Debout dans son embarcation, Jesús Echeverria se penche par-dessus bord : en équilibre précaire, il plonge dans la rivière une pelle de dragage. Tandis que ses pinces remontent des boues noires et brillantes, la surface de l’eau remuée s’irise instantanément de taches de graisse qui dégagent une intense odeur de pétrole.
Le cours d’eau El Rosario, sur lequel règne ce matin-là une chaleur étouffante, n’a pas volé le surnom dont l’ont rebaptisé ici les pêcheurs : la rivière Picho (« moisi »). « Cela fait dix ans que l’on fait ici des relevés, que l’on dénonce et qu’il ne se passe rien », explique Yuly Velásquez, présidente de la Fédération de pêcheurs artisanaux, écologistes et touristiques du département de Santander (Fedepesan). À son tour, elle immerge dans l’eau un capteur.
L’appareil auquel il est relié mesure en direct des paramètres représentatifs de la qualité de l’eau : pH, puissance d’oxydoréduction, quantité d’oxygène dissous, solides dissous… « Toutes les valeurs sont préoccupantes », constate Juan Camilo Delgado Gaona, ingénieur environnemental à la Corporation régionale pour la défense des droits humains (Credhos), qui accompagne juridiquement la Fedepesan.
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La fédération célèbre toutefois ce jour-là une première victoire : le 30 avril...