Synode sur l'Amazonie : le Vatican marque son tournant écolo

Synode sur l'Amazonie : le Vatican marque son tournant écolo

Le Pape François a annoncé le 17 juin l'organisation à Rome, d'un synode sur l'Amazonie qui se tiendra du 6 au 27 octobre 2019, une première pour l'Église catholique qui confirme, après la publication de son encyclique Laudato Si en 2015, l'importance de l'écologie dans la doctrine contemporaine du Vatican.

Après avoir rendu visite aux citoyens de plusieurs pays latino-américains, consulté de multiple populations amazoniennes et membres de la communauté ecclésiastique, le Pape François a pris la décision de consacrer le prochain synode à l’Amazonie. Alors qu’il est de coutume d’aborder des sujets thématiques, le choix d’un espace géographique – comptant par ailleurs peu de fidèles – a de quoi surprendre. Ce synode témoigne-t-il d’une prise de conscience de l’Église des enjeux que représente la destruction de la forêt amazonienne pour l’humanité?

Couvrant plus de 5,3 millions de km2 à travers 9 pays latino-américain et 40 % de la superficie mondiale des forêts tropicales, l’Amazonie n’est pas seulement, comme l'indique le document préparatoire du Synode, le “poumon du monde” mais elle abrite également des  Peuples Indigènes en Isolement Volontaire (PIAV), un patrimoine culturel que le même document qualifie de “trésor pour l’humanité”, menacé par notre modèle économique extractiviste et le poids des multinationales pétrolières et minières dans la région. 

L’Amazonie : emblème des maux actuels


Gaultier Bès, journaliste catholique co-fondateur de la Revue d’écologie intégrale Limites, le confirme : c’est effectivement cette “
double injustice” à la fois “climatique et sociale” que subissent les populations amazoniennes qui justifie l’attention particulière du pontife pour cette région du monde. Il lui apparaît par ailleurs cohérent que le Pape, un franciscain,  s’intéresse à l’écologie puisque cet ordre catholique cherche avant tout à défendre les plus démunis, et qu’aujourd’hui la misère des gens est directement liée à la destruction de leurs conditions d’existence.”

Ce n'est pas la première fois que le Pape François associe dégradation environnementale et injustice sociale. Un intérêt du pontife déjà remarqué lors de son appel à une conversion pour “l’écologie intégrale” avec la publication de l’encyclique Laudato Si (Loué sois-tu) en 2015, considéré comme la première encyclique consacrée entièrement à l'écologie. Le trésor écologique sud-américain avait d’ailleurs déjà fait son apparition dans le texte pontifical où l'accent était mis sur “l’importance de ces lieux pour toute la planète et pour l’avenir de l’humanité”. 





Au-delà des cercles catholiques, Laudato Si, porte-voix “
du cri de la Terre et du cri des pauvres” avait également été saluée par de nombreux chefs d’États, dont François Hollande, et par certains milieux écologistes qui avaient apprécié son diagnostic de la crise socio-écologique. Une analyse érudite et complexe, notamment du fait de la participation des principaux concernés par la crise climatique et sociale. Des intellectuels et hommes politiques du “Sud”, à l’image du président indigène bolivien Evo Morales, avaient même directement invités au Vatican pour contribuer à la rédaction de l’encyclique.

L’encyclique Laudato Si : l’écologie intégrale


Conscient de l’urgence climatique et de l’ampleur des transformations qu’elle appelle à mettre en oeuvre, le Pape François a développé une approche systémique de cette crise à travers le concept de “l’écologie intégrale”. Ce terme fait transparaître la transversalité de la crise environnementale : “tout est lié” répète l’encyclique a plusieurs reprises – une approche estimée par certains comme radicale. 

Cécile Renouard, docteure en philosophie et spécialiste de la transition écologique, par ailleurs religieuse de la communauté catholique de l'Assomption, en conçoit. Critique de la notion en vogue du développement durable, elle admire l’appel à la radicalité de l’encyclique au point 194 qui indique qu’ “Il ne suffit pas de concilier, en un juste milieu, la protection de la nature et le profit financier, ou la préservation de l’environnement et le progrès. Sur ces questions, les justes milieux retardent seulement un peu l’effondrement.”


Au-delà de sa radicalité, ce texte a-t-il eu un véritable impact? Selon Cécile Renouard, cet écrit trouve sa puissance dans la capacité de son message à dépasser la communauté de fidèles: “il parle à tout le monde” nous dit-elle. La qualité du texte, le choix d’une thématique globale et la dialectique percutante faisant référence à la “Maison commune” (la planète Terre) invite l’ensemble des citoyens du monde à méditer sur l’irrationalité de la société capitaliste.

La soeur voit en Laudato Si la source d’un changement culturel : le message pontifical “nourrit d’autres représentations collectives du vivre ensemble et de notre qualité de vie” également perçu par Gaultier Bès comme une invitation “à adopter d’une position humble, modeste, vis a vis de la création : l'humain n’est pas le propriétaire de la vie sur Terre”. 

Si pour Cécile Renouard “le message de l’encyclique est pleinement aligné avec les changements requis de nos modes de vie”, une question ne fait toujours pas consensus pour certains milieux écologiques non chrétiens : le spirituel et la morale ont-ils une place dans l’écologie ? De fait, le document préparatoire du synode évoque le péché :Ne pas veiller à la sauvegarde de la Maison Commune est une offense au Créateur, un attentat contre la biodiversité et, en définitive, contre la vie ”.

Cécile Renouard trouve que l’approche rationnelle et scientifique de la crise ne suffit pas: “on voit bien que ce qui nous attend est d’un autre ordre” avance t-elle en ajoutant que “le spirituel permet de puiser à des sources d'espérance face à la crise”. Et puis peut-on dissocier changement culturel et spiritualité ? “Redéfinir le sens de notre existence est une question à qui entremêle les deux”, selon la chercheuse.

 

Jair Bolsonaro organise un contre-synode


Si Laudato Si a su éveiller certaines consciences chez les fidèles, il ne faut pas être naïf, selon Gaultier Bès, qui reconnaît “
qu’une encyclique ne peut pas renverser à elle toute seule des logiques financières, économiques, idéologiques que celles qui dirigent notre monde actuellement.”

L’impact du Synode risque d’être lui aussi très limité. Jair Bolsonaro, Président du Brésil depuis janvier, a déclaré suite à l’annonce du Pape qu’il organiserait un contre-synode à Rome un mois avant celui du Vatican qu’il accuse d’être une “interférence avec la souveraineté du Brésil”. Pour cause : il a avoué dans une interview radio le 8 juin qu’il avait proposé un partenariat à Donald Trump pour inviter les entreprises états-uniennes à exploiter les ressources économiques de la forêt brésilienne.

 







 

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