La nuit s’apprête à tomber sur le Rhône : une petite troupe de visiteurs en arpente sans un bruit les berges, au sud de Lyon, dans l’espoir – déçu ce soir-là – d’apercevoir un castor.
C’est à cette heure-ci que l’animal part en quête d’écorces de saule et de peuplier. « Regardez ces coulées, c’est lui qui les crée lors de ses allers-retours entre l’eau et la prairie », souffle Quentin Brunelle, dont l’association Des espèces parmi Lyon organise cette balade urbaine.
Article issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible en kiosque et librairie et à la commande et sur abonnement.
Ces dernières décennies, le célèbre rongeur a repris ses quartiers dans de nombreuses villes et territoires de France et d’Europe. « Présent sur le continent depuis une trentaine de millions d’années, il a connu une régression à mesure que l’humain s’est installé, jusqu’à disparaître quasi totalement de l’Europe vers 1900 », précise Rémi Luglia1, président de la Société nationale de protection de la nature (SNPN). D’abord chassé pour la viande, la fourrure et le castoréum2, il est ensuite tué car perçu comme nuisible aux activités humaines, « accusé de percer les digues et d’inonder les champs ».
En France, c’est au début du XXe siècle qu’il commence à être protégé sous l’impulsion d’une double dynamique de conservation scientifique et patrimoniale, puis...