Glossaire des nouveaux fascismes

Technofascisme : le coup d’État de la tech autoritaire

Photo de dole777 sur Unsplash

Quels mots mettre sur ce qui nous arrive politiquement ? La mobilisation de masse des affects racistes, le renouveau de la pensée réactionnaire, le durcissement autoritaire du pouvoir convoquent inévitablement les fantômes des « heures sombres » de l’histoire européenne. Mais si quelque chose des fascismes historiques est de retour, c’est bien dans le monde de 2026, celui du capitalisme néolibéral, des infrastructures numériques, des arènes virtuelles et du réchauffement climatique. Technofascisme, paléolibertariens, fascisme fossile… Néologismes et nouveaux concepts fleurissent pour nommer les monstres politiques qui émergent dans le clair-obscur de notre époque. Socialter propose un glossaire pour mettre les bons mots sur les mutations contemporaines des droites extrêmes.

« La technologie recompose-t-elle le fascisme ? » Telle est la question que posent les journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet dans leur ouvrage Apocalypse Nerds1, qui dissèque ce qu’ils nomment un « nouveau régime d’action, modulaire, distribué, post-idéologique, où l’autorité s’administre comme un service et se déploie à l’ombre des institutions qu’elle aura préalablement affaiblies ».

Ce régime fonctionne grâce à un éventail d’outils « technonumériques » aux soubassements très matériels – logiciels, cartes puces, extraction de métaux rares, innovation, développement satellitaire – développés et vendus par un oligopole de « rois philosophes de la Silicon Valley », selon les mots du chercheur Evgeny Morozov.

Article issu de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible en kiosque et librairie et à la commande.


Ces « tech bros » – dont les stars sont Elon Musk, Peter Thiel (Palantir), Sam Altman (Open AI) ou Marc Andreessen (investisseur dans la tech) ont, en quelques années, opéré un « coup d’État de la tech autoritaire », selon l’économiste Francesca Bria, en accumulant notamment des contrats avec des secteurs stratégiques : défense, santé, transports, éducation2.

Soit une mainmise de leurs entreprises, sans aucun contrôle démocratique, « sur l’infrastructure technologique et la coordination financière, rendant la résistance classique non seulement difficile, mais organiquement obsolète », développe Francesca Bria. Palantir Technologies a par exemple décroché un accord-cadre avec l’armée des États-Unis qui pourrait lui rapporter jusqu’à 10 milliards de dollars sur dix ans.

L’algorithme de Peter Thiel est aujourd’hui déployé en appui des agents de l’ICE3 pour surveiller et interpeller des étrangers ou « sans-papiers » sur le sol des États-Unis. Palantir fait référence à la boule de cristal maléfique du Seigneur des Anneaux qui a bien inspiré Peter Thiel, le milliardaire libertarien obsédé par l’Antéchrist, en croisade contre les sciences et fervent soutien de Donald Trump. 

1.Éditions Divergences, 2025.

2. « Le coup d’État de la tech autoritaire », Le Monde diplomatique, novembre 2025.

3. Selon Le Monde, le Service de contrôle de l’immigration et des douanes (ICE) a attribué à Palantir un contrat de 30 millions de dollars pour rationaliser l’« identification » des étrangers et leur « éloignement » des États-Unis, dans le but de rendre la « logistique d’expulsion » plus efficace.

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