Félix Tréguer : « La défense du projet émancipateur lié à Internet a échoué »

Félix Tréguer : « La défense du projet émancipateur lié à Internet a échoué »

Chercheur et militant, Félix Tréguer a longtemps cru dur comme fer aux pouvoirs émancipateurs de l'Internet. Aujourd'hui, l'enthousiaste des années 2000 est devenu technocritique. Pour comprendre comment le médium de tous les possibles des années 1990 est devenu si intrinsèquement lié à la surveillance, il a adopté une démarche d'historien. Entretien.

Cet entretien, initialement publié sur le site de notre partenaire Digital Society Forum, est adapté d’une présentation de l’ouvrage de Félix Tréguer animée par Claire Richard, dans le cadre de la conférence inaugurale du Centre Internet et Société du CNRS .

 

Félix Tréguer est chercheur associé au Centre Internet et Société du CNRS et membre fondateur de la Quadrature du net, une association de défense des libertés numériques. C’est avec cette double perspective, universitaire d’une part, engagée de l’autre, qu’il s’est attaqué à une retraversée de l’histoire d’Internet dans son livre L'Utopie déchue : une contre-histoire d’Internet , paru chez Fayard. Il y revient sur les rapports conflictuels entre la « raison d’Etat », imposant censure et surveillance, et l’espace public, garant de la liberté d’expression. Pour lui, Internet a un moment incarné la victoire de l’espace public, mais ce moment touche à sa fin. Dans un contexte de surveillance globale et de concentration monopolistique de l’économie du Net autour d’une poignée d’acteurs, il est désormais nécessaire d’affirmer des refus.

 

Dans votre livre, vous faites remonter l’histoire d'Internet bien en amont de l’habituelle histoire de l’informatique. Vous commencez au XVe siècle, avec la création de l’imprimerie, puis la Révolution Française et le bouleversement du paysage médiatique au 19e siècle notamment avec la presse et d'autres moyens de télécommunication. Pourquoi cette histoire longue ?

 

Quand j'ai rejoint l’association de défense des libertés numérique la Quadrature du Net, l’idée qu’Internet était impossible à réguler était encore très forte. On pensait que ces projets répressifs, attentatoire aux libertés publiques, étaient frappés du sceau de l'irréalisme technique. Dans cette étude, j’ai voulu replacer la focale sur l’Etat, au contraire, et interpréter Internet du point de vue de la théorie de « l'espace public » : le concept utilisé par Habermas pour désigner un espace de sociabilité formé par les moyens de communication, dans lesquels circulent les idées et les opinions, ainsi que la critique du pouvoir. Je voulais faire une histoire croisée de l'État et des moyens de communication pour comprendre comment de nombreuses pratiques, surveillance, censure, propagande... ont été pensées aux fondements de l’État moderne.

Habermas croyait assez fidèlement à l'idée d'un progrès continu des libertés et des conquêtes démocratiques. En réalité, l’histoire de l'espace public et de son rapport avec le pouvoir est une succession d'allers-retours, d'évolutions non linéaires. Ainsi la Révolution a d’abord été un moment de libération de la parole et des médias extrêmement fort, avant que ne soient rétablis des modes de contrôle complètement hérités de l'Ancien Régime et calqués sur eux.

 

Dans la première partie du livre, vous décrivez un processus de récupération continue par la raison d’État et ses dispositifs des nouveaux espaces discursifs ou de liberté qui s’ouvrent. L’arrivée de l’informatique a, pendant un temps, fortement déstabilisé ce schéma. Comment et pourquoi ?

 

L'arrivée de l'informatique engage une transformation de l'économie de pouvoir associée aux moyens de communication. Elle introduit, comme l’imprimerie en son temps, une formidable subversion des manières de faire qui se sont développées par rapport aux médias traditionnels.

