Jean-Marc Jancovici :

Jean-Marc Jancovici : "­l'Europe est en décroissance ­énergétique depuis 2007"

Le discours contemporain sur les high-tech frise la sotériologie : celles-ci représenteraient notre salut, la rédemption face aux dégâts planétaires en cours et à venir. Une promesse qui heurte de plein fouet le mur des réalités matérielles: après deux siècles d'abondance, l'énergie s'épuise, tandis qu'il faut creuser toujours plus profond pour extraire des gisements de ressources toujours plus appauvris. Jean-Marc Jancovici, spécialiste des questions énergétiques et climatiques et président du think tank The Shift Project, fait le point sur les indispensables arbitrages qui s'imposent.

Cet article a été initialement publié dans le numéro 35 de Socialter, "Êtes-vous assez radical ?", disponible en kiosque le 12 juin ou sur notre boutique en ligne.

Jean-Marc Jancovici nous accueille dans les locaux de Carbone 4, au cœur du quartier Saint-Georges à Paris. «Un quartier délinquant», plaisante-t-il alors qu’une sirène de police interrompt les présentations. Tranchant, sans faux-semblant, son discours contraste avec les élégies sur l’effondrement et les odes à la croissance verte. Pro-nucléaire patenté et revendiqué, il n’est pas nécessairement celui qu’on attend sur la question des low-tech, mais s’avère une ressource éclairante pour jeter une lumière crue sur l’impasse des high-tech. 

Comment avez-vous découvert le terme de «low-tech»? Vous a-t-il interpellé ?

C’était dans un des écrits de ­Philippe ­Bihouix. L’idée est d’avoir le moins de sophistication et de complexité possible, et le plus de résilience possible. Soit dit en passant, comme tout terme, il est nécessairement quelque peu réducteur et trompeur. À l’époque où les sociétés étaient techniquement low-tech, elles étaient souvent plus sophistiquées qu’aujourd’hui. Les gens et les ­fonctions étaient moins interchangeables et le système pouvait être plus rigide dans son organisation. Ce que nous a offert la technologie, c’est une forme de liberté individuelle qui, en apparence au moins, rend les organisations beaucoup plus lâches.

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Les low-tech s’appuient sur une ­dénonciation de la course aux high-tech. À raison ?

Tout ce que font les humains ­depuis leur origine, c’est d’arbitrer les contraintes. Auparavant, les gens étaient mal nourris et mourraient jeunes. Grâce à l’énergie abondante, notre population a échappé aux mécanismes de régulation antérieurs, et de nouvelles contraintes sont apparues : le monde n’est plus assez vaste pour maintenir notre population en l’état. Ce qui fait de nous une exception dans le règne animal. Les low-tech sont finalement une mesure d’atténuation afin que la ­population continue à «tenir dans la boîte». Le vrai débat de fond, c’est de savoir si l’on veut durer ou non.

 

À l’opposé, on observe des discours qui avancent que les solutions sont à trouver dans l’efficience, l’amélioration du stockage de l’électricité, etc., voire dans la course à l’espace, la fusion nucléaire, la géoingénierie...

Ces discours sont profondément liés à la culture américaine. Les innovations techniques marquantes des cinquante dernières années sont globalement toutes d’inspiration américaine, et ce n’est pas un hasard. Les États-Unis sont le seul pays au monde à s’être construit sur une absence de ­limites, contrairement aux vieux pays ­d’Europe et d’Asie qui ont connu la famine, la maladie, des contraintes…Les Américains pensent pouvoir gérer la contrainte en recourant à la force ou à la créativité technique, lorsque les autres civilisations sont plus facilement dans l’acceptation optimale de cette contrainte. La civilisation de la high-tech et de la vitesse, c’est la civilisation américaine. La civilisation de la low-tech et de la lenteur, c’est-à-dire celle de l’ingéniosité humaine qui pallie partiellement la rareté locale de la ressource, ce sont les civilisations historiques européennes et asiatiques. Cette opposition des low-tech à la high-tech peut donc être appréhendée comme le retour de ce qui a fait le génie des pays européens: la capacité à optimiser au mieux une contrainte qu’on ne cherche pas à supprimer, car on sait qu’elle finira par être plus forte que nous.

