A compléter

Accélérer les initiatives positives du monde arabe

Cette tribune a initialement été publiée dans le n°12 de Socialter (août-septembre 2015).

Révolutions. Un mot écrit au pluriel pour parler de ce qui se passe depuis 2011 dans une région du monde : le monde arabe entré en révolutions. Ce grand bouleversement, que l'on a appelé le « printemps arabe » à ses débuts, semblait porteur de tous les possibles, avant de sombrer dans le chaos et la violence.

Pourtant, pendant que le monde arabe convulse, des évolutions – plus douces et moins audibles que les révolutions – se poursuivent en profondeur. Ce sont ces ouvertures silencieuses, ces initiatives multiples, ces révolutions positives que l’on oublie souvent de raconter. Cette lame de fond évolutive existe. Elle trouve peu de place dans les médias et peu d’échos sont donnés à ceux qui font réellement bouger le monde arabe au jour le jour, loin des clichés essentialistes et des rhétoriques guerrières. 

Il est compliqué d’analyser pourquoi en Occident l’image du monde arabe est si négative. Ces perceptions sont répandues, ne l’oublions pas, par des mouvements politiques d’extrême-droite qui se propagent partout en Europe. Et cette appréciation dépasse le cadre politique. Par-delà, les clichés primaires qui représentent toujours « l’arabe » comme « le méchant » dans les films, l’enfant en échec scolaire dans les quartiers, le marginal dans les centres de réinsertion, on retrouve des reproches récurrents qui ont cours de façon presque structurelle en Occident ; l’absence de démocratie et de liberté d’expression, la corruption, les entorses aux droits de l’homme, l’intolérance religieuse, la place des femmes dans les sociétés arabes ; et, bien entendu, la menace terroriste générée par les groupuscules islamistes. Tout cela existe, bien sûr. Mais toutes ces réalités ne sont pas LA réalité.

 « Les pays arabes viennent chercher notre énergie créative »

Les choses changent rapidement et le basculement s’est déjà produit. Et souvent, ici, nous oublions de le raconter. Nous l’ignorons, alors que nous devrions l’accompagner et y participer. Je vis entre Paris et le monde arabe depuis plusieurs années. Partout, j’ai rencontré des personnes admirables : visionnaires, créateurs, entrepreneurs, artistes, urbanistes, directeurs d’université, citoyens engagés, acteurs d’associations locales… J’ai rencontré des hommes et des femmes qui risquent leur vie pour que ce changement devienne une réalité prometteuse. Nous avons décidé de créer Thinkers & Doers pour montrer cet élan vers les renouveaux qui se produisent dans la région. Nous avons décidé de faire de cette organisation une plateforme qui rassemble et surtout valorise les penseurs et les acteurs, ceux qui se battent chaque jour pour cette réalité positive. Ici, en Europe, les pays arabes viennent chercher notre énergie créative. Là-bas, nous devrions capter plus cette énergie du changement.

Thinkers & Doers organise des forums et des conférences. En janvier dernier, à l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris, nous avons rassemblé 1 600 personnes pour deux jours de rencontres et de débats. Nous avons lancé, à cette occasion, un incubateur qui propose à des entrepreneurs des deux mondes de travailler ensemble pour créer des ponts entre l’Europe et la région arabe. Des entrepreneurs tunisiens, marocains, saoudiens, égyptiens développent depuis leurs start-up en France. Des entrepreneurs français sont, de leur côté, allés développer leurs solutions sur les marchés arabes. Des artistes créent des œuvres ensemble. Des programmes d’éducation communs sont lancés. Thinkers & Doers est ensuite allé à Dubaï, à Tunis. À la rentrée, nous serons au Liban, puis à Abou Dhabi, au Caire, à Bahreïn, etc. En mars, à Paris à nouveau. Les projets entre les participants se multiplient.

Les actions collaboratives entre les pays sont de plus en plus nombreuses et ambitieuses. Car, c’est bien en donnant la parole à tous ceux que le bruit et la fureur des événements nous empêche d’entendre, que nous construirons un espace ouvert à la réflexion, à la création d’une zone qui ne peut plus être celle du monde arabe uniquement. Il faut mettre au cœur de nos actions les questions de leur présent et les ambitions de notre avenir à tous. La question qui se pose n’est plus celle des révolutions dans le monde arabe, mais bien de nos évolutions communes au sein de notre région arabo-européenne.


 

Amandine Lepoutre est entrepreneuse, et vit entre la France et le monde arabe. Elle est la fondatrice de Thinkers & Doers, un think & do tank pour rassembler les personnalités qui travaillent aux renouveaux du monde arabe.

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