

Fos-sur-Mer : Son port, son soleil, ses cancers
Comme l’a révélé Mediapart, la multinationale ArcelorMittal aurait exposé la population, majoritairement ouvrière, du golfe de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) à des rejets de polluants toxiques, quitte à parfois dépasser les seuils autorisés de certains produits cancérogènes. Elle a été mise en examen le 19 mars 2025 par le pôle environnemental du tribunal de Marseille pour mise en danger de la vie d’autrui, faux et usage de faux et infraction au Code de l’environnement.
Cela fait suite à une plainte déposée en 2019 par plusieurs riverains, ainsi que des associations de défense de l’environnement. Par manque d’entretien, des accidents graves auraient eu lieu, comme celui de la nuit du 8 au 9 mars 2022 lors duquel près de 75 000 m3 de gaz toxiques et cancérogènes ont fuité dans l’air. ArcelorMittal enregistre plus de 1 milliard de bénéfices et a reçu, au total depuis 2014, près de 1 milliard d’euros de fonds publics pour ses usines domiciliées en France.
Article issu de notre n°74 « Qui paie le prix des pollutions ? », disponible en kiosque et librairie et à la commande et sur abonnement.
Pays des Abers : Embruns, ammoniac et vieilles dentelles
Au Pays des Abers (Finistère), l’ammoniac (NH3), issu majoritairement de l’agriculture et des effluents d’élevage, est le premier polluant du territoire. Le département du Finistère émet à lui seul 2 500 tonnes d’ammoniac par an, selon les données de Géorisques pour 2021, soit deux fois plus que les Côtes-d’Armor, qui arrivent en deuxième position.
Ce gaz volatile contribue à la formation de particules fines PM2.5, nocives pour la santé humaine. De quoi justifier l’installation d’un laboratoire d’observation qui enregistre constamment ce polluant dans l’air, grâce aux capteurs de l’association Air Breizh. La Bretagne – dont les émissions d’ammoniac d’origine agricole ont très peu diminué en douze ans – contribue à 18 % des émissions nationales d'ammoniac.
Ardennes : Rimbaud, virée sur la Meuse, eaux contaminées
Près de 3 000 habitants des Ardennes (Grand Est) privés d’eau potable : selon des révélations de France 3 et Disclose à l’été 2025, les taux dépassent de 3 à 27 fois la limite dans 17 communes ouvrières de la Meuse et des Ardennes. La préfecture a reconnu que « la concentration totale des 20 principaux PFAS dépasse, de façon persistante et très importante, la limite réglementaire ».
Avec 2 729 ng/l décelés en février 2025, Villy présente le plus grand nombre de contaminations au niveau national, précise Disclose. La source utilisée dans ce village est si polluée que l’on « ne peut pas la traiter, on ne peut pas rattraper le taux », regrette son maire, Richard Philbiche.
Ivry-sur-Seine : Banlieue rouge et écoliers sous dioxine
L’incinérateur des ordures d’Ivry-Paris XIII (Val-de-Marne), l’un des plus grands et anciens d’Europe, est implanté à proximité de zones d’habitation denses et populaires, avec des écoles – et leurs cours – dans un rayon de 1 kilomètre. En 2024, un collectif d’associations de riverains a alerté sur la présence de PFAS dans les rejets de l’incinérateur.
Ces « polluants éternels » ont été détectés dans les systèmes de ventilation de cinq écoles primaires de la commune. Selon les informations du journal Le Monde, un incident survenu le 24 septembre 2025 a entraîné des rejets « non conformes » de dioxines, substances cancérogènes. La mise en service du nouvel incinérateur, censé remplacer l’ancien fin 2025, a été reportée à septembre 2026.
Martinique et Guadeloupe : Plages, rhum, bananiers tueurs