 

L’économiste Nicholas Georgescu-­Roegen, dans les années 70, disait ceci: «Chaque fois que nous produisons une voiture, nous détruisons irrévocablement une quantité de basse entropie qui, autrement, pourrait être utilisée pour fabriquer une charrue ou une bêche.» Qu’en pensez-vous?

Il a raison. Cette phrase signifie qu’on ne fait jamais d’arbitrage innocent. On fait un choix délibéré dans un monde où la flèche du temps ne s’inverse pas. Lorsqu’on utilise des ressources pour faire une chose, on ne pourra pas les utiliser pour en faire une autre. Souhaite-t-on arbitrer en faveur de la jouissance du moment et en défaveur de quelque chose qui dure plus longtemps ?

 

En quoi la high-tech pose-t-elle la ­question des ressources de ­façon encore plus aiguë ?

L’arbitrage est fonction du degré d’avancement dans la sophistication technique. Entre le fait d’avoir une charrue et des animaux de trait ou pas, il est évident que le différentiel de confort pour l’espèce humaine est énorme. Mais nos auxiliaires techniques actuels nous amènent des gains en confort totalement marginaux. On vient par exemple de mettre au point des robots pour garer votre voiture à l’aéroport. La phrase de Georgescu-­Roegen devient ici particulièrement pertinente. Est-ce qu’il faut vraiment aller faire des trous dans la terre, rajouter du CO2 dans l’atmosphère, supprimer des coraux, créer du stress hydrique, simplement parce que nous avons la flemme de garer nos voitures lorsqu’on va prendre un avion – qui n’est lui-même qu’un élément de confort? On a employé notre temps et des ressources pour obtenir un supplément de confort totalement marginal pour l’espèce humaine au détriment d’une augmentation de la pression sur l’environ­nement qui l’est beaucoup moins. C’est pour ça qu’il faut parvenir à rendre explicite l’arbitrage qui ­aujourd’hui est implicite, et faire comprendre aux gens qui nous entourent qu’un robot supplémentaire pour garer une voiture supplémentaire dans un parking supplémentaire quand on va prendre un avion supplémentaire, c’est aussi un supplément de misère, de guerres, de malheur, de menace pour la démocratie...

Et pour extraire les matières nécessaires à ces systèmes high-tech, il faut de l’énergie…

Oui, mais nous n’en aurons pas éternellement de plus en plus. 80% de cette énergie provient du charbon, du pétrole et du gaz, c’est-à-dire de ressources souterraines que nous découvrons puis exploitons. Or les découvertes de nouveaux gisements de pétrole et de gaz ressemblent à la chasse aux œufs de Pâques: on trouve toujours les plus gros et les moins bien cachés en premier. Nous avons donc découvert et exploité en premier les gisements les plus volumineux et les plus près de la surface. Avec le temps, on trouve des gisements plus petits, ou des minerais avec des teneurs en métaux plus faibles. Et les moyens à mobiliser pour les extraire augmentent. Il faut de plus en plus de capitaux et d’énergie par tonne de métal ou d’hydrocarbure extraite. Par ailleurs, il faut aussi de plus en plus de métal pour extraire une unité d’énergie.

Le vrai marqueur de la rareté croissante d’une ressource, ce n’est pas son prix mais la quantité de capital, la quantité d’autres ressources, d’une certaine manière, qu’il faut dépenser pour extraire une certaine quantité de ressource. Donc si vous voulez savoir si le pétrole devient rare, ne regardez pas le prix du baril, regardez combien de capital il faut mettre sur la table pour extraire un baril supplémentaire.

 

Est-on déjà entré dans un monde sous contrainte? Est-ce que la «barre» de la contrainte a déjà commencé à s’abaisser ?

En Europe, au Japon, et même aux États-Unis, oui. L’Agence inter­nationale de l’énergie a annoncé en ­décembre dernier que le pic de production pour le pétrole conventionnel avait été passé en 2008. Le pétrole conventionnel, c’est tout ce qui n’est pas des sables bitumineux du Canada ou du pétrole de schiste américain. Donc oui, on est déjà sous contrainte. Si on ne l’était pas, on arriverait à résorber dans les pays occidentaux les problèmes de chômage, de dette, etc.

 

Pour le dire autrement : nous sommes donc en ­décroissance énergétique ?