Auparavant, l'accès à la parole publique était largement médiatisé et reposait sur des intermédiaires : par exemple, dans les journaux, les comités de rédaction et les directeurs de publication, juridiquement responsables des écrits publiés et chargés de policer le discours. Or, avec un simple ordinateur personnel et une connexion internet, on s’est soudain trouvé en mesure d’intervenir dans des espaces de discussion et de sociabilité en ligne et de diffuser une parole sans être censuré par quiconque (dans la limite du respect des règles de chaque espace). Cette « désintermédiation de l’espace public » a fait sauter les mécanismes traditionnels sur lesquels se fondait la régulation de la liberté d'expression. L’anonymat des communications a aussi participé à ce phénomène : à l’époque, il semble quasiment impossible d'identifier les auteurs de publication.

À ces caractéristiques liées à la technologie informatique et de l’Internet s’est ajoutée l'apparition de nouveaux contestataires extrêmement subversifs, comme les hackers dès les années 80. Ces hors-la-loi de la nouvelle frontière numérique se sont inspirés des répertoires d'actions de groupes liés à la contre-culture pour semer le désordre dans les réseaux informatiques, qui équipent massivement le capitalisme international et de plus en plus les États et les administrations publiques. Ces figures contestataires effraient les pouvoirs car elles ont une réelle supériorité technique. Face au manque de préparation et de maîtrise technique des États, elles auront le dessus pendant quelques années — ou du moins faire très peur aux garants de l’ordre et des lois.

 

Vous rappelez aussi que l’informatique suscite pendant un moment de très fortes réactions au sein de la contre-culture et de la culture en général. Pouvez-vous rappeler les points saillants de cette technocritique ?

 

Quand j’ai commencé à sérieusement mettre à distance les utopies qui m’avaient nourri et poussé à travailler sur ces questions, il a été révélateur pour moi de découvrir qu’il a existé, dans les années 60-70, une critique très forte et nourrie par de nombreuses pratiques militantes, par des discours... J’ai été surpris qu’elle ait été un peu oubliée, passée aux poubelles de l’histoire. La chercheuse Célia Izoard a travaillé sur le Comité pour la liquidation ou la destruction des ordinateurs (CLODO), un groupe actif au début des années 1980 dans la région de Toulouse, des saboteurs qui mettaient le feu à des installations informatiques, des bandes magnétiques, en pénétrant dans les locaux de boîtes d'informatique de la région. Ils réunissaient les bandes, les magnétos, les ordinateurs qu’ils trouvaient et ils y mettaient le feu. Un de leur gros coup a été le centre informatique de la préfecture de Haute-Garonne. Dans leurs communiqués, les membres du CLODO se présentent comme des professionnels de l’informatique. Ils expliquent leurs actions en disant que, bien qu’on puisse imaginer des machines alternatives, l’ordinateur restera, dans un monde saturé de rapports de domination, un outil de plus entre les mains des dominants.

 

D’ailleurs on ne les a jamais retrouvés...

 

Oui, la police ne les a jamais identifiés. D’ailleurs, à l’époque, la police a dit qu’il appartenait aux entreprises de sécuriser leurs locaux, qu’il n’y avait pas mort d’homme... La réaction a été étonnamment soft, les médias les ont décrits comme des lanceurs d’alerte... Aujourd’hui, des actions de ce type seraient immédiatement labellisées comme relevant d’une violence politique terroriste.

Cette acceptabilité se comprend aussi dans une période, qui a duré entre 15 et 20 ans, où de nombreux groupes d’action directe, en Europe et en Amérique du Nord, ont pris l’informatique pour cible. Des groupes pénètraient dans des locaux liés au complexe militaro-industriel, mettaient le feu aux machines... En France, de grandes controverses ont éclaté autour du projet Safari, un projet de fichage du Ministère de l'Intérieur, révélé en 1974 par le journaliste du Monde Philippe Boucher, qui aurait apparemment été tuyauté par un informaticien travaillant sur le projet... 

