1836-2026

90 ans après, quelle leçons retenir du Front populaire ?

Cortège et manifestation du Front populaire, février 1936.
Cortège et manifestation du Front populaire, février 1936. © Agence de presse Meurisse

Il y a quatre-vingt-dix ans, le Front populaire triomphait en France aux élections législatives de mai 1936. S’ouvrait alors une séquence de grèves et de conquêtes sociales inédites. Cet élan unitaire, largement porté par « la base », face aux menaces fascistes, reste un souvenir lumineux dans la mémoire des gauches françaises. Pourtant, entre « radicaux douteux », « bolcheviques » et « social-traîtres », l’union n’avait, à l’époque non plus, rien d’évident. L’historienne Ludivine Bantigny, qui publie La Bourse ou la vie. Le Front populaire, histoire pour aujourd’hui (La Découverte, 2026), revient en détail pour Socialter sur les conditions qui ont permis la constitution entre 1934 et 1936 d’une alliance, a priori improbable, entre les frères ennemis socialistes, communistes et radicaux.

On dit « Front populaire » et aussitôt surgit une image quasi mythique : celle d’un printemps, lumineux et foisonnant. Les foules y sont denses et la grève est intense, les drapeaux claquent, les visages s’éclairent d’une joie grave. Dans les usines et les magasins occupés, on danse ; sur les routes, les bicyclettes filent vers la mer ; dans les rues, on chante et on espère.

Ce moment semble suspendu, comme si le temps lui-même avait été conquis, arraché au travail éreintant. À défaut d’être une révolution politique, le Front populaire apparaît comme une révolution sensible, une transformation, justement, du rapport au temps. Mais cette image, si puissante soit-elle, tend à effacer ce qui en constitue pourtant la condition même : une conflictualité interne en même temps qu’un rassemblement. Une unité forgée dans un élan.

Article issu de notre n°75 « Peut-on être en désaccord sans se haïr ? », en kiosque et librairie, et sur notre boutique.

Une coalition improbable

La France se trouve alors devant deux abîmes : celui de la crise économique et celui de la menace fasciste. Le Front populaire apparaît au départ comme une construction fragile, née de divisions anciennes, de méfiances tenaces et de visions du monde divergentes. Mais si l’unité ne va pas de soi, elle s’impose comme une nécessité défensive.

Face aux fascistes européens – de l’Italie de Mussolini à l’Allemagne de Hitler –, la gauche...

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NUMÉRO 75 : AVRIL -MAI 2026:
Peut-on être en désaccord sans se haïr ?
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