Votre livre met en lumière la matérialité pesante du capitalisme, souvent décrit comme un système presque aérien de flux monétaires et marchands. Vous soulignez au contraire son « poids » considérable, qui a explosé dans l’après-guerre.
Le point de départ du livre était d’essayer de documenter la matérialité du capitalisme français. D’avoir un regard par les masses, en tonnes. Ce que je mets en évidence dans l’enquête, c’est que les plus grands flux de matière, en France comme dans le monde, sont le sable, le gravier et la terre. On est loin de la vision du capitalisme high-tech de la « start-up nation » ou d’un capitalisme des services qui serait « dématérialisé ».
Les masses sont tellement énormes qu’on se les représente difficilement. Depuis 1945, 20 milliards de tonnes de sable et de gravier ont ainsi été extraites en France. Dans les trois décennies de l’après-guerre, les volumes excavés par habitant sont multipliés par sept, avant de se stabiliser dans les années 1970. Depuis cinquante ans, on est à 6-7 tonnes par habitant et par an, soit 20 kilos par jour.
Entretien issu de notre hors-série « De la lutte à la victoire », en kiosque, librairie et sur notre boutique.

Ce sont les grandes infrastructures de transport qui génèrent et absorbent le plus de flux de matière. Les tunneliers du Grand Paris déplacent par exemple des dizaines de millions de mètres cubes pour créer les lignes de métro. Sur...