Édito. Nous n’avons plus le temps pour le simulacre écolo

Découvrez l'édito de notre n°77 « Comment sauver notre avenir climatique ? » par Elsa Gautier, rédactrice en chef de Socialter.

Découvrez l'édito de notre n°77 « Comment sauver notre avenir climatique ? » par Elsa Gautier, rédactrice en chef de Socialter.
Quelles leçons tirer de cet été invraisemblable, où le mercure est monté comme une sève, où le feu a surgi au seuil des maisons, où les bêtes sont mortes en masse dans des hangars surchauffés, où les plants se sont vidés de leur eau ? En voici une : on peut être surpris par les faits les plus prévisibles, et rester abasourdi face à un événement pourtant attendu.
Nous savions que le réchauffement climatique allait finir par bouleverser nos saisons, nos habitudes et nos paysages les plus familiers. Nous savions. Mais quelque part, notre sidération de cet été nous le prouve : nous n’y croyions pas.
Édito de notre n°77 « Comment sauver notre avenir climatique ? », en kiosque le 30/09 et disponible à la commande.

Depuis des décennies, les rapports et les données s’accumulent à la même vitesse que le CO2 dans l’atmosphère. Notre problème, en matière climatique, n’a jamais été un défaut de connaissances. Le véritable écueil est que « nous ne croyons pas ce que nous savons », comme l’écrivait il y a déjà un quart de siècle le philosophe Jean-Pierre Dupuy1.
Collectivement, nous peinons à intégrer vraiment la réalité de la catastrophe climatique. Pendant ce temps, les élites du capital continuent à l’organiser méthodiquement : au niveau mondial, les banques ont encore injecté l’année dernière 500 milliards de dollars dans l’expansion des industries fossiles2, c’est‑à‑dire dans de nouvelles plateformes de forage, de nouveaux pipelines, de nouveaux terminaux méthaniers…
L’expérience de cet été, après la première semonce de 2022, va-t-elle changer la donne en France ? Désormais, les courbes et les chiffres abstraits du Giec s’éprouvent dans les corps, dans les nuits sans sommeil, dans le panache noir des incendies au loin, ou leur lueur démultipliée sur les écrans, dans la voix des agriculteurs, travailleurs et travailleuses du vivant, qui voient mieux que tout le monde la terre s’assécher.
Bien sûr, il ne faut pas escompter que cette épreuve du feu ébranle les convictions d’un monde politique en majorité arrimé à ses dogmes néolibéraux et productivistes. Mais avec le souffle encore chaud de cet été sur nos nuques, il faut pousser notre avantage.
Le mouvement climat tente ainsi de renaître dans la rue. Jean-Marc Jancovici récolte des fonds pour ressusciter une sorte de Convention citoyenne pour le climat (180 000 contributeurs à ce jour). Quarante personnalités autour de Cyril Dion et Claire Nouvian lancent un appel pour l’« interdiction du financement direct ou indirect de tout nouveau projet d’énergies fossiles, la fin des subventions qui leur sont accordées et la possibilité pour elles de faire du lobbying »3. Bref, chacun l’a compris : il est l’heure de peser de tout son poids pour « climatiser » la présidentielle. Non pas la rafraîchir, mais y imposer l’enjeu existentiel de la bifurcation écologique.
Nous n’avons plus le temps pour le simulacre écolo. Il nous faut en 2027 un exécutif « plus chaud que le climat ». L’exact contraire de l’écolo « performatif » qu’a été pendant dix ans Emmanuel Macron, multipliant effets d’annonce verte (« Ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas »)et « OPA » lexicales (comme en 2022 sur le concept de« planification écologique »), pour finalement toujours arbitrer dans les faits en faveur du business as usual et des intérêts établis.
Il nous faut un gouvernement prêt à se fâcher avec les industries fossiles, le patronat routier, les lobbys de l’aviation, de l’IA, de l’agro-industrie. Difficile à croire, au vu des sondages actuels ? Peut-être. Mais il reste une raison d’espérer : à la différence de celles des sciences du climat, les prévisions politiques sont rarement fiables.
1. Jean-Pierre Dupuy, Pour un catastrophisme éclairé, Seuil, 2002.
2. Rapport « Banking on climate chaos 2026 ». Cette expansion continue, en hausse de 27 % en 2025 par rapport à 2024, est en contradiction avec la recommandation de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) en 2021 de renoncer à tout nouveau projet fossile pour contenir le réchauffement climatique.
3. La pétition pour une loi d’urgence climatique a recueilli 184 000 signatures à ce jour.
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