Vous décrivez dans votre livre une véritable scission idéologique en cours au sein du « grand capital ». D’un côté, on trouve des partisans du statu quo politique, et de l’autre de nouveaux acteurs financiers au pouvoir croissant, la « seconde finance » (ou alt-finance), en rupture avec l’agenda néolibéral. Pouvez-vous en dire plus sur la vision de ces derniers ?
Il faut d’abord rappeler que le régime politique néolibéral, c’est une certaine manière de mettre en ordre le capitalisme, c’est-à-dire un narratif, qui a été dominant en France des années 1970 aux années 2010. Il s’organise autour de la libre concurrence, de la liberté de circulation des capitaux et des marchandises, mais aussi des humains, en tout cas ceux des pays du Nord.
Il promeut l’idée que les sociétés doivent être ouvertes et démocratiques pour que se développent l’innovation et la croissance économique. Cette ligne a été le fond commun de la plupart des partis de gouvernement en France dans les dernières décennies.
Entretien issu de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible en kiosque et librairie et à la commande.
Mais depuis les années 2000, et notamment depuis la crise financière de 2008, un narratif concurrent est apparu : il promeut des régimes politiques libertariens sur le plan économique, mais conservateurs sur les plans sociaux et politiques, et même méfiants vis-à-vis des démocraties...