Il y a plusieurs manières de révéler la ­décroissance énergétique. ­Transitoirement, cela passe par un prix de l’énergie qui augmente très fortement. Mais à long terme ce sont d’autres marqueurs qui prennent le relais: une dette qui augmente, de l’inflation d’actifs, une baisse de la production ­industrielle, et un chômage qui augmente (ou ne baisse pas). En Europe, la ­production industrielle est plus basse aujourd’hui qu’en 2007, et l’endettement plus élevé. Or, quand on regarde les chiffres, ­l’Europe est en décroissance ­énergétique depuis 2007.

 

Plus la contrainte des ressources va s’intensifier, plus le système va être déstabilisé, créant même un risque d’effondrement général. Est-ce que la décroissance ­énergétique où nous entrons va ­inéluctablement renverser le système capitaliste actuel ?

Le capitalisme et le productivisme sont deux choses différentes. ­L’URSS était terriblement productiviste. L’idée selon laquelle c’est le système capitaliste uniquement qui entretient la prédation sur les ressources me semble simpliste. On ne peut pas imputer cette prédation à un système politique précis. Les sociétés ­humaines se sont accommodées pendant très longtemps de la stabilité – par la force des choses. Les systèmes de répartition étaient eux aussi stables: à la fin de votre vie de travail, vous n’espériez pas que vos revenus annuels soient supérieurs à ceux du début. 

Avec l’avènement des machines et de la civilisation industrielle, la société est entrée en expansion, et chaque génération s’est habituée à avoir «plus». Nos sens se sont habitués à la croissance, et nous la considérons comme un état normal. C’est un état transitoire, et quelques lois physiques nous rappellent que ça ne peut pas durer. On peut évoquer la loi de Le Chatelier qui nous dit que tout système en déséquilibre va s’auto-­corriger pour revenir à un point d’équilibre. La phase transitoire hors d’équilibre finira donc par s’arrêter, et la bonne question est davantage de savoir quel système permettra de gérer cela au mieux que de savoir quel système a engendré le déséquilibre, puisque la croissance a été de toute manière un objectif aussi bien pour les empires que pour les dictatures, les soviets ou les démocraties… 

 

Ce déséquilibre dynamique de la croissance nous a donc fait quitter un point d’équilibre... pour un autre ?

Bien entendu qu’on aura un nouveau point d’équilibre, mais ma conclusion est qu’on a malheureusement d’ores et déjà trop attendu, car il ne peut s’établir avec 7 ou 8 milliards d’individus ayant le niveau de consommation d’un “smicard” occidental d’aujourd’hui.

Donc cela autorise un certain optimiste : une « transition en décroissance» ne nous ramènera pas nécessairement des siècles en arrière, simplement à quelque chose d’intermédiaire entre hier et aujourd’hui ?

Peut-être. Il y a malheureusement une chose dont je suis sûr, c’est que le nouveau point d’équilibre ne permettra pas un aussi grand exercice de la liberté individuelle qu’aujourd’hui. La liberté de se déplacer, par exemple, ne pourra pas être préservée lorsque la contrainte deviendra trop forte. Ce dont je suis certain, c’est que le choix est aujourd’hui mal éclairé. Une bonne partie des gens n’ont pas conscience de ce qui fait les deux termes de l’arbitrage. C’est entre autres l’expression d’une faillite du système médiatique. Le climat, la régulation qu’il exerce, est l’une des incarnations de la loi de Le ­Chatelier que j’évoquais avant : nous mettons le système en déséquilibre, celui-ci rétroagit sur la cause, et tout ça finit par se remettre à l’équilibre. Et cela passera tôt ou tard par une diminution de la population humaine...

 

Y a-t-il des moyens de « tailler dans le gras » de manière moins pénible, pour commencer? Dans les ­secteurs polluants ?

Oui, mais cela revient à se mettre délibérément au régime afin de durer. Si on en a l’envie, la volonté, et que l’on voit les contreparties, alors oui, le régime a bien entendu du sens. Tous ceux qui pensent qu’il est ­souhaitable de durer doivent trouver la manière de rendre le régime désirable, ­ludique, ­sinon on n’y arrivera pas.

 

D’où la perspective low-tech ?

