Décryptage

Colonialisme chimique : quand l'Europe exporte ses pollutions

Illustrations : Florent Pierre

Larissa Mies Bombardi a théorisé le concept de « colonialisme chimique » dans son ouvrage Pesticides. Un colonialisme chimique (Éditions Anacaona, 2024) en l’appliquant au cas du Brésil dont elle est originaire. Cette géographe et lanceuse d’alerte a dû quitter São Paulo durant le régime de Bolsonaro en raison de pressions. Aujourd’hui chercheuse au sein du laboratoire d’agroécologie de l’Université libre de Bruxelles (ULB), elle travaille sur les pesticides, les inégalités environnementales et les formes contemporaines de domination écologique. Sa prochaine publication, Les Racines de la résistance (Éditions Anacaona), en collaboration avec une quinzaine d’autrices, paraîtra au printemps.

Les mobilisations citoyennes qui ont eu lieu en juin et en novembre 2025 en France contre l’usine BASF 1 ont mis en lumière une réalité que les politiques environnementales européennes continuent largement d’invisibiliser : si certaines substances chimiques sont interdites sur le territoire de l’Union européenne en raison de leurs effets avérés sur la santé humaine et l’environnement, leur production, elle, se poursuit.

Ces pesticides sont ensuite exportés massivement vers des pays tiers, où ils sont utilisés sans que les populations concernées aient réellement les moyens de se protéger, de refuser ou même d’être informées de leurs risques.

Article issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible en kiosque et librairie et à la commande et sur abonnement.


Ce décalage entre interdiction d’usage en Europe et exportation vers le reste du monde n’est pas une anomalie ponctuelle. Il révèle un mécanisme structurel, profondément inscrit dans les rapports économiques et politiques contemporains. C’est ce mécanisme que j’ai proposé de nommer colonialisme chimique.

J’utilise ce terme pour désigner une forme spécifique de domination environnementale et sanitaire, par laquelle des pays historiquement dominants – aujourd’hui principalement les pays européens – externalisent les risques liés à des substances toxiques vers des territoires et des populations déjà vulnérables.

Il ne s’agit pas...

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NUMÉRO 75 : AVRIL -MAI 2026:
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