Pourquoi avoir choisi d’analyser les conflits et les dérives au sein des milieux militants à gauche ?
J’ai choisi de me concentrer sur les espaces où je milite depuis près dix ans. Je précise que, si je parle surtout des milieux queers et féministes, ces dérives traversent en réalité beaucoup d’espaces militants. J’y suis entrée avec beaucoup de joie et d’enthousiasme, et j’y ai trouvé des lieux d’émancipation et de solidarité.
Mais j’ai assez vite constaté que de nombreuses personnes se heurtaient à des violences et des conflits en tout genre et que nous avions beaucoup de mal à y faire face sans reproduire davantage de violence. Résultat : les collectifs finissaient souvent par imploser.
Entretien issu de notre n°75 « Peut-on être en désaccord sans se haïr ? », en kiosque et librairie, et sur notre boutique.

Tu expliques avoir observé beaucoup de « pratiques punitives ». Concrètement, comment se traduisent-elles ?
Elles prennent la forme de punitions, comme le boycott d’un lieu ou la dénonciation, qui reproduisent les logiques du système pénal, avec une individualisation de la faute, la désignation d’un coupable et l’idée que la transformation de nos espaces collectifs se fera via la transformation individuelle de chacun. J’ai vu des personnes faire l’objet de « call-out » lire p. 29 – des dénonciations publiques nominatives – en ligne ou lors d’assemblées générales et se faire...