Entretien fleuve

Joseph Andras : « J’aspire à un socialisme large et composite, qui sait ouvrir les bras à la personne qui vient politiquement d’ailleurs. »

Illustrations : Hannah Buteau

Contre le sentiment d’enlisement et les querelles sans visions qui minent les gauches et le mouvement écologiste, l’écrivain Joseph Andras sonne le rappel : il est temps, à nouveau, pour le camp de l’émancipation de voir grand. Et de se donner, comme il y invite dans La Vie bonne. Notre socialisme (Divergences, 2026), un projet commun à la mesure du désastre écologique, de l’effondrement démocratique, de l’implosion inégalitaire de nos sociétés. Cet horizon, c’est pour lui celui que portent depuis deux siècles les voix multiples de la vaste tradition socialiste internationale, dont il convoque de nombreuses figures féministes, afro-américaines, anticoloniales trop souvent méconnues… Alors qu’en France le mot est devenu un véritable anathème dans certaines discussions politiques à gauche, son livre pose une question provocante : doit-on (re)devenir socialistes ?

Vous proposez dans ce livre de refaire du « socialisme » le langage et l’horizon communs des luttes contemporaines, qu’elles soient sociales, écologistes, féministes, antiracistes… Soit « le rendez-vous de tous les rêves de justice », pour reprendre la belle formule de Jaurès, que vous citez. Pourquoi aurait-on besoin aujourd’hui d’une telle bannière commune ?

C’est le point des points, à mes yeux. La bannière – gardons votre image – traînait au sol, quelque part dans la boue. Depuis plusieurs années, nous sommes un petit nombre, un peu partout sur terre, à tenter de la relever bien haut. Angela Davis était de passage au Brésil en 2019. Elle y a déclaré : « J’ai besoin de croire qu’une forme de socialisme se profile à l’horizon. » Que dire de plus ? C’est, pour peu qu’on tienne à l’horizon, la seule chose à vouloir – plus encore qu’à « croire ». Et l’horizon n’a désormais plus rien d’une utopie radieuse : c’est l’idée même d’avenir, d’un avenir ne serait-ce que viable, qui est en jeu.

Entretien issu de notre n°75 « Peut-on être en désaccord sans se haïr ? », en kiosque et librairie, et sur notre boutique.

Comme toute personne écologiquement informée le sait, le droit au futur a été aboli par le mode de production capitaliste. Un gamin naît pour mourir dans le capitalocène : voilà le monde des forts. Voilà leur bilan. Et voilà leur gloire. Quel est...

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NUMÉRO 75 : AVRIL -MAI 2026:
Peut-on être en désaccord sans se haïr ?
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