Aujourd’hui, la critique de l'informatique est telle que des organismes internationaux comme le Conseil de l'Europe ou l'Organisation des Nations Unies soulignent l'importance de légiférer en matière de protection de la vie privée face à cette machine informatique — en France, cette position s’incarne dans la loi Informatique et Libertés . Toute cette critique forme un contexte nécessitant une forme de compromis. On est dans une période de ralentissement de la croissance, la machine informatique apparaît comme l'outil de relance de l'économie de l'économie post industrielle, vantée dans les écrits de nombreux sociologues en vue. L’informatisation doit se faire, c'est un enjeu stratégique. Mais les élites de cette période ont vécu la guerre, et la Résistance pour un grand nombre d’entre elles à l'époque. Elles sont donc relativement sensibles à ces critiques et les incorporent dans leur propre discours. Ceci aboutit à l’idée qu’avec le droit, on va pouvoir protéger les données personnelles.

 

Comment passe-t-on de cette phase critique à une acceptation de l’informatique par la société ?

 

Ça a été le rôle des intellectuels de la « Cold War Left », la gauche de la guerre froide : très influents dans les administrations Kennedy et Johnson. Ils ont présenté l'informatique comme un outil de réforme ou de reconfiguration de la société. Pour eux, l'informatique pouvait permettre aux sociétés de masse modernes d'être gouvernables et bien ordonnée, de générer de la richesse et de pouvoir la distribuer. La traduction française, c’est le rapport Nora-Minc de 1978 sur « l'informatisation de la société », qui a présenté l’informatique comme une machine fondamentale pour l'économie et le fonctionnement de la société moderne — tout en intégrant des éléments de la contre-culture, comme une plus grande liberté donnée à la société civile pour s'organiser.

S’ajoute à cela une évolution fondamentale : l'informatique personnelle et les premiers réseaux “Minitel” en France. Alors que l'informatique incarnait la grande machine au service des grandes bureaucraties et était associée à l'ordre technocratique, elle est devenue un outil individuel, d'émancipation et de communication permettant des formes d'organisation nouvelle. Cette évolution a aussi été accompagnée par les premières expériences militantes de l'utilisation de cette technologie. Des imaginaires plus contestataires sont alors venus se greffer à ce nouveau paradigme technologique.

 

C’est le début des années 1990... L’imaginaire politique du Web en France et en Europe va se développer de façon assez différente qu’aux États-Unis. Y a-t-il alors une spécificité française ?

 

Lorsque l’Américain John Perry Barlow a écrit en 1996 sa « Déclaration d’indépendance du cyberespace » , les militants européens, notamment ceux qui se regroupent autour de la mailing-list « nettime » , ont critiqué son discours comme un discours “cyber-libertarien”, emblématique de la nouvelle droite de l’époque et de son agenda néolibéral forcené.

Pour résumer à très grands traits, le cas français, c’est : beaucoup de passionnés de l'informatique qui ont découvert les réseaux et Usenet , notamment dans les années 1980, qui se sont très vite faits une idée politique de cet outil et de ses potentialités et qui, lorsque internet a commencé à se démocratiser au milieu des années 90, ont participé à l’équipement des mouvements sociaux. 

Pendant les grèves massives de 1995, alors que les moyens de communications et les postes était pas mal entravées, Laurent Chemla et Stéphane Bortzmeyer ont récupéré un vieil ordinateur mis au rebut par un syndicat et l’ont baptisé Emiliano, en hommage à Zapata. Ils s’en sont servis pour héberger les premières mailing-list, les premiers comptes mails et bientôt le premier site Web de nombreux mouvements sociaux de l’époque, parmi lesquels on trouve des syndicats, des groupes antiracistes, féministes, de soutien aux précaires... Ceci a abouti à la création de l'association “r@s”, pensée comme un fournisseur d'hébergement pour les mouvements sociaux. Il y a alors une imbrication très forte des mouvements sociaux traditionnels avec les premiers activistes du numérique, ce qui s’est un peu perdu depuis. On le voit dans la mouvance altermondialiste, l'une des premières à expérimenter à grande échelle les potentialités nouvelles d'organisation de coordination de l’outil Internet.

 

Dans la troisième partie de ton ouvrage, vous décrivez un mouvement de « reféodalisation » de l’Internet. De quoi s’agit-il ?

