Entretien

Elsa Deck Marsault : « J’écris sur les violences et les conflits pour que nos collectifs cessent de se déchirer »

Photos : Iorgis Matyassy

Lutter ensemble, sur le long terme, peut être épuisant. Elsa Deck Marsault, militante féministe et queer, en sait quelque chose. Comme ailleurs, les conflits minent les milieux militants progressistes, avec leur lot de violences. Comment y répondre sans tomber dans les mêmes travers que ceux qu’on critique ? Tel était l’objet de son premier essai Faire justice (La fabrique, 2023), depuis devenu une référence. Pour Socialter, elle revient sur les raisons qui poussent certains groupes à reproduire des mécanismes punitifs, et propose des pistes pour se réapproprier nos conflits.

Pourquoi avoir choisi d’analyser les conflits et les dérives au sein des milieux militants à gauche ?

J’ai choisi de me concentrer sur les espaces où je milite depuis près dix ans. Je précise que, si je parle surtout des milieux queers et féministes, ces dérives traversent en réalité beaucoup d’espaces militants. J’y suis entrée avec beaucoup de joie et d’enthousiasme, et j’y ai trouvé des lieux d’émancipation et de solidarité.

Mais j’ai assez vite constaté que de nombreuses personnes se heurtaient à des violences et des conflits en tout genre et que nous avions beaucoup de mal à y faire face sans reproduire davantage de violence. Résultat : les collectifs finissaient souvent par imploser.

Entretien issu de notre n°75 « Peut-on être en désaccord sans se haïr ? », en kiosque et librairie, et sur notre boutique.

Tu expliques avoir observé beaucoup de « pratiques punitives ». Concrètement, comment se traduisent-elles ?

Elles prennent la forme de punitions, comme le boycott d’un lieu ou la dénonciation, qui reproduisent les logiques du système pénal, avec une individualisation de la faute, la désignation d’un coupable et l’idée que la transformation de nos espaces collectifs se fera via la transformation individuelle de chacun. J’ai vu des personnes faire l’objet de « call-out » lire p. 29 – des dénonciations publiques nominatives – en ligne ou lors d’assemblées générales et se faire...

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NUMÉRO 75 : AVRIL -MAI 2026:
Peut-on être en désaccord sans se haïr ?
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