Le chlordécone, perturbateur endocrinien reconnu comme neurotoxique, reprotoxique (pouvant altérer la fertilité) et classé cancérogène possible dès 1979 par l’OMS, a contaminé la quasi-totalité de la population martiniquaise et guadeloupéenne. Utilisé comme fongicide contre le charançon dans les bananeraies aux Antilles, banni en 1990 de France hexagonale, il a continué d’être utilisé outre-mer jusqu’en 1993, par deux dérogations successives, signées par les ministres de l’agriculture de l’époque.
Hérault : Pic-Saint-Loup, cité cathare, voyageurs empoisonnés
Dans l’Hérault (Occitanie), la majorité des aires prévues pour accueillir des voyageurs1 sont aussi très proches des grands axes routiers, soit à 220 mètres en moyenne. À Lattes par exemple, l’aire est coincée entre les autoroutes A7 et A9. Quant à l’invariant des déchetteries, il se confirme : sur les 21 aires du département, deux d’entre elles sont accolées à des déchetteries (Agde et Marseillan), tandis que deux autres (Castries et Pérols) se trouvent à moins de 400 mètres.
Pour le juriste William Acker, cité par StreetPress, le cas de l’Hérault relève d’une forme de racisme environnemental. « Nous avons d’un côté une population qui, historiquement, a été appréhendée par le fait racial et qui l’est encore aujourd’hui. De l’autre, nous avons des espaces isolés et pollués, qui sont créés spécifiquement pour cette population par les pouvoirs publics. » Une étude conduite par des chercheurs de l’Inrae et de l’université Paris-Saclay, parue en septembre 2025, montre que les 1 500 aires d’accueil pour les voyageurs sont majoritairement implantées dans les zones les plus polluées.
Ronchin : Briques rouge, endives et gravats dans les poumons
À la suite de nombreux problèmes respiratoires constatés chez les enfants comme chez les adultes, les voyageurs ont quitté les aires d’accueil de la commune de Ronchin (département du Nord) massivement en août 2025. Pendant des décennies, environ 200 personnes ont vécu sur un terrain enclavé entre une usine de béton, une entreprise de concassage, des champs régulièrement traités aux pesticides et autres produits toxiques, et une voie ferrée.
Des maladies comme la gale du ciment, l’eczéma, l’impétigo ou l’asthme ont été identifiées. En 2013, un groupe de femmes de la communauté de voyageurs de Hellemmes-Ronchin s’est pourtant mobilisé en réclamant aux élus locaux la fermeture des deux sites industriels, et un terrain plus sain. En vain. Leur lutte a été documentée dans le film Nos poumons, c’est du béton ! (2016).
Les agriculteurs en première ligne
Entre 1990 et 2017, la quantité de pesticides dans le monde a augmenté de 80 %. La France arrive en tête du classement de la consommation d’agrotoxiques sur le continent européen, avec près de 68 539 tonnes achetées en 2022. Retour sur quelques chiffres clefs.

Au contact de ces substances, les paysans sont plus susceptibles de développer certaines maladies, comme le lymphome non-hodgkinien (un type de cancer du système immunitaire reconnu maladie professionnelle depuis 2015).
Débutée en 2005, l’étude française Agrican rassemble la plus grande cohorte au monde pour identifier les liens entre les cancers et certaines maladies neurodégénératives dans le milieu agricole. Les 180 000 membres de la cohorte, dont 46 % de femmes, sont répartis dans 11 départements hexagonaux. Près de 75 % des participants ont déjà travaillé sur une exploitation agricole, au moins pendant une partie de leur vie professionnelle.

1. Terme préféré par le juriste William Acker et les associations au terme administratif (loi Besson) de « gens du voyage » recouvrant une catégorisation vague désignant un mode de vie non sédentaire.
Soutenez Socialter
Socialter est un média indépendant et engagé qui dépend de ses lecteurs pour continuer à informer, analyser, interroger et à se pencher sur les idées nouvelles qui peinent à émerger dans le débat public. Pour nous soutenir et découvrir nos prochaines publications, n'hésitez pas à vous abonner !
S'abonnerFaire un don