Glossaire des nouveaux fascismes

Carbofascisme : quand l’extrême droite s’allie aux industries fossiles

Photo de Zbynek Burival sur Unsplash

Quels mots mettre sur ce qui nous arrive politiquement ? La mobilisation de masse des affects racistes, le renouveau de la pensée réactionnaire, le durcissement autoritaire du pouvoir convoquent inévitablement les fantômes des « heures sombres » de l’histoire européenne. Mais si quelque chose des fascismes historiques est de retour, c’est bien dans le monde de 2026, celui du capitalisme néolibéral, des infrastructures numériques, des arènes virtuelles et du réchauffement climatique. Technofascisme, paléolibertariens, fascisme fossile… Néologismes et nouveaux concepts fleurissent pour nommer les monstres politiques qui émergent dans le clair-obscur de notre époque. Socialter propose un glossaire pour mettre les bons mots sur les mutations contemporaines des droites extrêmes.

Qu'est-ce que le Carbofascisme ? 

En 2018, l’historien de l’environnement Jean-Baptiste Fressoz forgeait dans une tribune pour Libération le mot « carbofascisme » pour décrire et mettre en lumière le climatoscepticisme radical affiché par les droites dures, non seulement du président Trump mais aussi de Jair Bolsonaro au Brésil, de Nigel Farage au Royaume-Uni ou encore de Scott Morrisson, premier ministre australien de 2018 à 2022.

Article issu de notre hors-série « Résister aux nouveaux fascismes », disponible en kiosque et librairie et à la commande.

Deux ans plus tard, les auteurs du Zetkin Collective, sous la coordination de l’universitaire et activiste suédois Andreas Malm sonnaient l’alerte dans un livre intitulé Fascisme fossile1. « La montée de l’extrême droite n’apparaît dans aucun modèle climatique (...) Aucun des scénarios du GIEC n’avait compté sur la possibilité qu’aux premiers stades du réchauffement climatique, alors que l’urgence de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre n’a jamais été aussi grande, les dispositifs gouvernementaux en Europe et dans les Amériques seraient aux mains de partis et de présidents n’ayant qu’une hâte : expédier aux oubliettes la question climatique dans son ensemble. »

Et pourtant : il y a à peine plus d’un an, en janvier 2025, Donald Trump tout juste réélu à la tête de la première puissance mondiale retirait pour la seconde fois les États-Unis de l’accord de Paris, dénonçant huit mois plus tard, à la tribune des Nations unies, « la plus grande arnaque jamais menée contre le monde ». Selon lui, les rapports du GIEC ne valent rien : « Toutes les prédictions étaient fausses, elles ont été faites par des idiots ». Un déni total de la parole scientifique qui amène le climatologue Christophe Cassou à parler désormais de « climato-obscurantisme » (lire son entretien dans Socialter n° 69, avril-mai 2025).

Et il ne s’agit bien sûr pas seulement de provocations oratoires, qui sont la marque de fabrique du locataire de la Maison-Blanche : au-delà des discours, l’offensive se traduit dans les faits par un soutien indéfectible aux industries fossiles et un démantèlement méthodique des politiques et normes écologiques existantes. Sur les sujets d’énergie et d’environnement, l’administration a déjà mis en œuvre plus de 51 % des préconisations du « Projet 2025 »2, la feuille de route officieuse du second mandat Trump, élaborée en détail par les think tanks de la droite ultraconservatrice, selon le site de veille collaborative « Project 2025 Tracker ».

Et pour continuer à « forer, forer, forer », le président Trump n’a pas hésité début janvier 2026 à conduire une opération militaire pour mettre la main sur les ressources pétrolières du sous-sol vénézuélien, au mépris total du droit international. La fièvre carbofasciste, longtemps considérée comme une spécificité américaine, a par ailleurs largement traversé l’Atlantique ces dernières années. Partout en Europe, l’opposition frontale aux politiques de décarbonation est devenue un marqueur des extrêmes droites, selon le politiste Jean-Yves Dormagen, fondateur de l’institut de sondage Cluster17.

Au Royaume-Uni, par exemple, le parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage fait aussi campagne sur l’abolition des objectifs de neutralité carbone et la relance des industries fossiles en mer du Nord. Et en France, le RN a pris ces dernières années un véritable virage « climatorelativiste », souligne Jean-Yves Dormagen, entre harangues anti-éoliennes, défense du « tout automobile » et dénonciation de la supposée décroissance imposée par l’Union européenne3. De fait, le caractère inégalitaire des politiques de transition menées par les gouvernements néolibéraux (comme la taxe carbone à l’origine du mouvement des Gilets jaunes) risque de continuer à fournir aux droites extrêmes un excellent carburant. 


1.Fascisme fossile. L’extrême droite, l’énergie, le climat, La fabrique éditions, 2020.

2. Le « Projet 2025 » se veut un « manuel de gouvernement » pour les États-Unis. Publié en 2023 par la Heritage Foundation, il a inspiré de nombreuses mesures prises par Donald Trump : recourir à l’armée pour le maintien de l’ordre dans certaines villes, combattre les réseaux mafieux internationaux en tant que forces armées étrangères, qualifier les opposants d’« ennemis intérieurs », couper tout financement fédéral de l’avortement, affaiblir certaines instances judiciaires…

3. Voir son chapitre « La nouvelle fracture : écologie et société dans le nouveau cycle politique européen », dansPortrait d’un monde cassé. L’Europe dans l’année des grandes élections, Le Grand Continent, sous la direction de Giuliano da Empoli, Gallimard, 2024.

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