La culture en miettes

La culture en miettes

Déjà fragilisé par la paupérisation et la concurrence des plateformes digitales, le monde culturel a été frappé d'une violence inouïe par le confinement. Si le chef de l'État a annoncé plusieurs mesures d'aide, une réinvention du secteur semble plus nécessaire que jamais.

Fermeture des salles de concert, cinémas, cafés, théâtres, report des tournages, annulation de tous les événements estivaux, décalage de l’agenda des parutions… On aura beau s’extasier devant l’inventivité des uns et des autres pour continuer à créer, partager, admirer : le secteur culturel est en miettes, à la fois fragilisé et divisé. 

Ce secteur qui attire peu l’attention des calculs comptables représente tout de même 600 000 emplois directs et 2,3 % du PIB, sans compter les effets directs et indirects sur d’autres activités comme le tourisme (7,2 % du PIB). Mieux connue, en revanche : la précarité de nombre de professionnels du secteur avec en première ligne les 270 000 intermittents du spectacle, vulnérables aux aléas des commandes et de l’activité. 

Si Emmanuel Macron a pris certains engagements à l’égard de ceux-ci le 6 mai, rien n’a été jusqu’ici chiffré, et les premières annonces semblent bien maigres comparées à celles de certains de nos voisins (l’Allemagne a ainsi débloqué 50 milliards d’euros dès la fin mars et considéré le secteur « de première nécessité »). Le ministre de la culture Franck Riester ne figurait d’ailleurs pas aux côtés d’Édouard Philippe parmi les autres ministres à s’exprimer sur les mesures de déconfinement le 7 mai. Une discrétion qui a dû mal à passer face à la célérité avec laquelle l’État a accordé des prêts colossaux à Renault (5 milliards) ou Air France (7 milliards).

Si rien n’est fait, le secteur culturel, aujourd’hui en miettes, sera demain en ruines. Les effets sont prévisibles : face à l’adversité, les petits sont plus vulnérables que les gros ; la tendance déjà à l’œuvre à la concentration des acteurs et à la création d’oligopoles va se renforcer, entraînant à son tour une perte de diversité dans la création et plus de standardisation ; une accélération de plateformisation, de la « mise en catalogue » de la culture et de la numérisation pour économiser des coûts… 

Peut-on renoncer si facilement à ce qui faisait encore notre exception ? À quand des États généraux de la culture ?



Discours de Macron pour la culture : aide-toi et l'État t’aidera !, Télérama, 6 mai 2020

Après deux heures de visioconférence avec son ministre de la Culture et onze professionnels issus de différents milieux culturels, le chef de l’État a annoncé mercredi 6 mai un plan d’aide, encore non chiffré, au monde culturel. Y figurent notamment une « année blanche » pour les intermittents du spectacle, l’encouragement des coopérations entre artistes et éducation nationale, des indemnisations au cas par cas pour les producteurs de film ou encore un fonds de 80 millions d’euros pour soutenir les artistes-auteurs.

 

Comment les aides à la culture s’organisent aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Allemagne et en Italie, Le Monde, 7 mai 2020

Chaque État organise différemment son soutien au monde culturel. Ainsi, l’Allemagne a débloqué 50 milliards d’euros dès la fin mars et considère le secteur « de première nécessité » tandis que les aides aux États-Unis proviennent majoritairement du privé. Au Royaume-Uni mise lui sur une combinaison d’aides publiques et des charities, tandis que l’Italie peine à réunir les 130 millions qu’elle avait promis.

 

Comment imaginer la culture demain ?, France Culture, 1er mai 2020

L’annonce par Emmanuel Macron d’un programme de commande publique auprès des artistes de moins de 30 ans afin de leur offrir visibilité et protection s’inspire clairement du sein du New Deal du président américain Franklin Delano Roosevelt qui fit recruter par l’État de dizaines de milliers d’écrivains et de musiciens. Que nous apprend cette expérience historique ? Discussion avec Frédéric Martel, journaliste et professeur à l’Université des Arts de Zurich, auteur de De la culture en Amérique.

 

Le livre et le virus, Mediapart, 5 mai 2020

Le monde du livre s’attend à une année 2020 catastrophique, avec un chiffre d’affaire en chute d’un quart voire d’un tiers par rapport à l’an dernier, mais les stratégies des uns et des autres diffèrent. Si certaines maisons d’édition ont choisi de recourir massivement au chômage partiel, d’autres espèrent dénicher de nouveaux talents durant cette période. Se pose aussi le problème de l’engorgement, qui oblige à décaler ou supprimer nombre de sorties littéraires, alors même que les éditeurs s’attendent à une avalanche de manuscrits rédigés durant le confinement.

 

Les librairies indépendantes tentent de survivre au confinement « sans pouvoir augurer de la suite », Bastamag, 5 mai 2020

Pour amortir le stock de livres déjà achetés, de nombreuses librairies proposent désormais un service de « click and collect », mais cela ne suffira pas à éponger les pertes dues au confinement. À Clermont-Ferrand, une librairie coopérative réussit cependant à mieux résister grâce aux contributions de certains salariés. Mais si la situation des librairies indépendantes diffèrent, toutes se posent la question des conditions de réouverture et considèrent qu’Amazon et la grande distribution profitent de la situation.

 

« Nous sommes en crise » : pour les professionnels du livre, l’heure du choix, Socialter, 1er mai 2020

Alors que le confinement aggrave les difficultés préexistantes du monde du livre, de nombreux professionnels indépendants du secteur réaffirment leur rôle essentiel dans la production et l’accès à une littérature riche et diversifiée. Ils demandent la tenue d’États généraux francophones de l’Édition indépendante.

 

La salle est l’avenir du cinéma français, Le Vent Se Lève, 2 avril 2020

Avec l’essor des plateformes de streaming, les salles de cinéma se sont elles aussi fait « uberisées », leur rôle de distributeur étant de plus en plus court-circuité. Si certains jouent la carte de la surenchère technologique et proposent des abonnements pour retrouver une clientèle, ils oublient ce qui fait la spécificité des salles de cinéma : le fait d’offrir une expérience collective et un intermédiaire humain entre le spectateur et l’objet culturel.

 

Le festival de Cannes n’aura pas lieu en ligne, et c’est dommage, AOC, 7 mai 2020

Depuis quelques années, la mort du cinéma de festival ne cesse d’être annoncé en raison de la concurrence des plateformes de streaming. Or, la résilience des festivals comme celui de Cannes prouve combien les circuits de production et de diffusion de ces films diffèrent de ceux des blockbusters. Pour le sociologue et politiste Romain Leclerc, il est grand temps que les films de festivals disposent d’une plateforme de streaming dédiée, qui reproduirait le système d’abonnement, mais préférerait la sélection humaine aux algorithmes de recommandation.

 

À l’air libre : Les intermittents du spectacle, Mediapart, le 28 avril 2020 

Comment faire face à la précarité qui s’annonce pour les métiers de la culture si les mesures de sécurité perdurent ? Le confinement a mis un coup d’arrêt à l’ensemble du secteur culturel – des entreprises du spectacle vivant au cinéma jusqu’à l’audiovisuel – qui emploie en grande partie des intermittents du spectacle. Dans ce plateau, un comédien, une monteuse vidéo et un directeur d’un festival de musique tentent de répondre à cette question, en partageant leur vécu et leur point de vue sur la crise. 



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Image en une : @benhershey

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