Pour commencer, rendez-vous sur ce lien pour faire le test, puis revenez sur cette page découvrir l'univers qui vous correspond !
Article issu de notre n°71, à retrouver en kiosque, librairie, à la commande et sur abonnement.

La Flotte

La Flotte est « l’ensemble des vaisseaux qui ont arraché les derniers vestiges de l’espèce humaine à leur planète mourante » (p. 40). Arche de Noé volante et vétuste, curiosité pour le reste de la galaxie, elle abrite les Exodiens, humains en errance orbitale depuis plusieurs générations. Leur société, fondée sur l’entraide et gouvernée démocratiquement – il existe des élus aux mandats temporaires à chaque échelle –, a rompu avec tout ce qui a causé la destruction de la Terre. Les habitants occupent une armada de 32 vaisseaux-cités divisés en quartiers collectifs dont l’architecture en alvéoles permet la production partagée et le recyclage des ressources : eau, énergie, jardin à oxygène, cultures vivrières, savoirs, activités. Les morts sont compostés avec amour, contrepoint bienvenu à un Soleil vert (1973) cauchemardesque.
À travers le regard bienveillant d'une ethnologue alien à tentacules et de quelques humains, ce troisième volet de la série dessine un nouvel horizon philosophique et social pour l'humanité, malgré ses failles et ses fragilités. « Nous avons compris ce que nous avons perdu (…) Nous n’avons pas abandonné que la planète de nos ancêtres. Nous avons abandonné notre égoïsme. Nous avons abandonné notre violence. Nous nous sommes renouvelés » (p. 468).
À lire dans : Becky Chambers, Archives de l’exode, série Les Voyageurs, L’Atalante
L'Ecoume

Inspiré par l’univers d’Ursula K. Le Guin, l’Ecoume, « autrefois appelé ville ou cité » est, en 2080, sectorisé en réseaux d’éco-bats, « gigantesques fermes verticales de bois, de terre et d’acier, ressemblant à des collines découpées de terrasses verdoyantes » (Baies de soleil). « Entièrement recyclables et modulables », les éco-bats disposent de transports mutualisés, de logements et de niveaux souterrains pour échapper aux cataclysmes climatiques survenus au tournant des années 2020.
Des forêts primaires existent aux abords des Ecoumes et sont interdites aux humains sans autorisation. Dans l’univers de Li-Cam, un principe régit tous les autres : la Vivante, qui représente l’ensemble du système planétaire. Loi, économie, Constitution, autorités spirituelles et politiques sont à son service, tout comme les technologies. Au sein de l’Ecoume, les habitants vivent de recyclage, de troc et de production ou services partagés et s’organisent en démocratie directe. L’accumulation, le gaspillage, l’individualisme, l’extractivisme, sont devenus obsolètes et inconnus des plus jeunes. Ce qui n’empêche pas le conflit, le doute et l’angoisse de renouer avec les démons du passé…
À lire dans: Li-Cam, Visite, Baies de soleil, Sous la terre, La Volte
Anarres

Anarres est un monde clos : un mur entoure l’unique spatioport qui la relie à Urras, sa planète sœur. C’est là que se sont installés les Odoniens, disciples de la philosophe Odo, après leur révolution. La société odonienne est une société de pénurie. Le sol est peu fertile, et la famine n’est jamais loin. Les robinets s’arrêtent de couler automatiquement. La propriété n’existe pas. Odo a écrit : « Pour dénicher un voleur, repérez un propriétaire. » Les Odoniens s’élèvent, s’éduquent, dorment, mangent, travaillent ; bref, vivent collectivement.
L’exclusivité amoureuse et sexuelle n’est pas interdite, mais elle est mal vue. En pratique, dans la langue des Odoniens, on emploie le même mot pour dire « travail » et « jeu ». Il y a cependant un mot différent pour dire « besogne », le travail pénible et peu intéressant : kleggich. Le travail comme la besogne doivent être également partagées.
Pourtant, même sur Anarres, il y a du pouvoir, même s’il se fonde sur la coutume plutôt que sur la loi. Comme toute utopie – comme toute société –, Anarres court le risque de se figer, de refuser le changement.
À lire dans: Ursula K. Le Guin, Les Dépossédés
La planète Oomza

