Et si l’imaginaire du futur ne se limitait plus à la conquête spatiale par l’Occident ? Quand la jeune Binti, l’héroïne de la trilogie éponyme de Nnedi Okorafor, quitte sa communauté himba, au nord de la Namibie, pour se rendre sur une autre planète, ce n’est pas mue par un désir de conquête, mais pour rejoindre la prestigieuse université intergalactique d’Oomza, où elle a été acceptée. En racontant cette histoire, l’autrice états-unienne d’origine nigériane rompt avec les codes traditionnels de la science-fiction, longtemps façonnés par les récits de conquête et d’expansion coloniale.
Comme le rappelle Anthony Mangeon, professeur de littératures francophones à l’université de Strasbourg et auteur de l’ouvrage très documenté L’Afrique au futur. Tome 2 : Utopies, de la terre à l’espace (Hermann, 2025), la science-fiction s’est déployée au même moment que les empires et charrie, avec elle, un imaginaire colonial : « La science-fiction fut longtemps associée au voyage spatial et à la conquête d’autres planètes par des hommes blancs qui rejouaient ainsi métaphoriquement l’ère des grandes découvertes et de la colonisation du monde par l’Europe. »
Article issu de notre n°71, à retrouver en kiosque, librairie, à la commande et sur abonnement.

Si l’on revient à l’origine du genre littéraire, c’est sur le continent européen que la science-fiction naît au XIXe siècle, avec les...