 

C’est une référence au travail d’Habermas, qui emploie le terme pour évoquer une sphère publique vassalisée par le pouvoir royal et où la critique du pouvoir ne peut pas voir le jour. Le terme permet de pointer le recul des conditions d'un espace public démocratique sur internet, dans une configuration dominée par un nombre restreint d’intermédiaires techniques qui centralisent une grande part des communications en ligne et des politiques répressives des États qui s'accompagne d’un recul grave des libertés publiques. Face à cela, on entend en ce moment beaucoup d’appels à la régulation publique, à l’intervention de l’Union Européenne ou des États pour casser les monopoles, limiter la puissance des GAFA. 

 

Mais vous êtes sceptique...

De nombreux chercheurs et militants travaillent à montrer qu’il est possible de construire des politiques et des formes de régulation d'internet plus conformes aux valeurs démocratiques, à l'idée d'une sphère publique autonome et non soumise au pouvoir de ces grands acteurs économiques. Je suis convaincu que c’est possible — mais le contexte politique ne semble pas vraiment favorable. On peut adopter des projets de lois protégeant les libertés, les lanceurs d’alerte et favorisant la transparence, faire du logiciel libre dans les administrations publiques ou l’Éducation nationale, ou lutter sur les pratiques anti-concurentielles... Mais malgré les efforts de nombreux acteurs, globalement, ces projets alternatifs ne pèsent pas lourd et sont régulièrement battus.

Je suis aussi agacé par les mises en scène des affrontements entre les gouvernements et les grands acteurs économiques américains — alors qu’en réalité, il y a de nombreuses interférences et interconnexions. Les révélations d’Edward Snowden ont bien montré le rôle joué par ces entreprises dans les programmes de surveillance de la NSA. Celles-ci ont alors mis en scène leur distance d’avec les gouvernements. Mais en février 2015, Bernard Cazeneuve est allé rencontrer Google et d’autres acteurs de la Silicon Valley, pour les appeler à davantage collaborer dans la censure de la propagande terroriste. En mai 2015, un groupe de contact s’est créé au ministère de l'Intérieur, pour former les enquêteurs des services français aux vicissitudes du droit américain, et augmenter le nombre de requêtes de données portant sur les utilisateurs de ces entreprises. Sans compter la circulation des personnels, les hauts fonctionnaires qui vont travailler pour ces grandes entreprises et inversement : le projet américain Google Transparency Project montre bien ce phénomène de « revolving doors » entre l’entreprise et les administrations publiques françaises et européennes.

Les pressions des États rejoignent de plus les contraintes commerciales auxquelles sont soumises ces entreprises : ce qu’on a appelé « l’adpocalypse », quand des gros annonceurs sur YouTube ont découvert leurs contenus associés à des vidéos terroristes. Google a dû les rassurer en mettant en place de nouveaux outils pour éviter ce genre de dérive.

Du côté des États, la stratégie est de plus en plus de confier à des acteurs privés le soin de faire la police de la liberté d'expression sur la plateforme, via ces assemblages homme-machine — au lieu de dépenser de l’argent public pour donner à la justice les moyens de faire son travail et pour examiner les abus de liberté d’expression qui émergent. En contexte d’austérité économique, c’est aussi beaucoup moins coûteux.

On pourrait aussi parler du projet de start-up nation et de la recherche publique en intelligence artificielle, qui repose très largement sur les infrastructures et les outils développés par ces entreprises. On supprime des contrats aidés, et le soutien à des associations qui faisait de la médiation numérique, mais Google se voit dérouler le tapis rouge par des mairies, pour faire de la formation numérique gratuite dans les centres. Google est invité à donner des formations numériques dans des universités ou Facebook forme des demandeurs d'emploi au maniement d'outils numériques. Tout ça correspond à un schéma néolibéral assez classique de privatisation de certaines politiques publiques, de certains services publics ou de certains biens communs qui sont dans l'air du temps — pourtant il était possible de faire des choix différents.

 

Vous expliquez qu’on assiste à une « domestication » des stratégies militantes, car beaucoup de mouvements ont adopté ces plateformes (Facebook, Twitter etc.) pour diffuser leurs mouvements. Mais vous ne parlez pas, ou presque pas, des mouvements féministes ou antiracistes, qui s’organisent beaucoup en ligne et connaissent un très fort renouveau grâce aux mobilisations en ligne...

