aussi les maisons d’édition et les librairies indépendantes ainsi que tous les lieux où des idées libératrices peuvent être diffusées et discutées, est une dimension importante dans le combat contre le fascisme.

Néanmoins, l’aspect décisif à mon sens c’est notre capacité d’organisation et de mobilisation collective : le fait de sortir de nos routines mais aussi de nous extraire des réseaux sociaux pour nous rencontrer et nous battre ensemble, dans le cadre d’un syndicat ou d’un parti, ou encore d’un collectif de quartier, d’un réseau de solidarité avec la Palestine, d’une lutte contre un grand projet inutile, etc.

Pas seulement pour faire reculer l’extrême droite mais pour défendre et élargir nos droits démocratiques et nos conquêtes sociales. Les fascistes nous veulent déprimés, sidérés et isolés : la réponse, c’est fondamentalement l’action collective orientée vers des buts égalitaires et émancipateurs. 

Ugo Palheta

Maître de conférences à l’université de Lille, co-directeur de la revue en ligne Contretemps, le sociologue Ugo Palheta est de ceux qui prennent depuis longtemps au sérieux « la possibilité du fascisme ». Il est l’auteur de nombreux livres sur le sujet, dont les récents La nouvelle internationale fasciste(Textuel, 2025) et Comment le fascisme gagne la France (La Découverte, 2025), traduit en anglais l’année dernière. Il anime par ailleurs depuis 2022 le podcast « Minuit dans le siècle » qui décortique la dynamique des droites extrêmes contemporaines, sur la plateforme Spectre. Il participe également aux travaux de l’Institut La Boétie, laboratoire d’idées de La France insoumise, pour lequel il a coordonné le livre Extrême droite, la résistible ascension (éditions Amsterdam, 2024).

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