Disons que la low-tech est une des composantes pertinentes du régime.

 

Terminons avec la question ­énergétique et celle de la transition. Tous ceux qui ont envie de durer parlent aujourd’hui de transition énergétique, généralement en promouvant le passage rapide à un modèle 100% énergies renouvelables à long terme. Qu’en pensez-vous ?

La transition énergétique à la française est aujourd’hui une transition essentiellement anti-nucléaire. Si l’on s’intéresse à ce que je crois être les menaces principales sur la démocratie et la joie de vivre, alors ce n’est pas dans la question nucléaire qu’est l’essentiel du problème. Je vais le dire autrement : nous sommes en train d’abandonner la solution du pauvre pour la solution du riche. Le rêve ­rifkinien(1) d’avoir chacun son panneau et sa batterie tout en gardant à peu près le même niveau de consommation matérielle requiert de mettre 30 ou 40 fois plus d’argent sur la table pour y parvenir qu’en recourant aux centrales nucléaires que nous avons déjà. L’idée selon laquelle le nucléaire serait cher et les énergies renouvelables (ENR) pas chères ne correspond à aucun fait observable et augmente, selon moi, la vulnérabilité face à ce qui va se passer à l’avenir. 

 

Quelle consommation énergétique serait soutenable ? Par quel facteur devrions-nous la diviser ? Et avec quel mix ?

Je ne peux pas vous répondre sur la part, mais je peux vous répondre sur la gestion des priorités. Dans ma hiérarchie des risques, la question des combustibles fossiles est bien plus importante que la question du nucléaire. J’ai deux enfants, et les risques nucléaires ne m’empêchent pas de dormir tandis que les risques climatiques, si. Dans l’électricité, le travail de décarbonation est fait. Il est donc inutile d’installer des panneaux solaires et des éoliennes à tout crin, et il suffit de renouveler les réacteurs nucléaires. Il faut surtout s’occuper sérieusement du transport, du logement, de l’agriculture et de l’industrie.

Au Shift Project, nous avons publié un ­programme «Decarbonize Europe» qui donne le gros des mesures à mettre en œuvre. Sur les transports, il faut diminuer la taille du parc automobile, et donc remplacer une partie des voitures par autre chose (bus, vélo, marche, train…), et diviser par 3 la consommation des voitures utilisées, avant de les passer à l’élec­tricité. Là, les low-tech – refaire des 2CV, en gros – rentrent dans l’équation en ce qu’elles sont une composante de la marge de manœuvre pour préserver une partie de la liberté de se déplacer dans un monde où il faut par ailleurs s’affranchir très vite des combustibles fossiles. Il faut ensuite arrêter l’étalement urbain. Les villes de grande taille ne sont pas durables, qu’elles soient étalées ou denses, car la surface qu’il faut pour les approvisionner – en nourriture, denrées… – est trop importante dans un monde très contraint.

Sur les logements existants, il faut sortir les combustibles fossiles du chauffage et arriver à mieux les utiliser, notamment en réglant la question de la vacance – donc s’attaquer à la question de la liberté du propriétaire de louer ou de ne pas louer. Dans l’agriculture, il faut revenir à plus de polyculture-­élevage, et diminuer la taille du cheptel bovin. Dans l’industrie, il faut diminuer les flux de matières premières et faire avec. Tout ce que je décris là n’a rien à voir avec le fait de construire des éoliennes. J’ajoute que l’éolien et le photovoltaïque sont des modes plus high-tech que le nucléaire. Celui-ci est né dans un monde qui n’était pas informatisé – le contrôle commande des centrales nucléaires reste analogique! –, ce qui n’est pas le cas de l’éolien et du photovoltaïque. 

 

Le nucléaire est tout de même très centralisé, nécessite d’énormes infrastructures...

Oui, absolument, ça a une rigidité. C’est long à construire, vous n’emportez pas votre centrale avec vous, ça ne marche pas bien avec les transports… Mais éolien et solaire sont demandeurs d’infrastructures encore plus énormes à production identique. 

 

La relocalisation de l’énergie, avec par exemple de petites éoliennes sur les toits, des ­chauffeurs solaires, des petits panneaux, est-elle entièrement à écarter selon vous ? 

