Entretien fleuve

Fleur Breteau : « Toutes les lois promulguées en ce moment soutiennent des politiques qui nous empoisonnent »

Photos : Antoine Seiter

« Vous êtes les alliés du cancer et nous le ferons savoir ! », avait crié, dans le grand hémicycle de l’Assemblée nationale, la militante Fleur Breteau, fondatrice du collectif Cancer Colère, en traitement contre cette maladie lors du vote de la loi Duplomb, le 8 juillet 2025 – depuis en partie censurée par le Conseil constitutionnel. La bataille de la dérégulation continue aujourd’hui avec une nouvelle proposition de loi du sénateur Laurent Duplomb, déposée le 30 janvier, qui prévoit la réintroduction de certains pesticides et, au niveau européen, le paquet « Omnibus », qui vise à supprimer le réexamen périodique des autorisations d’usage des pesticides, malgré les alertes répétées de scientifiques et de soignants concernant les effets de ces substances sur la santé humaine. Dans ce contexte, Fleur Breteau continue de faire de la maladie un étendard de ralliement pour rendre visibles les causes structurelles du cancer. En février, elle publie Cancer Colère (Seuil), un livre dans lequel elle raconte son parcours depuis l’annonce de sa maladie et questionne en profondeur les logiques néolibérales qui régissent le monde agricole, les politiques de santé et les nombreux reculs sur le plan écologique.

Nous nous rencontrons six mois après le vote de la loi Duplomb et les débats qu’elle a suscités sur les pesticides, qui ont marqué la naissance et la médiatisation de Cancer Colère, en juillet 2025. En plus de revenir sur l’objectif initial du collectif, pouvez-vous expliquer comment il se positionne aujourd’hui ?

La création du collectif part d’une colère issue de mon expérience à l’hôpital après le diagnostic de mon cancer. Cette colère est nourrie de la peur de mourir, du vécu dans mon corps pendant la maladie et des discussions avec les gens que j’ai rencontrés. Quand j’ai commencé le protocole de soin, j’ai pris conscience qu’il y avait un grand nombre de personnes très jeunes. Pourquoi sont-elles si nombreuses alors qu’on nous répète que la multiplication des cancers est due au vieillissement de la population ?

Entretien issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible en kiosque et librairie et à la commande et sur abonnement.

Un mois et demi plus tard, j’apprends que les scientifiques parlent désormais d’« épidémie » pour qualifier l’augmentation des cancers chez les jeunes. Avec une hausse de 80 % en vingt ans, le professeur Fabrice Barlesi, directeur du centre Gustave-Roussy (le premier centre de lutte contre le cancer en Europe, NDLR) dit qu’il faut se préparer à un « tsunami »1. Au même moment, je découvre le projet de loi Duplomb. Je suis en pleine chimio...

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NUMÉRO 74 : FÉVRIER -MARS 2026:
Qui paie le prix de la pollution ?
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