Acétamipride : l’anti-ruches
Sauvez les betteraves, tuez les insectes ! Dans les années 1970, voyant que la nicotine faisait un excellent insecticide naturel, les géants de l’agrochimie l’ont clonée en ajoutant une dose de chlore pour innover un peu. Miracle ! Cette combinaison a fait littéralement disjoncter le cerveau des petites bêtes ! Les néonicotinoïdes étaient nés.
Une telle efficacité ne pouvait que les vouer au succès : leurs ventes atteignaient, en 2024, 5,3 milliards de dollars, une manne à partager entre quelques multinationales comme Bayer, Syngenta ou Nippon Soda. C’est cette dernière qui a introduit l’acétamipride en 1995. Son principal défaut ? Une attaque aveugle de la biodiversité, à commencer par les abeilles. L’hécatombe provoquée chez les butineurs – 300 000 ruches détruites par an –, dénoncée dès les années 2000 par les apiculteurs, ont amené à l’interdiction des néonicotinoïdes en France en 2018.
Article issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible en kiosque et librairie et à la commande et sur abonnement.
En 2025, le zélé sénateur Laurent Duplomb a bien tenté de faire réintroduire l’acétamipride en France. Raté : la proposition a mis d’accord, contre elle, le Conseil constitutionnel et deux millions de Français signataires d’une pétition retentissante. La substance reste cependant autorisée dans l’Union européenne jusqu’en 2033.
PFAS : Les polluants éternels
Pratiques, ces PFAS (substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées). Ils rendent tout résistant à la chaleur, à l’eau, à la graisse : poêles, emballages et même mascara.
Les entreprises états-uniennes Dupont et 3M ont senti le filon et ont inondé le marché dès les années 1950. Brassant des milliards, elles ont omis de préciser l’extrême toxicité et persistance de ces molécules – d’où leur surnom de « polluants éternels » – dont elles avaient connaissance dès 1970.
À partir des années 2000, les habitants d’une ville de Virginie-Occidentale font éclater le scandale en traînant devant les tribunaux Dupont, accusé de les avoir empoisonnés. Trop tard : ces molécules ont déjà contaminé la plupart des organismes vivants, jusqu’au sang humain.
En 2025, après le travail acharné d’activistes, d’élus écolos et d’ONG (dont notamment Camille Étienne, Nicolas Thierry et Générations futures), une loi française limite enfin l’utilisation des PFAS et l’UE planche sur une restriction globale. Faudra-t-il encore qu’elle résiste aux assauts répétés des lobbyistes de géants de la chimie aussi puissants que BASF ou Syensqo (ex-Solvay) – respectivement 65,3 et 6,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024 –, déterminés à faire capoter l’opération.
Chlordécone : alias Kepone
Comment empoisonner toute une population, mode d’emploi. Le chlordécone, un insecticide utilisé en Martinique et en Guadeloupe, de 1972 à 1993 pour lutter contre un coléoptère dans les bananeraies, le charançon, est un cas d’école.
Il a été autorisé par Jacques Chirac qui, trop pressé de doper les profits des békés, ces descendants d’esclavagistes blancs propriétaires du foncier agricole, a, semble-t-il, oublié de lire la mention « toxique » associée au produit. Les alertes sur sa dangerosité n’ont pas manqué : grève des ouvriers agricoles antillais en 1974, classification en « cancérogène possible » par l’OMS en 1979…
Le chlordécone a finalement été interdit dans l'Hexagone en 1990, mais seulement en 1993 dans les deux îles : l’État français a une conception bien à lui de l’égalité de traitement de ses citoyens. Résultat, plus de 90 % des populations guadeloupéenne et martiniquaise sont contaminées, entraînant une avalanche d’effets délétères sur la santé. La bataille judiciaire lancée en 2006 pour faire reconnaître ces préjudices est toujours en cours.
Hexane : Le solvant gourmet
Vous reprendrez bien un filet de pétrole sur vos tomates ? L’utilisation, par l’industrie agroalimentaire, de l’hexane, un solvant pétrochimique qui permet de tirer jusqu’à la dernière goutte d’huile des graines de colza ou de tournesol, a longtemps été un secret bien gardé. En 2025, des chercheurs, ONG et journalistes ont révélé le pot aux roses : des résidus de cette substance neurotoxique pourraient, au cours du procédé, contaminer l’aliment et se retrouver dans nos assiettes.
Un passager clandestin qui ne figure même pas sur l’étiquette. Le patron du syndicat majoritaire la FNSEA, Arnaud Rousseau, également président du géant des oléagineux Avril, dont les huiles sont dopées à l’hexane, aurait pu en toucher un mot. Avec un chiffre d’affaires de 7,7 milliards d’euros en 2024, pas sûr que le groupe veuille se passer de cet auxiliaire prisé par l’agrobusiness depuis les années 1930.
Son avantage ? Il n’est pas cher car issu du recyclage d’un déchet de l’essence – de vrais écolos ! Mais il est aussi inflammable et explosif ; il coûta la vie à deux travailleurs, lors d’un accident industriel, à Dieppe, en 2018. Après trente ans de léthargie, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a annoncé en 2024 réévaluer les risques liés à l’hexane… Les résultats se font toujours attendre.
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