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Jeu des 7 différences : Bolloré et Stérin. Saurez-vous les distinguer ?

Illustration : Xavier Lalanne

Milliardaire, catho réac et ultralibéral, Pierre-Édouard Stérin est-il le double (lui aussi) maléfique de Vincent Bolloré ? Beaucoup de points communs rapprochent à l’évidence le fondateur de Smartbox, désormais connu pour son projet d’influence politique « Périclès », du patron breton, propriétaire de CNews, Canal+, Europe 1 et Le JDD (entre autres). Saurez-vous identifier ce qui distingue pourtant les deux richissimes bienfaiteurs de l’extrême droite française ?

Trouvez les 7 différences entre Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin : 


Jeu issu de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible en kiosque et librairie et à la commande.

Les réponses :

1 - Leur niveau de fortune

Bolloré comme Stérin sont tous les deux milliardaires et font partie des 100 premières fortunes françaises, d’après le classement 2025 du magazine Challenges. Mais ils ne jouent pas tout à fait dans la même cour : l’homme d’affaires breton de 73 ans est à la tête d’une fortune estimée à 9,75 milliards d’euros (quinzième fortune de France selon Challenges).

Tandis que les actifs professionnels de Pierre-Édouard Stérin, 52 ans, sont estimés à « seulement » 1,6 milliard d’euros, soit six fois moins.

2 - Leur stratégie fiscale

Ayant grandi à Paris, dans les cercles de l’élite économique, Vincent Bolloré aime ressasser le storytelling d’un empire bâti à partir de la papeterie familiale bretonne, basée près de Quimper. Mais comme le souligne un rapport de l’Observatoire des multinationales2, d’un point de vue financier et juridique, le cœur du groupe Bolloré ne se situe pas en Bretagne mais plutôt au Luxembourg, où sont localisées nombre de ses filiales.

Si Bolloré apprécie les taux complaisants du duché, c’est chez nos voisins belges que Pierre-Édouard Stérin a, lui, décidé d’installer sa résidence fiscale. Il s’est exilé après la victoire de François Hollande en 2012, pour fuir le « stress » généré par la crainte des hausses d’impôts. Curieux pour un « patriote enraciné », comme il se décrit lui-même…

3 - L’origine de leur oseille

Certains fumeurs de roulées l’ignorent peut-être, mais le sigle OCB, qui orne les emballages du fameux papier à cigarette, signifie « Odet-Cascadec-Bolloré », du nom de l’entreprise familiale de ce dernier. Mais Vincent Bolloré s’est débarrassé de cette activité en 2000 et l’essentiel de sa fortune vient d’ailleurs : il l’a bâtie à partir des années 1980 à coup de rachats dans la logistique portuaire et le transport de pétrole et de matières premières, notamment en Afrique.

Stérin doit pour sa part sa fortune au succès des coffrets cadeaux Smartbox – ces fameux week-ends en thalasso offerts par belle-maman. Puis au rachat du site en ligne La Fourchette, acquis 3,3 millions d’euros et revendu 110 millions. Après une vingtaine d’échecs, ces investissements lui ont enfin permis de peser, et de garnir les fonds de sa holding, Otium Capital. Mais contrairement à Bolloré, ce « business angel » rate souvent son coup, à en croire une source du Nouvel Obs selon qui « chaque truc qu’il touche se casse la gueule ».

4 - Leur emprise médiatique

La mainmise de Bolloré sur les médias a commencé par le rachat de Canal+ puis surtout d’I-Télé, en 2017 – devenue CNews. Le milliardaire ajoute ensuite à son portefeuille le groupe d’édition Hachette (Editis, Grasset, Fayard) et une ribambelle de titres de presse (Le JDD, groupe Prisma…), auxquels il assure une place de choix en kiosque avec le rachat des enseignes Relay.

Stérin, lui, rate le coche. En 2024, face à l’opposition des salariés, il ne parvient pas à racheter Marianne, et, en 2025 il doit renoncer à ses 3,9 % d’actions au sein du média en ligne Le Crayon. Il ne lui reste que Valeurs actuelles, acquis en décembre 2025 alors que le titre est en crash total (-21 % de ventes l’an dernier). Pas de bol.

5 - Leurs connexions dans le monde politique

Celui qui jouait, adolescent, « au gin rami avec Georges Pompidou » dans la maison familiale finistérienne est aujourd’hui accueilli « comme un chef d’État » dans certains pays d’Afrique, écrit Le Monde. Intime de Sarkozy, à qui il a prêté son yacht en 2007 lors de sa victoire à la présidentielle, Bolloré se voit comme un faiseur de rois.

Plus isolé, Pierre-Édouard Stérin achète ses amis politiques par l’entregent de contacts bien placés tels que Renaud Labaye (ex-Saint Cyr et actuel secrétaire général du RN) ou François Durvye, proche des Le Pen, qui a permis au milliardaire d’acquérir, en 2023, la villa du Borgne pour 25 millions d’euros, à Rueil-Malmaison selon Libération. Leur point commun ? La « Versailles connexion », dixit Le Monde, que l’expat’ belge entretient via ses Nuits du bien commun.

6 - Leurs rapports avec la justice

Grand spécialiste des procédures-bâillons à l’encontre de la presse et des ONG, Vincent Bolloré attaque tous ceux qui enquêtent sur ses zones d’ombre. Et il y a matière. Cameroun, Guinée et plus récemment Togo… le Breton a été mis en examen en France pour corruption dans l’attribution frauduleuse des ports de Lomé et Conakry. Il s’est pourvu en cassation fin 2025 pour tenter d’éviter le procès.

S’il traîne moins de casseroles, Stérin préfère tout simplement ne pas rendre de comptes, comme ce mercredi 14 mai 2025 où il a snobé la convocation des députés membres de la commission d’enquête s’intéressant aux contours de son projet d’influence politique Périclès. Conséquence : son dossier a été transmis à la Brigade de la répression de la délinquance.

7- Leurs hobbies de jeunesse

Grand collectionneur de BD, Vincent Bolloré ne possède que des albums sortis dans les années de son enfance, entre 1945 et 1964, comme les aventures de Tif et Tondu ou les Spirou et Fantasio de l’époque Franquin. Une passion qui « relève de la psychanalyse », aurait admis l’intéressé au magazine dBD en 2001.

Avant de devenir le business angel de la tech, Stérin a été un absolu gameur à partir de ses 13 ans. Sa première aventure entrepreneuriale consistera d’ailleurs à créer une éphémère boîte de distribution de jeux vidéo. 


2. « Le système Bolloré – de la prédation financière à la croisade politique ». Rapport gratuit en ligne, publié par l’Observatoire des multinationales en partenariat avec Attac, avril 2025.

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