 

Je pointe le recul par rapport aux années 90, où il existait des collectifs autonomes, des fournisseurs d'infrastructure et d'outils numériques militants en prise avec le mouvement social. Au début des années 2000, à l’orée du Web 2.0, les groupes militants ont rapidement migré vers ce nouveau service gratuit, ces nouvelles interfaces beaucoup plus jolies et bien fichues. Or, quand les militants sont passés sur Facebook ou Twitter, ils ont été contraints par les interfaces et les infrastructures qui les hébergeaient. Ils doivent se soumettre à des formes de hiérarchisation algorithmique, qui n’encouragent pas nécessairement un débat de fond, et s’exposent aussi à la surveillance d'État. Des modes de désobéissance civile électronique, d’hacktivisme comme des attaques par déni de service (DDOS), expérimentées dans les années 1990, deviennent beaucoup plus difficiles à mener quand on est inséré dans les dispositifs sociotechniques que sont les plateformes de ces oligopoles du numérique.

Cela ne veut pas dire qu’il est impossible de faire des mobilisations avec ces outils. Mais je me demande : même si Internet a contribué à transformer un peu les rapports de force, par exemple autour de la question féministe ou des questions de race et de racisme aux États-Unis en Europe, est-ce que ces progrès n’auraient pas été possibles sans cet outil médiatique ? Les mouvements sociaux n’ont pas attendu Internet pour trouver des façons d’être efficaces. Je ne crois pas qu’on ait besoin d’Internet comme technologie pour faire advenir l'émancipation et avancer dans vers l'idéal démocratique.

 

Vous concluez cette histoire des avancées des espaces de parole et d’émancipation et des réactions suscitées de façon extrêmement pessimiste, en disant : « Il faut casser la machine ». C’est à dire cesser d’aménager la machine et entrer dans un moment de refus. Comment en êtes-vous venu à cette conclusion ?

 

La défense du projet émancipateur lié à Internet a échoué. À la place, on a la réactivation de formes de censure extrêmement sophistiquées, de plus en plus invisibles et donc extrêmement difficiles à contester. Aujourd’hui on assiste à une recentralisation très forte des soubassements technologique de l'internet et du numérique. Le “Big Data”, l'intelligence artificielle et toutes les techniques qu’on met derrière ça supposent des infrastructures de calcul de stockage énormes, qui sont extrêmement difficiles à distribuer d’un point de vue technique. Cela se combine à un contexte historique qui est celui du néolibéralisme et des régimes de pouvoir sécuritaire : aujourd’hui, on voit bien qu’on est dans un moment de recul des libertés extrêmement fort.

Quant à l’idée qu’on va pouvoir juguler par le droit ou par la technologie (comme la cryptographie, la “privacy by design”), les effets négatifs de l’informatique... pour moi, cela a échoué aussi. Cela ne veut pas dire qu’il faut abandonner ces répertoires d’actions : cela pourrait être très dangereux. Il est ainsi fondamental d’occuper le terrain juridique, ne serait-ce que pour des luttes symboliques. Il est important de faire des recours contre les lois de surveillance et de censure, même si on perd à chaque fois : c’est l'occasion de réaffirmer politiquement l'opposition à ce système et de faire travailler les droits de l'homme comme des ressources symboliques pour résister aux abus de pouvoir. Mais il faut articuler ces répertoires d'action traditionnels avec l'affirmation d'un refus plus clair et plus affirmé vis-à-vis des trajectoires technologiques dominantes. 

J’étais récemment à une rencontre du Ministère de l’Intérieur sur la reconnaissance faciale et c’est le discours que nous avons tenu avec un collègue : nous affirmons notre refus de cette technologie, nous ne croyons pas qu’on arrivera à aménager le droit de la technologie pour limiter leurs effets néfastes. Il va falloir réinvestir une forme de critique de la technologie plus radicale et élaborer des répertoires d'actions qui permettent de concrétiser et de matérialiser ce refus.

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