La planète Oomza est caractérisée par son université prestigieuse. C’est là que l’héroïne, Binti, souhaite aller pour étudier les mathématiques. Planète cosmopolite où cohabitent aussi bien les humains – qui représentent 5 % de la population – que d'autres espèces extraterrestres, elle contraste avec la société Himba, dont fait partie l’héroïne, plutôt repliée sur elle-même.
C’est pourtant le lien profond qui la lie à sa culture natale, à travers le rituel de l’otjize, une argile qu’elle applique sur sa peau et ses cheveux, qui la guide dès qu’elle s’éloigne de la Terre : « Alors que son histoire progresse, elle ne devient pas autre, mais davantage. L’idée de partir mais d’apporter et de devenir davantage est l’un des cœurs de l’afrofuturisme », explique l’autrice dans une conférence TED en août 2017.
Cette relative utopie intergalactique où cohabitent relativement harmonieusement différentes espèces contraste dans le roman avec la Terre, déchirée par les conflits entre les Méduses et les Koush. L.D.
À lire dans: Nnedi Okorafor, Binti, tome 1, ActuSF, 2020
L’Horhizome

Sur le territoire morcelé de la France de la fin du XXIe siècle, balayée par les vagues de chaleur, une multitude de systèmes politiques cohabitent tant bien que mal. À côté des villes « verti », qui ont conservé les hiérarchies du monde capitaliste, un archipel de communes rurales anarchistes s’étend : l’Horhizome. Lieux de vie et d’organisation politique autonomes et low tech, regroupant plusieurs unités d’habitation (casas), la plupart des comunas requièrent de leurs membres et visiteurs de passage – hébergés dans les casas d’accueil – un nombre d’Unités de Travail hebdomadaires (UT), choisies parmi les tâches nécessaires au fonctionnement collectif : maraîchage, boulange, « travco » (travaux collectifs)...
Librement organisés en « colocs », « pétales » ou « turbines », les habitants décident à l’échelon local du rythme de travail, de l’usage des drogues, du règlement des conflits, et jusqu’à la grammaire en vigueur. Ils envoient périodiquement des délégués aux assemblées fédérales de bassin-versant pour s’entraider lors de catastrophes, ou coordonner la riposte face à d’éventuels adversaires.
À lire dans: Elio Possoz, Les Mains vides, La Volte, 2025
Prospera

Illustration par Yime
Enclave libertarienne privée au Honduras, Prospera est “l’utopie” bien réelle de milliardaires qui, comme Bryan Johnson, rêvent de vie éternelle, ou encore de Peter Thiel ou Elon Musk qui ont investi dans certaines entreprises de la ville, Vitalia. Fondée sur la défense ultime de la propriété, du capitalisme et d’un individualisme débridé, Prospera fait office de “laboratoire libertarien”, selon le journal Le Monde où, « Pour un tarif [annuel] fixe, la société privée qui administre la ville garantit à ses habitants la protection de la vie, de la liberté et de la propriété. »
Les prémisses du monde idéal pour ceux qui prônent le sécessionnisme, en croisade contre l’état-nation; en bref, un “moyen-âge technoféodal” décrit par les journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet.
À lire dans:
Angeline Montoya, Vincent Nouvet « Prospera, une étrange enclave libertarienne totalement privée au Honduras», Le Monde, 16 août 2024
Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, Apocalypse Nerds, comment les techno-fascistes ont pris le pouvoir, éditions Divergences, 2025
Soutenez Socialter
Socialter est un média indépendant et engagé qui dépend de ses lecteurs pour continuer à informer, analyser, interroger et à se pencher sur les idées nouvelles qui peinent à émerger dans le débat public. Pour nous soutenir et découvrir nos prochaines publications, n'hésitez pas à vous abonner !
S'abonner
Faire un don