La quantité de ressources métalliques ou minérales qu’il faut utiliser pour avoir 1kWh d’électricité issue du solaire ou de l’éolien est considérablement supérieure à ce dont vous avez besoin avec tout mode centralisé. Le nucléaire est quelques dizaines ou centaines de fois moins consom­mateur de métal par kWh produit que le solaire, par exemple. Un monde où chacun aurait son panneau sur son toit et la batterie dans la cave, à mode de vie constant, est physiquemennt inatteignable. 

En revanche, si ceux qui militent pour le solaire acceptent l’idée que l’on se débrouillera avec 50fois moins d’électricité, alors le raisonnement a sa cohérence interne. Mais ce monde là est aussi un peu un monde à la Mad Max, avec une compétition pour la ressource qui risque de ne pas être très «tranquille». Par ailleurs, il n’y a rien de local dans l’éolienne et le panneau solaire. A-t-on en France le cuivre, l’acier, le charbon pour faire les panneaux solaires? Non. Le panneau solaire est une commodité mondiale. Seule l’énergie solaire est locale, disponible partout. Dans un monde où les ressources vont se contracter, le nucléaire est un amortisseur de la contraction. Il permet de se faire moins mal au moment de la descente.

 

Quelle est votre cohérence à vous ? À quoi ressemblerait potentiel­lement une société qui trouverait son point d’équilibre dans un monde contraint ? ­Serait-elle proto-­industrielle, pré-­industrielle, années 50 ?

C’est très difficile à savoir. Plutôt que d’imaginer le niveau de vie à l’arrivée, je préfère imaginer la ­dynamique. Le premier point est de limiter dès que nous pouvons la croissance démographique. Dans l’aide au développement, tout ce qui permet aux pays de maîtriser leur démographie est une bonne idée, car cela amortit les efforts à fournir sur tous les autres plans. Trois leviers : l’éducation des femmes, l’accès aux moyens de contraception, et les systèmes de retraite. Dans les pays occidentaux, il y a un premier moyen de réguler la population de façon raisonnablement indolore : ne pas mettre tout en œuvre pour faire survivre les personnes âgées malades, à l’image du système anglais qui ne pratique, par exemple, plus de greffe d’organes pour des personnes de plus de 65 ou 70 ans. 

On en revient à ce que disait ­Georgescu-­Roegen : tous les moyens qu’on va dépenser pour faire vivre de vieilles personnes dans de très mauvaises conditions, c’est autant de moyens que vous ne mettez pas à disposition des jeunes pour trouver leur place dans un monde plus contraint. C’est un peu brutal, mais ça me paraît être un moindre mal par rapport aux  autres modes de régulation que nous avons connus : la famine, la maladie, et le conflit en ce qu’il augmente la maladie et la famine. Après viennent les mesures techniques. Il faut d’abord supprimer le charbon dans l’électricité le plus vite possible – en faisant des économies d’électricité, du nucléaire et un peu de renouvelables, surtout des barrages quand c’est encore possible. 

Ensuite, il faut contracter les flux de transports, avec à la fois moins d’avions, moins de voitures et de camions, mais aussi moins de consommation unitaire. Électrifier les véhicules n’économise pas d’émissions tant que la production électrique comporte toujours 40% de charbon, ce n’est donc pas la manœuvre prioritaire au plan mondial bien que cela soit déjà pertinent dans certains pays (dont le nôtre). Enfin, il faut une sobriété industrielle notamment dans l’acier, le plastique et le ciment, principa­lement destinés à la construction –ce qui pose à nouveau la question démographique. Tout ceci renverse culturellement l’idée vieille de deux siècles qui voudrait qu’avec le temps, les contraintes s’estompent. Désormais, elles augmentent. Changer de paradigme demandera un gros effort sur soi. Et les élites ont une responsabilité particulière, car étant celles qui sont le plus à l’abri du besoin à court terme, ce sont celles qui ont le devoir moral de s’atteler plus vite que les autres à la réflexion sur ce sujet. 

 

(1)Jeremy Rifkin est considéré comme le principal théoricien de la troisième révolution industrielle. Ce concept avance notamment que la révolution numérique permet une décentralisation de la produc­tion énergétique et sa “mise en réseau” dans des smart grids, les citoyens devenant producteurs d’énergies renouvelables.



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